lundi 17 janvier 2022

Hommage à la grande avocate du peuple Cecile Draps

photo J=M Dermagne
Le 8 décembre 2021, l’avocat à la cour de Cassation et militante communiste Cécile Draps nous a quitté (c’est Cécile qui a utilisé le titre avocat et non avocate). Paul Emmanuel Babin, doctorant historien français de l'université de Lille, veut éditer un hommage à Cécile. Ma contribution sera son rôle, d’abord dans un procès au tribunal de travail contre le licenciement de plusieurs grévistes dont moi à Citroën Forest, en 1971, et ensuite dans un procès en correctionnelle contre une milice patronale mise sur pied par la même usine.

M. Babin a fait sa thèse sur le soutien belge au FLN pendant la guerre d'Algérie. C'est comme ça qu'il a rencontré à de multiples reprises Cécile Draps. En mars 2020 il a fait une conférence à l'ULB avec Cécile et un ancien dirigeant FLN Haroun, à l'occasion du 60e anniversaire de l'assassinat d’Akli Aissiou. Il a répercute vers la presse algérienne (El watan) et vers l'ambassade.

Voici donc en guise d’hommage le récit de ces évènements.

La grève de 1969 à CITROEN et le Secours Rouge

En 1969, les luttes ouvrières explosent en Belgique. Ces grèves connaissent une répression patronale particulièrement féroce et massive : 48 travailleurs sont licenciés à Michelin, 22 à Clabecq, 25 à Caterpillar, 66 à Citroën. C’est l’époque où Cécile prend l’initiative du Secours Rouge.

Le 12 novembre 1969, fraîchement diplômé d’un Master en Psychologie à la KUL, j’avais commencé à travailler à la chaîne de montage de Citroën Forest, au taux horaire de 54,74 francs, comme quelques centaines d’intellectuels sortis de Mai 68. Une semaine plus tard, le 19 novembre, la gendarmerie en tenue de combat investit l'usine et arrête 67 grévistes. 24 sont licenciés sur le champ.

A Citroën, un millier de travailleurs assemblaient des 2CV, des DS et des camionnettes. 80% étaient des immigrés, des Italiens, des Grecs, des Espagnols, en tout 17 nationalités. La maîtrise était essentiellement belge, de même d’ailleurs que la délégation syndicale. Tous les délégués sont hors du travail à la chaîne ou à des postes de maîtrise. La participation des non-belges aux élections sociales n’a été autorisée qu’en 1974.

En 1969, la production avait doublée, de 80 à 160 voitures /jour ! En septembre, on voulait encore augmenter la cadence à 210 voitures. Pour ce faire, la direction veut éliminer les  meneurs. Le premier visé est un ouvrier italien, Dominique. Lorsqu’il refuse une mutation à la chaîne, il est licencié sur le champ, et quand à la suite il se représente à son poste de travail, la direction appelle la police de Forest! Les travailleurs réagissent par la grève immédiate. Le bourgmestre libéral de Forest, le brasseur Wielemans, intervient en personne et menace de l’expulser à la frontière. Et c’est alors que la gendarmerie investit l’usine, menaçant les travailleurs avec leur fusil ! Certains chefs désignent aux gendarmes 67 travailleurs et travailleuses dont 24 sont licenciés sur le champ.

Le 27 novembre 1969, les syndicats organisent à Forest une  manifestation de protestation. Cela fera des vagues jusqu’au Parlement. Le 2 décembre 1969, suite à une interpellation du député Communiste Gaston Moulin, un ordre du jour est voté par 127 voix contre les 29 députés du PLP.

manifestation de solidarité, avec R. Fuss et E. Kreslo
Sous la menace d’une nouvelle grève, soutenue cette fois par les centrales syndicales, les 24 licenciés seront réintégrés, bien que déplacés de poste. Le « meneur » espagnol Blanco est muté au garage de la place de l’Yser, aujourd’hui transformé en musée.

La grève de 1970

Suite à cette grève l’usine arrête d'embaucher des grecs et des espagnols, et prend des marocains. Le groupe Union Usines Université commence à publier un journal d’entreprise « La Cadena » en plusieurs langues. Le 4 novembre 1970 – je cite ici l’exploit de Cécile Draps devant le tribunal de travail – « les ouvriers apprirent que, sans les avoir consultés, patron et syndicats avaient signé une convention qui prévoyait une simple amélioration de la prime de fin d’année et une restructuration de la classification des salaires, qui fut jugée de nature à provoquer la division des ouvriers.

Le 6 novembre, à midi, l’ensemble des ouvriers se mirent en grève pour protester contre cet accord auquel ils n’avaient pas été parties. La grève se poursuivit le lundi 9 novembre. La direction déclare qu’elle licenciera sans préavis ni indemnité ‘les ouvriers provoquant volontairement l’interruption du travail’. L’après midi elle licencie une trentaine de travailleurs, afin d’intimider leurs compagnons pour qu’ils mettent fin à la grève.

Le mardi 10 novembre, les ouvriers frappés par cette mesure se présentant à l’entreprise, les autres travailleurs décidèrent de poursuivre la grève par solidarité avec les licenciés. Le 12 novembre 37 autres travailleurs furent licenciés sur-le-champ. La direction bloque l'entrée de l'usine avec des containers, et fait appel à la police. Elle licencie quelque dizaines de personnes en plus ».

Cécile, qui avait pris l’initiative du Secours Rouge (1970—1973), avec Maurice Beerblock, Robert Fuss, Jacques Boutemy et d’autres, conteste le motif grave devant le tribunal de travail. Elle réclame une indemnité de préavis ainsi qu’une indemnité pour rupture abusive du contrat de travail selon l’article 24 ter de la nouvelle loi sur le contrat de travail. Même si elle était avocate à la cour d’appel, elle était à la pointe aussi au tribunal de travail si nécessaire ! Et elle part d’une défense du droit de grève, le droit des ouvriers à occuper leur usine et à refuser les menaces de la direction une fois la grève entamée ! Elle s’inspire ainsi de la méthode de Jacques Vergès, – des procès de «rupture » qui visent notamment à dénoncer la légitimité de l’accusation: « Grâce à l’expérience que j’ai eue pendant la guerre d’Algérie où vraiment il y a quelques avocats dont Jacques Verges qui ont théorisé l’idée de la procédure de rupture, ça donne une tout autre force à la manière dont on présente les choses. Ce n’est pas :« ah excusez-moi, oh je faisais un piquet de grève, oh j’ai occupé l’usine ». Donc on arrivait à la barre avec par exemple la défense du droit de faire des piquets, du droit d’occuper l’usine ».

Une petite anecdote : le tribunal de travail prend du retard parce que les représentants de la FGTB refusent de mettre une toge noire pour siéger. Le procès passe finalement en juin 1971.

La milice patronale et l’affaire des ‘gorilles’

Lors de la grève de 1970 l’usine avait mis sur pied une milice patronale, avec le personnel de maitrise et son club de karate. En 1971 on monte d’un cran. Je cite le rapport d’enquête de Février 1971 sur la grève aux usines Citroën (Forest) du 6 au 12 novembre 1970 de la Ligue Belge pour la défense des Droits de l’Homme : « des individus étrangers au personnel habituel de l’usine ont pris une part active dans la répression de la grève. Ils se manifestent dès le lundi 9 novembre. Ce jour-là, à 6h30, quatre militants UUU occupés à distribuer des tracts, sont violemment attaqués (filles et garçons) par 4 hommes ‘en complet, veston et cravate’. Leur voiture est également prise à partie par les ‘gorilles’ qui emportent les tracts et les calicots qui s’y trouvent.

Le lendemain matin, les gorilles sont dans l’entrée de l’usine, en bleu de travail. Ils aident les contremaîtres à filtrer les ouvriers qui rentrent. On les retrouve le jeudi matin au même endroit. Le vendredi, ils poursuivent sur les trottoirs plusieurs étudiants UUU. Selon les syndicats, il s’agit de gorilles que le patron a fait venir de France pour casser la grève. Selon la direction, Citroën étant une maison française, il n’est pas rare de voir circuler dans l’entreprise ‘du personnel technique et administratif’ détaché de la maison-mère de Paris.  Selon UUU, il s’agit de gens spécialisés pour briser les grèves et envoyés à Bruxelles par le Syndicat Indépendant de la Société Citroën (SISC).Enfin, on note leur passage fréquent en voiture – une DS 19 immatriculée en France 33 UV 75, devant le local UUU, et, le samedi, ils surveillent les abords du meeting ». Il s’agit ici du meeting du 14 novembre, à la salle Régina, Chaussée de Waterloo. A la sortie du meeting, un cortège se forme constitué de quelques centaines d’étudiants et une cinquantaine d’ouvriers licenciés. Lors du procès qui suivra nous apprendrons que cette plaque existe. Elle est d’une voiture qui appartient à la Sécurité Intérieure, mais cette voiture n’aurait jamais quitté la France….

La police de Forest empêche toute concentration devant la porte. Lorsque les licenciés se regroupent à la gare ils sont dispersés par la police qui arrête une dizaine de licenciés.

Les militants d’UUU distribuent ‘La Cadena’ dans les trains et les trams, car la police patrouillait  autour de l'entrée.

Un soir, ils arrêtent 8 militants dont moi qu’ils emmènent au commissariat de Forest. Ils nous relâchent un à un. Je suis le dernier à sortir. Comme je m’attendais à un guet-apens, je rentre dans le café de l’Abbaye, juste à côté du commissariat, à l’angle de la Chaussée de Bruxelles et de la rue Saint Denis. Les nervis de Citroën me suivent et commencent à me menacer. Ils m'empêchent de sortir. Mais les premiers militants libérés avaient aussi battu le rappel des amis qui rentrent dans le café pour me sortir de là. A peine arrivés dans la rue, la milice nous agresse, à 50 mètres du commissariat.

