samedi 29 février 2020

Balade Santé avec la maison médicale l’Herma ; première partie des Vennes jusqu’au Parc d’Avroy


La Maison Médicale l’Herma organise, en collaboration avec plusieurs maisons médicales,des balades mensuelles pour ses patients. Ils étaient très contents de ma balade du printemps 2019. Je réitère l'expérience le jeudi 19 mars, de 13h30 à 17h. Départ de la maison médicale rue Natalis 73
Je ne pars pas de zéro : j’en suis à ma 56ième balade pour MPLP Herstal.
Marcher c’est bon pour la santé ! Cliquez ici pour voir dix raisons prouvant que marcher et faire de la randonnée sont bons pour vous !
Je leur ai fait un costume sur mesure: des Vennes, on traverse la Boverie, le parc D’Avroy, le quartier des Guillemins pour revenir via l’esplanade des Guillemins et la Belle Liégeoise aux Vennes. Voici la première partie : des Vennes jusqu’au Parc d’Avroy

Une première rencontre avec l'architecte Paul Jaspar

Rue des Vennes 24-30 (photo Ipic)
Rue des Vennes 24-30 (pairs) une série de maisons de l'architecte Paul Jaspar  que nous retrouverons dans le quartier des Guillemins. Voici le commentaire de l’Inventaire du Patrimoine Immobilier Culturel (IPIC) : Intéressant alignement de maisons d'allure homogène, de style éclectique simple, construites par l'architecte Paul Jaspar.  Il a construit cet ensemble de 4 maisons pour la Société immobilière Jaspar de son père en 1887.
A l’autre bout de la rue – mais ce n’est pas sur notre parcours aujourd’hui) il y a encore une série de maisons intéressantes aux nos 157, 204, et la Séquence Thuillier du 127 à 137.  Les nos 151, 191, 230,  384-386 (pairs) et 394 sont repris aussi dans l’IPIC

Dans les années 1960, le quai Mativa était une autoroute urbaine

Nous débouchons sur le quai Mativa qui était à la fin des années 1960 une voie rapide à 4 bandes. Cette voie rapide a été déclassée, et des travaux de transformation ont permis en 2005 d'amorcer un aménagement du quai qui permette à ses riverains d'accéder plus aisément aux berges de la dérivation. Je dis bien ‘amorcer’…

L’art Nouveau du Quai Mativa

Nous avons le long du Quai Mativa des belles façades Art Nouveau. C’est un peu logique : tout le quartier des Vennes a été urbanisé après l’expo de 1905, époque où l’Art Nouveau était à son apogée. Plusieurs immeubles sont repris dans l’Inventaire du Patrimoine Immobilier (IPIC ) : les n° 1-5 (pairs et impairs) et 11-23 (pairs et impairs) ;  34, 47-48 et 70 -74 (pairs et impairs)
Ils ne sont pas tous Art Nouveau. Un peu plus tard on en était à l’Art Deco. Le n° 4 est signée Micha; le no 5 est de E. Bartholomé; au no 11, L. Bécasseau; au no 17, J. Crahay; au no 18, P. Tombeur; au no 20, H. Halkin et au no 22, Duesberg (1911). Signalons aussi un sgraffite Art nouveau au n° 19 et au n°31.
Cet Art Nouveau est un come back. Dans les années 30 les modernistes  de l’ Art déco l’appelaient style ‘nouille’. Le n° 70 (de architecte Jean Plumier, 1939) et les n° 72 et n° 74 de l’architecte Louis Rahier sont Déco.

Un top d’Art Nouveau : la Maison Pieper

Le  n°34 est un top d’art nouveau de l'architecte Victor Rogister. Sur la façade treize figures d’Oscar Berchmans. Ce sculpteur avait aussi un atelier où l’on fabriquait des têtes ‘art nouveau’ en série. Mais ici c’est du sur mesure. La symbolique maçonnique est très présente. À la base de l'oriel, une tête d'Isis au centre de huit carrés de fleurs domine deux figures féminines aux yeux clos, placées sur des consoles travaillées jusqu'à leur base. Au-dessus de la porte d'entrée, une chouette au plumage exagérément déployé. Enfin, de chaque côté de la porte, une allégorie agenouillée et soumise accompagne une chouette du côté gauche (représentation de la nuit) et un coq du côté droit (le jour). Au sommet des pilastres (partie droite), on peut voir deux têtes de barbus extasiés. Aux coins supérieurs de l'oriel, quatre petites têtes semblent sortir des colonnes.  Cfr http://art.nouveau.world/liege plusieurs photos de détail.

