mardi 23 novembre 2021

Les ACEC de Herstal : une friche, un Masterplan et un glorieux passé de luttes sociales



Le PTB Herstal organise une présentation du livre "Robert Dussart, une histoire ouvrière des ACEC de Charleroi", d'Adrian Thomas, le vendredi 17 décembre, dans la salle de MPLP Herstal (entrée par la rue des sept Bonniers).

Ce livre est d’abord une biographie de Robert Dussart, le syndicaliste emblématique des ACEC de Charleroi. Mais l’on retrouve dans le bouquin beaucoup d’éléments sur les ACEC de Herstal, vu que les ACEC avaient des intenses contacts syndicaux inter-sièges.

De mon côté j’avais déjà publié un blog, en 2009, à l’occasion de la plaque-mémorial sur le mur de la Fabrik dédiée aux membres du personnel des ACEC qui ont donné leur vie lors de la deuxième guerre mondiale, et ensuite, en 2016, sur l’implication des ACEC Herstal dans la grève des femmes de la FN. Depuis il y a aussi un Master-Plan pour les ACEC qui m’a inspiré plusieurs blogs.

Le livre d’Adrian apporte pas mal d’éléments nouveaux sur l’histoire sociale et économique de cette usine, ce qui m’a incité à des mises à jour de mes blogs, et à ce nouveau blog qui reprend principalement le lent déclin et la fermeture.

1940 : Louis Neuray et le Comité de Lutte Syndicale

En 2009 le propriétaire de la Fabrik - un hall d'évènements qui s'est installé sur le site - a fait reproduire à l’identique la plaque d’origine dédicacée aux « 13 membres du personnel disparus pendant la guerre ». Elle avait été volée. Il m’avait écrit à propos de  ce Mémorial que « c’est un site qui me fait vibrer. On sent la douleur et la transpiration des ouvriers a l'époque. Ca impose le respect ». Je m’étais étonné de ne pas y retrouver le nom de Louis Neuray, délégué des Comités de Lutte Syndicales (CLS, les syndicats clandestins sous l’occupation) aux Acec Herstal sous l’occupation. Mais Louis n’a pas disparu, mais est revenu. Ce qui m’a incité à écrire un blog  http://hachhachhh.blogspot.be/2014/02/a-la-memoire-de-louis-neuray-delegue.html

Adrian Thomas m’apprend que cette plaque a été apposée dans la cadre d’une campagne menée par Louis Neuray dans les trois sièges des Acec. Il a fait apposer des plaques en souvenir des victimes lorsqu’il apparaissait après la libération que la direction des ACEC ne serait pas poursuivi.

L’activité militante à Herstal dans l’après guerre

Nous avons une idée de l’activité militante à Herstal dans l’après guerre via une source très spéciale : André Moyen, numéro 2 du contre-espionnage belge et dirigeant d’un service de renseignements privé, financé par la Société Générale et Brufina. Ces trusts payaient Moyen pour une vérification politique des employés de leurs nombreuses usines. Adrian a retrouvé dans les archives de l’Union Minière des notes adressées au directeur des ACEC Devillez concernant ses délégués syndicaux. C’est ainsi que nous apprenons que le départ soudain du flamboyant Louis Neuray en 1948 laisse ses camarades de Herstal orphelins d’une figure dirigeante, du moins jusqu’à fin 1953 où l’Unité, leur journal d’usine, est publiée à nouveau régulièrement. Un rapport interne d’avril 1952 atteste la reprise de l’activité militante dans cette usine de la Basse-Meuse, sûrement grâce aux permanents ouvriers René Beelen et Léon Timmermans qui y dirigent les réunions, avant que ClémentTholet n’en prenne la tutelle après la grande grève de 60-61 (Dussart p.89-90).

L’influence de Clément sur Jules Letems, délégué principal qui succède au renardiste Henri Gillon, paraît avoir été décisive sur la pérennité de la cellule communiste des Acec. La FGTB et le PCB locaux sont néanmoins dépassés par la grève féministe de 1966 et ne joueront qu’un rôle passif dans les grèves à venir, à l’exception du moment-clé de 1979 (cfr plus bas : la grève pour les 36 heures). Léon Warlomont, lui aussi délégué principal, communiste, reprendra le flambeau jusqu’en 1986 (Dussart p.461).

1966 : les femmes grévistes de la FN et des ACEC

Lors de la grève des femmes de la FN, en 1966, les Acec avaient aussi leurs femmes-machines qui ont joué un rôle important. Germaine Martens, qui avait lancé cette grève, raconte : «Dés le début, notre action a porté sur l'élargissement de la grève aux autres entreprises occupant du personnel féminin. Nous sommes allées en délégation aux portes des ACEC.  Ce furent d'abord nos camarades des ACEC qui formèrent leur comité d'action. Nous nous sommes rendues plusieurs fois aux ACEC Charleroi. Le 24 mars Charleroi débrayait pour 24 heures, avec une manifestation dans les rues de Charleroi, avec nos calicots en tête. Nous y sommes retournées à plusieurs reprises. Finalement, suivant notre exemple, les ouvrières de Charleroi débrayèrent contre l'avis de leurs dirigeants, et formèrent elles aussi leur Comité d'Action ».

Dans le bouquin d’Adrian nous avons la version de Robert Dussart, qui était à l’époque délégué principal aux ACEC de Charleroi (p.199). Un petit extrait : « Dussart a marché sur des œufs durant cette grève spontanée. Le Renardiste Henri Gillon, délégué principal des ACEC-Herstal, divergeait de Charleroi, de même que Davister et les autres pontes de la FGTB fortement hostiles à cette grève. En plus, il y avait des tensions au sein du Parti Communiste Belge, entre la fédération et la cellule des Acec ».

Roger Romain, permanent fédéral du PCB entre 1965 et 1990 exprime en 2006 sa déception de ne pas avoir réussi à élargir cette grève aux Acec de Charleroi : « les femmes de la FN avaient absolument besoin de la solidarité agissante des autres entreprises : une grève de solidarité des femmes des Acec de Charleroi (quelque 7.000 travailleurs à l' époque!) était indispensable: le président et 25% des délégués syndicaux Fgtb étaient communistes et l'entreprise comptait quelque 300 adhérents. La FGTB liégeoise était contre la grève "sauvage" des femmes de la Fn. Un tract de  la Fédération communiste avec le député-président Georges Glineur n’est jamais distribué aux Acec de Charleroi devant les réticences de la délégation syndicale des Acec ».

La fin d’une histoire centenaire

vue aerienne des ACEC années 50-60
Dans les années 30 les CEB (Constructions Electriques de Belgique) s’étaient installés sur une partie du champ d’épreuves de la fonderie des canons (Saint Léonard). Après guerre les CEB sont absorbées par les ACEC (Ateliers de Construction Electriques de Charleroi). Ce groupe était contrôlé par la Société Générale qui s’allie d’abord avec Philips (d’où le nom ELPHIAC (ELectrothermie PHIlips-ACec). Lorsque Philips décroche, la Générale vend en 1971 sa filiale ACEC à Westinghouse.

Le livre d’Adrian Thomas décrit très bien la fin des ACEC : c’est la débandade, avec l’OPA de Carlo De Benedetti sur la Société Générale en 1988. Le holding vend ses bijoux de famille. Quelques usines sont vendues à la CGE subsidiaries (Alstom, Alcatel). L’usine de Herstal est fermée l’année après. On fourre toutes les participations sans avenir dans Acec-Union Minière. Lorsque tout ce qui est monnayable est vendu, y compris les terrains et bâtiments, Union Minière prend le nom d’UMICORE.

Ce qui ne veut pas dire que les travailleurs se sont laissé faire.

entrée ACEC rue en bois années 40
Plusieurs grèves secouent les ACEC, comme le 9 et 15 février ou le 23 avril 1971 sur les sites de Gand et Charleroi. Herstal débraye, suite à la perte de 73 emplois, du 15 février au 4 juin, durant 109 jours ! Les 4 sièges font encore grève le 1er juillet 1971, toujours pour l’emploi. Il n’y a pas de licenciements directs, mais des prépensions et mutations. En 1974 Ruysbroeck, Gand et Herstal sont réduits à moins de mille travailleurs chacune.

En 1976 les employés de Charleroi et Herstal font grève du 26/3 au 19/4. Fin de la même année les Acec Herstal occupent leur usine pour une raison insolite : les six archivistes se mettent en grève pour une hausse salariale et une bonne partie des ouvriers se croisent les bras en solidarité. Les gendarmes brisent le piquet (Dussart p.256, 263 et 270).

En mars 1977 la part de Westinghouse dans le capital est ramenée à 47,9%. C’est un tour de passe-passe : la banque Degroof qui récupère 19,1% appartient à la banque new-yorkaise Mellon, principal actionnaire de Westighouse.

1979 est marqué par la grève pionnière des ACEC pour les 36 heures, chef d’œuvre de Dussart, pour laquelle je vous renvoie au livre d’Adrian. C’est la plus longue grève qu’ont connu les ACEC : 87 jours. Les ateliers de Herstal ont été occupés sans interruption. Les ACEC sont la première entreprise industrielle à appliquer les 36 heures.

1981 centenaire des ACEC

En 1981 les ACEC fêtent leur centenaire par une fête du personnel au Palais des Expositions de Charleroi, avec 6000 convives. Les ACEC sont encore le 13ième employeur privé du pays, avec près de 8.000 salariés directs et cinq fois plus indirectement. Mais à partir de 1983 s’engage un processus qui aboutira dix ans  plus tard à l’effacement de l’usine. La masse salariale se réduit à 6.321 postes en 1984. En 1985 Westinghouse refile ses 49% à la Société Générale (SGB) qui s’était associée à la CGE (Compagnie Générale d’Electricité qui deviendra plus tard Alcatel). En 1985, ACEC revend au groupe américain Inductotherm ses filiales Elphiac (Herstal), HWG (RFA) et Elphiac do Brasil, productrices d’équipements d’électrothermie industrielle.

Dussart part en pension le 6 juin 1986, après cinquante ans de carrière aux ACEC, or que la prépension lui était ouverte depuis 1978. On dirait que sa présence a bloqué le démantèlement : deux mois après son départ, le couperet tombe : 1140 postes sont supprimés. Les ACEC tombent à 4.700 emplois.

Des ACEC à l'Union Minière


Michel Capron écrit dans « Des ACEC à l'Union minière. L'éclatement d'une grande entreprise (1983-1992) » (Courrier hebdomadaire du CRISP)  comment fin 1986, la FGTB contre-attaque en déposant un cahier de revendications comprenant les 32 heures/semaine. A l’issue du conseil d’entreprise où sont rendues publiques les pertes d’emploi prévues, il y a un arrêt de travail à Herstal, suivi d’une manifestation le 24 septembre. La déception est grande face aux promesses d’investissements de reconversion non tenues après la cession d’Elphiac. Les leaders de la FGTB liégeoise, C. Gluza et U. Destrée, refusent de négocier le volet social tant que ses promesses ne se concrétisent pas. La direction des ACEC réagit en recentrant la division d’Herstal sur le seul secteur électromécanique qu’elle filialise.

