mardi 21 janvier 2020

55ième balade-santé MPLP Herstal : la Bacnure, Bernalmont et Belle-vue.


sommet de la petite bacnure en combustion
photo Line Hedebouw
Notre 55ième  balade-santé MPLP Herstal defévrier 2020 a faitle tour des trois terrils de la Bacnure, Bernalmont et Belle-vue. C’est une balade spectaculaire, avec le cratère au sommet de la petite Bacnure. Et puis, nos terrils seront très bientôt dans l’actualité, avec une promotion immobilière qui se développe autour de ces terrils. La petite Bacnure les intéresse moins, au point où une proposition aurait été faite pour le faire reprendre par la Ville. Je ne saurais pas dire sous quelles conditions, mais dans tous les cas de figure ça devrait nous inciter à faire connaître ces terrils qui sont au fil du temps devenus uniques parce qu’ils sont encore à l’état où les ont laissé les fermetures.
Et puis, la Région Wallonne a – enfin – décidé de mettre fin aux concessions minières. L’idée de base est de mettre tout en sécurité, et de marquer les endroits où se trouve un puits. La société d’Abhooz-Bonne-Fin-Hareng (en liquidation) a entamé par exemple une procédure de fin de concession charbonnière. Les autres suivront, dans les années à venir. La concession de la Petite Bacnure couvrait 238 hectares.  Elle était limitée par le sommet du Bois Gilles, le Bouxthay, les fermes Jehaes à Hareng et du Patar, la rue de l'Agriculture, la place Laixheau, la rue Jean Lamoureux et le coin des rues G.Delarge et Félix Chaumont.
La balade est assez sportive, avec une montée de 83 mètres pour la bacnure et +- 30 mètres pour les deux autres terrils. Une bonne partie de mes infos repris dans ce blog viennent de la brochure « LaVoie des Botis », de notre ami Walthère Franssen.

Autour de de la « Petite Backeneure", un gruyère

balade 2019 avec des amis flamands
phtot Elisabeth Slegers
A l'emplacement du café de la « Petite Backeneure" se trouvait le bur Micha, déjà mentionnée en 1658. Dans le coin il y avait aussi les burs de Grise Pierre, Nanoux, Nicolas Wattar, Tirleau, Lagnot, Lambert Gaspar et aux Corbeaux. Une bacnure est en vocabulaire houiller une galerie creusée à travers les bancs de roche de façon à rejoindre la veine de charbon.

En 1920 il y a fusion avec la Grande Bacnure. A cette époque la Petite Bacnure compte 791 ouvriers dont 571 au fond et 220 à la surface.  Le charbonnage arrêta son exploitation souterraine en 1971. En 1975 la belle-fleur est démolie
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La concession de la Petite Bacnure dont la paire allait de la rue Pied du Bois Gilles à la rue Verte était exploitée au départ par la Société de Bon Espoir. En 1840 la profondeur du puits est de 158 m et le charbonnage compte 227 mineurs. De 1844 à 1847 les travaux sont arrêtés par suite d'infiltration d'eau.  En 1854 le charbonnage s'équipe d'une puissante machine à exhaure et en 1874 d'un châssis à molette en fer. La grille d'entrée de la paire était aux environs du n° 60 de la rue Verte.  Après la paire fut transféré à proximité de ses bâtiments de la rue Charlemagne. En 1955 il y a 2012 ouvriers pour les deux sièges Grande et Petite Bacnure.

La halte-gare de La Préalle

La gare de La Préalle fut ouverte en 1894 sur la ligne de chemin de fer Liégeois-Limbourgeois. Chaque matin, les mineurs flamands débarquent du train.  Avant de se rendre au travail, ils allaient au magasin s'approvisionner en < tchike di role > (chique de tabac)  Selon notre historien local Raymond Smeers, "leur bruyant bavardage et le claquement de leurs sabots sur le sol réveille les riverains". Vers 1940 358 des 550 mineurs du charbonnage de Milmort,étaient flamands (65 %)
Les navetteurs flamands utilisaient le chemin de fer mais aussi le vicinal Genk-Herstal (à partir de 1926).  Après 1945, un certain nombre d'ouvriers flamands étaient amenés chaque jour aux charbonnages par autocars.  Jusqu'aux fermetures, le nombre de mineurs flamands resta important principalement parmi les ouvriers de surface.
           