Nicolas Pieper et sa voiture hybride

La maison a été construite en 1908 pour le fabricant d'armes Nicolas Pieper.  Les deux angelots au milieu tiennent un disque représentant la lettre P, initiale patronymique du propriétaire.
C’est une personnalité intéressante aussi.
Nicolas Pieper est né à Liège le 31 octobre 1870. Il est le second fils de l’armurier et capitaine d’industrie Henri Pieper, un des fondateurs et principal actionnaire de la FN. Henri revend ses parts à  la firme allemande Ludwig Loewe & Cie qui devient alors l’actionnaire majoritaire de la FN, jusqu’en 1918.
Nicolas Pieper monte sa propre affaire, la Fabrique d’armes automatiques Nicolas Pieper, à Saint Léonard (la SPI a aménagé le site Pieper, 1.2 hectares entre le quai Coronmeuse et la rue Saint-Léonard). Imperia à Nessonvaux, c’était lui aussi  (une voiture hybride ! On n’a rien inventé).
En 1907 Nicolas Pieper construit une nouvelle usine d’armes à Herstal, cartoucherie comprise. L'entreprise aurait employé à son apogée 1000 personnes. En14-18 cette usine fournit à l’occupant allemand des baïonnettes pour Mauser et des pièces pour pistolets Parabellum P08. Son revolver Bayard 1908 est produit en 100.000 exemplaires pour l’armée allemande.
Après la guerre Nicolas Pieper produit à Saint Léonard un pistolet de poche semi-automatique Légia, selon certains une copie du FN Browning 1906. Après 1923 on ne trouve plus trace de ses activités armurières. Il décède en 1933 dans la maison familiale de la rue des Bayards.

Le pont Mativa et l’expo de 1905

En face du n°6 se trouve la sculpture Le Rameur, œuvre de l'artiste liégeoise Mady Andrien. Nous allons y arriver, à ces rameurs de l’Union Nautique, un peu plus loin. Mais d’abord il faut traverser une passerelle sur la Dérivation. L’ouvrage d’art est aussi connu comme « Passerelle Hennebique », du nom de son concepteur. Le concept est révolutionnaire dans l’utilisation de béton armé : la hauteur de section en clef n’est que de 350 mm pour une portée de 57 mètres. En 1945 les américains ont installé un atelier de réparation de chars sur la Boverie. Le pont a survécu au passage des chars Sherman, heureusement pas trop lourds…
François Benjamin Hennebique a déposé son premier brevet sur l'utilisation du béton armé en 1892, intitulé « Combinaison particulière du métal et du ciment en vue de la création de poutraisons très légères et de haute résistance ».  Sur cette base Hennebicque constitue une véritable multinationale avec 127 concessionnaires, seuls autorisés à exploiter ses brevets, répartis dans 38 pays.  5.000 constructions ont été exécutées d'après ses plans. Sa revue Le Béton armé, pour les concessionnaires du Système Hennebique, tirait entre 3 000 et 10 000 exemplaires
En 2016, cette passerelle est le troisième pont liégeois construit pour l’exposition universelle de 1905 à être classé. Les ponts de Fragnée et de Fétinne, tous deux à structure en métal, l’étaient déjà. La passerelle fait aujourd’hui partie du réseau RAVeL.
Ce pont permettait aux visiteurs de l’expo de transiter du quartier des Palais, installé dans le parc de la Boverie, à la plaine des Vennes transformée en quartier des Halls et des Jardins. Le comité organisateur voulait un pont définitif en vue du développement futur du quartier des Vennes.

L'Union Nautique, le Royal Sport Nautique de la Meuse et le RCAE Aviron de l’ULiège.

