lundi 30 septembre 2019

Le Master Plan pour les Acec et le chauffage urbain


Le projet de chauffage urbain est une des pièces maîtresses du Master Plan pour la friche des Acec. Récupérer de la chaleur ‘fatale’ est important pour le climat. La chaleur fatale est l’énergie résiduelle qui sort des turbines d’Uvélia. Or, récupérer cette énergie est plus complexe que je ne le pensais. Et ceci n’est pas un argument pour ne pas investir dans le chauffage urbain. Mais plutôt pour le faire dans un autre cadre. Le réchauffement climatique est un enjeu trop sérieux pour être instrumentalisé pour ‘verdir’ des projets immobiliers…

En résumé

D’abord, la transition écologique sera sociale ou ne sera pas. Or, dans beaucoup de projets de chauffage urbain la dimension sociale est absente. Pour amortir un investissement qui s’avère plus lourd que je ne pensais, il faut des clients. Très souvent, on offre des conditions intéressantes aux promoteurs privés, et on compense en faisant payer les locataires sociaux qui n’ont pas le choix de se connecter ou pas.
Le chauffage urbain semble à première vue une évidence. Comment on n’y a pas pensé avant ? Mais on y a pensé avant, et ça a foiré. Seraing a abandonné en 1996 son chauffage urbain. Un haut-fourneau était censée chauffer différents bâtiments publics ou logements sociaux. Et à Droixhe, les contentieux relatifs aux factures de chauffage ont été un véritable problème pendant des années
Il est vrai que le chauffage urbain a énormément évolué les dix dernières années. Certes, mais pas dans le sens de simplification. Le renouveau de ces dernières années est basé sur les énergies de récupération, dites « fatales ». En France, la chaleur provenant de l’incinération des déchets ménagers se trouve, en 2014, en deuxième position des sources d’énergie distribuées par les réseaux de chauffage urbain. Le sidérurgiste que je suis a été évidemment aussi intéressé à la chaleur des minerais pour chauffer la ville de Dunkerque . Au début des années 1980, Dunkerque récupère la chaleur fatale chez Usinor. En 2006, on envisage une deuxième récupération chez ArcelorMittal. Cette fois-ci, les négociations sont plus complexes. Le nouveau contrat prévoit des exigences de restitution ou remboursement des équipements en cas d’arrêt de l’installation. En 2015, on bute sur l’impossibilité de connaître le devenir des entreprises privées au-delà du temps de remboursement des investissements.
On évolue vers une diversification des fournisseurs de chaleur, parce que le contexte économique évolue de plus en plus vite.
Du côté clients, les bâtiments publics et les piscines restent évidemment les premières cibles, mais les principes de bonne gouvernance interdisent de leur imposer des contrats. Cela vaut encore plus pour les promoteurs immobiliers, voire des partenaires comme des sociétés d‘industrialisation. 
Et puis, il y a l’adéquation de l’offre et la demande clients- fournisseurs. La demande d’énergie thermique est très variable au cours de la journée et en cours d’année. Dans les réseaux de chaleur urbains, la puissance moyenne consommée sur l’année représente environ 18 % de la puissance maximale appelée. On cherche alors à utiliser ces réseaux pour produire du froid. Un réseau de froid est comme un réseau de chaleur qui fonctionne en sens inverse . L’idée est bonne, et permet de valoriser le lourd investissement dans le réseau urbain chaud-froid tout au long de l’année. Le problème en Wallonie est qu’au niveau législatif rien n’existe encore qui rendrait obligatoire le raccordement
La tendance aujourd’hui est de descendre en dessous des 100°. Oui, mais cela amène une nouvelle contrainte. La capacité du système doit être dimensionné en fonction du nombre de clients.
Concernant le projet de chauffage urbain à Herstal, on peut se demander comment ce mini-réseau dont le financement FEDER ne couvre que la partie Acec et les environs pourrait évoluer vers un réseau de 40 kilomètres. Soit on le dimensionne à ce mini-réseau, soit on repart d’Uvélia avec une conduite plus grosse vers le centre et Liège. L’extension sera un partenariat public-privé. Le budget prévu pour cette seconde phase atteint 30 millions d’euros,  une estimation qui me semble basse.
L’évolution la plus spectaculaire point de vue chauffage urbain est la « valorisation » des déchets. Je ne crois pas que ce combustible est en soi plus économique que les combustibles ‘carbonés’. En France le chauffage urbain a eu un boost en 2009 avec le Fonds Chaleur. Au Royaume-Uni, en Italie, au Danemark, en Irlande ou en France  existe un certificat d'économies d'énergie. Rien de tel chez nous
Le chauffage urbain herstalien monte les marches de Cannes
Cinq candidats ont répondu à l’appel d'offres pour les Acec : Véolia, TPF,  Engie, EDF et Coriance qui a  eu le contrat. Ils veulent avoir un pied dans la porte de ce marché potentiel. Mais, à la différence de la France, les incitants ont pratiquement inexistants.
 Récupérer cette énergie fatale me semble un enjeu important pour la transition écologique. Mais il faut que cette transition soit sociale. Je termine avec les positions du PTB sur le chauffage urbain : « grâce aux réseaux de chauffage urbain, nous récupérons la chaleur résiduelle des industries qui, à l’heure actuelle, est simplement rejetée dans l’atmosphère. Nous obligerons les entreprises à faire des investissements en faveur des économies d’énergie et à basculer vers une économie circulaire. La transition vers 100 % d’énergie renouvelable implique la nécessité d’un réseau énergétique entièrement nouveau. Nous mettons donc les différents réseaux d’énergie entre les mains du public et les transformons en un réseau intelligent, un réseau à commande numérique qui fait correspondre l’offre et la demande.  Nous introduisons des objectifs contraignants pour rendre l’industrie neutre au niveau climatique d’ici 2040".