Si la milice avait pu m’embarquer seul pour me passer à tabac la police aurait fermé les yeux, mais une bagarre en pleine rue  avec beaucoup de témoins, cela faisait trop désordre. La police a bien été obligée d’intervenir et a embarqué tout le monde. Le médecin du Secours Rouge Jacques Boutemy est appelé et décide d'emmener Robert Fuss qui était sérieusement blessé au visage par un coup de poing américain. Dans la déclaration du 29/1/1971 reprise dans les conclusions de Cécile devant le tribunal correctionnel : « Robert Fuss présente au niveau de la région orbitaire gauche plusieurs plaies profondes aux trajets parallèles. Ces plaies doivent recevoir sept points de suture. Il existe également des contusions diverses au niveau des deux avant-bras. Nicolas Teoran présente une grosse contusion à la face antérieure de la jambe droite ainsi qu’un hématome de la région occipitale. Il existe une plaie profonde du cuir chevelu au centre de cet hématome, toutefois, cette plaie étant  peu hémorragique, il n’a pas été nécessaire d’y poser des points de suture. Hedebouw a  un gros hématome à la tempe droite ainsi que de nombreuses contusions réparties sur les 4 membres ».

En effet, lors d’une fouille au commissariat, la police avait bien trouvé un coup de poing américain dans les poches du chef d’atelier qui menait la milice.

Une campagne de solidarité est lancée par le secours Rouge. Cécile Draps dépose plainte, et nous nous portons partie civile, contre la constitution de milices privées. Mais le parquet refuse de poursuivre les nervis. Cécile Draps lance alors une « citation directe ». Nous nous sommes retrouvés au tribunal correctionnel en chambre Flamande. Les nervis étant tous néerlandophones, leurs avocats leur avaient conseillé  de demander la procédure francophone. Cecile Draps et Jacques Hamaide, secondés par mon ami Dirk Ramboer, bilingue parfait, demandent la procédure en néerlandais. Les nervis, avec un accent flamand à couper au couteau demandent tous la procédure francophone. Le parquet ‘contourne’ la difficulté de la citation directe en accusant les plaignants, moi et Nicolas Teoran.

« Attendu que s’affrontent, au départ, deux groupes, à savoir, le premier, composé de ‘militants’ réunis aux abords d’une usine, non seulement dans la but de soutenir des revendications ouvrières, mais aussi de promouvoir ses propres options politiques et sociales ;

Le deuxième, composé de personnel de maitrise, ayant gagné ses galons dans l’entreprise et résolu à décourager non seulement l’agitation entretenu, mais encore la distribution d’un pamphlet où l’un d’eux est malmené. Si les deux inculpés Hedebouw et Teoran accusent les autres de faire partie d’une organisation de défense de l’entreprise, ils appartiennent eux-mêmes – de leur propre aveu- à un mouvement d’action politique dont ils reçoivent leurs consignes. Les faits sont établis à charge de tous les inculpés, sauf à charge de Teoran »

Je suis condamné à une amende de 26 francs, comme la milice patronale ! Celle-ci écope néanmoins d’une amende de 100 francs supplémentaire. Nicolas et moi recevons en tant que partie civile resp. 1000 et 2000 francs. Robert Fuss, partie civile aussi, est mort huit mois avant le procès, la nuit du 16 au 17 février 1973, au retour d'une réunion, au volant de sa voiture (une 2CV), dans une collision frontale avec une moto.

L’usine dans la rue Saint Denis à Forest n’existe plus, comme d’ailleurs tout le zoning tout autour, à part l’usine Audi.

Lorsque nous avons déménagé à Herstal en 1976 nous avons croisé encore souvent Cécile dans les rues de Liège. Mais les véritables retrouvailles ont été les commémorations de la grève des femmes de la Fabrique Nationale en 2016, où Cécile avait joué un rôle clé à côté de la petite Germaine qui avait lancé la grève. Mais je laisse ce récit à mon ami Maxime Tondeur qui a d’ailleurs géré le transfert des archives de Cécile vers l’Institut d'Histoire Ouvrière Economique et Sociale (IHOES). Pour cet hommage je me suis basé sur ces archives, ainsi que sur le texte de Maxime Tondeur « ÉLÉMENTS D’UNE HISTOIRE VÉCUE : LES ANNÉES UUU (UNIVERSITÉS – USINES – UNION) 1968-1971 ». C’est Maxime aussi qui m’a permis de consulter les archives de Robert Fuss (fonds Robert Fuss- Hélène Vandensteen à l’IHOES aussi). Nicolas Teoran aussi m’a transmis son récit étonnant de précision, cinquante ans plus tard. Et il y a le blog de Maxime qui est revenu à l’usine de Citroën 50 ans plus tard, rue Saint Denis à Forest https://rouges-flammes.blogspot.com/2019/11/19-novembre-1969-il-y-50-ans-citroen.html


https://orbi.uliege.be/bitstream/2268/266207/1/Notice%20DRAPS%20C%C3%A9cile%20DBMO%20en%20ligne.pdf

L’IHOES a d’ailleurs édité http://www.ihoes.be/PDF/Etude2020_1_v4.pdf

Elie Teicher publie le 17 décembre 2021 dans Le Maitron : Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier/mouvement social un bel hommage « PARCOURS D’UNE FEMME DE CONVICTION, CÉCILE DRAPS (1932-2021) » https://orbi.uliege.be/bitstream/2268/266207/1/Notice%20DRAPS%20C%c3%a9cile%20DBMO%20en%20ligne.pdf

Cécile restera dans ma mémoire comme une intelligence émorfilée au service d’un coeur battant, comme l’a dit mon ami Jean-Marie Dermagne!  C’était pour moi un honneur d’avoir marché à ses côtés dans cette longue marche du peuple de gauche !

 

mercredi 22 décembre 2021

Les vestiges du Canal de l'Ourthe le long du Ravel

cheval halage angleur photo L. Bruck
Au bout du Ravel Meuse, au Pont de Fétinne, commence le Ravel Ourthe. A deux reprises on a essayé de faire un canal qui reliait la Meuse à la Moselle, via l’Ourthe et la Sûre. Il en reste des traces qui peuvent agrémenter un tour en vélo. Sans remonter mille ans en arrière, « Mille ans de navigation sur l’Ourthe » de  R Dalem et A Nelissen m’ont servi de référence pour ce blog.

Guillaume I veut une jonction Meuse- Moselle

Le premier projet de canalisation de l’Ourthe a été lancé par Guillaume I, premier (et dernier) roi du Royaume Uni des Pays Bas. Certains prétendent que le terme officiel en français était royaume des Belgiques. Pour trancher cette question il faut aller voir le texte du congrès de Vienne de 1815. Guillaume avait une stratégie très personnelle avec ce canal: le Congrès de Vienne l’avait aussi nommé Grand-Duc de Luxembourg et il voulait relier son duché à son royaume par un canal. En 1830 il est resté Grand-Duc mais il a perdu la Belgique qui a directement abandonné le projet après son indépendance.

Il n’y avait pas assez d’arguments économiques pour continuer ce canal. Certes, l’ AR du 1/7/1827 de Guillaume I accorde à la ‘Société du Luxembourg’ au capital de 10 millions de florins une concession pour une jonction Meuse- Moselle par une canalisation de l’Ourthe et la Sûre. Et il avait engagé pour

Remy De Puydt

son projet Remy De Puydt. Celui-ci travaille aussi sur une canalisation de la Meuse, un canal de Mons à Alost ainsi qu’un canal de Mons à la Sambre. Le roi Guillaume le charge du projet de percement de l'isthme de Panama, dont la concession avait été accordée à une compagnie hollandaise. La révolution de 1830 compromet tout l’avenir de ses entreprises. Depuydt persiste et signe, jusqu’en 1839, en tant que commandant en chef du génie de l’armée, en parallèle à une carrière parlementaire.

En 1841, le roi Léopold 1er choisit encore De Puydt comme négociateur pour une colonie dans l'État du Guatemala. L'affaire aboutit à un désastre.

Ce taux d’échec assez élévé n’entame aucunement le dynamisme de Depuydt  qui commence la jonction Meuse- Moselle sur le chapeau des roues, avec des chantiers à trois endroits en même temps: de Liège au confluent des deux Ourthes, de Wasserbillig sur la Moselle à Hoffelt, et un tunnel de 2,5 km entre Hoffelt et Bernistap, au partage des eaux Meuse – Moselle.

Malgré ces investissements conséquents, la Belgique indépendante suspend les travaux trois ans plus tard, en septembre 1830. Ce qui ne décourage pas ces investisseurs de se présenter en 1846 ‘porteurs de toutes les actions de l’ancienne Société de Luxembourg’ pour relancer le projet. Sans Guillaume I…

De cette première version ne nous sont parvenus quelques-unes des seize  maisons éclusières entre Liège et Barvaux et deux bouts de tunnel à Hoffelt- Bernistap.  Aux Aguesses on voit encore  l’amorce de l’ancien bras initial qui se dirigeait vers le quai du Condroz et celui des Ardennes, en coupant l’usine des Conduites d’eau.

Selon un inventaire des travaux exécutés, dressé en 1834, les piles et culées de 16 barrages-déversoirs en lit de rivière étaient construites, les dérivations pour l’établissement des écluses étaient presque toutes creusées à profondeur voulue ; la maçonnerie des écluses était fort avancée, ainsi que celle de plusieurs ouvrages d’art. Les 16 maisons éclusières étaient mises sous toit, le chemin de halage entre Barvaux et Chênée était praticable sur presque tout le parcours.

Robert Dalem a fait une recherche pointue de ce qui reste. Des 16 maisons éclusières il y avait en 1970 encore une près de l’écluse N°2. La onzième, exhaussée en 1848, a été utilisée pour le canal de 1859. C’est la seule de toute la série à avoir reçu cette destination.

M. Dalem a retrouvé au lieu-dit Grandpré à Comblain-au-pont des traces d’une écluse ébauchée et des pierres travaillées sur les berges rive gauche.