L'Union Nautique était là avant l’expo : fondé en 1873  c’est aujourd’hui le plus important club d'aviron francophone. Les régates avec les voisins du «Sport nautique de la Meuse» furent comparé aux célèbres «Oxford-Cambridge».
Le bâtiment qui date de cette époque mérite une rénovation. «Le toit perçait d’un peu partout. C’est un peu devenu les grottes de Han. On a mis un toit provisoire mais qui n’est pas isolé donc ça fait deux hivers qu’on a des notes de chauffage astronomiques. La salle de musculation qui est complètement dégradée. La salle avec des machines à ramer a un plancher qui vibre énormément", expliquait il y a 30 ans  Michel Orban, le président de l'Union Nautique de Liège.
Une rénovation de plusieurs millions d'euros est prévue. Propriétaire du bâtiment,  la ville veut qu'on en préserve le cachet. La façade sera donc juste repeinte. On accédera à la brasserie via une passerelle adaptée aux personnes à mobilité réduite. Ceci dit, l’accès direct en voiture de la brasserie n’est plus possible, et il y a une certaine ambiguïté sur l’accès de ce club house aux non-membres.
Mais ces problèmes sont incomparables à ceux sbis par leurs voisins qui doivent déménager.
Le Royal Sport Nautique de la Meuse (RSNM) à Liège est le plus vieux club d’aviron en Belgique. Il a été fondé en 1860 ! Leur bâtiment date de 1930, dans le style moderniste de l’époque. Mais le bail emphytéotique avec la Ville a oublié d’être reconduit. La ville y a installé la Maison consulaire, et trois bateaux ont même été abîmés durant les travaux. On avait prévu de leur attibuer le local voisin des pensionnés, qui n’était plus occupé que par huit pensionnés, mais l’échevine Julie Fernandez Fernandez a voulu y implanter la Maison des sports des seniors, alors que les pensionnés sont partis d’eux-mêmes à Cointe.
« Avec la Ville de Liège nous avons toujours été mis devant le fait accompli », regrette le président du RSNM, Franck Bouvet. « Nous avons 386 membres. La Ville nous a proposé d’aller à l’Ile Monsin dans l’ancien centre ADEPS mais il nous demande une location de 1500€ pour les six mois de travaux (sécurité, incendie, nouvelles douches, ...) dans nos locaux à la Boverie ». Entretemps on aurait trouvé une solution pour cette location (Sud Presse 16 oct. 2019).

La villa consulaire

Et pour en finir avec les rameurs, il y a encore le RCAE Aviron de l’ULiège. Le clubhouse se trouve au pied de a nouvelle passerelle (Sud Presse  11 avril 2019). En 2017 les consuls honoraires de France et d’Italie proposent de quittent la Maison de la Presse et d’installer une « Maison des Consulats » dans ce bel ensemble de style Art Déco, pour les grands événements du Corps consulaire qui regroupe 46 pays. Les consulats d’Italie (60.000 personnes concernées) et de France (30.000 personnes),. Si tout va bien rameurs et pensionnés cohabiteront avec le Centre consulaire des Relations internationales qui aura un droit d’emphytéose. Le sous-sol sera pour l’aviron. Dans l’immédiat, le club des pensionnés pourra rester sur le site, explique l’échevin Michel Firket (CDH).  Ce Centre consulaire s’est engagé à réaliser des travaux de rénovation pour 2 millions d’euros (La Meuse 24 nov. 2017). Des bureaux seront mis à disposition d’autres consulats et un foyer culturel sera créé. La Ville oblige d’y accueillir une brasserie.Dominique Van Avermaet, patron depuis 2014 de La Capitainerie voisine (le restaurant du port des yachts) a relevé le défi.  La brasserie-restaurant « Villa Consulaire » comptera 70 places à l’intérieur et 70 également sur la terrasse en bord de Meuse.

Les Ducks Days et une piscine en plein air dans la Dérivation ?

Si la rénovation de l’Union Nautique se fait attendre, on n’est pas en manque d’idées. En mai 2019 la société liégeoise Dock Marine, déjà derrière la piscine en plein air de Paris, a testé une version miniature une piscine en plein airdans la Dérivation. Un système de fond plat qui imite une piscine, l’eau chlorée en moins. D’autres optent plutôt pour l’exemple berlinois d’une piscine flottante sur la Meuse.
Et en 2019 a eu lieu la 4ème édition du « Ducks Day » :12.500 canards lâchés depuis l’Union nautique, pour une course de 400 mètres. Une tombola un peu particulière : 12.500 tickets, vendus au prix de cinq euros, chaque ticket valant… un canard.  Cet évènement est organisé par les Machiroux ASBL et Courant d’air ASBL qui s’occupent de jeunes souffrant de troubles du comportement et de jeunes exclus socialement.