Un tunnel cyclo-pedestre/PMR infranchissable pour les Personnes à Mobilité Réduite et les cyclistes

A la Préalle, il y avait 3 passages à niveaux routiers,  face à la place J. Brel, face à la place  C. de Paepe et un troisième rue de la Baume. Les trois ont été remplacés par un pont routier qui est venu s’arquebouter sur la nouvelle route qui raccorde la r/Basse Préalle à la place C. de Paepe. En dessous, on vient de créer un tunnel cyclo-pédestre. Il y a néanmoins un petit problème : ce tunnel est avec ses 27 marches impraticable pour poussettes, landaus et personnes à mobilité réduite (chaise roulante, béquille, handicap), ainsi que pour  un cycliste. Ils doivent se rabattre sur le pont routier à 8 % de pente.
Petite Bacnure 1971
Infrabel dépense pour chaque suppression de passage à niveau en moyenne 1,25 millions € en compensation à négocier avec les communes concernées. Selon notre ami-promeneur et gracqiste Michel Murzeau une rampe d’accès de 8 % était parfaitement possible au bout du tunnel. On aurait pu riper le Ravel existant jusqu’à 1,50 m du rail comme le prescrit d’ailleurs la SNCB. Pourquoi notre Collège communal a-t-il préféré ces 27 marches au lieu d’une rampe?

La paire du charbonnage

 La paire du charbonnage, c'est l'ensemble des installations et des terrains situés à la surface autour du puits.  Elle est entourée de murs et de clôtures.  Il y a la paire aux bois, la paire aux charbons et l'aise, le local où les ouvriers mineurs reçoivent leur besogne avant de descendre. Les surveillants forment leur équipe : "495, 217, 1348, 598.à 550 avec Stani ; où est le 217 ? , absent, 1129 prend sa place à Oupeye ;  623, 259, 1356, ... pic et pelle avec Ivo. Machiniste, prends la cruche de coco pour la taille (Le coco : de l'eau à laquelle on a ajouté un peu de poudre de coco pour lui donner un peu de goût) ».
A partir de 1965, il y a là 10 ou 15 nationalités différentes.  Tous avaient en commun un vocabulaire repris dans le "Dictionnaire illustré à l'usage des Mineurs" édité en 1964 par la Fédération des Charbonnages Belges. Sept langues, 271 mots.
Les derniers bâtiments en ruine (l'aise des mineurs, les bureaux des contremaîtres, la lampisterie, les douches, l'escalier conduisant au puits et les ateliers) furent enlevés lors de l'assainissement du site en 2000 par la Sorasi.  Voir sur la paire, sur notre gauche, les emplacements des 2 puits Bacnure n° 1 - P.B.- 704 m.- 1971  et Bacnure n° 2 - P.B.- 702 m.- 1971.  Les dalles indiquent la concession "Grande et Petite Bacnure", le n° du puits, la profondeur du puits et l'année de fermeture. Il s'agit de la profondeur totale du puits ; pour les mineurs la cage descendait à 675 mètres, ensuite les mineurs descendaient plusieurs grâles pour atteindre jusqu'à 900 mètres.

Place César de Paepe une officine et 5 cabinets médicaux

La pharmacie Carlier-Thonet construit Place César de Paepe une officine et 5 cabinets médicaux, à l’emplacement de l’ancienne école/bibliothèque (permis d’urbanisme 2013/2018). Cela bouche l’accès à la paire de la Petite Bacnure où il y a eu un projet de logement social. Quant à l’accès de l’autre côté, rue Campagne de la Banse, cela me semble peu praticable  Je ne comprends pas très bien comment on peut enclaver ainsi un terrain qui  est réserve foncière de la SRL…
En 1844, la première école de La Préalle, Place César De Paepe, était une école d'initiative privée subsidiée par la Commune.  A l’époque, 47 % des hommes et 62 % des femmes  étaient analphabètes. En 1846, une première école officielle est créée dans le quartier.  Les bâtiments de l'école primaire communale sont de 1899.