Et j’oublie presque La Résidence « Au fil de l'eau » sur la place de Tilff. Elle a hébergé l’Hôtel du Casino qui s’appelait en 1840 l’Hôtel du Canal de l’Ourthe. Le 8 juin 1837 le propriétaire annonce que sa Grande Barque, couverte de zinc, part régulièrement tous les dimanches à 8 heures du matin, du Rivage des Croisiers (aujourd’hui Quai Van Beneden) et arrivera à 11h à Tilff…

La Grande compagnie du Luxembourg

Il y a un nouveau départ en 1846, lorsque Closmans et Cie, ‘porteurs de toutes les actions de l’ancienne Société de Luxembourg’  demandent une concession pour la Grande Compagnie du Luxembourg (GCL) qui s’engage à terminer la canalisation de l’Ourthe jusqu’à La Roche. Mais Closmans vise en fait le chemin de fer. Il demande en contrepartie la concession de la ligne de chemin de fer de Bruxelles jusqu’à la frontière Luxembourgeoise. De Puydt envisageait la canalisation de l'Ourthe, de la Woltz, de la Wiltz et de la Sûre, par l'édification de barrages garantissant un tirant d'eau suffisant pour de petits chalands ou hernas de 40 tonnes de charge, nettement supérieure  à celle des anciennes « bètchettes» de l’Ourthe. A chaque barrage était associée une écluse latérale.

La GCL par contre propose vingt ans plus tard un canal latéral, avec certaines portions dans le lit même de la rivière. Une des raisons était que les nouveaux excavateurs à vapeur facilitaient le creusement d’un canal latéral. En plus, un canal latéral réduisait les dangers des courants et des hauts fonds de la rivière ; et sur les eaux calmes  du canal, le halage des bateaux  exigeait beaucoup moins d’énergie.

La CGL s’aligne pour la  1ère section Liège-Chênée sur les autres canaux projetés par Léopold I. Dans un rapport intitulé « notes détachées relatives à la canalisation de l’Ourthe dans sa partie comprise entre Laroche et la Meuse», édité en 1848, la CGL dit que « la première section qui a reçu un commencement d’exécution, sera construite d’après les dimensions du canal de jonction de la Meuse à l’Escaut : 10 mètres de large, tirant d’eau 2,10m. Les écluses auront 50 m de longueur de sas et la largeur entre les bajoyers (murs latéraux de l’écluse) sera de 5,20 m » (Dalem op.cit. p.147). Ce canal de jonction Meuse-Escaut qui fait référence, et qui sera remplacé un siècle plus tard le canal Albert, était greffé sur le Zuid-Willemsvaart, à Bocholt, contourne le plateau de la Campine par Lommel et descend à Herentals où la navigation se prolongeait jusqu'à l'Escaut, par les Nèthes et le Rupel.

canal de l’Ourthe à Angleur © Philippe Vienne
Le mouillage de 1,20m est obtenu au moyen de 11 barrages fixes en rivière; quatre sont des barrages usiniers établis longtemps avant le canal, aux Aguesses, à Sauheid, à Campana et à Colonster. Les 7 autres barrages sont en aval de l’île du moulin à Tilff ; face aux usines de Monceau à Méry ; à Lhonneux, en aval du pont d’Esneux ; en amont de la Gombe ; à Brigaton, entre Chanxhe et Rivage et à Douxflamme (Dalem p.163). Dans ce nouveau concept les travaux entamés par Depuydt ne servent plus à rien.

Ces barrages fixes sont encore visibles par basses eaux. Le barrage des Grosses Battes aux Aguesses a été rehaussé récemment et a aujourd’hui une chute de 3,95 m. On y a inauguré en janvier 2021 une centrale hydroélectrique. Lors des inondations de juillet 2021 ce barrage a été accusé de dévier les inondations vers le canal de l’Ourthe. On voit sur certaines photos comment l’eau déborde en venant des quartiers entre l’Ourthe et le canal.

La CGL n’a jamais dépassé les carrières de Sprimont.

Les travaux de la CGL sont interrompus par la crise de 1848. Ce ne fut qu’en 1852 qu’on se mit sérieusement à la tâche pour la terminer en 1854. Ce canal n’a jamais dépassé les carrières de Sprimont. En 1862 la Compagnie obtient une concession pour une ligne chemin de fer de l’Ourthe et est exonéré de la poursuite de la canalisation de l’Ourthe. En 1873 l’Etat racheta toute la concession.

Un AR du 1/8/1876 fixait le droit de navigation à 0,0075 centime par tonneau et par km à percevoir par quatre bureaux situés à Douxflamme, Esneux, Tilff et Angleur. En 1892 le gouvernement parle de désaffectation, le produit des droits de navigation n’étant pas en rapport avec les dépenses occasionnées par son entretien. En 1913 il y avait encore 13 éclusiers et 3 éclusiers receveurs. En 40-45 on naviguait encore jusque Tilff. Le premier tronçon – plus large- a été utilisé jusqu’à la fermeture des Conduites d’eau.

Quand on fait du vélo le long du le Ravel Ourthe on retrouve donc à gauche et à droite des vestiges de  ce vieux projet de liaison Meuse- Moselle…

Ceci dit, je vous avertis : la vallée de l’Ourthe a été très touchée par les inondations et on en verra des traces encore très longtemps. Mais sans tomber dans le tourisme noir et une curiosité malsaine pour la misère des autres, on peut observer ces aspects-là d’une manière positive. Comme le disait Berthold Brecht, on dit d'un fleuve emportant tout qu'il est violent, mais on ne dit jamais rien de la violence des rives qui l'enserrent.

Rivage-en-Pot

J’ai décrit les quelques vestiges que le projet Depuydt a laissé : quelques maisons éclusières, quelques barrages-déversoirs et une écluse ébauchée et des pierres travaillées sur les berges.

Les vestiges du canal de la CGL sont autrement plus visibles, entre Angleur et Comblain-la-Tour. Le canal commence au Rivage-en-Pot. Quand on passe sur le Ravel entre le pont de Fragnée et le pont ferroviaire du Val Benoit, en bordure d’une autoroute urbaine à quatre bandes, on ne se rend plus compte qu’on est sur les berges à guinguettes du le Rivage-en-Pot, qui accueillaient il y a un siècle les familles bourgeoises le dimanche. Rien ne t’interdit de croire que le terme Pot fait allusion à ces guingettes, même si ce n’est pas correct étymologiquement.

pont Marcotty © Philippe Vienne
Aujourd’hui l’accès par la rue des Aguesses n’est pas évident. La première écluse, mise en service en 1847, est la seule qui a gardé ses portes et qui est encore en état de fonctionnement. Certains l’ont montré du doigt lors des inondations, parce qu’elle est restée fermée. La maison éclusière, détruite lors des bombardements de 1944, a été reconstruite en 1945. Entre l’écluse N°1 et 2, au lieu-dit « Moulins Marcotty », un tout pittoresque  pont-levis avec derrière la demeure du pontonnier.  

De l’écluse une piste cyclable longe le chemin de fer pour aboutir dans le quartier des Vennes, sous-produit d’une exposition universelle de 1905. Le lan communal "Canal de l'Ourthe" de 2007 a créé un maillage mobilité douce assez intéressant entre les Aguesses, le centre commercial de Belle-Ile, la gare d'Angleur, l'échangeur des Grosses-Battes,  et l'Ile aux Corsaires.

Mais continuons notre chemin le long du canal, dont les premiers kilomètres sont marqués par des friches industrielles d’entreprises historiques, comme la Compagnie Générale des Conduites d’eau (héritière de la fonderie des Vennes) fondée en 1865. Elle installa des réseaux d’eau à Paris, Santander, Montréal, Hollande et en Roumanie. Déclarée en faillite en 1980, le site est resté désaffecté jusqu’en 1995. On y a implante le complexe commercial de Belle-Île qui est presque redevenu une friche suite à une menace de fermeture du Carrefour.

A la jonction du canal avec l’Ourthe, point kilométrique (PK) 1,53, un deuxième pont-levis avec habitation et tête de garde. Au début des années 1960, il y avait encore des pénichettes qui déchargeaient au comptoir des matériaux (à côté du pont). L’écluse N° 2 Angleur Grosses-Battes a fonctionné jusqu'à la fin des années 1980.

Umicore, anciennement la Vieille Montagne, et sa pollution au zinc

La VM à Angleur
L’île aux corsaires, en fait une presqu'île entre l'Ourthe et le canal, est un beau nom pour un ancien crassier (ou terril) de poussières de zinc et de plomb. Une flore riche en zinc, notamment la pensée calaminaire et le gazon d’Olympe calaminaire, s’y est développée. Umicore, anciennement la Vieille Montagne, se trouve juste en face de la réserve, de l’autre côté du Canal. On y produit toujours de la poudre de zinc. Umicore a trouvé un moyen commode pour ne pas dépolluer le site.  Carpe, je te baptise lapin : un crassier est baptisé réserve naturelle… En 2005, Umicore e pose d’une clôture, réalise un caillebotis en bois, installe deux panneaux informatifs et des bancs et en confie la gestion à Natagora. Le site est seulement accessible pour  des visites guidées.

En 1806 Napoléon concédait l’exploitation du gisement de zinc de la "Vieille-Montagne" à la Calamine (calamine= un silicate hydraté de zinc) au chanoine Jean-Jacques Dony. Celui-ci construit une usine à zinc à Saint-Léonard. En 1856, l’usine rend particulièrement insalubres les conditions d'habitation dans ce quartier. Une campagne se développe pour l'expulsion de cette  "nouvelle oligarchie qui menace de tout arranger à son profit". En octobre 1857, le comité provoque et gagne une élection par la démission de son porte-parole au conseil communal : "la république démocratique et sociale vient de battre ... les libéraux". L’usine de Vieille-Montagne s’est installée à Angleur en 1838.

Une liaison avec le Ravel de la ligne 38

la ligne 38
Juste après le canal, en rejoignant l’Ourthe, on a accès au RAVeL de la Ligne 38, via la passerelle du chemin de fer. Cette liaison a été inaugurée en avril 2019, en compensation paysagère pour la ligne TGV qui passe sur l'emprise originelle de cette ancienne ligne de chemin de fer qui traverse le Pays de Herve et reliait autrefois Chênée à Plombières. En 1872, Chênée devient la gare de bifurcation de cette nouvelle ligne qui est ensuite prolongée jusque Herve (1873) puis Battice (1875), puis, en 1895, vers Plombières puis vers Aachen.