Combien la calorie pour les clients ‘captifs’?

D’abord, la transition écologique sera sociale ou ne sera pas. Or, dans beaucoup de projets de chauffage urbain la dimension sociale est absente. Pour amortir un investissement qui s’avère plus lourd que je ne pensais, il faut des clients. Très souvent, on offre des conditions intéressantes aux promoteurs privés, et on compense en faisant payer les locataires sociaux qui n’ont pas le choix de se connecter ou pas. A titre d’exemple quelques extraits d’un communiqué de 2017 de l'association   la mise en place d’un système de chauffage urbain par Coriance, le même concessionnaire qu’à Herstal : « A Clermont Ferrand, le chauffage urbain était censé induire une baisse des coûts du chauffage : il a au contraire entraîné une hausse moyenne de la facture de 27 % sur 4 ans. À Grenoble la municipalité avait signé avec un prestataire privé un contrat très désavantageux pour les usagers. À Paris, le chauffage fait l’objet d’un contrat de délégation où c’est l’entreprise qui fixe le tarif et non la collectivité. D’autres situations ont été relevées par l’agence du contrôle du logement social (Ancols). Ainsi, les 4.700 logements du bailleur social Mâcon Habitat équipés en chauffage urbain payent deux fois plus cher ce service que les autres locataires du bailleur. A Clichy les particuliers ont connu une hausse de tarif plus de quatre fois supérieure à la hausse de tarif des abonnés ‘bâtiments public. À Bobigny, les 10.000 logements reliés aux systèmes de chauffage urbain payent environ 20 % trop cher car ce service finance d’autres activités de la municipalité. Dans le parc HLM d’Ile-de-France le chauffage urbain est près de 50 % plus cher que la moyenne du chauffage collectif de ce même parc. Le développement du chauffage urbain a amené à des projets qui n’étaient pas viables car engageant trop peu de volumes de consommation. Ils manquaient donc d’économies d’échelle. L’équilibre économique n’est pas atteint et les usagers doivent en assumer un surcoût d’autant plus important qu’un nouvel abonné ne se raccorde pas étant donné que le tarif de départ est prohibitif ».
Je signale que CLCV, comme moi, considère le chauffage urbain comme une solution d’avenir.
 A Cergy-Pontoise aussi, le maire Philippe Houillon s’inquiète de la future grille tarifaire de Coriance : «l'élément de tarif R 1 (NDLR facturé sur la base des MWh consommés) baisse, mais le R 2 (comprenant le coût des prestations et le renouvellement des installations) non! Finalement cela fait une augmentation conséquente de la tarification ! » « Finalement, le tarif moyen n'augmentera pas, promet Dominique Lefebvre, Président de la Communauté d'Agglomération de Cergy-Pontoise. « Le nouveau système incitera aux économies d'énergie, car les habitants verront le résultat sur leur facture, ce qui n'est pas le cas actuellement