Rue Rogivaux 15:   La Coopérative socialiste.

la rue en 1947 photo généanet
En 1868 La Préalle avait une des 42 sections belges de l'Association Internationale des Travailleurs.  On y développe notamment la nécessité d'établir des magasins de denrées alimentaires pour pouvoir maintenir une grève. Une section du Parti Ouvrier Belge fut creée à Herstal en 1886. Le nombre d'habitants de La Préalle qui adhérèrent au P.O.B. fut toujours plus élevé dans ce quartier populaire que dans les autres quartiers de Herstal.  Une Coopérative Socialiste, succursale de La Populaire de Liège, s'installa en 1898 rue Rogivaux à La Préalle à l'emplacement de l'actuelle pharmacie. Après l’ouverture de la coopérative, en 1921, le premier bâtiment devint Maison du Peuple.  La Maison du Peuple subsista jusque la fin de la guerre et la coopérative jusqu' au début des années 1970. W. Franssen a interviewé en 1982 Madame Champagne, pour sa rubrique Histoire de nos rues, dans le mensuel Le clin d'oeil. Cette vieille dame, devenue quasi aveugle, qui habitait le quartier depuis le début du siècle, dit "Avant 1914, dans mon entourage, on allait tous à messe.  On avait peur de l'enfer [dit-elle en riant].  Puis avec la Maison du Peuple, la Coopérative et le Syndicat, les hommes ont commencé à parler entre eux.  On n'a plus été à messe et on a défendu nos droits.  Regardez, actuellement, comme on est bien logé et mon mari a une bonne pension".  Ce qu'il en reste actuellement n'est donc pas le bâtiment à l'abandon de cette coopérative mais une sécurité sociale aujourd’hui fortement menacée !

Rue de la Bance

Nous remontons le rue Rogivaux pour prendre à gauche la rue de la Bance. En face, une baraque du Fonds Albert mise aux normes d’isolation du XXI ième siècle en 2019.
Il y a encore eu 5 chantiers d’égouttage à Herstal en 2019 ! Avec la rue de la Bance Herstal sera égoûté à 98%. L’arrêté du Gouvernement wallon définissant les « Plans Communaux Généraux d’Egouttage » date de 2003 ! Pour la rue de la Banse, il s'agit de poser des canalisations, et rénover la rue par la suite. Les raccordements ne sont pas toujours évidents, dans cette rue ancestrale avec une situation cadastrale compliquée. Une dérogation suppose installer un système d'épuration individuelle.
On avait prévu 95 jours ouvrables. Pas de chance (ou manque de prévision) ? Des fissures sont apparues dans les maisons. La campagne de la Bance est un gruyère : le charbon affleurait en si grande abondance qu’on parlait d’une « montagne de charbon ». Au bur ‘delle Banse’ on montait la houille par manne (banse). Au Conseil communal de novembre 2019 ma cama Annick Gérard a interrogé le collège sur l’arrêt des travaux. Selon l’échevin un bureau étudie la pose du collecteur sans aggraver les fissures existantes, via un « blindage ».

Un bassin d’orage et l’instabilité minière

La pose d’égoûts rue de la Bance n’a pas de lien direct avec le permis d’urbanisme 035 de l’AIDE (Association Intercommunale pour le Démergement et l'Epuration des communes de la province de Liège). Un budget de 3 millions d’euros dont 150.000 euros pour la ville, pour la construction d’égouts dans les rues de la Houillère, Campagne de la Banse et Henri Nottet, l’aménagement d’un bassin d’orage rue Campagne de la Banse, au pied du terril, sur une partie de la paire acquis par l’AIDE, et la pose d’une canalisation en béton armé, par fonçage, entre les rues Campagne de la Banse et H. Nottet. Ce n'est pas dit qu'on commence les travaux demain. Cette ‘nouvelle’ percée avait déjà reçu un permis fin 2012.