Streupas, son écluse, son île, son Panê-Cou-Plage

pont barrage remplaçant l'écluse de Streupas

A Streupas on rentrait dans le canal latéral par l’écluse 3 jusqu’à l’écluse 4 de Sauheid ; puis on réutilisait la rivière jusqu’à Colonster. Une page wikipedia remonte  l’Ourthe sur base des 17 écluses.

L’ écluse N° 3 PK 3,77 a été remplacée par une digue pour maintenir le niveau d'eau dans le bief amont. De 1888 jusqu’en 1965 il y avait là un passage d'eau. Le droit de passage était de 2 centimes par personne et à 5 centimes lorsque le niveau de la rivière atteint 80 cm au-dessus du niveau normal. Sur une photo, on voit Pierre Noirfalise, passeur depuis 1904, à la tâche en 1931, avec à la main la poignée coulissante avec laquelle il tire sur le câble pour faire avancer sa "betchète". Streupassignifie : Passage étroit (du wallon streût) L’Ourthe se divise en deux bras d'une largeur d'environ 20 m formant ainsi l'île de Streupas, 3 hectares et une longueur de 325 m.

Depuis le quai Saint-Paul-de-Sinçay un pont piétonnier donne accès à l'île entre l'Ourthe et le bief du canal. 

Le "Panê-Cou-Plage" connaît un boom avec la loi des congés payés du 27 juin 1936. En wallon, le "panê" est un pan de chemise, "panê-cou" est « la chemise au vent",  mais aussi quelqu’un de peureux ou couillon. En 2015, le Conseil communal de Liège a officialisé le nom "Panê-Cou-Plage", donc "plage des couillons" ? Aujourd'hui, il est interdit de s'y baigner.

Une lande calaminaire

Nous venons de laisser derrière nous le site de Vieille Montagne. Cette usine a laissé partout des traces. Si vous remontez la rue de Streupas, et puis revenez 400 m vers le centre d’Angleur, vous avez à hauteur du N° 176 sur votre gauche, au lieu-dit la Minière, une petite plaine de jeux, avec la discrète issue de la mine de la Diguette. Cette mine fut  exploitée de 1836 jusqu’à 1882. Elle a atteint la profondeur de 105m. Il y avait aussi la mine de Kinkempois dont l'entrée se trouve de l'autre côté de la colline. Entre 1853 et 1882, le gisement de la Faille de Streupas a fourni 1.900 tonnes de minerai de zinc, ainsi que  2.300 tonnes de minerai de plomb et 17.500 tonnes de pyrite (FeS2) pour la production de l'acide sulfurique. Les retombées ont à leur tour contaminé le sol. D’où les pelouses calaminaires avec la «pensée calaminaire», du nom de ce minerai que l'on trouve aussi à La Calamine. Aujourd’hui  la nature reprend ses droits : une couche de sol non pollué recouvre petit à petit le sol pollué. On assiste alors à un mouvement contraire : dans les années 80 l'université lance un plan de sauvegarde de cette lande polluée…

L’île de Campana, ses kayaks, son fourneau, sa fenderie et son laminoir à tôles.

Campana inondé juillet 2021 Rhansenne.photos

La chambre de l'écluse N° 4 de Sauheid PK 4,59 existe toujours, mais les portes font défaut et le niveau d'eau est réglé au moyen de madriers. Sur l’île de Campana le Mava club et l’ADEPS initient au kayak. Il y avait là un complexe industriel, avec d’abord un simple fourneau en 1564, puis  un laminoir à tôles et fenderie. Au début du XVIIIe siècle, la vallée de l'Ourthe, de Chênée à Tilff, était une des régions industrielles les plus actives du pays de Liège, avec les usines de Sauheid en rive droite, les établissements de Colonster en rive gauche et une fenderie au Saucy, à l'entrée de Tilff.

L'écluse N° 5 de Colonster PK 6,03 a été remplacée par un barrage mobile avec pont. Là se trouvait en 1530 le Maka PHILIPPE, un lourd marteau actionné grâce à un moulin à eau. Au cours des années s'y ajoutent un fourneau, une forge, une fenderie, un laminoir.

https://www.researchgate.net/figure/Le-rocher-du-Bout-du-Monde-Colonster-Au-dessus-le-paysage-tel-quil-apparait-de-la_fig3_269697886 Le rocher du Bout du Monde est un empilement de grosses dalles, d’une épaisseur totale de 63 mètres. C’est une structure géologique très spéciale: un synclinal perché, où affleurent, de bas en haut les calcaires frasniens riches en stromatopores et en coraux; des schistes friables, peu résistants et des grès durs et résistants. Les grès restent dès lors en relief.

À Lhonneux, transbordement des chevaux de halage et l'abri du passeur.

Par l’écluse 6 de Sainval PK 7,83 on rejoignait le canal latéral jusqu’à écluse 7 de Tilff. Lors de la construction du chemin de fer le bief amont a été remblayé et porte maintenant une route et le RAVeL jusqu'à la piscine de Tilff (en friche depuis un bon moment).

pk 8,88
L’écluse N° 7 Tilff PK 8,88 a aussi été remblayée mais le mur de soutènement du bief existe toujours, ainsi que la maison de l'éclusier. La digue en biais à la tête de garde de même que la digue dans le cours de la rivière quelque cent mètres en amont sont toujours là.

Le tronçon de canal de Méry  à Hony aussi a fait place au le chemin de fer. Les écluses N° 8 St.Anne et N° 9 Méry ont disparu. A Hony l'écluse n° 10 et le bief amont ont été remblayés. La maison de l'éclusier existe toujours et était un commerce jusqu'il y a peu.

À la sortie du bief de Hony les betchetes naviguaient de nouveau sur l'Ourthe. À Lhonneux, le chemin de halage changeait de rive en amont du barrage. Il fallait donc transborder les chevaux de halage dans un ponton, une longue barque à fond plat.  La sécurité du ponton était assurée par un câble aérien de retenue et la traction se faisait sur un  câble immergé que le passeur saisissait dans une manette de bois crantée. À cet endroit on voit encore l'abri du passeur.

Dans la traversée de Tilff et Esneux, on naviguait en rivière canalisée entre l’île du Moulin et le Monceau, entre Lhonneux et Fêchereux et à Esneux, dans un court tronçon compris entre Lavaux et le milieu de l’avenue de la Station. Les maisons de l'éclusiers du N°11 Fêchereux et N°12 devant Rosières existent toujours et sont toujours habitées. Les écluses ont été remblayées mais on en voit encore les vestiges.

 La Roche-aux-Faucons, précédée d’un gigantesque éboulis, domine l’Ourthe d’environ 120 mètres. Sur ce site mésolithique on a retrouvé des couteaux, des haches, des perçoirs ainsi que des grattoirs en silex. Elle est classée au Patrimoine exceptionnel de Wallonie depuis 1947 et porte le tout nouveau label "Grand Site Paysager". Mais on n’y voit plus de faucons pèlerins depuis 1958.

L'écluse N°14 d’Evieux est remblayée, la maison de l'éclusier est toujours habitée. À la Gombe on voit encore des traces de la tête de garde du bief.

Jusqu'à Poulseur les péniches naviguaient de nouveau sur l'Ourthe. Le bief aval long de quelque 300

N°15 poulseur

mètres existe toujours de même que l'écluse N°15. La maison de l'éclusier est habitée. On rentre dans le dernier tronçon du canal par l’écluse de Poulseur N°15 et Chanxhe N° 16 (Embierir), restaurée, mais sans portes. La maison de l'éclusier est toujours habitée. 

Une curiosité géologique : les Tartines

L’écluse N°17, en aval du pont de Scay, est atteinte en 1857. Ca s’avère le terminus: en 1862 la Compagnie était exonéré de l’obligation de poursuivre la canalisation jusqu’à La Roche.

Près du pont la curiosité géologique des Tartines est classé site de Grand Intérêt Biologique. Ces Tartines sont des calcaires très redressés qui ont subi une érosion différentielle suite à alternance de couches très résistantes et sensibles à l'érosion.

Nous sommes ici dans le pays des carrières qui ont le canal pendant très longtemps. Un peu avant Poulseur la carrière désaffectée de la Gombe abrite un centre de plongée.  En face de Poulseur, les anciennes carrières de Monfort étaient déjà citées en 1477. Leur exploitation a cessé définitivement en 1962. Ces carrières bénéficient du statut de réserve naturelle privée, propriété de la Société coopérative de Montfort. Lorsqu’on a voulu combler la carrière avec des déchets d’exploitation industrielle une soixantaine de familles du coin ont investi 4 millions de FB  (des parts de 100.000 FB) pour racheter les 30 ha de carrières. Plus loin, il y a aussi la carrière d’Evieux, autre réserve naturelle.

Le roi Pahaut, monté sur un grand cheval blanc

Vers la fin du 19e siècle, l’industrie de la pierre occupait plusieurs milliers d’ouvriers avec ses ateliers de taille, d’outillage, de sculpture et ses forges. Ces carrières profitaient du canal.

Le 18 mars 1886, du quinzième anniversaire de la commune de Paris, un vent de révolte souffle sur le pays. Début avril 1886 le carrier Jean-Hubert Pahaut rédige un cahier de revendications :

- Journée de 12 heures au lieu de 16 heures

- Suppression des boutiques patronales

- Paiement par quinzaine plutôt que mensuel

- Salaire à l’heure et non plus à la journée, de manière à assurer le travail supplémentaire.

Suivi de 200 hommes, il pénétra dans les différentes carrières de la région (Florzé, Chanxe, …). Le bourgmestre d’Aywaille le fait arrêter mais lorsque la grève prend de l’extension, on le relâche en espérant qu’il conseillera la reprise du travail. Mais les carriers de Sprimont continuent. Pahaut accorde à « Messieurs les maîtres de carrière jusqu’au 22 mai courant pour prendre une décision relative à l’amélioration du sort des pauvres ouvriers ». Les patrons de carrières répondent par voie d’affiches :

- Pas de suite aux revendications tant que la grève perdure. Dès la reprise du travail, nouvelles assemblée pour examiner la possibilité d’améliorer le sort des ouvriers

- Démarche auprès du gouvernement pour obtenir des mesures favorables à l’industrie des carrières.