Les filialisations constituent l’axe central des actions en 1988. En février-mars, un premier long conflit a pour enjeu la survie du siège de Herstal, avec une grève de 24 heures, le 1er février. Le 11 février, les travailleurs manifestent devant l’hôtel de ville de Liège. La direction est séquestrée le 26 février. La grève est totale le 8 mars, lorsque la direction veut récupérer la perte de l’exercice 1987 (BEF 60 millions) par l’accroissement du temps de travail et une moindre intervention dans le chômage partiel, dont le taux monte à 50%. Un accord intervient finalement le 22 mars. Le revenu net est maintenu, l’emploi est garanti jusque fin 1988, mais les crédits d’heures syndicaux sont rabotés et les travailleurs doivent accepter une mobilité professionnelle. Le conflit rebondit néanmoins à la mi-octobre et cumule le 30 octobre dans une manif devant le siège de la SGB à Bruxelles.

Fermeture du siège de Herstal

photo IHOES Herstal à l'ancienne
Début 1989, la division Transports, qui est active dans le domaine de la signalisation et de la traction pour les chemins de fer et les transports urbains, passe sous le contrôle de la société française Alsthom. Après la division énergie, et les activités de contrôle industriel, c'était la troisième division des ACEC qui passe ainsi sous contrôle français. C’est 500 personnes à Charleroi, mais le siège de Herstal, où sont occupés 136 travailleurs, sera fermé.

Jugeant la prime de départ trop faible (BEF 450.000 bruts, préavis compris), la FGTB décide l’occupation, avec mainmise sur un "trésor de guerre" (BEF 50 millions de stocks et de produits finis). Le 10 février, un accord entre FGTB et direction octroie une prime de départ de BEF 230.000 nets, une prime de BEF 10.000 bruts pour dommage moral, les indemnités du Fonds des fermetures et les préavis légaux à cinquante-cinq travailleurs, tandis que vingt-cinq ouvriers sont transférés à Charleroi comme chômeurs de longue durée.

Un vent de faillite souffle sur ACEC

Mais ces restructurations n’éloignent pas le spectre de la faillite qui se précise. Le passif bancaire et social –resp. 2,4 et 3,5 milliards - mis en regard des recettes potentielles (y compris le produit attendu de la revente de la division Espace-Défense et Télécommunications), le trou est évalué à 3,8 milliards!

La SGB promet de réinjecter un milliard BEF, sous réserve d’un effort similaire des pouvoirs publics (1.600 millions), des créanciers (600 millions) et les pensionnés et prépensionnés (500 millions).

Ce plan de redressement connaît plusieurs versions. Le passif social est étalé sur quinze ans. Le Fonds des fermetures injecte BEF 520 millions, remboursés progressivement par la vente d’immeubles. On attend BEF 400 millions de la vente des sièges de Herstal et Gand, et BEF 300 millions de la cession progressive à la Région wallonne de 49% d’ACEC-Energie et ACEC-Automatisme.

Les ACEC moribondes ‘absorbent’ l’Union Minière

photo Paul Mahy
Mais la Générale table surtout sur la valorisation du crédit fiscal des pertes reportées des ACEC, le seul «actif» qu'elle semble encore pouvoir valoriser... En juillet 1989 les ACEC déficitaires, au bord de la faillite, absorbent l’Union Minière, dont les actifs étaient évalués à 46 milliards (Le Soir 12/01/1989 et 1/02/1989).

La législation permettait de récupérer le passif des Acec amortissable à l'impôt des sociétés en y diluant les bénéfices de l'Union Minière. L'idée de la fusion émanait... du gouvernement lui-même qui préférait valoriser les 10 milliards de pertes fiscales des Acec plutôt que de subir la faillite qui aurait coûté plus cher aux pouvoirs publics. Le ministre des Finances, Philippe Maystadt, avoue découvrir « à l'occasion de cette affaire la technique permettant d'utiliser les fusions pour valoriser les pertes fiscales. J'ai alors chargé mon administration d'étudier les moyens de mettre fin aux abus, d'autant que de véritables «bourses aux fusions» existaient à l'époque, surtout en Flandre. Une disposition de la loi-programme de décembre 1989 limite désormais la déduction des pertes à concurrence de l'actif net de la société absorbante. En l'occurrence, Acec étant une «coquille vide», l'opération aurait été impossible » (Le Soir 31/05/1989 et  5/03/1992).

1991 : G.D. Longueville, le Tapie local, fait le pari de revitaliser Acec-Herstal

Acec-Um espère tirer BEF 400 millions de la vente des sièges de Herstal et de Gand. C’est une surestimation et aucun acheteur se pointe, jusqu’à ce qu’un Tapie liégeois se présente. En 1991 ACEC -UM vend le site des ACEC Herstal à la société BL2, dont le directeur, J.-M. Longueville avait racheté auparavant la Forge de précision de la FN qu’il avait rebaptise Euro Precision Forge. Il avait fait miroiter pour EPF un plan d'investissement de 300 millions en deux ans. Le chiffre d'affaires d'E.P.F. allait passer de 390 millions en 1990 à un milliard en 1992 pour un effectif de 200 unités.

A première vue, ce bureau BL2 était du sérieux. Créé en 1973, BL2 avait survécu à deux périodes difficiles en 1976 et 1983, et était devenu un bureau d’études avec dans son carnet de commandes la nouvelle brasserie Interbrew à Jupille (investissement 5 milliards), la 7e ligne de galvanisation de Phenix Works, Ségal, Uniroyal, l'Assurance Liégeoise, etc...

entrée ACEC rue PJ Antoine photo IHOES

J.-M. Longueville avait donc un certain renom lorsqu’il se présente pour acquérir les huit hectares de l'ancien siège d'Acec-Herstal: « je m'intéresse au site depuis deux ans. Je passerai l'acte de vente définitif avec les propriétaires, Acec-Union Minière ». Prix d'achat? Top secret... Mais largement inférieur à 240 millions qu'espérait obtenir Acec-UM en 1988.

BL2 prétend développer sur le site un centre industriel intégré et implanter – « en moins de  deux ans! une quinzaine de PME. 28.000 m2 sont disponibles d'emblée: pour la moitié du prix de bâtiments neufs, j'offre des espaces de qualité, des services communs (alimentation en électricité et en air comprimé, élimination des effluents, restauration, centre médical), un centre administratif (secrétaires multilingues, salle de conférence, matériel bureautique,...), et un délai d'installation extrêmement court... Trois mois au maximum, 30 jours s'il s'agit de dépôts ».

Sûr de lui, J.-M. Longueville en arrive même à faire la fine bouche: « les candidats se pressent, mais je privilégierai les implantations génératrices d'emploi... » (Le Soir 30/03/1991).

Longueville ou l'empire éclaté

Six mois plus tard, la bulle éclate du côté EPF (Euro Precision Forge, ex-filiale de la FN) qui est placée sous administration judiciaire. L'empire Longueville échappe a son géniteur, mais l'activité économique semble devoir être préservée: à travers un paravent carolo, Atenco (150 ingénieurs et 600 millions d'honoraires par an)  prennent le contrôle de BL 2 (Lamoureux-Longueville). Le contrat qui lie BL 2 à Interbrew sur le chantier géant de Jupille sera honoté. Interbrew avait d'abord tenté de provoquer un rachat par Electrabel...

Le nouvel actionnaire garde J.-M. Longueville dans ses fonctions d'administrateur délégué et maintenu son ex-associé, M.Lamoureux, comme administrateur-directeur, responsable de la gestion courante, sans participation au capital.

Trois ans plus tard, BL 2 tombe quand même en faillite. Longueville qui se flattait d'être le seul Liégeois capable de créer un emploi par semaine, disparaît des radars (Le Soir 30/09/1992 et 12/07/1995).

La friche des ACEC

master plan ACEC
Je suppose que c’est le curateur de cette faillite qui revend en 1995 les terrains des ACEC aux plus offrants (très souvent pour une bouchée de pain). Les Finances s’y installent, ainsi que quelques PME pas toujours très recommandables. Un de ceux-là  prétend y valorise des déchets d’Ytong, un béton cellulaire à base de gypse qui est soumis à des règles spécifiques pour la mise en centre d’enfouissement technique. Ces matériaux contenant des sulfates  peuvent conduire à la formation de H2S, un gaz malodorant, mortel à hautes concentrations, lorsqu’ils sont mélangés avec des déchets biodégradables. L’astuce est assez courant dans la région liégeoise : on achète une friche où l’on stocke des déchets qu’on prétende recycler, mais n’en fait rien. Cela mérite le tribunal, mais Urbéo vient de lui racheter le terrain. On mettra l’Ytong en butte et on la couvrira d’une couche de terre…

Il y avait jusqu’en 2016 encore un dernier vestige vivant de Inducto-Elphiac : l’usine  Inductotherm. On l’a obligé de laisser la place à Verdir (Valorisation de l'Environnement par la Réhabilitation Durable et l'Innovation Responsable). Ce projet se base sur «le nomadisme économique: des conteneurs empilables dans lesquels sont disposées les cultures et qui peuvent être déménagés». Le seul nomade est une usine bien vivante qu’on a délocalisée aux Hauts Sarts. Inductotherm Coating Equipment  couvre toujours le marché mondial des équipements sidérurgiques pour les traitements thermiques et revêtements de tôles.

Herstal, la SPI, l’ULg  et la région wallonne justifient ce déménagement par la nécessité d’acquérir une partie significative des terrains pour imposer aux autres son Master Plan.

En 2014 Eric Haubruge, vice-recteur de l'ULg, à la base de VERDIR, déclare: « sur cette friche industrielle de 25 ha située en milieu urbain il faut développer des activités non-polluantes en accord avec le voisinage. Ensuite, nous avons la possibilité de récupérer la chaleur produite par Uvélia (Intradel)».

Je n’ai jamais rien vu verdir, mais ça se peut que quelque chose m’échappe.

Voilà un aperçu d’un siècle d’histoire industrielle. La suite est encore à écrire. J’ai déjà écrit les premières lignes. Voici les liens vers mes blogs sur le sujet

https://hachhachhh.blogspot.com/2019/12/herstal-verdir-et-le-master-plan-pour.html

Le projet de chauffage urbain est une des pièces maîtresses du Master Plan pour la friche des Acec.

https://hachhachhh.blogspot.com/2019/09/le-master-plan-pour-les-acec-et-le.html

Et vous pouvez toujours me solliciter pour une balade dans le coin, comme par exemple cette balade santé que j’ai fait en 2016, à partir du cœur historique de Herstal, le long du Ravel Canal vers la friche des Acec. http://hachhachhh.blogspot.be/2016/05/balade-sante-mplp-loccasion-de-la-fete.html

Voir aussi :

Michel Capron, Des ACEC à l'Union minière. L'éclatement d'une grande entreprise (1983-1992), Courrier hebdomadaire du CRISP 1994/22-23 (n° 1447-1448) https://www.cairn.info/revue-courrier-hebdomadaire-du-crisp-1994-22-page-1.htm

 

mardi 16 novembre 2021

Quel avenir pour le Vivier de Vivegnis ?

Notre 62ième balade-santé du dimanche 12 décembre fait le tour du vivier de Vivegnis. Ce vivier est triplement intéressant. D’abord c’est une curiosité géologique: comme la forme le suggère, c’est un ancien bras de Meuse. La Meuse a dû à plusieurs reprises, se creuser un nouveau lit.

Deux, ce vivier a une longue histoire. C’était celui de l’abbaye de Vivegnis (d’où la rue du Bois de l’Habbay). Dans une communauté cistercienne comme celle de Vivegnis le droit de manger de la viande était limité, sauf en cas de faiblesse particulière. Chaque abbaye avait donc son vivier.