Les arcs de Bernard Venet

Depuis 2006 se dressent sur la jetée quatre arcs, sculptures monumentales de Bernar Venet. Implantés en zone inondable, situés au milieu d’une large zone sombre, on y a ajouté un chaleureux halo de lumière. Le jet d’eau aussi s’illumine. Les  arcs sont bercés par leur reflet aquatique, dans une ambiance de mystère et de magie afférente à la situation exceptionnelle du lieu...

Ces arcs se sont retrouvé d’abord là-bas après une expo organisé par Nicolas Delcourt, de l’association Art et acier, qui aide aussi l'enfance malheureuse.
Le plasticien français Bernar Venet,, pionnier de l'art conceptuel, avait déjà un pied à terre au Parc du Château Cockerill à Seraing. L’entreprise sérésienne CMI est devenue partenaire du sculpteur. Sans son concours l’Arc Majeur dont l’idée remonte à 1984 serait encore un vieux rêve. L’arc de 205,5° est un cadeau de 6000 heures de travail de CMI et de sa fondation John Cockerill à la Wallonie. Un vieux rêve qui remonte à l'appel lancé par Mitterand pour ajouter des touches artistiques sur les autoroutes. L’arc en acier Corten, développé en collaboration avec le bureau d’étude Greisch que nous croiserons encore sur notre balade, est aujourd’hui sur l’autoroute E411 à la borne kilométrique 99 près de Rochefort, un emplacement choisi par l’artiste.
On retrouve des arcs de Bernar Venet un peu partout dans le monde. Pourtant, il a d’autres cordes à son arc ! Il a commencé à se faire un nom en 1961, avec des Performances dans les ordures. Puis, en le noir, c’est le rejet de la communication facile ». Il sort encore en 1999 la troisième et définitive version du film Tarmacadam de 1963. La même année il produit ‘Tas de charbon, une sculpture sans forme spécifique versé à même le sol’.  Marcel Duchamp disait de lui : « Venet, vous êtes un artiste qui vend du vent. »
1963, il montre des toiles recouvertes de goudron parce que «
Les arcs, ça commence en 1978 : à la Biennale de Venise il présente ses toiles Chords Subtending Arcs. Suivi de la série des reliefs des Arcs, Angles et Diagonales en bois. En 1983, il met en place la structure de base de ses Lignes indéterminées, en acier Corten. Il les installe à Nice, Paris, Berlin, Tokyo, Strasbourg, Pékin, Austin, San Francisco, Grenoble, etc.  En 1997 il commence les séries d’Arcs x 4 et d’Arcs x 5
Comme preuve que ses arcs sont adoptés par les liégeois, il y a le Commando Rouche” qui a emballé un des arcs de la Boverie, après le Torè et la statue de Tchantchès.
Les gens qui suivent mes blogs se rendront probablement compte que ce qui suit est extrait d’un autre de mes blogs « Ma« Manière de montrer les délices de Liège »
http://hachhachhh.blogspot.com/2017/07/ma-maniere-de-montrer-les-delices-de.html 