Le 20 avril 1886, les ouvriers des carrières de l’Ourthe reprennent le travail. Monté sur un grand cheval blanc, Pahaut se rend à Liège auprès du gouverneur de la province, le 24 mai 1886, suivi de quatre cents hommes. Le 26 mai il est condamné à un mois de prison. Le 31 juin il est acquitté en appel (source : le Roi Pahaut, G.Laport, la vie walonne N°303 et MP Collin, Les Emeutes de 1886 en Belgique et à Sprimont, travail de fin d’année, 78-79, Sainte-Croix). Dans les années 70 Jean Lambert crée un grand spectacle  déambulatoire  sur la vie du Roi Pahaut, avec le Théâtre de la Communauté.  Plus dans http://hachhachhh.blogspot.com/2014/02/les-heros-des-cent-mille-briques-la.html

Le Ravel de Comblain à Houffalize

Comblain, Hamoir, Barvaux, Durbuy... L'Ourthe est de moins en moins profonde, son lit parsemé de gros blocs de rocher. Les rives, régulièrement inondées, se prêtent mal à l'aménagement de chemins. C’était le cas aussi pour le canal. Seuls des bateaux à fond très plat pouvaient encore remonter le cours de l'Ourthe à la hauteur de Durbuy.  Et c’est le cas aussi pour le Ravel, même si les travaux avancent bien. Pour relier sans interruption Liège à Durbuy par le Ravel un tronçon d'un 500 mètres posait problème : une zone Natura2000 borde le chemin entre Comblain-la-Tour et Fairon, à Hamoir. J’ai l’impression que la solution est toute proche. Cela fera partie d’un autre blog où j’essaye de voir les possibilités d’une piste vélo qui suivrait +- le trajet prévu pour la liaison Meuse-Moselle de Guillaume I.

Ce n’est pas pour rien que la GCL a jeté l’éponge ici. Après La Roche, l'Ourthe se transforme en torrent de fond de vallée, rendant l'aménagement d'un chemin de halage et donc aussi un Ravel extrêmement difficile.  Mais je ne veux pas me braquer sur un Ravel. Le réseau points-nœuds aussi est en plein développement et permet plus de souplesse. J’ai suivi en vélo la Sûre d’Exhternach à Wasserbillig, sur la Moselle. On y a même l’embarras du choix, entre une piste du côté allemand et la côté Grand Duché. Le Sauerradweg va même jusque Ettelbrück. Mais entre Ettelbruck et Durbuy c’est un peu le nomansland et il y a probablement des trajets autrement intéressants que de suivre les chimères d’un roi qui voulait relier son Royaume à son Grand Duché.

Biblio

Sans remonter mille ans en arrière, l’œuvre de référence pour l’Ourthe est R Dalem et A Nelissen « Mille ans de navigation sur l’Ourthe », éd. Petitpas,  1973)

http://idefix.skynetblogs.be/archive/2014/09/24/canal-de-l-ourthe-8289695.html Lucienne Viellevoye Balade le long du canal. 

http://pierre-lemoine-parcourshydro.blogspot.be/2014/03/lourthe-liege.html Mes parcours des voies d'eau par Pierre Lemoine

https://canalmeusemoselle.wordpress.com/ site du Cercle d’Etudes du Canal de Bernistap-Hoffelt -

sur l’Ile aux Corsaires http://orbi.ulg.ac.be/handle/2268/90354 et

http://www.natagora.org/files/author/rudi.vanherck/Article%20Ile%20Corsaires.pdf

http://users.belgacom.net/claude.warzee/fragnee/fragnee.htm

http://meuse-moselle1830.be/cmm5.html https://histoiresdeliege.wordpress.com/2016/02/23/la-rectification-de-lourthe-dans-le-quartier-vennes-fetinne/

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/04/L%27Ourthe_au_fil_du_temps.pdf

https://www.binnenvaartinbeeld.com/nl/canal_de_ourthe/canal_de_l_ourthe belles photos de Michel Hensens

mardi 30 novembre 2021

Le Ravel rail de Herstal à Saint Léonard

passerelle Vivegnis photo gracq

Bientôt nous aurons un Ravel Rail, de la gare de Herstal à celle de Vivegnis. Ravel = Réseau Autonome des Voies Lentes. C’est le chemin le plus direct jusqu’au centre de Liège : seulement 3,3 kilomètres! La première partie, sur le territoire de Herstal,  est pratiquement finie. La partie Liège est en gestation, mais on peut passer la rue des Vignes et l’Impasse Marcors très tranquilles.

La balade part de la Place des Demoiselles en souvenir de l’histoire motocycliste de Herstal, avec Saroléa, Gillet, Bovy ou Brondoit. Ne fixez pas de rendez-vous à la gare de Herstal: il y en a trois !

Un PANG et deux éléphants blancs

La gare de Herstal est un PANG pour la SNCB (point d’arrêt non gardé ; en fait un abri pour un distributeur de billets). Pour le reste, il y a deux éléphants blancs, des réalisations d’envergure prestigieuse qui s’avèrent en définitive plus coûteuse que bénéfique et dont l’exploitation ou l’entretien devient alors un fardeau financier. Les éléphants blancs étaient des cadeaux prestigieux que les princes de l’Inde s'offraient mutuellement. Et pour les moins nantis de ces princes, un tel présent n’allait pas sans poser de problèmes. https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89l%C3%A9phant_blanc_(expression)

ancienne gare photo P.Maes&ass.
L’ancienne gare est toujours propriété de la SNCB, mais Urbeo la régie communale autonome immobilière de Herstal, a un droit d’emphytéose de 50 ans. Selon Urbeo, «les lieux seront polyvalents et pourront évoluer pour s’adapter aux modifications d’activités qui interviendraient au fil du temps. Le bâtiment a été entièrement vidé et isolé par l’intérieur, afin de tenir compte de la qualité architecturale, des contraintes constructives et de la valeur du bâtiment dans la mémoire collective. Deux niveaux ont été réalisés à l’aide d’une nouvelle structure. Le projet est cofinancé par les fonds européens (FEDER : 640.000 euros ; Wallonie/FWB : 800.000 euros). » et  conçu par le bureau d’architecture Pierre Maes & Associés.

Cette ancienne gare n’est pas la première. Elle date de 1914. Des mauvaises langues disent que les premiers à débarquer étaient des casques à pointe allemands, et qu’ils avaient même en bon allemand payé leur ticket avant d’embarquer….

La nouvelle gare, en béton rouge, n’est pas une gare : « la Ville de Herstal a pris les choses en mains alors que la SNCB abandonnait l’idée d’une gare à Herstal ». Ca sert à quoi alors ? J’ai un bout d’explication dans la Gazette de Herstal de novembre 2021 : « la tour constitue ‘le bâtiment signal’ qui permet de diriger les navetteurs quand ils arrivent sur les quais ». Ah oui ? Les diriger vers cette tour vide ? Le top, c’est que ce bâtiment, conçu par les bureaux Arcadis,

SUMproject et ARJM,a obtenu le « Prix wallon de l’Architecture ». Je veux bien que le fonctionnalisme n’est plus à la mode, cette architecture d’entre deux guerres pour qui la fonction crée la beauté. Mais de là donner un prix à un éléphant blanc (ou plutôt rouge dans ce cas de figure) me fait douter de ce prix. des réalisations d’envergure prestigieuse qui s’avèrent en définitive plus coûteuse que bénéfique et dont l’exploitation ou l’entretien devient alors un fardeau financier. Les éléphants blancs étaient des cadeaux prestigieux que les princes de l’Inde s'offraient mutuellement. Et pour les moins nantis de ces princes, un tel présent n’allait pas sans poser de problèmes. 

La Compagnie du chemin de fer Liégeois-Limbourgeois

La Compagnie du chemin de fer Liégeois-Limbourgeois créée en 1865 prévoyait une ligne de Tongres à Ans, passant par Glons, avec un embranchement vers Liège, et passant par Herstal et le faubourg Vivegnis, et une ligne de Hasselt à Eindhoven et de Hasselt à Maestricht. La ligne a joué plus tard un rôle important pour relier le bassin minier limbourgeois et le bassin industriel liégeois. Cette ligne desservait la FN et les Acec, la sucrerie de Liers, ainsi que les Charbonnages d'Abhooz et Bonne-Foi, la Bonne Espérance, la Batterie, Bonne-Fin et Violette et les Charbonnages de la Grande Bacnure. Sur la bretelle desservant de l’Acec la star architecte Paola Vigano a dessiné une Low Line. Elle veut sur les deux kilomètres de l'ancienne ligne ferroviaire faire un axe de mobilité réservé aux piétons et aux cyclistes, un peu comme la "high line" de New-York. "Sauf qu’on resterait au niveau du sol. Une ‘low line’, si vous voulez, entre le site et la gare." La Ville de Herstal avait réfusé de faire rouler le tram sur ce tracé avec l’argument qu’exproprier ces fonds de jardins allait pomper trop de ressources. Or, si on l’a refusé pour le tram, on le ferait pour cette ‘low line’ ? Et Paola Vigano a complètement oublié la mobilité transversale, du Ravel Canal justement vers la cité de l’Europe. Et le Ravel 76 qui s’arrête aujourd’hui sur ce carrefour très fréquenté. Et il y a des tronçons d’un Ravel rail aussi en direction de Milmort.

Nous suivons le nouveau piétonnier qui longe les voies. Ce piétonnier a été aménagé par Infrabel en compensation pour la suppression de deux des trois passages à niveau qui ne servaient plus qu’à quelques rares piétons pour sortir leur chien.