Quant à Viezvingnis (latin Vêtus Vinetum) le lieu était favorablement exposé pour la culture de la vigne, même si « le sol de la petite seigneurie de Vivegnis ne fût pas, au Moyen Age, entièrement planté de vignes; mais la beauté du vignoble mûrissant sur le coteau avait frappé l'esprit observateur du peuple ».

Cet étang est aussi un site de Grand Intérêt Biologique (SGIB- Synonymes : Au Vivier - Thier de Beaumont et de l'Abbaye - Sous les Vignes). «L'étang de Vivegnis est un site relativement peu connu ; ce plan d'eau d'un hectare et demi conserve un caractère assez sauvage grâce à son environnement champêtre, avec, d'une part un versant boisé, et d'autre part une étendue de prairies bordées de haies irrégulières.  L'endroit abrite l'une des principales colonies wallonnes de héron cendré (Ardea cinerea) et accueille des groupes parfois importants d'oiseaux d'eau comme la sarcelle d'hiver (Anas cracca) et les fuligules (Aythya spp.). On y observe en outre une petite formation de tuf calcaire au niveau d'un suintement, en rive ouest de l'étang ».

Il était peu connu parce que difficile d’accès. J’avais encore cherché –en vain- pour y passer lors de notre 53ième  balade-santé de décembre 2019 où nous avons visité la galerie d’exhaure ancestrale de Biquet-Gorée,, vestige ancestral des premiers charbonnages dans le coin.

Plus sur https://hachhachhh.blogspot.com/2019/11/53ieme-balade-sante-mplp-herstal-oupeye.html

Aujourd’hui l’accès est facilité parce que Matexi lance un gros projet immobilier, et fait miroiter un projet d’agriculture végan autour de l’étang.

Départ à 10h pile devant la MAISON DE QUARTIER Rue Fut-Voie, 77 à 4683 VIVEGNIS, ou à 9h30 devant notre Maison Médicale Avenue F. Ferrer 26, à Herstal.

Une réunion d'information virtuelle, sur un projet de 75 unités de logements Au vivier de Vivegnis

Ca m’avait échappé, et je crois que je ne suis pas le seul. Le 30 juin et le 1er juillet 2021 MATEXI PROJECTS invitait à une réunion d'information virtuelle, préalable à I'étude d'incidences sur I'environnement, sur un projet de 75 unités de logements Au vivier de Vivegnis Rue Fût voie.

L'arrêté du Gouvernement wallon de pouvoirs spéciaux n°45 du 11 juin 2020 permet de remplacer la réunion d'information publique (RIP) par une réunion virtuelle, via une présentation vidéo du projet. Je suis curieux à savoir combien de personnes ont participé. Heureusement que la vidéo et documents sont encoredisponibles ce 10/11/2021, au moment où j’écris ce blog. Au départ la disponibilité s’arrêtait au 31.08: 

Je vous invite à en prendre connaissance. Ce n’est pas les 75 logements qui me posent problème, mais le sort du vivier. Matexi promet de le ‘sanctuariser’ par un bail de 50 ans avec les porteurs d’un projet d’agriculture végan. 50 ans, c’est long, mais ce projet qui doit encore faire ses preuves résistera-t-il à l’épreuve du temps ?

Au Vivier : un site de Grand Intérêt Biologique (Synonyme: Thier de Beaumont et de l'Abbaye)


Cet étang de Vivegnis est aujourd’hui un site de Grand Intérêt Biologique (SGIB).

Il est repris comme zone centrale dans le Plan Communal de Développement de la Nature (PCDN) d'Oupeye. Ce plan ne pèse apparemment pas lourd : à part un effet d’annonce en 2007 je n’ai plus rien trouvé sur ce plan…

Pluris qui fait l’étude d’incidences pour Matexi reconnaît dans son analyse du contexte (page 8) :

o le Vivier (étang), véritable zone d’intérêt écologique ;

o un alignement d’arbres, éléments vert de ceinture autour de l’étang ;

o les coteaux massivement arborés, également reprise en zone d’intérêt écologique.

Matexi traduit ça ainsi : « l'étang ne fait l'objet d'aucune intervention ou aménagements spécifiques de notre part. Il faut donc maintenir ces milieux et éviter tous les travaux qui nuiraient à l’objectif de protection poursuivi ». Matexi prétend sanctuariser le site, par un bail à ferme d’une durée de cinquante ans. Nous verrons pourquoi c’est peu convaincant. Une de leurs premières interventions sur le site a consisté à couper tous les arbres près de l'étang, coté Fut-Voie.

J’ai essayé de passer par là en 2019 (en vain, le site est difficilement accessible) lors d’une balade-sante cfr mon blog https://hachhachhh.blogspot.com/2019/11/53ieme-balade-sante-mplp-herstal-oupeye.html

Mais aujourd’hui on a un accès facile, via le rue Fut-Voie. Ce n’est même pas une ‘intrusion’ dans une propriété privée ; le fond du site hé »berge une initiative d’autocueillette.

Le vivier dans le plan de secteur

Le propriétaire de ce site est le promoteur immobilier Matexi depuis 2003 ! Ils ont de la patience, ces promoteurs ! Après plusieurs tentatives qui n’ont pas abouti, et dont je n’ai pas retrouvé trace, le voilà maintenant fin prêts, même si les carottes ne sont pas encore cuites : il s’agit d’une réunion préalable !


Architecturalement, le projet en soi me semble intéressant et soigné. Mais je me tracasse pour la partie verte. Pour Pluris, « le terrain est majoritairement repris au plan de secteur en zone d'habitat. Le vivier quant à lui est repris en zone de plan d'eau et la partie arborée des coteaux en zone d’espaces verts au plan de secteur. Le site étudié est également repris en zone « espace vert, de jardin, d’accotement en zone d’habitat au plan de secteur » (rapport Pluris p.6).

Zone de plan d'eau, zone d’espaces verts : des termes qui n’impressionnent pas Matexi qui conclut sèchement que « la majorité du site est donc, conformément au Code du Développement Territorial destiné à l’urbanisation. Le CODT, dans sa partie décrétale, précise en son article D.II.24 que la zone d'habitat doit aussi accueillir des espaces verts publics. »

Dans le schéma d'orientations territoriales (SOTO) d’Oupeye le site est repris en zone « Quartier résidentiel dense. L’objectif est d’encourager une relative densification des terrains encore disponibles car la zone est proche des centres et des transports en commun, densification qui doit toutefois rester ‘raisonnée’ pour y garantir la qualité du cadre de vie ».

Ce  SOTO permet donc à Matexi à se montrer très magmanime : « Le Soto autorise donc sur le site étudié une densité d’occupation du sol comprise entre 15 et 30 logements maximum par hectare. Comme notre terrain fait+- 9,5 hectares, cela représenterait donc entre 135 et 270 logements. Précisons cependant que la volonté de Matexi n'est pas de développer un projet sur la totalité de la parcelle mais sur 50% maximum de sa superficie ».

Une zone inondable ?


Il y a un autre problème avec ce projet, c’est qu’il se situe en zone inondable. Tout le quartier a été évacué à la mi-juillet, parce que elle se retrouve en-dessous du niveau du canal Albert qui la longe. Cela s’explique par la volonté de limiter le nombre d’écluses. Le bief du canal va de l’écluse d’Ivoz-Ramet à celle de Genk.

Mais il y a un autre problème lié au vivier. Assez étonnant, cet étang n’est pas alimenté par un ruisseau, mais par quelques sources au pied des coteaux. Selon les cartes GISER (Gestion Intégrée Sol – Erosion – Ruissellement) il n’y a pas d’axes de ruissellement sur le site en question.

Toujours est-il que le niveau d’eau peut monter, en fonction de la pluviosité, et on a donc aménagé un exutoire, un grand nom pour un tuyau qui est censé amener le trop plein on ne sait pas très bien où (dans le drain du canal Albert ?).


Cet exutoire se bouche régulièrement avec des castors qui ont, il y a plusieurs années, élu domicile dans l’étang. Outre les arbres coupés, ils ont aussi pris la mauvaise habitude de construire des barrages sur l’exutoire. Et lors de fortes pluies, les eaux ne savent plus s’évacuer qu’en débordant dans les champs et les jardins voisins. Matexi a commencé à détruire ces barrages régulièrement, après avoir reçu l’autorisation du DNF, mais ils étaient reconstruits aussi vite. «Matexi a eu plusieurs réunions sur site avec le DNF afin de définir les mesures à prendre au niveau de l’exutoire, explique Philippe Rusak du promoteur. Des sortes de cages devraient empêcher les castors de pouvoir à nouveau y faire des barrages. Des cages dans lesquelles les castors ne sauront pas rentrer et qui n’ont donc pas pour but de les attraper. Au contraire, notre volonté n’est pas de les chasser mais juste de faire en sorte que la situation revienne à la normale et qu’il n’y ait plus de débordements» (Sud Presse 25/7/2021).

Apparemment, Matexi ne compte pas trop sur cet exutoire et est conscient de ces risques d’inondations. En Page 30 du Masterplan Matexi parle de gradins qui «permettent d’intégrer le projet dans le relief projeté du terrain. Ces gradins longilignes permettent la création de terrasses (sous forme de pelouses) et d’espaces de rassemblement pour les flâneurs ou les enfants ».

Les noues paysagères et les pelouses d’infiltration eaux de pluie

Evidemment, la gestion du niveau de l’étang se compliquera avec le nouveau code de l’eau dont article 4 stipule que «les eaux pluviales sont évacuées prioritairement dans le sol par infiltration ».


Matexi prévoit pour les maisons et les immeubles une première rétention sur les toits plats qui seront végétalisées. Ensuite, il s’efforcera « d’utiliser l’eau de pluie pour les chasses et les lessives dans chaque maison et chaque appartement au rez-de-chaussée. L’eau descendant de la toiture sera alors dirigée vers les haies périphériques et emmenée vers l’arrière du jardin. L’eau pourra déjà, avec l’aide de la présence des haies, s’infiltrer. Le fond du jardin sera légèrement surcreusé pour permettre à l’eau d’être temporisée et infiltrée dans le sol. Le surcreusement permettra également à l’eau de ne pas « déborder » éventuellement dans la propriété voisine.

 Pour les voiries, le projet est conçu, dès le départ, en voirie totalement infiltrante. un « damier » alternant les pavés béton avec des carrés végétalisés. Des noues paysagères seront prévues pour les endroits présentant des risques de ruissellement ».

Je me pose des questions sur la possibilité d’évacuer les eaux pluviales dans le sol par infiltration. Matexi dit : «prioritairement ». Quid si l’infiltration est insuffisante ? On envoie tout dans l’étang ?

Un projet d'agriculture végane ?

Matexi prétend « construire de l’habitat groupé au pied d’une colline boisée, avec une surface non négligeable qui est disponible pour de l’agriculture urbaine et participative. La partie cédée par bail à ferme à l’AISBL Vtopia (ferme urbaine participative) et Jardinier du Monde est exclusivement destiné spécifiquement de l'activité agricole végétalienne sans élevage ni engrais, à la plantation d'arbres haute tige, à la création de potagers privatifs et à l’implantation de serres et arbres fruitiers ».


Pour Matexi, c’est comme si ce projet est là depuis des années : « En sa partie centrale et côté rue Fut-Voie nous retrouvons des terres de type prairies maintenant partiellement exploitées par une activité agricole végane gérée et mise en œuvre par Vtopia ». Or, que représente aujourd’hui Vtopia ?