Les contraintes du chauffage urbain

Le chauffage urbain semble à première vue une évidence. Comment on n’y a pas pensé avant ? Mais on y a pensé avant, et ça a foiré. Seraing a abandonné en 1996 son chauffage urbain, un investissement de... 360 millions ! Une turbine à la sortie d'un haut-fourneau de Cockerill était censée chauffer différents bâtiments publics ou logements sociaux. Ce chauffage serésien a fonctionné une dizaine d'années seulement. En 1991, 260 logements s'étaient retrouvés sans chauffage en décembre  (Le Soir 12/06/1996 ).
Et à Droixhe, les contentieux relatifs aux factures de chauffage ont été un véritable problème pendant des années. La calorie fournie par  la centrale électrique coûtait chère en raison des déperditions de chaleur. Certains locataires payaient un loyer social de 100 à 125 euros et une facture de chauffage de 250 euros ! Ce problème a été « résolu » avec l’arrêt de la centrale en 1995. Une cogénération (c'est-à-dire trois moteurs à gaz) alimente en chaleur les 15 immeubles (1.800 logements sociaux) de Droixhe. Désormais, il y a un système individuel de comptage du chauffage. Mais avec ça les problèmes n’ont pas disparus. En 2012, il faisait 12° dans la tour "Match" à Droixhe. Les locataires ont dû installer un chauffage d'appoint. En 2009, la Filiale Immobilière Publique avait pourtant investi 2 millions et demi d'euros pour remplacer le chauffage. Selon Maggy Yerna, échevine du logement à l’époque, il n'y avait pas de panne au niveau du chauffage mais peut-être une « inadéquation » entre le fonctionnement habituel et les températures à l'extérieur. Le problème d'eau chaude de distribution était lui lié à une panne, récurrente, qui témoigne, comme le problème de chauffage, d'un défaut de conception du système (sources Le Soir 7/10/1999 et 16/2/2004, RTBF9 février 2012).

Le chauffage urbain : un secteur en pleine évolution

On me répondra – à juste titre – que le chauffage urbain a énormément évolué les dix dernières années. Certes, mais pas dans le sens de simplification. Je viens de signaler le problème d’une facturation socialement équitable : de ce point de vue là, la situation s’est encore compliquée. Là où à Droixhe on avait un contact direct entre Electrabel et la Maison Liégeoise, on a aujourd’hui un paquet de « partenaires »,  avec des gestionnaires de réseau qui se sucrent.
Certes, le chauffage urbain existe depuis plus d’un siècle. Mais on n’est plus dans le même registre aujourd’hui. New York par exemple a toujours son réseau à vapeur centenaire qui pose d’ailleurs pas mal de problèmes. Mais ces réseaux tendent à disparaître. Nos gourous du citymarketing font pourtant allégrement l’amalgame, au Mipim, à Cannes. Grégory Radisson, de Coriance, choisie pour notre futur réseau de chauffage urbain, y déclare au Mipim qu’un des plus anciens réseaux du genre existe encore à New York, il date du XIXe siècle et est toujours en activité. À Cracovie, il existe un réseau de 300 km (La Libre Belgique  13 mars 2019).  Certes, il ne ment pas, mais il omet de dire que ces réseaux n’ont plus grand-chose à voir avec les systèmes dont on parle aujourd’hui. Encore dans les années 1960 et 1970 les réseaux de chauffage urbains étaient associés à l’image négative des grands ensembles.