Une statue du ‘sulfureux’ Jef Lambeaux

Devant le musée, côté roseraie, une statue de Jef Lambeaux
Le faune mordu avait été exposée en 1903 au Salon triennal de Bruxelles et, un an après, à l'Exposition internationale des Beaux-Arts de Düsseldorf et à l'Exposition universelle de Saint-Louis,
où elle remporte une médaille. En 1905, l'Exposition universelle de Liège voulait l’installer à la Boverie. Elle reçoit les éloges  notamment d'Auguste Rodin, mais s'attire les foudres du journal catholique "La gazette de Liège" et du vicaire Schoolmeesters. On renvoya l’œuvre qui se cassa en chemin. L’Etat en fit faire néanmoins un autre exemplaire. Le conseiller communal Charles Magnette, soutenu par l'échevin des Beaux-Arts Alfred Micha, préconise l'achat de l'oeuvre pour réparer l'outrage fait au sculpteur anversois. "Le faune mordu" est acquis par la Ville de Liège et intègre ainsi les collections du Musée des Beaux-Arts. Il faudra attendre les années 50 pour que la statue soit installée dans la roseraie du parc de la Boverie.
On doit au ‘sulfureux’ Jef Lambeaux  la statue de Brabo à Anvers, et le pavillon des passions humaines au Cinquantenaire dans un bâtiment d’Horta. Les "passions humaines » étaient une commande publique et l’Etat, fier du résultat, en fit un double en plâtre exposé dans nombre d’expos universelles. A Bruxelles aussi Lambeaux s’attire les foudres des "culs serrés". Jean Delville eut "un haut-le-cœur devant un groupe aussi colossal que nauséatif de grasses hétaïres de ruelles de ce Michel-Ange du ruisseau". Le pavillon fut fermé jusqu’il y a peu. Le plus piquant fut quand le roi Baudouin offrit un bout du parc du Cinquantenaire pour y bâtir une mosquée et que les religieux y découvrirent avec horreur la saine sensualité de ces bacchantes.
"La Nymphe du Bocq" aussi, qui trône aujourd’hui devant l’Hôtel de Ville de Saint-Gilles, resta dans ses caves jusqu’en 1976 à cause de "bons esprits" du XIXe siècle qui la jugeaient trop indécente (llb 29 novembre 2008).

La Boverie : what’s in a name ?

L’architecte Rudy Ricciotti nous a fait un nouveau musée, la Boverie, en collaboration avec le cabinet liégeois p.HD. Enfin, pas tout à fait nouveau. Ricciotti a créé une extension d’un bâtiment qui date de l’expo universelle de 1905. Il l’a fait avec beaucoup de respect pour ce patrimoine. Au point même qu’il a proposé, avec le lyrisme qu’on lui connaît, de classer ses fondations, “premier bâtiment avec des pieux Franki”.
Notre architecte a à son palmarès le Mucem à Marseille. Il a créé une grande aile vitrée face à la Meuse, de 1 200 m², avec des vitrages hauts de 7,5 mètres, posée sur des pilotis et intégrant des colonnes en forme de troncs d’arbres comme ceux qui longent le fleuve. Il rêve « de la laisser allumée toute la nuit pour que cette aile soit comme un sourire adressé à Liège”. 

La tour cybernétique de Schöffer

Dans les années 50 la cybernétique était un mot à la mode. Aujourd’hui on parlerait de digital. Un certain nombre d’artistes ont surfé sur cette vague. En 1961, Liège achète une œuvre de l’artiste franco-hongrois Nicolas Schöffer,le père de l’art cybernétique : une sculpture abstraite de 52 mètres de haut.
La Tour réagit, grâce à des capteurs, à différents stimuli (température, vent, bruits de la ville, etc.) et déclenche, via des algorithmes cybernétiques, trois types d’action : mouvements (pales réfléchissantes), sons (diffusion aléatoire de bruits naturels retravaillés et de sons électroniques) et lumières (lumière naturelle réfléchie par les pales le jour, lumière artificielle colorée la nuit). L’artiste a tout prévu : un «moteur d’indifférence» intervient aléatoirement pour briser toute monotonie.
Tout ça est tombé assez vite en panne. Mais pendant toutes ces années des gens ont œuvré pour la restaurer. Etonnant, parce que l’artiste n’a pas des liens bien particuliers avec la ville…
En 1997, ils obtiennent le classement de ‘la tour cybernétique et les composantes matérielles ayant permis la réalisation du programme aléatoire et le spectacle luminodynamique « Formes et Lumières »,  l’ensemble des éléments techniques permettant le fonctionnement de la tour et l’animation de la façade du Palais des Congrès’. Je suppose que le classement a facilité la restauration.
Ce projet liégeois a encouragé Nicolas Schöffer à concevoir une autre Tour cybernétique de 360 mètres pour le quartier de la Défense à Paris; ce projet fut abandonné après la mort du président Pompidou, alors que le chantier avait été entamé. Paris Match avait publié en 1970 une simulation de la Tour dans un dossier présentant « Paris dans 20 ans».
En 1956 il avait installé sa première sculpture cybernétique autonome (CYST 1) sur le toit de la cité radieuse de Le Corbusier. 
En fait Schöffer s’est inspiré d’El Lissitzky qui avait produit entre 1919 et 1927 des Proun (une abréviation en russe de "projet pour une affirmation du nouveau"). Ses expérimentations avec l’espace et les matériaux sont une métaphore pour la visualisation des transformations fondamentales d’une société qu’il espérait voir surgir de la Révolution russe.
Schöffer a développé Lumino pour Philips, en 1968.
L’œuvre la plus marrante de notre «artiste ingénieur» est une sculpture à taper dessus pour transformer la violence en beauté » (Percussonor).
 Le bureau d’architectes Philippe Greisch a supervisé la restauration, avec des nouveaux panneaux mobiles en inox, nouvel éclairage LED, etc. 