A la base il y a Fabrice Derzelle  qui a lancé en 2018 VTopia, avec l’agronome Benoît Noël tout récemment converti : en 2017 des amis lui parlent du véganisme, de l'anti-spécisme, ce qui l’incite à remettre pas mal de choses en question. L'idée du projet Vtopia est alors venue, lors d'une discussion avec son ami Fabrice Derzelle alors président de l'association Végétik. Quand on regarde Linkedin,  on se rend compte que M. Noël a créé une structure par an en moyenne, autour de Liège, depuis 10 ans.

Nos vtopistes prétendent enrichir le sol avec des débris d’arbres et du foin: "Nous allons by-passer la vache ; dans une ferme classique, on cultive des herbages que l’on donne à des vaches, qui produisent du fumier, dont on se sert pour cultiver des légumes. Nous, nous allons donner directement le foin aux vers de terre." (Un projet d'agriculture végane, à Vivegnis 5 juin 2020 RTBF Michel Gretry)


Quant à bypasser la vache, ils sont bien partis ! Ils ont récolté le foin. Il y a une serre où l’on cultive tomates et aubergines sur le foin, mais le résultat ne me semble pas convaincant. Quant aux débris d’arbres, ils n’y ont pas été de main morte : ils ont coupé tous les arbres côté Füt-Voie.

Benoît Noël : "nous venons de signer avec Matexi un bail à ferme de cinquante ans, ce qui sanctuarise le site, et nous permet de travailler sur le long terme. L’agriculture végane, ça ne signifie pas une agriculture sans animaux : VTopia, pour se protéger des dévastateurs et des rongeurs, entend s’appuyer sur leurs prédateurs, les renards, les hérissons, les chouettes, les batraciens, pour réguler les bébêtes qui viendraient manger les légumes ».

Vous ne retrouverez pas les castors dans leur liste. C’est Matexi qui a trouvé la parade, comme nous verrons plus loin. A ma grande déception ils ne comptent pas valoriser le vivier, et de vendre carpes et brochets… Mais je suppose que ça ne rentre pas dans un cadre végan…

Pas d’enthousiasme du côté de SPI, Urbeo, et la SRL de Herstal

Avant de trouver un accueil enthousiaste du côté de Matexi, Vtopia a essayé à Herstal, et là on s’est montré plutôt évasif. En 2018 Fabrice Derzelle espérait développer le projet Vtopia Rue du Plope. S’agissait-il du terrain que la ville de Herstal a refusé à un autre projet, Les Pousses Poussent, parce qu’on venait d’y détecter une pollution rue du Plope ? Ou s’agit-il du terrain à Sainte Walburge, sur Liège mais toujours dans le rue de Plope, où Les Pousses Poussent  ont installé finalement leur projet de maraichage diversifié sur petite surface (système de CSA Auto-cueillette sous abonnement annuel uniquement et vente aux magasinsdes petits producteurs).


Cet échec de la rue du Plope ne décourage apparemment pas Fabrice Derzelle qui en octobre2019 essaye auprès de la SPI, Urbeo, la Société du Logement de Herstal et un propriétaire privé à présenter son projet sur le terrain des anciennes ASEC (sic), sur 3 ha situés de part et d’autre de la rue du Champ d’épreuves. Il fait miroiter de nombreuses synergies de son projet d’agriculture urbaine avec « Verdir », porté par l’université. Nouveau refus de la part de la SPI, Urbéo et SRL. Pourtant ces trois partenaires n’ont pas fait le difficile avec Verdir :on n’a toujours pas vu verdir quoi que ce soitsur la friche des Acec.

Je signale, sans l’ombre d’une critique, qu’aux élections de 2019 DERZELLE  trouve le temps pour tirer la Liste DierAnimal (1,36% dans la CIRCONSCRIPTION DE LIÈGE avec 1.230 VOIX pour lui en tête de liste).

Un crowdfunding et un modèle économique

Début 2020 Vtopia finalise donc, avec Jardinier du Monde AISBL, l’Étude de design initiée avec Matexi : « Le site débouche sur le magnifique étang  Au Vivier Matexi entend sanctuariser l’arrière du terrain. Un paysage productif et éducatif incluant la partie étang  qui apportera une réelle plus-value à l’ensemble du projet immobilier. D’une part, l’aspect « vert » et la composante vivrière peuvent renforcer l’attractivité du site pour les futurs habitants, d’autre part, cette composante ouvre également à l’intégration positive du projet dans le quartier et la commune ».

Pour  Benoît NOËL , ainsi « on a enfin eu accès à la terre. Les clauses prévoient que le bien est destiné à titre principal à constituer un paysage productif mettant en œuvre une agriculture vivrière de production végétale végétalienne (maraîchage, grandes cultures, arboriculture fruitière), cette agriculture exclut l’élevage et les liens avec l’élevage."

Je n’ai aucune idée du loyer, mais on peut supposer qu’il n’est pas très élevé, vu que c’est « une réelle plus-value à l’ensemble du projet immobilier ». Mais rien qu’en irrigation et en serres il faut quand même un investissement de départ conséquent. Vtopia lance donc un crowdfunding qu’ils justifient ainsi : « L'étude technico-économique du projet start-up Vtopia montre que, à terme la production devrait permettre de nourrir intégralement 50 véganes ou alternativement de fournir des paniers de produits à 1000 personnes chaque semaine. A maturité, le site pourra largement couvrir ses frais et même auto-financer la diffusion des connaissances acquises. Mais avant cela, le déficit d'auto-financement du projet sur les 3 premières années, avant de réaliser un premier résultat positif, est d'environ 50.000€. Très concrètement, en 2021, nous vous proposons de nous aider à financer les 3500 arbres, arbustes et bandes fleuries permettant d'accueillir la faune sauvage et les insectes pollinisateurs notamment. Ces dispositifs transformeront Vtopia en une véritable oasis de biodiversité à la fois fertile et productive. Si les fonds récoltés atteignent les 50.000€ nous pourrons alors nous consacrer pleinement à la recherche et au développement de cette nouvelle agriculture sans autres soucis financiers ».

Ici le déficit d'auto-financement du projet sur les 3 premières années est estimé à 50.000€. Dans un autre texte ils sont un peu plus explicite sur leur modèle économique : « Le potentiel de production alimentaire du site selon le modèle proposé est assez élevé : 125 T/an avec un excellent ratio de 290 m² de surface productive ou 500 m² de surface brut/adulte. Commercialement, ce type de production est généralement écoulée sous forme de paniers de légumes. Une famille moyenne consomme 5 kg de légumes/semaine. À ces 5 kg, s’additionnent ici quelques productions complémentaires de farine, légumineuses et fruits, ce qui permet d’envisager un panier moyen de 7 kg/semaine pendant 50 semaines/an. Selon ce principe, le site pourrait alors fournir des aliments à 1000 personnes au total. Il faudra injecter en 3 ans plus de 300.000€ : 140.000€ d’investissements, 128 000€ de frais de personnel, 42 000€ d’intrants ».

Mais ici le déficit d’autofinancement monte à 300.000€ ! Je ne sais pas ce que leur appel a rapporté, mais même si perso j’aurais de l’argent de trop j’hésiterais à investir là-dedans. Je me dis que Matexi ne risque rien avec un bail de 50 ans avec Vtopia. Si jamais ils se décideraient d’élargir les constructions en direction du vivier, il suffit d’un peu de patience…

Une évacuation des eaux de pluie complexe

J‘ai déjà dit que je me demande d’où cet étang reçoit son eau. En amont, il n’y a aucun ruisseau qui y débouche. Il y a des sources en bas des coteaux qui apparemment suffisent non seulement à maintenir le niveau, mais ont même obligé à creuser une rigole qui débouchait probablement en Wérihet mais qui aujourd’hui va dans un exutoire, un tuyau d’une vingtaine de centimètres. Je suppose que cela a été installé suite aux modifications de relief importantes effectués lors de la construction des logements sociaux au Wérihet.

Le site n’est pas non plus situé sur un axe de ruissellement. Mais je me pose quand même des questions sur l’évacuation des eaux de pluie du complexe Matexi par infiltration. En effet, le code de l’eau dit que «les eaux pluviales sont évacuées prioritairement dans le sol par infiltration ». Matexi prévoit des toitures végétalisées et de l’infiltration dans les jardins avec des haies périphériques, d’une  voirie totalement infiltrante et des noues paysagères en cas  de ruissellement. Et si cela ne suffirait pas ? On inonde quoi ? Je ne veux pas semer la panique, mais ne devrait-on par calculer ce qui se passe si on a 250 litres sur deux jours, comme on a eu sur la Vesdre ?

Je n’ose pas imaginer une inondation de la station d’épuration à un km de là. Sans compter que Fut-Voie est à la limite des zones de prévention des prises d'eau dénommées VIVEGNIS Pl, VIVEGNIS P2, VIVEGNIS P3, VIVEGNIS P4 et VIVEGNIS P6. 

L’eau, une ressource !

Et puis, ne faut-il pas voir les eaux comme une ressource ? A commencer par les eaux de pluie qu’il y a peut-être moyen de valoriser avant l’infiltration par le sol.

Il y a aussi des sources qui suintent en bas des coteaux et qui alimentent le vivier (la fiche SGIB signale une source tuffeuse sur la berge ouest de l'étang, avec des tufs calcaires. Certes, le travertin di vivier n’est pas une roche sédimentaire calcaire de couleur blanche. Elle tire vers le marron, et on n’aura jamais une cathédrale de tuf, mais ces sources sont bien là).

A première vue, l’étang n’est pas alimenté par un ruisseau. Ca n’a probablement pas toujours été le cas. Dans une charte de 1225 Godefroid de Louvain, seigneur de Herstal,  accorde à l'abbaye de Vivegnis l'usage du ruisseau qui « court parmi la ville de Vivegnis » pour servir aux deux moulins du monastère; de l'avis de tout le village, ils accordent aussi à l'abbaye le droit d'employer à son usage le vieux chemin qui conduit à l'étang, à condition de fournir aux habitants une autre voie aussi bonne… Ce ruisseau était à mon avis dans la prolongation du Basse-Va, un vallon sec (la plupart du temps, sauf en cas de gros orage) qui passe aujourd’hui en-dessous du Thier d’Oupeye. Mais il y avait peut-être un bras qui allait vers l’étang…

Il y a aussi des sources qui alimentent les douves du château, au-dessus du site. Ces douves s’envasent et l’Atelier d’Architecture pour la Ville et le Territoire doit imaginer un projet d’aménagement paysager pour ces douves, en collaboration avec le Département wallon de la Nature et des Forêts. Des groupes de travail sont prévues avec les citoyens souhaitant s’y impliquer (Aude Quinet La Dernière Heure 29/10/2021).

On s’est même disputé pour ces sources du château, en 1722 ! Un certain Sieur Bustin fonce une bure dans une prairie proche du château. La Dame d’Oupeye Béatrix de Cartier l’accuse de tarir les sources qui alimentent son étang (les douves d’aujourd’hui). Bustin gagne son procès. Un siècle plus tard un certain De Graillet (cfr plus bas) évoquera aussi ces sources. Pourquoi ce projet d’aménagement paysager pour les douves n’incluerait pas les coteaux et l’étang en-dessous ?

Deux galeries d’exhaure ancestrales.

photo xhorre noppis

Et puisqu’on ‘retourne aux sources’, il y a dans le coin deux galeries d’exhaure ancestrales qui débouchent au Wérihet, à quelques centaines de mètres du site.