Un renouveau basé sur les énergies de récupération

Le renouveau de ces dernières années est basé sur les énergies de récupération, dites « fatales ». Michael Corhay, responsable projets auprès du Cluster TWEED (Technology of Wallonia Energy, Environment and sustainable Development) décrit très bien cette évolution sur le site 
En France, la chaleur provenant de l’incinération des déchets ménagers se trouve, en 2014, en deuxième position des sources d’énergie distribuées par les réseaux de chauffage urbain. Dans un paper « Structuration urbaine d’un réseau de chaleur et énergiefatale » (Flux 2017/3-4 (N° 109-110), pages 9 à 22) Zélia Hampikian évoque les incertitudes auxquelles sont confrontés les acteurs, avec notamment deux cas de réseaux de chaleur au Val d’Europe et à Dunkerque. Les pertes qui se produisent lors de la circulation de la chaleur sont importantes et la pose des tuyaux est coûteuse. A Val d’Europe, la commercialisation du réseau est laborieuse et l’infrastructure fonctionne uniquement grâce à la connexion du parc aquatique et d’une pépinière d’entreprises, mais est surdimensionnée : les tuyaux sont conçus pour un débit de 800 m3/h, ce qui correspond à une puissance de 10 MW, tandis que seulement 180 m3/h y circulent.

Le réseau de Dunkerque

Le sidérurgiste que je suis a été évidemment aussi intéressé à la chaleur des minerais pour chauffer une ville : le réseau de Dunkerque . Au début des années 1980, Dunkerque commande une étude pour évaluer quatre sources différentes, dont toutes, excepté la solution envisagée d’une chaufferie charbon, sont de récupération : gaz sidérurgiques, chaleur produite par la centrale thermique de Gravelines et « récupération de chaleur dans l’établissement dunkerquois de la société Usinor » . La récupération chez Usinor est retenue, complétée par la production d’une chaufferie fioul et de centrales à cogénération.
Usinor accepte sans que de nombreuses négociations ne soient nécessaires.
Plusieurs décennies plus tard, en 2006, face à la perspective de croissance du réseau, on envisage une deuxième récupération chez ArcelorMittal. Cette fois-ci, l’industriel demande de coupler le système à une installation de récupération de poussières afin de pouvoir amortir cet investissement sur les deux installations. Les négociations sont plus complexes. Alors que, dans le premier cas, l’industriel se souciait peu de l’arrêt de la récupération, dans celui-ci, elle influencerait directement son processus de production. Chaque acteur fait alors inscrire dans un nouveau contrat des exigences de restitution ou remboursement des équipements en cas d’arrêt de la fourniture ou de la récupération de chaleur.
Cette vision de la récupération comme une situation possiblement provisoire marque le début des réflexions quant à l’avenir du réseau et à sa dépendance à une source sur laquelle les acteurs du système énergétique urbain ont peu de contrôle. La démarche est en outre encouragée par l’importante diminution temporaire de la chaleur produite au sein des installations d’ArcelorMittal en 2008, en raison de la crise économique.
Alors que la compétence de gestion du réseau de chaleur doit être transférée à la Communauté Urbaine de Dunkerque en 2015, la Ville et cette dernière lancent une nouvelle étude relative au développement du réseau de chaleur à l’échelle de l’agglomération. L’objectif affiché est celui de prévoir, d’une part, l’extension du réseau à d’autres communes et, d’autre part, la diversification des sources d’approvisionnement.  Les sources de chaleur analysées par l’étude sont pour la plupart, de récupération. Elles proviennent ainsi d’autres industriels ou bien du centre de valorisation énergétique (CVE) de l’agglomération, équipement communautaire d’incinération de déchets produisant jusque-là uniquement de l’électricité.
L’étude met en garde contre l’impossibilité de connaître le devenir des entreprises privées au-delà d’une certaine durée et notamment au-delà du temps de remboursement des investissements. Ainsi, c’est en premier lieu le CVE qui est retenu pour la stabilité de son processus et le contrôle que la collectivité peut exercer sur ce dernier. En définitive, alors que la première récupération est basée sur une analyse purement technico-économique et qu’elle s’accompagne de relations vécues comme simples entre les acteurs, ces dernières se complexifient avec le temps, jusqu’à ce que chaque côté envisage la possibilité d’un arrêt ou d’une modification non contrôlée des conditions de l’échange. C’est le résultat de la généralisation d’une plus grande instabilité économique et industrielle à l’échelle mondiale.
Finalement, un accord a été trouve en janvier 2019: le doublement du réseau de chaleur urbain a été officialisé par la Communauté urbaine de Dunkerque, ArcelorMittal et Engie France BtoB. Fin 2020, l’équivalent de 3000 logements supplémentaires sera alimenté en chauffage et en eau chaude sanitaire grâce à l’énergie dégagée par les installations industrielles d’ArcelorMittal.