C’est le contribuable liégeois (ou plutôt le consommateur d’eau liégeois) qui retrouvera ces 3 millions dans sa facture d’eau. Or, à la base de ce bassin d’orage il y a le terril de la petite Bacnure qui bloque le vallon venant de Vottem. Avant sa fermeture, le charbonnage pompait les eaux. L’arrêt des pompages est aussi à la base du glissement de terrain rue Campagne de la Bance ; glissement qui a coûté déjà un os à la Ville.
C’est à cause de ce terril qu’on prévoit aujourd’hui un nouveau bassin d’orage. Ne serait-ce pas au concessionnaire actuel de la concession N°192 (la S.A. des Charbonnages de Grande Bacnure, en liquidation) à payer ? Ce n’est pas parce que cette Société Anonyme est en liquidation qu’on ne saurait pas la mettre à dos les dégâts inhérents à ses activités d’extraction antérieures. D’autant plus que les actionnaires de toutes ces sociétés en liquidation sont approchés aujourd’hui par des promoteurs immobiliers au carré, en fait des développeurs de projets. Voire à ce propos mon blog https://hachhachhh.blogspot.com/2019/02/comment-sauvegarder-nos-terrils.html
Ou, s’il n’y aurait pas moyen de le faire casquer, on pourrait au moins les pousser à rendre leurs actifs pour l’euro symbolique. Je n’invente rien : Urbeo a appliqué ce principe par rapport au curateur d’une fonderie de la rue Marexhe qui était tombé en faillite. Le curateur  a dû laisser le site pour l’euro symbolique puisque les frais d’assainissement dépassaient largement la valeur du terrain.
Or, c’est exactement l’inverse qu’on applique ici. Non seulement l’AIDE a acheté une partie de la paire du charbonnage de la Petite Bacnure (je n’ai pas le prix d’achat). Mais, en plus, on n’a même pas essayé de mettre sur leur compte les surcoûts conséquents au niveau des études géologiques, suite aux travaux miniers.
Sans encore parler d’éventuelles surprises si on détecterait des problèmes d’instabilité. Voici l’avis technique de la direction des risques géologiques et miniers : « la moitié nord du bassin d’orage se trouve au-dessus de la veine de houille ‘Maret’ qui vient à l’affleurement, sous les limons, un peu à l’intérieur du périmètre. Cette veine était une des plus épaisses du bassin, pouvant atteindre 2m d’ouverture. Son pendage est d’environ 15° vers le sud-sud-est. Il convient de s’assurer de l’absence de zones déconsolidées sous le fond du bassin d’orage, liées à d’anciens travaux miniers dans la couche Maret. Nous n’avons pas d’informations précises quant à la localisation d’anciens travaux souterrains, de vieux puits ou d’autres ouvrages miniers de faible dimension, résultant de l’exploitation de couches ou de gîtes de houille superficiels, non concédés. La pose de cet égouttage peut modifier au niveau local des nappes qui peuvent exister au sein des dépôts quaternaires (rabattement, modification des conditions de drainage) et pourrait  ainsi influencer la stabilité du pied du terril. Il est prudent de faire un suivi piézométrique du chantier.
Les parcelles du projet sont affectées par des zones de contrainte géotechnique majeure autour des puits.
192090 Bure de Chorre
Idem puits sans nom
192092 Bure Lingin
192091 Bure delle Sereine
Idem puits sans nom
192201 Bure
192093 Bure Alle Chavée
Idem puits sans nom
Ces puits ont été remblayés, mais, dans la grande majorité des cas il est impossible de garantir la stabilité à long terme des remblais et donc des parois et des abords des puits ».
En résumé, s’il s’avère, ce budget de 3 millions pour le bassin d’orage pourrait se gonfler d’autant si on détecterait des problèmes d’instabilité.
Ce bassin de temporisation vise à « délester l’égoût de la Chaussée de Brunehaut qui se met régulièrement en charge » (c’est le maître d’œuvre AIDE qui le dit). Or, les habitants de la Rue Lavaniste Voie au-dessus de cette chaussée ont régulièrement leurs caves noyées lors de fortes pluies. Et TPalm sollicite actuellement un permis d’urbanisme pour construire septante et un logements Lavaniste Voie, juste à côté du golf… Les travaux de cette nouvelle "cité" pourraient commencer au printemps prochain. Ce qui pourrait aggraver les problèmes d'égouttage.
Le terril de la petite Bacnure en combustion
mon ami vidéaste Jerôme Giller au travail
L’accès au terril se fait par un sentier situé à mi-parcours du tronçon de la rue Campagne de la Bance situé entre la rue de Herstal et la rue de la Houillère. Ce sentier en montée douce conduit à la crête du terril. La hauteur du terril par rapport au niveau du sol est de 83 mètres. Le sommet du terril est à 198 m d’altitude. Il fait 3,2 millions de mètres cubes et 5,6 millions de tonnes.
A la surface d'une pointe de combustion on a une température comprise entre 25 ° C et 60 ° C. Elle peut monter à 100 ° C à un mètre de profondeur et à 1000 ° C dans le foyer même. On y trouve une végétation  liée à un microclimat très particulier, où le sol ne gèle jamais, et la végétation reste verte pendant tout l'hiver là où elle sèche rapidement en été (Digitaria sanguinalis, myuros Vulpia et Spergularia rubra). La combustion peut prendre plus de 50 ans.
La flexion gravitropique des arbres sur les pentes est une conséquence de la  reptation du sol, suite de la raideur de la pente et la faible compacité. Tandis que des glissements de terrain étaient fréquents dans la période d’activité et ont menés à des catastrophes comme le glissement de Jupille, les glissements de terrain en cours sont principalement corrélés à la combustion.
D'après un sondage réalisé par l'INIEX en 1977, 25 % de son volume était en combustion. Au sommet, on peut observer, sur une vingtaine de m², des boursouflures ou des croûtes par lesquelles s'échappent des fumerolles faites de vapeurs d’eau et de gaz sulfureux. J’ai eu le plaisir de montrer ces fumerolles à un artiste en résidence aux ateliers RAVI de la Ville de Liège (Résidences Ateliers Vivegnis International, Jerome Giller, qui a fait sur cette base un vidéomontage magnifique dont les droits ont été acquis par notre musée.