La xhorre Nopis a encore inondé le Wérihet en 1974. Personne ne s’était tracassé pour assurer un écoulement normal de cette areine antérieure à 1634. Elle draine une mer d’une bonne dizaine de kilomètres carrés (au moins). La juridiction des areines appelle ‘mer’ les eaux souterraines qui ont remplis les veines exploitées). La galerie d’exhaure Nopis était devenu inaccessible vers 1900 mais l’eau y passait encore. Elle n’était pas obstruée. Elle s’est probablement obstrué un peu avant 1973. Lorsque ce bouchon a sauté l’areine a alors inondée le Wérihet. Et il y a une bonne dizaine d’années, lors de la réfection de la rue Wérihet, on a abîmé la galerie. On a dû la reconstruire et on a envoyé ses eaux dans un ‘égout eau  propre’ qui envoie ces eaux dans le drain du canal, parallèle à l’égout ‘normal’. Je ne sais pas où vont les eaux de ce drain.

L’areine Nopis débouche dans les caves d’une maison de la rue du Bois de l’Abbaye. Cinquante mètres plus loin nous avons la galerie d’exhaure de la houillère Biquet-Gorée, à côté de la maison du directeur (en restauration). Les eaux abondantes de cette areine passent en-dessous de la rue d’abord dans un ruisseau à ciel ouvert, et ensuite dans une galerie maçonnée. Cette galerie a été construite en 1827, parce que le volume d’eau débouchant en Wérihet allait toujours croissant. Les riverains ont alors obligé les comparchonniers du«Bon Espoir et Bons Amis réunis » de construire un aqueduc. Cet aqueduc avec une voûte en maçonnerie sur toute sa longueur traversait la campagne de Hermalle-sous-Argenteau jusqu’au lit de la Meuse. Il fut interrompu lors de la construction du canal Liège– Maestricht vers 1850. Des vestiges de cet ouvrage furent  découverts de l’autre côté du canal Albert, à la gravière


Brock, vers 1990. Et cette voûte en maçonnerie est toujours là de l’autre côté de la rue Wérihet, en-dessous du parc industriel. C’est par là que les eaux de Biquet-Gorée arrivent dans le drain du canal.

Biquet-Gorée et Nopis sont très probablement en communication. Théodore Gobert qui est surtout connu pour son livre sur les rues de Liège prétend qu’une branche de Nopis passe en dessous de Biquet. Ce qui est probable vu que les couches de charbon se superposent dans un pli déversé. Il n’est pas exclu qu’une partie des eaux de Nopis sortent aujourd’hui par la galerie d’exhaure de Biquet-Gorée.

Nous avons dans le coin donc deux areines abondantes avec de l’eau potable (il y a juste un taux de fer trop élevé, comme c’est d’ailleurs aussi le cas pour une des sources de Spa). Lors de l’été sec de 2020 des fermiers sont venus pomper de l’eau dans le ruisseau qui reçoit les eaux de la galerie Biquet-Gorée.

Si on ferait un plan d’ensemble pour le vivier, ces deux galeries d’exhaure, les eaux qui suintent des coteaux, les douves du château et les eaux pluviales du quartier à construire il y a peut-être moyen d’utiliser ces eaux d’une manière autrement plus intelligente que de les envoyer dans le drain du canal. Sans parler des eaux qui sortent épurées de la station d’épuration un peu plus loin.

Matexi et les pouvoirs publics d’Oupeye

Pour terminer, un petit rappel que je ne lie pas nécessairement au projet en cours. Matexi développe depuis des années des liens avec les pouvoirs publics, y compris à Oupeye où le groupe est intervenu financièrement dans l'aménagement de la place communale à Hermalle-Sous-Argenteau. MATEXI a eu en janvier 2015 un permis d'urbanisme pour un immeuble de 12 appartements. Des charges d'urbanisme n'ont pas pu être imposées directement, vu que la charge (100.000 € pour l'aménagement de la place communale, adjaçante au projet de construction) est largement supérieure à ce qu'une autorité pourrait imposer à titre de charge. Alors, Oupeye a monté une convention de participation financière proportionnée dans la réfection de la place : MATEXI s'est engagé à participer financièrement à une partie du cout de l'aménagement de la place voisine à son projet, la réfection entière de la place constituant une amélioration notable pour les futurs acquéreurs des appartements de MATEXI. En échange de cette contribution financière, la Commune s'est engagé à effectuer les travaux de réfection de la place dans un délai de 7 ans.

Liens

Petite histoire de la houillerie à Oupeye et de sa galerie d’exhaure dans mon blog https://hachhachhh.blogspot.com/2020/05/petite-histoire-de-la-houillerie-oupeye.html

 

http://biodiversite.wallonie.be/fr/3215-etang-de-vivegnis-et-thier-de-l-abbaye.html?IDD=251661716&IDC=1881#

Le projet Fut-Voie de Matexi >>

https://samaco.matexi.be/media/vivegnis/vivegnis-fut-voie-au-vivier.pdf

https://www.matexi.be/fr/vivegnis-info Pluris - préambule à la RIP (video)

RIP Vivegnis Matexi (video) idem que pdf

 

lundi 1 novembre 2021

61ième balade-santé au cimetière de Robermont.

photo J-P Remiche
Notre 61ième balade-santé du dimanche 14 novembre fait le tour du cimetière de Robermont. Départ à 10h pile au croisement (genre de rond point) de la rue Trou Louette, rue Ernest Malvoz et de l’avenue Joseph Merlot à Bressoux, juste après de l'église Notre-Dame de Lourdes au Bouhay, ou à 9h30 devant notre Maison Médicale Avenue F. Ferrer 26, à Herstal.

De la rue Malvoz nous suivrons le Chemin des Sarts, un cheminement cyclo-piéton (ou un corridor-vélo si tu préfères) tout frais (2019), le chaînon manquant entre le Ravel 5 (ancienne ligne 38 venant de Fléron), les quartiers de Grivegnée-haut et Jupille-haut et la gare de Bressoux, le futur terminus du tram de Liège et le futur hall des foires. Ces 650 mètres c’est un budget de 180.000 €, subsidié de 50% par la Province dans le cadre du programme Liège Europe Métropole. Et ne n’est pas encore fini : un second va relier le Plateau de Robermont à la vallée (Amercoeur) via le Parc de l’Oasis et le Bois Mangon. 220.000 € dont 100.000 € subsidié pare la Région wallonne dans le cadre de son programme de promotion de la mobilité douce.

Des logements sociaux à l’ancien “parc auto” de Liège

Le dépôt de Trou Louette qui a hébergé le parc automobile de la Ville et le service Hiver et Égouttage a été vendu au Logis social qui va y créer ici 24 logements publics, puis, dans une deuxième phase, après la démolition des les hangars, encore une cinquantaine (Marc Bechet La Dernière Heure 22/11/2019) Un avis du marché de services d'architecture a été lancé en juillet 2020.

Robermont, un lieu de recueillement, qui invite à la balade

photo jp Remiche
Le cimetière est avec ses 44 ha aussi grand que le Père-Lachaise à Paris et que la cité du Vatican. Sans être taphophile, littéralement « qui aime les tombes », Robermont est non seulement un lieu de recueillement, mais aussi un lieu qui invite à la balade, douce et sereine.

La Ville de Liège compte douze cimetières sur son territoire pour une superficie totale de 107 hectares. Il y aurait près de 850.000 personnes enterrées dans ces cimetières, y compris urnes et columbariums. Mais ce chiffre n'englobe pas les défunts dont la concession tombe n'a pas été renouvelée. Ces tombes sont alors réattribuées et les anciens os placés dans un ossuaire (Luc Gochel, La Meuse 2/11/2015).Et puis, les anciennes communes fusionnées ne tenaient pas toutes un registre qui n'est obligatoire que depuis 1983. Un chiffre précis peut-être donné pour le nombre d'incinérations. Les cendres de 27.000 personnes ont déjà été dispersées sur les pelouses de dispersion.

Au XIXe siècle, nos cimetières ont été conçus comme des parcs, voire des arboretums. Robermont compte de nombreux spécimens d'arbres remarquables La suppression des arbres, des fleurs, de la végétation dans les cimetières, remonte à une période après la Seconde Guerre mondiale, avec le développement des pesticides et autres herbicides…

Crématorium

Nous accédons à Robermont via sa partie la plus récente : le crématorium. Inauguré en 1978, le Centre funéraire de Liège a d'abord été géré par la seule Ville de Liège. En 1991, une société intercommunale s'est constituée grâce aux villes de Liège et Herstal. Fin 2009, 50 nouvelles villes et communes adhèrent à l’Intercommunale. Le columbarium extérieur peut accueillir 9.216 urnes ; pour 3.224 à l’intérieur. C’est un cimetière paysager avec quatre pelouses de dispersion dénommées les peupliers, les saules, les bouleaux et les acacias et une pelouse cinéraire pour l’inhumation des urnes, avec des dalles à même le sol. Ici aussi les rites funéraires évoluent. En 2017 on a inauguré une nouvelle pelouse d’inhumation où l’urne est enfouie dans le sol et un pied supporte un lutrin qui peut présenter jusqu’à quatre mentions funèbres.  La cavurne est un mix de caveau et urne ! Comme pour les inhumations classiques, l'espace disponible et la problématique des ornements souvent encombrants à côté des urnes traditionnelles ont mené à un mini-caveau enterré qui permet l'installation de quatre urnes.

Les parcelles musulmanes

photo dh O.Pirard
Le culte musulman implique une inhumation en pleine terre (sans fondation), l’orientation des tombes vers la Mecque. Généralement les pierres tombales ne sont pas décorées d’autres signes particuliers. Robermont a été un précursuer en Belgique, en 1970. Du coup, des défunts de toute la région et même de l’étranger ont été enterrés là. Dès 2011, l’espace était arrivé à saturation (500 adultes et 1.000 enfants inhumés). On a alors créé un autre lieu d’inhumation au cimetière de Jupille-Bruyères, et le règlement communal a un peu encadré l’accès aux parcelles liégeoises. En 2018 une nouvelle parcelle est créée pour 428 sépultures (La Dernière Heure/28/2/2018).

D’ici 2022, une nouvelle parcelle multiconfessionnelle sera accessible au cimetière de Rhées à Herstal. Selon Denise Bohet, échevine en charge des Cimetières, «la demande émane principalement de la communauté musulmane, voire un peu juive également. Nous arrivons à une troisième, voire quatrième génération de musulmans et certains défunts n’ont pas spécialement l’envie d’être inhumés ailleurs qu’en Belgique. On ne voulait pas faire de cet endroit une sorte de ghetto, donc il n’y aura pas de haie, de grillage ou autre… Il sera totalement intégré à l’endroit».

En parallèle, une autre parcelle sera dédiée aux « étoiles » (pour les fœtus mort-nés entre le 106ième et le 180ième jour) et aux « anges » (les enfants jusqu’à huit ans). « Ici il y aura une uniformité. À charge de la commune, une pierre bleue similaire à chaque tombe évitera toute stigmatisation. L’on viendra aménager les lieux avec des pelouses et des statues d’anges. »

Le carré militaire

A part  Blegny-Mine, «site minier majeur» notre Cité ardente ne compte jusqu’ici aucun site repris au Patrimoine mondial de l’Unesco. En 2016 la Région wallonne a lancé un dossier de classement du cimetière militaire de Robermont (Sud Presse 23/11/ 2016).  Elle a demandé à Christophe Bechet un rapport d’expertise intéressant sur  le "carré militaire". En 2018 le Conseil international des monuments et des sites (Icomos) a rendu un avis négatif concernant la reconnaissance par l'Unesco des sites wallons, flamands et français de la Première Guerre mondiale, mais cet avis ne clôture pas le dossier.