Plusieurs fournisseurs 

On évolue donc de plus en plus vers une diversification des fournisseurs de chaleur, parce que le contexte économique évolue de plus en plus vite. On l’a vu avec le fermeture de la centrale de Droixhe, ou du Haut-Fourneau de Cockerill-Sambre (même si là, le chauffage urbain a capoté avant la décision de fermeture). Pour le Master Plan des Acec, Uvelia n’est pas éternel non plus. D’ailleurs, juste à côté Intradel a déjà des fours à l’arrêt, à son ancienne unité de valorisation énergétique ( 2
four Kablitz
fours à grilles Kablitz et 2 fours rotatifs Laurent Bouillet). Les deux fours à grilles sont encore en bon état ainsi que les installations du traitement des fumées. On envisage les utiliser pour la valorisation énergétique de bois non recyclables (75.000 tonnes de bois par an ; Intradel dispose déjà d’un gisement de 30.000 t/an en provenance des parcs à conteneurs).
Certes, il y a aujourd’hui des centrales TGV à cogénération dans toutes les gammes de capacité. Mais pour les grosses centrales, l’avenir dépend d’une décision concernant la création d’une capacité de réserve. Ces centrales ne tourneront qu’en cas de pénurie et ne sauraient donc alimenter d’une manière stable un réseau de chauffage urbain. Et le besoin en chaleur doit être continu et à long terme : le rendement, côté production d'électricité seul, est plus faible avec une unité de cogénération qu'avec une centrale classique.
On évolue donc vers une situation avec plusieurs fournisseurs qui peuvent compenser l’arrêt chez un autre. La plupart du temps la production de cette chaleur fatale est la dernière de leurs priorités. Ils refuseront des contraintes point de vue fourniture d’eau chaude, en fonction par exemple de leurs cycles d’entretien, voire de pannes. Ce qui pousse à une augmentation d’échelle du réseau.

La disparition des clients captifs.