Le Motorium Saroléa

Du Ravel on a une belle vue sur l’arrière des bâtiments industriels de Saroléa. En 1892 on y monte les bicyclettes Royale Saroléa. Puis Saroléa produit en 1901 des vélos où l'on a monté un moteur à pétrole quatre temps de 247 cm3. Pour l'Exposition universelle de Liège en 1905, Saroléa sort deux modèles avec un moteur révolutionnaire bi-cylindres en V. Léopold II en possèdera une. Les motos gagnent Paris-Nice et  Paris-Liège. Le bâtiment de 15 000 m² sur trois étages date de 1928. Cette usine était capable de produire 75 motos par jour. Saroléa produisait tout elle-même, les roues, les moyeux, les moteurs, les boîtes de vitesses, les cadres... L’usine ferme en 1963.

Le tandem Saroléa/Gillet approvisionnera encore l'armée belge en pièces de rechange pour motos jusqu'en 1973, date de la disparition définitive des activités. De 1901 à 1963, Saroléa a construit 100.000 motos, la production actuelle d'une marque japonaise... en un mois! Depuis 1998, l'AIGS s’y  est installé.  Pour voir des Demoiselles de Herstal, il faut aller au musée du cycle à Ampsin ou le Musée du Circuit Spa-Francorchamps à Stavelot.

Les bornes de puits de l’ancien charbonnage de Belle-Vue

A hauteur de la Marée, on est sur le terrain de l’ancien charbonnage de Belle-Vue. A 4 mètres du sentier, deux puits de mine, marqués par des bornes récemment rénovées. L’abrégé BV-BV + 002 indique le n° du puits.  Dans tous les charbonnages modernes il y avait au moins 2 puits, utilisés tant pour la translation du personnel que pour la remonte du charbon. Mais le puits n°1 - puits principal - servait toujours de puits d’entrée d’air et le puits n°2 - puits secondaire - de retour d’air.  L’air, servant à l’aérage des galeries et des tailles du fonds de la mine était aspiré et refoulé par des ventilateurs et acheminé dans tous les recoins de la mine par un circuit de porte ouvertes et fermées.  L’aération avait pour but d’amener de l’air frais là où travaillent les ouvriers mineurs, mais aussi d’éliminer l’air vicié par le CO2 et  par le grisou qui se dégageait des couches de charbon, en plus ou moins grande quantité suivant le charbonnage. Les chiffres 202002 – 202 sont le n° de la Concession de Belle-Vue et Bien-Venue. Ces concessions existent toujours au niveau juridique.

Nous prenons le tunnel cyclo pédestre . Au départ Infrabel avait mis des escaliers au lieu d'une rampe comme le prévoyait le permis. En fait, Infrabel aurait pu dégager un passage sous voie comblée qui servait à transférer les inertes de la paire de Belle Vue vers le terril.

Le Ravel Rail

maison du skip photo E.van Loo
En sortant du passage sous-voie nous avons sur notre droite la Ruelle des Renards, avec la maisonnette marquée au fronton ‘1923’ qui abritait le treuil de la mise à terril.

Cette ruelle est un tronçon du Sentier des Terrils, 300 km, de Bernissart à Blegny-Mine.

Ensuite nous avons sur notre droite plusieurs départs de sentiers, qui menaient vers des jardins. Un de ces sentiers permet de passer entre les deux terrils de Belle-Vue et de Bernalmont. Le dernier (assez  raide) permet l’accès à un sentier qui longe le Bernalmont et qui débouche dans la rue des Petites Roches.

Juste après le treillis anti-éboulement une veinette de charbon apparente, qui a quand même un nom: « Beguine » (parce que stérile, non exploitable). Une deuxième,  «Halballerie», est cachée sous le treillis. A la Bacnure cette veine a été exploitée à moins 227 mètres! Ces veines en affleurement, donc visible en surface, ont été repérées lors de la construction de la tranchée du chemin de fer.

Les terres de l’Evêque

La rue Bois de l’évêque servait aux princes-évêque pour visiter leurs nombreuses terres à Herstal. La ferme dite de la Charlemagnerie s’appelait autrefois la ferme du séminaire. La cité de la Préalle que j’habite a été construite en 1928 sur les terres de l’Evêché, qui y avait aussi une carrière d’où rue de la Carrière) ainsi que les ‘Sept Bonniers’ où se trouve notre maison médicale et le site de la FN.

Au dessus de la rue du Bois de l’évêque, là où il y a aujourd’hui une cabine électrique, se trouvait une passerelle. Dans le fond d’un des jardins débouche un tunnel qui reliait la paire de Bernalmont, derrière Coronmeuse, et les sièges de Cloes et de la Petite Bacnure. Un branchement arrivait au pied du terril de Bernalmont.

La rue change de nom et devient la rue Joseph Truffaut. Nous sommes sur le territoire de Liège. Un découpage bizarre qui a son origine dans les tractations parfois obscures des fusions des communes des années 70.

La rue et le parc des Vignes

Nous longeons le chemin de fer via la rue des Vignes. Le Boulevard Solvay au-dessus de nous est un sous-produit de l’expo de 1905 qui a tracé des boulevards de circonvallation. Le parc des Vignes est très délabré, au point où la Ville a interdit le sentier qui monte sur la Tribouillet. L’absence de contrôle social explique évidemment la découverte macabre du 11 décembre 2006: des jardiniers de la Ville de Liège y découvrent un sac de sport rempli des ossements d’un bébé. Très vite on fait le rapprochement avec la disparition signalée par Angela Baptista Santos Freitas de son enfant soi-disant enlevé par son mari, l’année précédente, le 25 septembre 2005.

Nous restons dans le horreurs, avec le Pont des Bayards où ont été retrouvés les corps sans vie de Nathalie et Stacy, en 2006. Cinq coquelicots géants en acier d'Alexandra Gadina, à l’époque étudiante à l'Académie des Beaux-Arts de Liège, commemorent leur souvenir.

La paire du Charbonnage du Bâneux

Nous prenons l’Impasse Marcors pour déboucher sur la paire du Charbonnage du Bâneux, une des mines les plus anciennes de Liège, mentionnée déjà en 1585. Il a été fermé en 1942. Son puits atteignait 350 m de profondeur. Une galerie part d’ici vers le charbonnage de Batterie au Thier à Liège.  Dans les galeries abandonnées de Bâneux on a fait des recherches pour les petites victimes d’Ait Oud, pour les retrouver finalement dans un caniveau, le long du chemin de fer, quelques centaines de mètres plus bas …

Une passerelle vers les Coteaux de la Citadelle

Le 29 février 2020 a été inaugurée la passerelle Léon Tchiniss, en prélude aucarnaval du Nord qui démarrait de là. Léon Tchiniss est l’emblème du carnaval. Le premier projet de passerelle remonte au «schéma directeur de la ZIP/QI Nord – Saint-Léonard» de 1997. Un concours d’architecture fut lancé en 2004. Le projet définitif fut arrêté en 2014. Les travaux ont débuté fin 2017 (1,5 millions €, subsidiés par «Liège Europe Métropole» et la Région Wallonne dans le cadre du plan «Revitalisation urbaine – Opération Vivegnis»).

Elle relie un quartier très dense avec les 90 hectares des Coteaux de la Citadelle, classé patrimoine naturel de la Région wallonne, 13 kilomètres de promenades pédestres et ses trois étoiles au Michelin.

La passerelle a été lauréate du concours international Green Solutions Awards de 2019, comme infrastructure exemplaire contribuant à la lutte contre le changement climatique. Et l’association des architectes Maximilien Cornet et Alain Richard s’est vu décerner le Grand Prix Green Infrastructures sur base de trois critères. 1° La cohésion sociale, avec la valorisation de la place et le lien avec un espace vert permettant le regroupement, l’interaction et la rencontre des habitants du quartier. 2° l’impact environnemental. 3° la durabilité de la structure, garantie en purgeant le bois de son aubier, en évitant toute stagnation d’eau et en assurant une bonne ventilation des assemblages.

La pose a exigé un important convoi (37,5 m de long sur 3,5 m de large et sur une hauteur de 4,30 m) et une grue avec un bras télescopique de 70 mètres. Cette nouvelle structure servira également à terme de jonction cycliste pouvant mener jusqu’à la gare de Herstal.  (Ls 26/1/2013)

La Gare de Vivegnis

la gare vers 1960
La gare disparue de Vivegnis était au départ une gare terminus pour le chemin de fer Liégeois-Limbourgeois. En 1865 la Société St Léonard  situé sur l’actuelle Esplanade construisit 3 locomotives pour elle. Cette usine n’a jamais été reliée directement au chemin de fer éloigné seulement quelque centaines de mètres.

 La ligne a été reliée aux autres gares de la cité ardente en 1877. Pour boucler la « petite ceinture » liégeoise  il a fallu quatre tunnels. Le petit souterrain du Baneux (57 m.) fut mis à ciel ouvert lors de la mise au gabarit électrique en 1877.  Avec ça, le faisceau de garage de Vivegnis fut réimplanté à Liers, qui devint donc la « Tête de ligne».

La gare de Vivegnis sera exploitée jusqu’au 29 janvier 1972. A son heure de gloire, Vivegnis desservait le charbonnage du Baneux. Il est question d’y  recréer un point d’arrêt dans la cadre du Réseau Express Liégeois.

photo Artisan graphique
C’est dans la gare de marchandises que l’on débarquait les travailleurs italiens. La marchandise, c'était eux, vendus pour un sac de charbon. Anne MORELLI raconte que la main d'oeuvre est ‘rangé’ par numéro de puits et arrive à destination sur les camions non bâchés, crasseux, qui venaient de transporter du charbon. Dans la deuxième moitié de 1946, un millier d'Italiens arrivent ainsi chaque jeudi dans les mines belges.

Freddy Ingenito du collectif du Bâneux (Cobâ) a voulu commémorer cette histoire par l’œuvre de deux artistes du quartier, François Müller et Nicolas Ghilissen, du collectif "Artisan Graphique ». Nicolas explique que "quand on s'approche ces panneaux en acier Corten perforés de multiples trous, on est totalement dans l'abstrait. On voit une nuée de points, mais avec le recul, on peut appréhender la signification."  Le monument représente le travail dans la mine et l’arrivée des familles en Belgique. Selon Alain Jacquet, président de CoBâ, «il ne s'agit pas seulement de charbon. Il y a un aspect social avec l'arrivée des familles en train." On vient de l’inaugurer en novembre 2021.