La Terre et L'Eau

Nous longeons le Ravel, le long du palais des Congrès, jusqu’au pont Albert I.
La Terre et L'Eau, à l’entrée du pont, sont deux sculptures de Georg Grard. En 1931, sa maison  de Saint-Idesbald était un rendez-vous prisé, entre autres, pour Pierre Caille, que nous retrouverons de l’autre côté du pont. A partir des années '50 Grard est souvent sollicité par des commandes publiques. Parmi les plus célèbres, la Figure assise de la Banque Nationale (1950), La Mer, à Ostende (1955). La Naïade de Tournai(1950) dont la nudité avait fait scandale au point où elle a été  recouverte d'un tissu et même déboulonnée pour se retrouver durant trois décennies au pied du Pont-à-Pont. Ce n'est qu’en 1983 que la statue sera réinstallée à son emplacement d'origine.

Une longue grossesse pour le monument de Pierre Caille

De l’autre côté du pont une sculpture de Pierre Caille, "Liège à ses enfants morts pour elle". Cinq grandes stèles en marbre noir, un ensemble de croix en bronze doré, avec chaque fois une date. C’est pour les érudits, mais les dates ont été choisies après mûre réflexion, celles de neuf des nombreuses batailles qui ont jalonné l'histoire de Liège.Voici mon top 3, sujet d’un blog. Pour commencer la bataille de Vottem du 19 juillet 1346, nos Eperons d’or. Chassé de Liège par le peuple, le prince-évêque Englebert de la Marck avait levé une armée considérable grâce à l’Empire Germanique. Les milices liégeoises se sont opposés avec succès à la cavalerie ennemie. 
En 1408, c'est la terrible défaite des Hédroits à Othée. Le 23 septembre, trois armées, celle du Princes-Evêque Jean de Bavière, du duc Jean de Bourgogne dit Jean sans Peur, et du comte Guillaume de Hainaut, attaquent les révoltés qui sont écrasés.
Le projet "Liège à ses enfants morts pour elle" remonte 40 ans en arrière, à l’époque où Albert I lance le projet d’un ‘Monument interallié, que nous voyons sur notre gauche, au-dessus de la colline de Cointe. Pour Albert ce monument était un porte-manteau pour sa stratégie internationale d’après-guerre ; c’était aussi une alliance très subtile avec l’Eglise, qui a construit une ‘basilique’ juste à côté.  
Trop subtil pour la Ville de Liège qui lance en 1918 SON projet: un beffroi en ‘hommage aux Liégeois combattant depuis dix siècles pour la liberté’. Le projet de la ville n’aboutit pas et en juillet 1936 le Conseil communal vote le transfert des fonds budgétisés vers celui du monument au roi Albert, alors en projet. Il faudra encore attendre presque 30 ans, en 1964, lors du 40e anniversaire de la bataille de Liège, pour sa réalisation.
Ce monument n’est donc pas seulement un pied de nez au Mémorial interallié, mais aussi à Albert qu’on retrouve en bas du pont, sur un cheval non sellé. L’absence de selle n’est pas un ‘statement’ politique de la part du sculpteur.