Du côté clients, on voit disparaître des clients captifs, avec les principes de bonne gouvernance qui s’imposent partout. Les bâtiments publics et les piscines restent évidemment les premières cibles, mais les principes de bonne gouvernance interdisent de leur imposer des contrats. Je serai curieux de savoir si on saurait par exemple imposer à la piscine de Herstal un raccordement au chauffage urbain.
Cela vaut encore plus pour les promoteurs immobiliers, voire des partenaires comme des sociétés d‘industrialisation.  En France des projets ‘faciles’, près de Disneyland, ont capoté parce que la société d’industrialisation a refusé d’imposer un raccordement aux investisseurs. Je ne m’imagine pas autre chose pour le site des ACEC, ou pour l’écovillage de Coronmeuse. Je vois difficilement la SPI+, partenaire dans le projet pour les Acec, imposer un raccordement au réseau de chaleur à des investisseurs potentiels.

L’adéquation de l’offre et la demande clients- fournisseurs

Et puis, il y a l’adéquation de l’offre et la demande clients- fournisseurs. SelonValorical,  pour assurer l’efficacité du réseau, il est indispensable de veiller à ce que les capacités de fourniture soient disponibles en permanence, d’où l’intérêt d’intégrer au réseau d’une part, l’hôpital CHR La Citadelle qui dispose de chaudières de réserve ainsi que, d’autre part, des chaufferies d’appoint et de secours (Valorical est un Groupement d’Intérêt Economique (GIE) regroupant l’Intercommunale de Traitement des Déchets ménagers Liégeois Intradel, la SA Urbeo Invest (Ville de Herstal) et l’asbl Liège Energie (Ville de Liège).
En plus, la demande d’énergie thermique est très variable au cours de la journée (le matin, fin de journée) et en cours d’année (été-hiver). Dans les réseaux de chaleur urbains, la puissance moyenne consommée sur l’année représente environ 18 % de la puissance maximale appelée. Pour rentabiliser l’outil et viser à une utilisation optimale de l’énergie, il est judicieux de rechercher les solutions qui permettent de valoriser l’énergie thermique lors de faibles appels de puissance du réseau, notamment au travers de partenariats avec des industriels.
Valorical estime les coûts d’investissement y compris les adaptations éventuelles sur les unités de valorisation existantes entre 75 et 120 millions d’euros (source : Valorical GIE : qui sommes-nous ?). Le quadruple des 30 millions avancés par Herstal Energie Verte…