Les grognards de l’Empire

Il y a, pour commencer, les grognards de l’Empire. Beaucoup de généraux de la jeune Armée belge ont commencé leur carrière militaire dans les armées de Napoléon. Les détails qu’on retrouve aujourd’hui sur eux sont étonnants et parfois émouvants !

Comme ce Grenadier de la Garde impériale BOTTI Englebert, né le 16/04/1790 à Falle-et-Mheer (Val-Meer) + 14.05.1870 Liège  (parcelle 24, 2e ligne, tombe 16). La formulation de la plaque « grenadier de la garde impériale de la période 1792-1815 » pourrait faire croire qu'il a eu la médaille de Sainte-Hélène, mais les archives de celle-ci restent muettes. Il a dû commettre une infraction grave (tentative de désertion ?) pour être envoyé en 1811, au régiment de l'île de Walcheren.


BRIXHE, Louis Guillaume Martin 
(1787 + 1876 ; parcelle 33, rang 10, 1ère ligne) est le fils du révolutionnaire Franchimontois Jean-Guillaume Brixhe. Il a été blessé deux fois en Espagne, en 1809 et en 1812. Avec le 13e Hussards il participe à la campagne de France de 1814 où son régiment termine avec 13 officiers et 70 cavaliers! Il change de bord et se retrouve Capitaine chez les hussards belges à Waterloo. En 1830, il est membre de la commission de guerre de la jeune Belgique. Il devient le premier colonel commandant la Gendarmerie belge.

CROSSÉE, Eugène-Joseph-Victor (parcelle 38, rang 1, 1ère ligne, près du rond-point) quitte le service de la France après la campagne de 1814. A Waterloo il est probablement dans l'Armée des Pays-Bas. Il devient Général-Major à l'armée belge en 1847, à 51 ans. Il décédé au camp de Beverloo, le 27 août 1855.

Charles Eugène Ernest, baron  de GOESWIN entame sa carrière militaire au service de l'Autriche. Il la poursuit au service de la France. Après la chute de l'Empire il devient lieutenant-colonel au royaume des Pays-Bas.

Jean-Charles Van Landewyck (parcelle 17, 1er rang) prend son congé en 1814 en tant que sergent. Il monte brillamment les échelons de la hiérarchie militaire et meurt entant que colonel du 6ème Régiment d'Infanterie dans l'Armée belge, à l'âge de 55 ans, le 30 octobre 1847.


LEBOUTTE, Jean-François-Nicolas 
entre en 1804 dans la Garde impériale. Il est blessé à Eylau d'un coup de feu au pied droit. A Essling il reçoit un coup de feu la cuisse gauche. Lors de la campagne de Russie il est une nouvelle fois atteint au pied droit encore, ce qui ne l’empêche pas de faire la retraite jusqu’à la Berezina. À la première abdication de Napoléon, il reste dans l'Armée française, et est fait Chevalier de la Légion d'Honneur par Louis XVIII. Au retour de l'Empereur, il le suit à la bataille de Waterloo. Il est admis comme Capitaine dans l'Armée des Pays-Bas en 1818. Il intègre l’armée belge en 1830 et a son cheval tué sous lui et est encore blessé d'un coup de mitraille à la main droite lors de la Campagne des Dix-Jours de 1831. Il termine sa carrière comme Lieutenant-Général, après avoir participé à 16 campagnes ! Il décède à Liège à l'âge de 83 ans, et repose dans la parcelle 20, sur la gauche, non loin du monument français de la Guerre de 1870-71 (des grandes dalles superposées en forme de cercueil).

L'OLIVIER, Jean-Nicolas-Marie (parcelle 7 / rang 9 / 1ère ligne) est cadet au service de la Hollande à 7 ans. En 1804 (à l'âge de 12 ans !), il s'engage comme volontaire au 112e Régiment de Ligne.  Il faut dire que c'est son père qui avait été chargé d'organiser le régiment ! Après sa démission honorable de l'Armée française en 1814 il est admis dans l'Armée des Pays-Bas comme capitaine.  En 1830, il est intégré dans l'Armée belge avec le grade de colonel.

La guerre franco-allemande de 1870-1871

Lors de la guerre franco-allemande de 1870-1871, qui s’est terminée sur la Commune de Paris, pas mal de blessés des deux camps ont été soignés à Liège, et certains y sont décédés. En septembre 1872 est inauguré un monument qui porte le nom de 14 soldats français, blessés à Sedan, et internés et décédés à Liège après leur défaite. Ce monument fut remplacé en 1890 par un obélisque. En octobre 1872,  un monument a été élevé à la mémoire de trois soldats allemands, également blessés à Sedan et décédés à Liège. Les Allemands de Liège se cotisèrent pour édifier le monument à l'aigle tournant la tête vers le «Vaterland».On voulait aussi poser quatre petits canons au pied de la colonne (une symbolique jugée agressive envers la France, d'autant qu'on soupçonnait ces canons d'être du butin de guerre). A cette époque, la colonie allemande de Liège était forte de cinq mille résidents, estime Lambert Grailet, qui consacra en 1986 une notice historique au monument à l'aigle. En 1998, on a volé l'aigle sculpté en ronde-bosse qui surmontait la sépulture (llb 1-11-2004 et LeSoir 19/2/1999)

Le Grand Mémorial

La majorité des soldats belges tués au cours de la bataille de Liège ne furent pas enterrés à Robermont, mais dans des cimetières proches des batailles pour les forts (Chaudfontaine, Boncelles, Rabosée ou Rhées). Le carré belge compte beaucoup de tombes de soldats morts sur l’Yser et rapatriés ensuite en terre liégeoise à la demande des familles.

9000 soldats belges ont été rapatriés à la demande de leurs familles. Et parmi ces derniers, il en reste 6000 dont les tombes, qualifiés d’oubliées, existent encore aujourd’hui, les autres ayant disparu au fil du temps par défaut d’entretien ou en raison d’une concession non renouvelée. Ces dernières ont été inventoriées par le War Heritage Institute via un site Web. Il y en aurait 500 à Robermont et à Sainte-Walburge (Bruno Boutsen 23/5/2018 llb).

Liège autorisa également certaines familles à ensevelir leurs fils dans le caveau familial. D’où les deux caveaux remarquables (famille Hubens-Chabot et famille Dechesne-Barbay) dans le fond du champ d’honneur. Le caveau familial du lieutenant général Bertrand, qui s’était illustré pendant les premiers jours d’août 1914, est dans l’axe du mémorial et du buste du Roi Albert auxquels il semble répondre. Le général a aussi sa statue près du pont d’Amercoeur.

Le concours pour le “Grand Mémorial” est gagné par l’architecte Victor Rogister qui dessine un hémicycle de soixante mètres d’envergure. Avec même un triptyque sur la face postérieure avec l’aigle allemand attaquant une femme sans défense. Les sculptures sont d’Oscar Berchmans. La stèle centrale haute de 17 mètres, encadrée par deux colonnes cannelées, porte l'inscription : "1914-1918 AUX/ HEROS/ DE/ LA/ GRANDE/ GUERRE/ TOMBES/ AU/ CHAMP/ D'HONNEUR/ GLOIRE/ ETERNELLE". Sous l'inscription, une figure féminine en haut-relief symbolise l'Humanité. De part et d'autre, deux murs incurvés ornés de hauts-reliefs avec les inscriptions : "POUR LA PATRIE" et "POUR L'HUMANITE". Le monument s’affaisse peu à peu et toutes les pierres se descellent. La stèle a été démontée en partie en 2005. Le cabinet p.HD préconise  les interventions suivantes : le démontage de toutes les pierres, les restaurations de ces dernières, la création de nouvelles fondations et le remontage de l’ensemble.

D’où viennent alors toutes ses autres  nationalités ?

Mais Robermont a recueilli aussi les dépouilles de nombreux soldats étrangers. Toujours selon la Commonwealth War Graves Commission, il contient les tombes de 800 Allemands et de 700 prisonniers de guerre des pays alliés. Lors de l’inauguration de ce «petit mémorial interallié » en octobre 1926, en présence du roi Albert, il y avait des représentants de l’Angleterre, la France, l’Italie, la Pologne et le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes. La Russie était absente car le gouvernement soviétique n’avait pas encore été reconnu par la Belgique. Les Allemands n’ont pas été conviés non plus. Les dépouilles des soldats allemands sont d’ailleurs reléguées dans une autre partie du cimetière.


Mais d’où viennent toutes ses autres  nationalités puisque la bataille de Liège (4 août – 16 août 1914) n’a vu s’affronter que les armées belge et allemande ? D’abord Liège a accueilli une multitude de blessés allemands, puis des prisonniers de guerre russes, italiens, serbes qui furent utilisés comme main d’œuvre entre autres dans la construction et l’entretien des lignes de chemins de fer stratégiques.

Des 48 tombes identifiées dans le carré britannique, une trentaine appartiennent à des soldats décédés entre mars et décembre 1918, soit de blessures graves, soit de maladies comme la dysenterie aigue, la grippe espagnole ou la bronchopneumonie. On déplora encore la mort d’un grand nombre d’entre eux après la signature de l’Armistice. Au milieu du carré du Commonwealth, la croix du sacrifice, présente dans tous les cimetières militaires du Commonwealth.

119 croix françaises encadrent la statue d’une dame voilée fermant les yeux. Les anciens combattants français résidant à Liège pouvaient être inhumés aux côtés de leurs frères d’arme. D’où des dates de mort largement postérieures à la fin du premier conflit mondial.

Les Italiens ont connu probablement le sort le plus dramatique. Leurs 347 sépultures dépassent largement les effectifs des autres nations. Après la défaite de Caporetto en octobre 1917, 300.000 soldats italiens avaient été faits prisonniers de guerre (PG). Une partie s’est retrouvée dans des camps de concentration en Belgique. Les conditions de vie des 300 italiens détenus dans les camps de concentration austro-hongrois étaient désastreuses. Ils étaient considérés comme travailleurs forcés pour qui la convention de La Haye de 1907 sur les prisonniers de guerre ne jouait pas. Anne Morelli a soulevé le problème en 1978 lors d’un colloque sur  les relations belgo-italiennes en 1914-1918, sur base des dossiers des prisonniers italiens détenus à la citadelle. Quarante ans plus tard, avec le centenaire de la Grande Guerre, qu’on se rend compte que  67% des 548 tombes de soldats italiens sur 9 cimetières en Belgique sont morts comme PG, entre la fin 1917 et le début 1919. 182 soldats du Secondo Corpo sont morts sur le champ de bataille, lors de la reconquête du Chemin des Dames en janvier 1918. A Robermont il s’agit des troupes auxiliaires de la Secondo corpo. L’obélisque est cerclé à sa base de faisceaux, emblèmes de l’Italie fasciste. Sur le socle on lit : « Al soldati d’Italia morti per la grandezza della patria. 1915-1918 » (Aux soldats d’Italie, morts pour la grandeur de la patrie. 1915-1918). Or qu’après la défaite de Caporetto, l’État italien considérait une grande partie de ses compatriotes prisonniers comme des déserteurs “dans la mesure où ils n’avaient rien entrepris pour se défendre”. Le gouvernement italien bloquait même les colis de la Croix Rouge pour ces PG.