Un glissement de terrain

photo Djo Riem Djo
L’INIEX avait conclu, en 1989, que le terril de la Petite Bacnure est non exploitable pour ce qui est de la récupération de charbon : dans les parties brûlées, il n’y a plus de matière combustible. Même l'exploitation du schiste rouge n’est pas envisageable à cause de la combustion.  Cet avertissement est d’autant plus fondé que le terril a connu en 1969 un début d’exploitation de schiste en tant que remblais. L’exploitation menée en dehors de toute règle de sécurité ne survécut pas à un accident mortel survenu sur le chantier au pied du terril.
Un glissement de terrain relance le débat en avril 1999. Une partie du versant sud-ouest du terril s'effondre et obstrue partiellement la rue Campagne de la Bance. La cause de ce glissement est le tassement dû à la combustion, et l’humidification de la base du terril par la non-évacuation des eaux de ruissellement et d’égouttage.
Quand le propriétaire doit passer à la caisse, il est aux abonnés absents. Le déblaiement traine en longueur, ainsi que l’enquête sur les causes. En 2006 Frédéric Daerden veut "avancer sur le terril de la Petite Bacnure. Un jugement doit intervenir le 15 juin. Il faut en profiter pour changer le terril de catégorie et le faire araser pour débloquer la situation" (La Meuse du 2 juin 2006, "Les premières volontés du premier homme"). Un jugement de la Cour d’Appel de Liège du 12 juillet 2006 condamne Herstal à réaliser des travaux au pied du terril et à en partager la facture avec les propriétaires (S.I.R. et F.P.A. - Fondation Sud-Africaine). La Ville invoque le risque d’insolvabilité de ces derniers et fait procéder à une saisie conservatoire de 95.000 € sur les schistes du terril qui ont un autre propriétaire. La procédure de fin de concession est peut-être le moment de régler ces comptes avec ces propriétaires introuvables…
Le 16 mars 2009  le Conseil Communal de Herstal a voté la vente de schistes du terril afin de couvrir une partie des frais de sécurisation. Le PTB a voté contre à cause des nuisances certaines qu’entraîneraient pour les riverains pendant les 5 à 10 ans d’exploitation du chantier à ciel ouvert pour traiter les 3.231.000 mètres cubes de schistes du terril.