Un réseau chaud-froid

Certes, il y a moyen d’utiliser ces réseaux pour produire du froid. Marc Schlitz, expert en environnement au service de la Cellule Stratégique de la Ville de Liège, propose, dans le cadre de Liège 2025, de développer unréseau urbain de chaleur et de refroidissement (projet N° 1279) : « Aujourd'hui, les progrès techniques amènent les nouveaux réseaux de 4ème génération capables de produire de la chaleur en hiver et du refroidissement en été».  Coriance et son concurrent Idex se
présentent d’ailleurs systématiquement comme des gestionnaires de réseaux chaud-froid. ENGIE aussi se positionne comme le leader mondial des réseaux urbains de froid, grâce à une prise de participation dans Tabreed, un acteur majeur des réseaux urbains de climatisation dans les pays du Golfe.
Un réseau de froid est un système centralisé qui fournit de l’eau glacée pour alimenter un circuit d’air conditionné. La présence d’une source d’eau à proximité du réseau peut permettre de se dispenser de tour de refroidissement dans la centrale. Cette technique dite du « free cooling » (refroidissement naturel) est utilisée par exemple par CLIMESPACE qui puise près de 50 % de ses besoins en froid dans la Seine pour le réseau parisien. Climespace dessert notamment le Louvre, l’Assemblée Nationale, la Banque de France, ainsi que de nombreux hôtels et grands magasins. Par rapport à un système d’air conditionné classique, ce réseau consomme 35 % d’électricité en moins, émet 50 % de CO2 en moins, a une efficacité énergétique supérieure de 50 % et réduit de 65 % la consommation d’eau.
Evidemment, les réseaux de froid disposent d’atouts par rapport aux systèmes de climatisation individuels : impact environnemental moindre, réduction des émissions de gaz à effet de serre, capacité à exploiter des énergies diversifiées (dont des sources renouvelables et de récupération), suppression des contraintes sur les bâtiments…
Un réseau de froid peut être vu comme un réseau de chaleur qui fonctionne en sens inverse . On y trouve une unité d’évacuation de la chaleur, un réseau avec un fluide caloporteur (en général de l’eau, dont la température se situe entre 1 et 12°C à l’aller, et entre 10 et 20°C au retour) et des sous-stations assurant la collecte de la chaleur dans les immeubles à climatiser.
La technique dominante dans les réseaux de froid en France est le compresseur (95% du froid urbain), avec rejet de la chaleur dans l’air ou dans l’eau. Les énergies renouvelables et de récupération ne représentent actuellement que 3% du bouquet énergétique des réseaux de froid. On compte 13 réseaux de froid en France, desservant 80000 équivalents-logements (894 GWh d’énergie finale). En Europe, ils ne représentent qu’entre 1% et 2% du marché du froid. Comme pour les réseaux de chaleur, la centralisation des équipements consommateurs d’énergie et sources de nuisances potentielles présente plusieurs avantages par rapport à des systèmes autonomes décentralisés. Les réseaux de chaleur utilisés pour la production de froid décentralisée sont moins contraignants en termes d’investissement initial, en revanche ils nécessitent que la chaleur soit produite à bas coût pour que le prix de revient du froid en sortie soit compétitif par rapport aux solutions alternatives. Plusieurs dispositions des lois Grenelle relatives aux réseaux de chaleur concernent également les réseaux de froid, notamment l’obligation d’étude d’opportunité de création ou raccordement à un réseau alimenté par des énergies renouvelables lors de nouvelles opérations d’aménagement, ou encore la procédure de classement permettant à une collectivité de rendre obligatoire le raccordement au réseau, dans certaines zones préalablement définies.
L’idée est bonne, et permet de valoriser le lourd investissement dans le réseau urbain chaud-froid tout au long de l’année. Le problème en Wallonie est qu’au niveau législatif rien n’existe encore qui rendrait obligatoire le raccordement et qu’à Liège il est exclu d’utiliser le refroidissement naturel avec l’eau de Meuse, aussi longtemps que Tihange utilise au maximum son autorisation d’augmenter la température du fleuve, surtout en période d’étiage, en été.

Des réseaux basse pression

La tendance aujourd’hui est d’abandonner des systèmes pressurisés, et de descendre en dessous des 100°. C’est ainsi qu’à Cergy-Pontoise Coriance préconise à passer tout le réseau en basse pression : « Passer d'une eau à 160 degrés à 90 degrés use moins les tuyaux, et si on doit intervenir pour réparer, cela refroidit plus vite. C'est un système plus souple ».
Oui, mais cela amène une nouvelle contrainte. La capacité du système est alors donnée par le diamètre des tuyaux et la vitesse de circulation. Le système doit être dimensionné en fonction du nombre de clients. Or, comme je viens de l’expliquer, la relation fournisseur- client captif tend à évoluer vers  une situation à plusieurs fournisseurs et une multitude de clients qui ont théoriquement le choix.