Accolé aux tombes italiennes, un aigle serbe perché sur un amas de pierre monte la garde sur cinq tombes d’une extrême simplicité, faites de béton et de graviers mélangés. L’aigle est de la main du sculpteur liégeois Louis Gérardy.

Enfin, situé à l’autre extrémité du champ d’honneur, le carré russe avec ses 146 croix de béton et une vingtaine de croix en pierre. Les croix anciennes marquent l’emplacement des sépultures des prisonniers de guerre. Les croix de meilleure facture correspondent aux tombes d’exilés russes ayant fui la Russie soviétique. Leurs dates de décès sont postérieures. Sur plusieurs de ces croix est repris le grade et l’ancien régiment du défunt dans l’armée impériale, un ultime témoignage de fidélité à la Russie tsariste. Quelques croix sont des exilés russes victimes des bombardements en 1944.

Et il y a aussi un seul Hollandais : Nicolaas Egidius Erkens, né en 1894 à Maastricht. Lors de la guerre 40-45 il avait assisté des prisonniers de guerre, des pilotes alliés accidentés et des Juifs, ainsi que fourni armes et explosifs. Fin 1942, il avait été arrêté et fusillé à Utrecht, avec notamment le comte Raphaël de Liedekerke, du château d’Eijsden et Jules Goffin du réseau Clarence. Son nom est inscrit sur le monument de Rijnauwen (Utrecht). Mais comme il avait épousé une Liégeoise, Bertha Hustinx, il a été ramené au cimetière de Robermont à la demande de la famille de son épouse, dans une tombe marquée du drapeau belge. Plus tard la famille a demandé un drapeau hollandais sur la stèle. Un monument évoque aussi la mémoire de cinq fonctionnaires du cimetière. Deux d'entre eux ont été tués sur le champ de bataille, l'un est mort en captivité et les deux autres ont été assassinés par les Allemands le 22 août 1914, sous prétexte d'une embuscade. Il y a aussi la sépulture de Jules Hentjens, le capitaine du remorqueur Atlas V qui, en 1917, força les barrages allemands pour faire passer des volontaires en Hollande.

Le monument allemand

En mai 1916 l’administration civile impériale allemande exigea la concession à Robermont de la parcelle où avaient été enterrés 360 soldats allemands, 56 belges, 33 français et 3 anglais, décédés la plupart dans les hôpitaux liégeois. L’intention des autorités allemandes était d’y édifier un monument mixte en l’honneur des « défenseurs de leurs patries ». L’autorité occupante proposait même d’acheter la concession. Le Conseil communal accepta mais réclama que les soldats belges et alliés soient exhumés et enterrés dans une autre partie du cimetière. Elle refusa aussi la somme proposée.

La petite nécropole allemande compte aujourd’hui 205 croix et deux stèles juives. Selon l’association pour la sauvegarde des tombes de guerre allemande (Volksbunde Deutsche Kriegsgräberfürsorge) 795 allemands sont enterrés à Robermont. En raison du manque de place, les tombes renferment en moyenne quatre soldats.

Devant le cimetière allemand il y a aussi un monument contenant des cendres de Dachau.  

Un bien noir ‘rendu’ aux hospices civils

abbaye robermont
Nous sommes rentrés par la partie la plus récente. Après les carrés militaires nous arrivons dans la partie historique. Le cimetière se trouve sur le site d'une importante abbaye appartenant à l'Ordre de Cîteaux, établie sur les hauteurs de Liège au 12e siècle. En 1792, l'abbaye est pillée par les armées françaises. L'année suivante, le prince-évêque est rétabli et les religieuses reprennent possession de leur bien. Pas pour longtemps : en 1794, les troupes françaises dévastent les bâtiments. En 1797, une partie du couvent, à l'exception du jardin, est vendue aux enchères. Les religieuses récupèrent une partie de leurs biens via un homme de paille.

En 1799, le Conseil municipal affecte provisoirement le jardin de l'abbaye à l'inhumation de militaires morts à l'hospice des Écoliers. Puis le décret impérial de 1804 prohibe les inhumations dans les églises et dans l'enceinte des villes. La dernière religieuse de Robermont décède vers 1814 et lègue ce qui reste de l'abbaye à la Commission administrative des Hospices civils.

L'enceinte primitive du cimetière correspond au jardin clôturé de l'ancienne abbaye. Les allées principales convergent vers l'ancienne morgue, construite en 1824. Le fronton triangulaire est orné d'un urobouros enserrant un sablier ailé. Ce bâtiment sert aujourd'hui d'entrepôt.

Les monuments funéraires disposés en arc de cercle devant ce bâtiment au centre du cimetière primitif, dans l'axe de l'entrée du site, sont les sépultures de bienfaiteurs des hospices. Le monument funéraire d'Isabelle Pansmay, veuve Remy, décédée en juin 1848, est érigé par son neveu et les hospices de Liège. Le monument de 1844 à P.G. Lonhienne aussi porte l’inscription : « Les hospice de Liège à leur bienfaiteur. Idem pour le monument « à la mémoire de Madame Denizet, bienfaitrice des pauvres RIP Bureau de bienfaisance ».

A partir de 1818, Robermont devient le seul cimetière de la ville.

Des monuments surprenants

Selon Chantal Mezen, présidence de l'ASBL "Les Cimetières liégeois", l'art funéraire est parti en 1804 du code des sépultures de Napoléon, qui n'a été modifié chez nous qu'en 1971. Le code permettait l'achat d'une parcelle en concession et les gens ont rivalisé dans la mort comme dans la vie. Après la Seconde Guerre mondiale on a assisté à une standardisation. Mme Mezen propose qu'on permette aux familles de restaurer à l'identique une sépulture ancienne à l'abandon, qui serait cédée pour un franc symbolique (La Libre Belgique7/11/2005).

Robermont est l’un des plus beaux cimetières de Wallonie, avec ses grands arbres, des allées ombragées, quelques belles œuvres, des monuments surprenants.

Lors des nombreux agrandissements on a une évolution urbanistique «en quadra », comprenant des allées rectiligne et un parcellaire parallèle. Le long de ces allées subsistent encore, autour de tombes anciennes, des structures métalliques servant de support à l'installation des dais funéraires et des couronnes lors des funérailles.

Classé comme site par arrêté ministériel du 24 septembre 2002, il abrite les sépultures de nombreuses personnalités. Un intérêt architectural également attesté par la présence de sépultures de divers styles : néo-gothique, néo-classique, éclectique, art nouveau et art déco.

Le site est divisé en trois zones avec des prescriptions spécifiques. La zone A comprend des restrictions axées sur la conservation de l'aspect général du site et de sa végétation. Les zones B et C, intégrées dans la zone A, comprennent des prescriptions relatives aux sépultures antérieures à 1930 et aux nouvelles interventions. Les zones C concernent les ensembles les plus remarquables.

Les tombes repris dans l'Inventaire du patrimoine immobilier culturel (IPIC)

Beaucoup de monuments sont repris sur la fiche de l’Inventaire du patrimoine immobilier culturel (IPIC)J’en reprends ici quelques uns.

 L’imprimeur Auguste Bénard (1854–1907 ; Zone A, parcelle 20) est le fondateur du journal « la Meuse» d’où l’inscription "A AUGUSTE BENARD / LES TRAVAILLEURS DE SA MAISON". Le bas-relief en bronze est signé par Oscar Berchmans. Le petit médaillon est attribué à Rassenfosse, qui fut un des illustrateurs de son journal.

la famille bouvy sculpté par Brouns et Rulot

Le Monument funéraire de la famille Bouvy face à l'ancienne morgue centrale (Zone C, parcelle 17/19) est de l'architecte Paul Jaspar. Le bas-relief en marbre blanc représentant la résurrection du Christ et Piéta est l’oeuvre du sculpteur herstalien J. Rulot assisté par J. Brouns. Le plafond est orné d'un vitrail polychrome, avec l'urobouros, un serpent avalant sa queue, symbole du temps cyclique, entourant les lettres « SPES » (espoir). A droite, un flambeau allumé droit et, à gauche, un flambeau renversé, symbole de la vie qui s'éteint.

La porte en bronze du mausolée du peintre-décorateur Pascal Joseph Carpay (1822-1892 - Zone C, parcelle 87) est décorée d'un flambeau renversé, symbole de la vie qui s'éteint. La chapelle abritait un buste du défunt, aujourd'hui disparu, sur un socle encore en place. Surmontant la chapelle, second registre composé d'un cénotaphe entouré d'une colonnade servant de socle à un groupe allégorique en bronze signé L. Mignon, composé d'une pleureuse entourée de deux enfants et d'un ange autour de l'urne cinéraire du défunt. Cette sépulture d'artiste conçue par des artistes est unique en Wallonie.

Morren- photo androom

La tombe Zone B, parcelle 36 est de Charles Morren (1807-1858), professeur de botanique à l'ULg, fondateur du Jardin botanique ; et de son fils, Edouard (1833-1886), professeur de botanique. Charles a développé la fécondation artificielle de la vanille en 1836. Un manteau d'académicien est posée sur une stèle ornée d'un rameau de « Morrenia odorata Lindley ». Cette plante dédicacée à Charles Morren est souvent confondue avec du lierre.

Le  memorial « élevé par souscription publique » du poète Defrêcheux (1825-1874 - Zone B, parcelle 42) est de l’Art déco de l'architecte Bernimolin. Les inscriptions en wallon reprennent ses poèmes « LE MÎZ M' / PLORER » « LES / ORFILINS » « TOT / HOSSANT » « L'AVEZ V' / VEYOV / PASSER » « LI / CHARITÉ » « MES DEÛX LINGADJES ».

Le tombeau de Walthère Frère-Orban (1812-1896- Zone C, parcelle 42) est un des édifices les plus remarquables de l’art funéraire en Wallonie. Il a été érigé de son vivant, en 1891. Le monument est conçu par l’architecte Charles Soubre en style néo-gothique. C’est une sorte de testament de pierre. Une tour d’une dizaine de mètres se dresse au centre d’une terrasse bordée d’une balustrade, délimitant ainsi un enclos préservé. Hérissée de tourelles d’angle, de pinacles et de gargouilles, largement ajourée dans sa partie supérieure à la manière d’un clocher, autrefois surmontée d'un ange, cet édifice rappelle de prime abord le clocher des églises néogothique. Mais la tour évoque en fait un beffroi, symbole des libertés civiles. Walthère Frère–Orban fut l'un des fondateurs du Parti libéral en

1846,  ministre et premier ministre à deux reprises ; fondateur de la Banque nationale, de la Caisse d'Épargne et du Crédit Communal et président de la commission des hospices civiles de Liège.

La tombe du sculpteur Léonildo Giannoni (1880-1935 - parcelle 24) est de style moderniste de 1935. Sur le socle, très belle allégorie du deuil théâtral, nu en marbre blanc importé d'Italie, portant la signature du sculpteur.

La famille Hargot (Zone A, parcelle 131) a une chapelle de style néoclassique orientalisant, coiffée d'un dôme couronné d'une croix celtique.