La prairie des chevaux aveugles

Au carrefour de la  rue Henri Nottet et de la Lavaniste-Voie, il y avait autrefois "la prairie des chevaux aveugles".  C'est là que le charbonnage mettait au vert ses chevaux de fond. A partir du XVIe siècle, des manèges à chevaux faisaient tourner les roues d'extraction. Vers 1815 la traction chevaline est utilisée dans le fond.  Au début les chevaux restaient quasi à demeure dans le fond, puis à la faveur des congés payés instaurés en 1936 ils étaient remontés assez régulièrement. Le charbonnage de la Petite Bacnure invita la Ligue de défense des chevaux de mine à visiter ses chevaux.  Le rapport dressé à l'époque précise que les chevaux en liberté étaient bien soignés, bien traités et "heureux de la récompense qui leur était accordée après une semaine de labeur"  (Le destin des chevaux de mine, Ed. par la Ligue pour la défense et la protection des chevaux de mine, Liège, 1938). Au charbonnage de Milmort les ouvriers étaient parfois mis à l'amende pour mauvais traitements infligés aux chevaux.  Mais au charbonnage de Cheratte, 56 cadavres de chevaux furent remontés du fond de la mine de 1931 à 1956.

Le terril de Bernalmont

Le  Plan Communal de Développement de la Nature (P.C.D.N.) de la Ville de Liège a classé le terril de Bernalmont en Zone centrale : c’est un élément essentiel pour le maintien de la biodiversité. Les terrils de Belle-Vue et de Bernalmont  sont aussi d’un grand intérêt scientifique et paysager et représentant en outre un précieux témoin du passé industriel de la basse Meuse.
La société charbonnière de la Grande Bacnure fut fondée en 1824.  Sa paire supérieure est située à Bernalmont et sa paire inférieure rue Derrière Coronmeuse.  En 1862, la concession de la Grande Bacnure est portée à 290 hectares ; elle s'étend sous Liège, Herstal, Vottem et Bressoux. En 1920 elle fusionne avec la Petite Bacnure. On réunit alors les différents sièges par un tunnel qui partait d'un étage inférieur du puits de la Petite Bacnure, à - 30 mètres, pour arriver à - 47 mètres au puits de Gérard Cloes et de là aboutir à Coronmeuse dans la rue J. Truffaut où se trouve le lavoir. Les résidus  de pierres retournaient par un tunnel pour la mise à terril. 
Le terril de Bernalmont a un volume de trois millions de mètres cubes, une hauteur de 84 m, une masse de 4,9 millions de tonnes et il occupe une surface de 11,50 hectares.  Il fut chargé de 1920 à 1971. Le siège de Gérard Cloes fut en exploitation jusqu'en 1960, mais subsista en tant que siège annexe à la Petite Bacnure jusqu'à la fermeture de ce dernier en 1971.

Le Charbonnage de Belle-Vue et Bien-Venue

Le Charbonnage de Belle-Vue et Bien-Venue est acquis en 1930 par les Charbonnages du Hasard, dont la concession se situait sur les territoires de Cheratte, Housse, Barchon, Cerexhe-Heuseux, Soumagne et Fléron. La Société cessera ses activités avec la fermeture de Cheratte en 1977.
Le terril de Belle-Vue a un volume de 1.300.000 m3 et une hauteur de 80 m.  Il a été chargé jusqu'en 1968.  Le terril était chargé par skip, avec au sommet un culbuteur et des glissières.  En bas de la Ruelle des Renards, la maisonnette marquée au fronton ‘1923’ abritait le machiniste et le treuil de la mise à terril.  Un skips est un wagonnet roulant sur la voie inclinée du terril, les roues arrière étaient doublées de façon à culbuter automatiquement au sommet du terril.
La paire de Belle-Vue et Bienvenue se trouvait de l’autre côté du chemin de fer, où se situe maintenant « La Marée ». Un passage sous voie servait à transférer les inertes vers le terril. Ses deux puits se trouvent à 4 mètres du piétonnier.  Sur la borne récemment rénovée les chiffres 202002 – 202, le numéro de la Concession.  Dans tous les charbonnages modernes il y avait un N° 1 ou puits principal et un n° 2 de retour d’air.  L’air, servant à l’aérage des galeries et des tailles du fonds de la mine était aspiré et refoulé par des ventilateurs et acheminé dans tous les recoins de la mine par un circuit de porte ouvertes et fermées.  L’aération avait pour but d’amener de l’air frais là où travaillent les ouvriers mineurs, mais aussi d’éliminer l’air vicié par le CO2 et  par le grisou qui se dégageait des couches de charbon, en plus ou moins grande quantité suivant le charbonnage.
Le terril de Belle-Vue a un volume de 1.300.000 m3 et une hauteur de 80 m.  Il a été chargé jusqu'en 1968. 
On se rend compte que les deux terrils De Belle Vue et de Bernalmont ont été chargés principalement pendant et après la dernière guerre, quand on compare leur taille actuelle avec les mamelles de 1939, lors de l’Exposition de l’eau.
En plus, ils se chevauchent. Ce ‘jumelage’ ne s’est pas fait sans disputes : les deux charbonnages se sont chamaillés comme des chiffonniers et un géomètre a été appelé assez souvent pour déterminer lequel débordait sur l’autre. Au vu du résultat, il a perdu son temps…