Un parc de sculptures

L'architecte Dedoyard a conçu le projet de l'ensemble, comprenant aussi l'esplanade en contrebas du pont et la statue du roi Albert par Charles Leplae et le grand escalier d'honneur, doté de sculptures de M. Gillard et Paul Renotte qui a été après guerre échevin communiste de la culture.
Et puis il y a encore le ‘Relief au Lieutenant Graff ',un bas-relief d’Edmond Falise qui date de 1923. Après la guerre les troupes alliées, «la Garde du Rhin», occupent le Ruhr.  Le 23 mars 1922, le jeune lieutenant d'infanterie de l'armée belge, José Graff, regagne son casernement. A Ruhrort, quelqu’un tire à bout portant sur le sous-officier. En Belgique, la presse est déchaînée : «Le sang belge coule en Allemagne! Un soldat tombe au poste d'honneur en montant la garde du Rhin !». Heusy, où habite son père, général retraité, inaugure un modeste monument. A Liège un bas-relief en bronze est inauguré au pied de la passerelle, Place Cockerill. En 1940, les Allemands rangent cette plaque dans les réserves de la Ville. Elle réapparaît sur l'Esplanade après la deuxième guerre, en 1964.
Et enfin il y a L'Arbre et son ombre de Daniel Dutrieux (1991) : 3 arbres de 7 essences différentes, choisies pour la couleur ou la forme du feuillage, sont plantés selon une disposition qui, en braille, écrit le mot «arbre». Il faut donc être aveugle pour le voir… Les 14 zones pavées affectent la forme d’ombres d’arbres; en braille, elles se lisent “ombre”. L’utilisation du langage des aveugles dans l’oeuvre plastique est une des démarches caractéristiques de Dutrieux, prompt à débusquer ‘notre profonde cécité collective face au devenir de notre environnement’. La maxi-carte, c’est la remise à Daniel Dutrieux de 13 poèmes de François Jacqmin, sous le titre ‘L’arbre et son Ombre’, en 1991.

Le seul monument national à la Résistance

On n’a pas encore fait le tour de notre Memoryparc. Devant nous les Terrasses d’Avroy.  En 1881, les Terrasses sont ornées de quatre sculptures en bronze dont la plus célèbre est le « Dompteur de taureau ». En 1880, ce groupe statuaire de  Léon Mignon, artiste sculpteur né à Liège, avait remporté la médaille d’or au salon de Paris, et Liège avait acquis l’œuvre, transposée en bronze.
La caricature ci-dessus représente l’évêque Doutreloux masquant les parties génitales humaines avec la « Gazette de Liége », journal bien-pensant dont le rédacteur en chef s’appelle alors Joseph Demarteau, lequel dénonce, dans ses éditoriaux, l’outrage infligé aux bonnes mœurs. En réaction ironique à cette campagne puritaine, le prénom du journaliste est utilisé pour désigner le dompteur. On parle désormais, en wallon, de « Djôsef » (Joseph) et son « torè » (le taureau).
Les groupes statuaires des Terrasses associent tous un homme et un animal, le premier dominant l’autre pour l’utiliser à son service : le « Bœuf au repos « , aussi de Léon Mignon, le « Cheval dompté » (1884) d’Alphonse de Tombay et le « Cheval de halage » (1885) de Jules Halkin
Devant nous le seul monument national érigé en hommage aux Résistants de 1940-1945, de l’architecte Paul Étienne et du sculpteur Louis Dupont. Dupont savait de quoi il parlait : en 1941, lui et son frère Georges avaient été enfermés à la Citadelle de Huy. Le groupe des statues à gauche évoque la résistance armée, celui de droite la résistante intellectuelle.
En 1958, le sculpteur réalise bas-reliefs du lycée Léonie de Waha, les reliefs « la Philosophie », « Les Lettres » et « L’Histoire », sur la façade du bâtiment de la Faculté de Philosophie et Lettres de l’Université  et les reliefs pour l’hôtel des Télégraphes et des Téléphones, que nous croiserons un peu plus loin, et les reliefs « La Nativité» et « Le Cheval Bayard », au pont des Arches.
Dans le parc, le Madmusée, en réfection pour le moment, abrite une collection unique de 2 500 œuvres qui s’inscrivent dans le champ de l’art brut contemporain.
La suite (le quartier et la gare des Guillemins et la Belle Liégeoise très bientôt)!

 


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