L’habitat groupé des « Zurbains »

Le financement de la passerelle était en fait lié à l’investissement privé de 4 millions d’euros de l’habitat groupé des « Zurbains ». En 2005, vingt-six personnes qui ne se connaissaient pas vraiment, rachetaient un terrain vague de 8.500 m² pour y construire un habitat «développement durable ». Un premier retard surgit lorsqu’on se rend compte qu’Infrabel est propriétaire d’une partie du terrain. En 2007, feu vert pour les travaux. Sept ans plus tard, 4 maisons individuelles, 13 appartements, 10 duplex et un loft sont habités, mais "ce n’est pas facile de s’entendre entre 29 propriétaires différents", expliquait Muriel Frenay, présidente de l’asbl. Aujourd’hui cela me semble une ‘unité d’habitation’ bien vivante.


La brasserie Lourtie-Dor de la rue Vivegnis fondée en 1892 brassait la Tcheco et la Vivegnis. Elle ferme en 1940 et est rachetée dans les années 50 par la brasserie Haecht (aujourd'hui Haacht, à Boortmeerbeek, avec la Primus, la Flandrien, la Duff, la Tongerlo, la Charles Quint), qui l’utilise comme dépôt. Fermé dans les années 70, le site est assaini en 1996 par la Sorasi, puis laissé à la merci des squatters. http://www.dhnet.be/archive/un-nouvel-avenir-pour-la-brasserie-haecht-51b86432e4b0de6db9a472fc La Ville l’achète à la SPI pour 8,9 millions de francs et y installe la mairie de quartier.

Place Vieille Montagne

Les rues Dony, Moresnet, Mosselman réfèrent à la Vieille Montagne.  Un décret impérial de Napoléon concède la mine de Moresnet au 'chimiste' liégeois, le chanoine Jean-Jacques Dony, pour 50 ans, avec obligation de prouver qu'il est capable de produire du zinc à l'état métallique. Il démarre une usine dans le faubourg Saint-Léonard en 1809. Dony parvient à produire un métal malléable, résistant à la corrosion, facilement laminable et d'un prix modique. En 1811, à titre promotionnel, il couvre l'église Saint-Barthélemy d'une toiture en zinc. Il ne lui trouve hélas pas de débouchés. En 1813, complètement ruiné, il abandonnera l'entreprise en 1818 au financier Mosselman.

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Le nouveau métal est néanmoins tellement prometteur qu’en 1814-1815 le Congrès de Vienne crée pour ce gisement de zinc le Moresnet neutre, un minuscule territoire indépendant. Un pouvoir municipal dirige le territoire, jusqu’à l’épuisement de la mine en 1885, sous le regard de commissaires royaux belges, hollandais et allemands. On y battra monnaie et émettra des timbres. En 1837, Alfred Mosselman crée la société anonyme ‘Société des Mines et Fonderies de zinc de la Vieille Montagne’, avec des sites de production à Moresnet, Saint-Léonard et Angleur. Cette S.A. s’appelle aujourd’hui Umicore…

Le procédé de Dony revenait à condenser les vapeurs de zinc (le métal fond à 420° et s’évapore à  907°C). Ces vapeurs de zinc empestaient le faubourg. En 1856, les gens de Saint Léonard, écologistes avant la lettre, exigent le départ de cette usine qui empestait l’atmosphère. Lorsque la ville accorde un délai supplémentaire à la fabrique, le porte-parole du Comité contre la VM démissionna de son poste de conseiller communal et se présente au scrutin communal, où la majorité sortante subit un cinglant échec : "la république démocratique et sociale vient de battre ... les libéraux".

L’usine de Saint Léonard fut fermée en 1881. La VM lotit le site, après avoir obtenu de la ville la création de  trois rues et la place « Vieille Montagne » où l'école fut érigée en 1906.Elle accueille des élèves de 27 nationalités différentes. Une richesse dont se targue la directrice : «L'ouverture d'esprit est le maître-mot de notre établissement ».

L’origine des boulets liégeois

Via la rue Dony, avec ses Maisons Talbot nos 2 et 4,  nous arrivons dans la rue Saint Léonard. Sur notre droite le site de la fonderie de canons, aujourd’hui l’athénée royal Liège-Atlas. La fonderie de canons faisait des canons et ses boulets. En septembre 1807, le Préfet du Département de l'Ourthe reçoit la missive suivante: "S.A.I. la Princesse Borghèse, sœur de Napoléon, se rend demain à Chaudfontaine pour y prendre les bains. Elle désire qu'il soit transporté à Chaudfontaine 6 boulets de 6 et une pince pour les tirer du feu; ces boulets doivent être rougis pour réchauffer l'eau du bain de la princesse." Le Directeur répond : « je n'ai point de boulets de 6, mais je pense que pour l'objet dont il s'agit, les boulets de 8 seront meilleurs". Ce qui explique que le boulet liégeois est un peu plus gros qu’un boulet ‘ordinaire’…

Napoléon installe sa fonderie de canons dans l'ancien prieuré de Saint-Léonard. Un paquet d’usines se sont installées dans les anciens couvents vendus en 1799 comme bien national. Le couvent des Récollectines est acheté par John Cockerill qui y installe sa Linière.  La Société Saint-Léonard s’installe en 1826 dans  l’ex-couvent des Carmélites. Cette usine construira en 1839 sa première locomotive, et livrera en 1865 des locomotives pour le chemin de fer Liégeois-Limbourgeois.

Rue du Cdt Marchand : un fait divers qui a fait basculer la bataille pour les forts de Liège


C’est là que le 6 août 1914 a basculée la bataille pour les forts de Liège. Le général Leman, commandant la Position Fortifiée, avait installé son QG à côté de la fonderie qui était devenue Royale et qui le restera jusqu’en 1949. La nuit avant, des soldats allemands avaient été chassés de Rhées et du fort de Liers. La hasard fait qu’ils descendent sur Liège et  arrivent devant le QG belge. Des civils les acclamaient, croyant qu'ils étaient des Anglais. L’escouade allemande tue le commandant MARCHAND. Cette attaque-surprise amène Leman à quitter dare dare cette maison dans l’actuelle rue Cdt Marchand (elle fut démolie en 1972 pour l'Athénée) et à renvoyer toutes les troupes de ligne en arrière. Suite à ça, les allemands étaient maîtres des intervalles entre les forts et pouvaient les bombarder à leur guise.

On peut ne pas s’en rendre compte, mais nous sommes ici sur le Ravel de liaison Meuse-Liers qui passe par la rue Borgnet, la rue Saint Léonard, la rue de la Cablerie, et les quais de Coronmeuse pour déboucher sur la Ravel Meuse au pont Atlas. Un trajet très ‘urbain’ un peu limite pour un Ravel. Aujourd’hui on aurait la possibilité de faire la liaison via la ruelle des Renards que nous avons croisé en début de notre balade.

Le Parc d'entreprises PIEPER : un site centenaire

Rue de la Câblerie s’est installé le Parc d'entreprises PIEPER  sur l’ancien site « CE+T », une usine de matériel électrique qui était devenue une  friche urbaine depuis sa fermeture en 1997. La SPI+ a assaini les 3.382 m² pour attirer des entreprises compatibles avec la zone résidentielle urbaine avoisinante. Ce concept novateur a été distingué lors du concours international RegioStars Awards, un prix mérité pour ce bel exemple de mixité fonctionnelle et de récupération d’une friche industrielle. C’est une rupture avec un business model de la SPI est basé sur l’expropriation de terres agricoles. « Pour ce site, il faut compter 62 euros le m2 contre 13 à 32 euros dans les zonings. Et encore, nous n’intégrons pas tous les frais. Acheter, assainir et équiper un terrain en ville revient plus cher que créer un zoning ».

Ce site a une histoire séculaire : Henri Pieper, d’origine allemande, s’installe à Liège en 1866 avec une manufacture d’armes. En 1889 il fonde avec son fils  la Compagnie Internationale d’Electricité, une dizaine d’années seulement  après l’Américain Edison. Grâce à un contrat signé avec Edison en 1885 pour les lampes à arc, cette société installera l’électricité intérieure du Conservatoire de Liège, grande innovation pour l’époque. En 1892, le fils Pieper électrifie les tramways  liégeois et conçoit ainsi le premier tramway électrique en Belgique. Pieper Herstal fournira en 40-45 des mitrailleuses pour la Luftwaffe. L’usine sera la cible de la RAF et est mise sous séquestre à la libération.

Les quatre Tourettes: le seul bâtiment classé à Saint Léonard

À côté de l’église Sainte-Foy, au bout d’une ruelle se trouve la chapelle sainte Rita, très bien entretenue et toujours fleurie. Rita est la patronne des causes désespérées dont les malmariées…

Le «Château des quatre Tourettes» était primitivement entourée de douves datée de 1512 (l'an mil ccccc et XII /). Gravé autour de l'arc du portail d'entrée le texte  "Damoisel Alid Piete de Malle / a faiect faire cte maison".

Le parc du château s’étend jusqu’à la rue Morinval et aurait dû être aménagé en un parc public, mais la ville n’a pas réussi à trouver un arrangement avec les 4 Tourettes. Ce qui explique que le passage entre les 16 nouveaux logements aboutit sur un bout de parc minuscule (580.000 euros, un un partenariat public-privé avec T.PALM,  financé grâce au subside de rénovation urbaine, un mécanisme régional qui donne un euro public pour un euro privé investi). Le seul gagnant de cette opération est l‘école Morinval, à l’étroit dans sa petite cour de récréation, qui a un accès direct au nouvel espace vert.

Les logements sociaux de type Mulhouse

Nous n’allons pas jusqu’à la Rue Brahy et la Rue Bailleux, avec leur cité Benoît construite en 1880 : 2 alignements  de maisons  et jardinets auxquels font face des ateliers destinés aux armuriers.