20 hectares d’espace "nature" 

A Herstal les terrils offrent 20 hectares d’espace "nature"  soit 0,9 % du territoire communal.  Sur les 2.354 hectares du  territoire communal, ce sont les seuls espaces verts et boisés conséquents à l’abri de toute intervention humaine. La valorisation de nos terrils en tant qu’espaces naturels serait facilitée s’ils avaient le statut de propriété publique - tel le terril de l’Espérance qui est propriété de la Commune de Saint-Nicolas. Au plan de secteur, le terril pourrait passer de la zone verte à la zone naturelle.
En plus, la Société Anonyme des Charbonnage de la Grande Bacnure était débitrice à l’Etat belge d’emprunts non remboursés. Pourquoi elle n’a pas été l’objet de saisie, qui aurait pu donner un statut de propriété publique à ces terrils ?
Les valeurs écologiques et paysagères de ces terrils sont d’ailleurs mises en avant dans le Schéma de structure de la Commune de Herstal.  Pour le Centre de recherche de l’ULB qui a élaboré ce Schéma en 2003, le maintien des terrils constitue un atout de base pour ce qui est de la gestion environnementale du territoire communal.

Le café un lieu où plus d'un mineur laissait sa paye.

rencontre avec une Préallienne émigrée à Zelzate
au café de la Bacnure, 2019 photo d. Cosyns
Nous rejoignons ensuite le café de la Petite Bacnure. Pour ceux qui veulent prendre un pot dans ce café, situé on ne peut mieux en face de la barrière du charbonnage, une petite évocation de ce passage "obligé" des mineurs, par Raymond Smeers : « Ceux qui vont aller travailler passent y boire une ou deux gouttes de genièvre en fumant leur dernière cigarette avant la descente.  Ceux qui ont terminé leur journée s'y désaltèrent de quelques verres de bière. Le café était aussi un lieu où plus d'un mineur laissait sa paye. Vers 1930 encore, les gosses en revenant de l'école, le samedi après-midi, assistent au triste spectacle d'épouses de mineurs qui stationnent en grand nombre face à la sortie du charbonnage, tentant désespérément de sauver, au moins, une partie du salaire avant l'entrée de leur mari au cabaret. On a vu certaines femmes bousculées et renversées à même le sol.  (R.S., Li rowe del Bacqueneure, H.A., 5-1986).

Autres balades dans le coin

http://hachhachhh.blogspot.be/2016/08/24ieme-balade-sante-autour-du.html                          
Le Ravel-rail
En 2007, la Ligue des Familles propose à notre Bourgmestre Frédéric Daerden et au top manager de la SNCB un Ravel-Rail entre la Gare d’Herstal jusqu’à la rue G. Truffaut à Liège.  Deux ans plus tard, Infrabel ajoute un nouveau tronçon côté Marexhe, entre la Gare et la rue Pied des Vignes. https://hachhachhh.blogspot.com/2018/12/44ieme-balade-sante-mplp-le-ravel-rail.html

Sources

Pour les environs de la Petite Bacnure voir https://hachhachhh.blogspot.com/2018/10/marche-exploratoire-pied-du-bois-gilles.html
Philippe Frankard, " Flore, végétation et écologie des terrils charbonniers de la région liégeoise" mémoire de licence 1984 au Département de botanique de l’Université de Liège. http://popups.ulg.ac.be/0037-9565/index.php?id=1729
Intervention du professeur Monjoie du Service de géologie de l’Université de Liège au Colloque sur les friches de charbonnages de la région liégeoise, le 27/11/00 à l'ULG

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