La tombe de la famille Herman-Jodogne Zone B, parcelle 110 est de l’Art nouveau, avec bas-relief en bronze attribué à Oscar Berchmans

L’ imposant monument de 10 mètres de haut situé dans l'axe de l'ancienne morgue, flanqué de deux lions couchés et couronné d'un perron liégeois surmonté d'une croix, est de Louis Jamme (1779-1848), Bourgmestre de Liège de 1830 à 1838 et député.

La colonne ionique brisée, dont la partie supérieure est posée horizontalement devant celle-ci (la colonne brisée symbolise le pilier de famille disparu Zone A, parcelle 131) est « IN MEMORY / OF  THE HONORABLE / COLONEL PETER JEFFERYS  LATE PRESIDENT OF THE  ISLAND OF NEVIS / DECEASED AT LIEGE / FEBRUARY 10TH 1859 / AGED 77 YEARS ». Notre Gouverneur de l'île de Nevis https://en.wikipedia.org/wiki/Nevis#1800_to_the_present_day  (Caraïbes)  le quitta en 1824 pour s'installer à Liège, où il avait séjourné auparavant.

Le monument funéraire de Françoise Lanhay (Zone A, parcelle 30/32) est un remarquable gisant en marbre blanc protégé par une serre en forme de chapelle, signée par Jean Joseph Halleux, FRANCOISE CAROLINE LEOPOLDINE / LANHAY / Enfant unique / NEE LE 07 AOUT 1846 / DECEDEE LE 07 AOUT 1864.

Le monument funéraire de la famille Loeser (Zone B, parcelle109) est d'après les plans de l'architecte Paul Comblen, Art déco ornée d'un bas-relief de bronze signé O. Berchmans et B. Verbeyst fondeur Bruxelles. Allégorie du deuil représentée par une femme debout de profil, vêtue d'un long drapé, levant au ciel une lampe.

La tombe Art nouveau de Gustave Serrurier-Bovy (1858-1910- Zone c, parcelle 89-85) est orné d'un bas-relief en bronze attribué à Oscar Berchmans. Six piliers de section carrée reliés par un grillage délimitent la sépulture.

Zone A, parcelles 102 et 103, un ensemble de 5 chapelles des familles Laloux, Chaudoir, Guillemin-Pender et Delsemme-Troisponts

Dans l'une des premières zones d'agrandissement de la Zone B on trouve des sépultures en chambre sur caveau, en forme de chapelle généralement de style néo-gothique. Le vitrail en très bon état de la chapelle de la famille C.Close (parcelle 64) représente saint Jean-Baptiste et une Vierge à l'enfant ; les fragments d'une fresque sont toujours visibles sur le mur de droite.

Célestin Demblon, Eduard Wagener, René Beelen etc.

Le monde ouvrier a aussi ses tombes, comme celle de Célestin Demblon. Lors des élections de 1894, le jeune instituteur révolutionnaire avait battu l'ancien ministre libéral Frère-Orban (alors que le suffrage est encore plural). En 1918 la création de l'Union soviétique fait naître chez Demblon un grand espoir: «Je suis pour la révolution russe, qui constitue une forteresse pour la classe ouvrière du monde entier. Sans cette forteresse, sans cette révolution, la bourgeoisie n’aurait pas fait de concessions concernant la sécurité sociale au POB. Une sécurité sociale que la bourgeoisie jette à la tête des travailleurs par peur panique du bolchevisme dans notre pays, comme on jette un os à un chien dangereux

En 1921, il soutient Julien Lahaut qui mène une grève à Ougrée-Marihaye pendant neuf mois. Au bout de sept mois, lorsque d’autres dirigeants syndicaux annoncent qu’il n’y a plus d’argent pour les grévistes, Lahaut envoie les enfants des grévistes dans des familles d’accueil. C’est le moment que choisit le POB pour arrêter la grève. Une commission du Parti Ouvrier Belge reproche sévèrement à Demblon son soutien à Lahaut. Son rapprochement avec les communistes ne plait pas à la Fédération socialiste liégeoise qui « constate » que Demblon « n'a pas régulièrement payé ses timbres d'affiliation et s'est exclu de lui-même ». Selon J-M Dehousse, Célestin DEMBLON « se prépare à opter pour le nouveau Parti Communiste lorsqu'il meurt de la grippe, ce qui lui vaudra deux monuments funéraires ».  Je n’ai pas retrouvé une deuxième tombe, mais celle que j’ai trouvé reprend ce beau texte : « Les travailleurs révolutionnaires au grand socialiste, à l’écrivain, au tribun qui donna toute sa vie à la cause prolétarienne ». Selon Jules Pirlot, la tombe est adoptée comme monument par la Ville de Liège. L'inscription ne parle ni de communiste ni de socialiste mais de révolutionnaire auquel le prolétariat liégeois rend hommage (souscription pour la tombe) on dirait  (hypothèse de J.P.) la main discrète du parti communiste soucieux de récolter de l'argent chez les ouvriers socialistes de gauche....

tombe Wagener photo jp remiche
Nous irons aussi saluer le cafetier Herstalien Edouard Wagener, président des "Va-Nus-Pieds" (parcelle 90). Le 18 mars 1886 il appelle à un grand meeting public en commémoration du 15° anniversaire de la Commune de Paris. Ce meeting sera le point de départ d’une révolte qui balaye tout le pays.  Il reçut d’abord six mois de prison pour bris de clôture, et la Cour d’assises le condamna ultérieurement à cinq ans de réclusion pour excitation au pillage. Pour lui, la règle « non bis in idem » ne comptait pas… Wagener décède en 1894. Un bonnet phrygien est posé sur son monument funéraire. Je suppose que ce monument aussi a été payé par souscription publique.

Il y a aussi la tombe de René BEELEN, ouvrier d’usine, résistant, militant à la Jeunesse communiste, vice-président du Parti communiste belge, conseiller provincial de Liège. Il décède à Moscou le 15 février 1966, alors qu’il vient d’y prononcer un discours devant les ouvriers d’une usine de machines-outils. Ses funérailles à Liège étaient impressionnantes, avec un long cortège depuis le siège de la fédération liégeoise du PCB sur le quai de la Batte, jusqu’au cimetière de Robermont, où il est inhumé dans la pelouse d’honneur aux côtés de ses compagnons d’armes, militaires et résistants combattant l’Allemagne nazie.

Il y a aussi Ernest Burnelle. La participation à ses funérailles avait été massive, avec des discours de l’ambassadeur d’URSS, un représentant du Parti communiste français, Frans Van den Branden au nom de l’aile flamande du PCB, et Marc Drumaux, vice-président et successeur d’Ernest Burnelle à la tête du PCB. Burnelle a été un compagnon de lutte de Julien Lahaut. Permanent du PCB clandestin il poursuit sa lutte au Borinage. Il deviendra président national du PCB en 1961. Il a joué un rôle important lors de la scission du mouvement communiste international. Un courant prochinois critique le révisionnisme du PCB et son abandon du marxisme-léninisme. Pour Ernest Burnelle par contre, l’appel à l’unité du mouvement communiste international est une invitation à isoler la Chine. Burnelle est réélu député en mars 1968. En juin, il est frappé par une hémorragie cérébrale, en plein discours, à Saint-Gilles, son quartier d’origine, lors d’un colloque. Le 6 août, il décède sans être sorti du coma (JulesPirlot, « BURNELLE Ernest, Louis).


J’ai encore connu personnellement Marcel Levaux, dernier bourgmestre communiste de la province de Liège, décédé en 2007. Il avait adhéré au Parti communiste en 1942. Elu député communiste en 1968, il a siégé à la Chambre jusqu'en 1981. Élu conseiller communal à Cheratte en 1970, il en devint le bourgmestre en avril 1971 à la tête d'une tripartite (PC, chrétienne et libérale) qui avait rejeté le PS dans l'opposition. Il restera ainsi mayeur de Cheratte jusqu'aux fusions de communes de 1977 (LS 12/06/2007).

La pierre, taillée de père en fils

A la sortie, la SA Latour qui taille les monuments funéraires depuis quatre générations. Etienne Latour est à la tête de la société Latour depuis 1997, à la mort de son père. En 1881, Etienne Latour, l'arrière-grand-père… d'Etienne Latour, quitte Florzé où il travaillait déjà la pierre, pour venir s'établir à Herstal, devant le cimetière de Foxhalle. Il préférait amener le petit granit pour le travailler sur place. » A coté des monuments funéraires, Latour faisait aussi des seuils ou des appuis de fenêtre. Après il déménagea en Rhees, toujours à Herstal. Les quatre fils, Louis, Joseph, Lucien et Léon, lui succédèrent dans le travail de la pierre. Etienne Latour raconte : «en 1979 mon père Jean-Marie a ouvert à Robermont et, quelques mois plus tard, à Sainte-Walburge. Il s’était recentré sur le funéraire ». Etienne a à nouveau élargi sa gamme. Il taille des tables, des sièges, des vasques, des bancs, des objets de salles de bains, et d’autres objets de décoration. » (Charles Ledent La Meuse 2/11/2015).

photo jp remiche

Sources

https://www.facebook.com/groups/Patrimoine.Liege.Cimetiere.Robermont/posts/2842686499348854

MEZEN CH., Le cimetière de Robermont, le Père-Lachaise liégeois. Noir Dessin Production

 http://hachhachhh.blogspot.com/2014/08/mes-coups-de-cur-pour-les-journees-du.html

Sur Demblon

http://hachhachhh.blogspot.be/2014/08/demblon-en-juin-1899-au-parlement-si-le.html

Sur Rhées https://hachhachhh.blogspot.com/2021/10/le-cimetiere-de-rhees-une-ville-en.html

 

https://ceserh.hypotheses.org/1328 Eugénie Bechoux Une sémiotique du simulacre dans nos cimetières. Le cas de Robermont

http://lampspw.wallonie.be/dgo4/site_ipic/index.php/fiche/index?codeInt=62063-INV-2499-01

Bibliographie suivante a été repris de la fiche de l’'Inventaire du patrimoine immobilier culturel (IPIC) sur Robermont

BEAUJEAN J., 1999, Sur la piste des anciennes gloires de la botanique et de l'horticulture à Liège, Visite du cimetière de Robermont, Natura Mosana, p.82-92.

BROSE J., 1969. Deux grognards de l'Empire enterrés à Robermont, B.S.R.V.L., no 167, p. 436-438.

BROSE J., 1976. Deux monuments liégeois, souvenir de la guerre franco-allemande de 1870, B.S.R.V.L., no 195, p. 96-101.

DE QUATREBARBES E., BROSE J., 1978. La mystérieuse pyramide de Robermont, La Vie Wallonne, no 364, p. 221-225.

O.D., 1974. Robermont : de l'abbaye à la nécropole, La Vie Liégeoise, no 1, p. 4-15.

GOBERT TH. Liège à travers les âges. Les rues de Liège, tome 10, p.189-217

GRAILET L., 1986. Un autre regard sur Robermont, Si Liège m'était conté, no 100, p. 21-28.

HEXT G., 1997. Le cimetière de Robermont, Liège.

B. LECOSTE, Quelques curiosités monumentales et épigraphiques des nécropoles de Liège et des environs, dans Notes et enquêtes du musée de la Vie Wallonne, t. 64, nos 409-412 (1990), p. 197-212.

B. LECOSTE, Promenade dans les cimetières liégeois, sépultures de Liégeois célèbres et d'auteurs wallons, dans B.S.R.V.L., no 254 (juillet-décembre 1991), p. 260-267

Beau reportage photo https://www.lavenir.net/extra/content/webdoc/webdoc-cimetiere/liege.html