Nous prenons la rue Borgnet à gauche avec ses logements sociaux de type Mulhouse. Le quart de la maçonnerie étant commune, ainsi que la toiture, les citernes, les puits et les fosses, l’économie était appréciable. En 1853 la Société mulhousienne des cités ouvrières en construit un petit millier. Le modèle a été peu appliqué en dehors de Mulhouse. En 2019 nous avons poussé une pointe jusque là. Ca méritait bien un blog https://hachhachhh.blogspot.com/2019/10/des-logements-sociaux-de-type-mulhouse.html

La rue Derrière Coronmeuse.

Nous revenons sur le territoire de Herstal avec la rue Derrière Coronmeuse, avec les ateliers des Tramways Unifiés de Liège et Extensions (le tram nouveau aura ses ateliers à Bressoux).

Et à côté les bâtiments et la paire inférieuredu charbonnage de Bernalmont.   La paire supérieure était à Bernalmont. Lors de la fusion de la Grande et Petite Bacnure, on réunit les deux sièges par un tunnel qui partait d'un étage inférieur du puits de la Petite Bacnure, à - 30 mètres, pour arriver à - 47 mètres au puits de Gérard Cloes et de là aboutir à Coronmeuse dans la rue J. Truffaut entre les maisons nos 49 et 53. Nous vdenons de passer par là.

A la paire inférieure une partie de la production est lavée. Les résidus du lavoir sont mises à terril. En 2004 Ecolo propose un parking-relais sur le site : «500 emplacements y sont réalisables ; ce chantier mériterait une concertation avec la commune de Herstal». Personne n’a repris l’idée, mais le problème est revenu d’une actualité brûlante. Le P+R existant derrière l’ex-Patinoire a disparu pour faire place à l’éco-quartier Rives Ardentes et l’arrêt Coronmeuse du tram risque de devenir pendant de longues années terminus, où il faudrait prévoir des centaines d’emplacements de parking, plus une gare de bus, dans un plan de mobilité bien conçu…

Coronmeuse

Nous voilà à Coronmeuse, une espace chargé d’histoire ! L’immeuble aux numéros 24-29 fut construit en 1780 par Jean Gosuin. Le bas relief du fronton représente la Justice, avec dans la main droite sa balance, et cinq fusils appuyés contre le fût d’un canon ; des boulets de canon. Une association un peu étrange de la Justice avec des armes, mais tout à fait à l’image de son commanditaire dont le meilleur ami Ransonnet proposait en 1787 déjà de régler à sa façon le sort du prince-évêque : «Des procès! des enquêtes! C'est la guerre des lâches. Qu'on abandonne la sainte écriture et les plaideurs à leurs rêveries, ce sont des armes rouillées.» Les «bonnes armes » se trouvaient chez son ami Gosuin, le marchand de fusils.

La petite-fille de Gosuin, Valérie Desoer, Vicomtesse de Clérambault, lègue à sa mort en 1896 la maisonaux Hospices Civils de Liège, qui la vendent en 1897 à un certain Bonhomme qui en fait un immeuble de rapport, loué par chambres et ‘quartiers’.  Plus d’un siècle plus tard, la Région Wallonne  sortira LES DIRECTIVES COMMUNALES POUR RESTREINDRE LES DIVISIONS D’IMMEUBLES pour  combattre le phénomène de subdivision des immeubles. Je cite : « Cette découpe, classiquement, est effectuée par un propriétaire soucieux de pousser au maximum la rentabilité de son bien et qui, à cette fin, fait de sa maison unifamiliale un immeuble de rapport ; concrètement, il scinde le bâtiment et y crée plusieurs unités de logement En raison des excès du passé (qui ont vu des propriétaires « saucissonner » de manière excessive des maisons en une multitude de micro-appartements exigus et sous-équipés où la dignité humaine s’abîmait) les communes concernées ont résolu de lutter de la sorte contre la subdivision des immeubles ».

La Province l’achète en 1924 pour y installer une école d’infirmières avec internat. L’école s’installe au Barbou, mais l’internat reste.

Au numéro 26, juste à côté, la maison Lem, classée en 1973. Propriété de la famille Lem en 1700, porte l’enseigne: à la croix d’or. La façade a été reconstruite en style Régence. 

Le  Lion Rouge, au numéro 18, était en 1700 une brasserie.

L’Esplanade de la Paix

En 2009 le promoteur Visimmo avait voulu construire une ‘tour infernale’ de 26 étages sur l’Esplanade. Ce projet a été bloqué par la mobilisation du «Collectif pour la protection de l'esplanade de la Paix » (LM 16/1/2009). En septembre 2021 un nouveau projet de 27 étages revient à l’agenda. Derrière ce projet on retrouve une pyramide, avec au sommet Vauban Invest. Selon l’Autorité des marchés financiers' «cet Invest SC a consenti des prêts importants à la société Esplanade de la Paix One. L’investisseur court le risque de perdre tout ou partie de son investissement». Le 25 mai 2021 Vauban Invest SC a pris 100% des actions de Green Crest Investment Capital One scrl. La valeur a été calculé sur une base d’une valeur du projet ‘Herstal’ de 7.360.000€.  Green Crest est propriétaire de 100% de Esplanade de la Paix One  et Esplanade de la Paix Two, constituées en 2015, avec siège au CAP Business center, rue d’Abhooz 31 : une adresse boîte aux lettres. Fin 2019 les fonds propres de ces deux sociétés étaient négatifs. La Two a les même gérants et est probablement une société dormante, au vu du capitaux propres faibles.

Et c’est à ce genre de projets spéculatifs que l’agence immobilière sociale de Herstal prêterait son concours (un dixième des 200 logements serait géré par l’AIS) ?

L’Impasse Serwir, dans la rue Hayeneux

Cette impasse a été construite en 1910 par le négociant Michel Serwir-Simonon, dans un ancien magasin. Il achète en 1913 26 maisonnettes Champ des Oiseaux à son frère Florent Martin Joseph Serwir-Simonon, négociant de la rue Hayeneux. Un bel exemple d’habitat ‘social’ typique du 19° siècle qu’on appelait caser, impasse, allée, ruelle, cour ou carré. Fin 2019 Luc SERWIR de  Sint Niklaas, le petit-fils de Florent contacte le musée. Il essaye de savoir pourquoi son grand-père a quitté Herstal en 1912. Il croit qu’il a probablement déménagé suite à un mur qui s’est écroulé sur un enfant qui a été tué. Je ne sais pas où il en est avec ses recherches. La famille Serwir n’est pas sur la paille aujourd’hui. C’est la famille fondatrice de l’Hotel SERWIR àn Sint Niklaas.

La rue Hayeneux compte quatre impasses. En 2007 le Schéma directeur de la Rénovation Urbaine Z.I.P. – Q.I. QUARTIER MAREXHE constatait que  « l’entrée  de l’Impasse Serwir constitue un danger pour ses habitants, des débris tombent régulièrement dans le passage ; elle fait l’objet d’un étançonnement mais c’est insuffisant. L’entrée qui prolonge cette ruine est formée d’un couloir que constitue une rangée d’habitations peu  confortables et en mauvais état. Cette impasse est étroite et l’accès pompier y est difficile. Le  problème de cette impasse est que tout est du domaine privé, à savoir que le couloir  d’accès appartient à chaque habitation qui constitue l’impasse. Il s’ensuit que les  problèmes d’éclairage, de revêtement de sol et de propreté incombent aux différents  propriétaires et non à la Commune ».  Début 2015 la Ville a pu  racheter « le numéro 114 de la rue Hayeneux ainsi que les 1 et 2 de l'impasse. Ces deux derniers logements ont été rasés. Le fonds wallon du logement a un bail emphytéotique sur le n°114 qui y a aménagé au rez-de-chaussée, un logement pour personne à mobilité réduite et, à l'étage, un logement pour famille nombreuse».

La Maison de quartier de Hayeneux

Au n°53, une maison en style Art Nouveau de Victor Rogister, https://fr.wikipedia.org/wiki/Victor_Rogister

un des architectes les plus productifs Art Nouveau. Dans le cadre de la rénovation urbaine du «Pôle Hayeneux» on a construit une Maison de quartier (deux grandes salles de 200 m² et 184 m², une plus petite salle de 67 m²), un boulodrôme, une esplanade polyvalente, un espace vert, une conciergerie et un parking souterrain. Seul hic : les Fonds FEDER imposent un partenariat Public-Privé. En mars 2018 Herstal a donc lance un marché de «concession de services» afin de désigner un exploitant. Il n’a pas trouvé. Les espaces sont aujourd’hui de temps en temps loué par la Ville, mais si cette situation perdure ça sera un autre éléphant blanc !

Nous rejoignons le Ravel Rail via la rue des Ecoles. Ces écoles ont été démolies à causes des mouvements de terrain du au charbonnage, sauf le tout dernier qu’on a transformé en appartements.

Mes blogs en rapport avec cette balade

http://hachhachhh.blogspot.be/2014/02/balade-sur-les-coteaux-de-vivegnis-des.html

http://hachhachhh.blogspot.be/2014/03/sur-lesplanade-saint-leonard-grave-dans.html

http://hachhachhh.blogspot.be/2014/11/balade-sante-mplp-de-belle-vue-et-de.html

balade avec le comité des patients de la maison médicale de la rue Maghin  dans leur quartier.  http://hachhachhh.blogspot.be/2015/10/balade-du-comite-des-patients-de-la.html

Sur le Ravel rail http://hachhachhh.blogspot.be/2014/12/balade-sante-mplp-sur-les-traces-des.html

Sur l’armurier Gosuin

http://hachhachhh.blogspot.be/2013/10/gosuin-un-grand-leader-de-la-revolution.html

http://hachhachhh.blogspot.be/2013/08/1792-1808-gosuin-revolutionne.html 1792-1808 Gosuin révolutionne l’armurerie à Liège

Sur la bataille de Rhées, et l’attaque du QG du général Leman, dans l’actuelle rue Cdt Marchand  http://hachhachhh.blogspot.be/2014/02/la-bataille-de-rhees-du-5-aout-1914.html