Un investissement de plus en plus lourd

Concernant le projet de chauffage urbain à Herstal, on peut se demander comment ce mini-réseau dont le financement FEDER ne couvre que la partie Acec et les environs immédiats (avec entre autres la cité de l’Europe) pourrait évoluer vers un réseau de 40 kilomètres. Soit on le dimensionne à ce mini-réseau, soit on repart d’Uvélia avec une conduite plus grosse vers le centre et Liège. Pourtant, c’est ce que Grégory Radisson, délégué régional de la société française Coriance, fait miroiter au Mipim : "Nous allons concevoir, construire et exploiter un réseau de chaleur de 40 kilomètres, le premier de Wallonie et plus grand du pays. Le réseau sera installé pour plus de 50 ans, un investissement total de 12,7 millions d'euros. Il bénéficie d'un soutien du fonds européen Feder de 5 millions d'euros et de la Wallonie à hauteur de 6,3 millions d'euros » (13/03/19 Trends Tendances).
Ici, il mélange à mon avis les pinceaux : ces 12,7 millions ne sont que l’amorce du réseau.
A l’occasion de la désignation du le groupement des sociétés françaises Coriance et Sepoc comme auteur de projet, Jean-Louis Lefèbvre est plus prudent et parle d’une « première boucle qui ira notamment jusqu’au site des ACEC. Par la suite, l’idée est d’étendre le réseau vers Liège et la Basse-Meuse ». Frédéric Daerden a moins de retenue. A la question « En quoi le projet de Herstal sort-il du lot? », il répond :  «par son ampleur. Le potentiel de développement est à l’échelle de l’agglomération; il peut s’étendre tant vers la ville de Liège que vers la basse Meuse».

Herstal Energie Verte ne couvre que Herstal

La constitution de  H.E.Ve (Herstal Energie Verte), en mars 2019 « traduit la concrétisation juridique finale pour la conception, la réalisation, le financement, le développement et l’exploitation du réseau de chaleur de Herstal ». H.E.Ve a un financement public. Contrairement à ce que Belfius prétend, Feder ne subventionne pas le projet à 90% , la Région Wallonne paye plus que la moitié, le solde étant apporté par Urbeo Invest.  
Mais l’extension (203 GWh d’énergie) sera revanche financée via un partenariat public-privé, réunissant la Ville, Intradel (intercommunale de traitement des déchets) et Coriance-Sepoc. Le budget prévu pour cette seconde phase atteint 30 millions d’euros (le budget de la 1ère phase étant de 12,7 millions d'euros ; ces 30 millions me semblent d’ailleurs une estimation basse).
 Le contrat avec Coriance ne couvre que les études permettant de définir le réseau puis les demandes de permis (un an). Les travaux devraient démarrer au printemps 2020 pour une mise en service à la fin de l’année 2021.
Mais dans son communiqué Urbéo prétend que Coriance est chargé d’exploiter le réseau étendu pendant vingt ans. Grégory Radisson, CEO de Coriance et Jean-Louis Lefèbvre, président d’Urbeo Invest et aujourd’hui maire de Herstal parlent  «des projections réalisées par Coriance pour une livraison de 203 GWh par an via un réseau de 40 kilomètres. Demain, le site des Acec sera relié, puis Herstal. Et sans doute Liège… » (La Libre Belgique  13 mars 2019).
Et, dans le même journal, Grégory Radisson, cette fois-ci attitré d’adjoint au développement (France-Belgique), déclare qu’il faut « d’abord créer une artère, une canalisation principale de Herstal vers Liège et, de cette colonne vertébrale, créer d’autres connexions ». 40 km, c’est un maximum ? “Après, il n’y a plus assez de puissance pour véhiculer la chaleur. Se pose alors la question de reproduire de la chaleur, mais c’est possible. Aujourd’hui, le coût d’installation reste plus important qu’une chaudière au gaz. Nous visons donc des copropriétés, de l’industriel… La première phase prévoit un réseau de 4.200 équivalents-logements. D’ici douze ans, nous aurons un réseau de 20 000 équivalents-logements.”  (La Libre Belgique  13 mars 2019).
Alors qu’on peut se demander où il trouvera ces premiers 4.200 équivalents-logements, il est sûr d’en avoir 20.000 d’ici douze ans ? En reconnaissant que le coût d’installation reste plus important qu’une chaudière au gaz. Comment convaincre alors ces nouveaux abonnés (très souvent de co-propriétés comme Néolégia et son éco-village de Coronmeuse) de s’abonner au réseau ? Pourquoi ces co-propiétés se compliqueraient-ils la vie en s’engageant (pour 50 ans !), s’ils peuvent équiper leur éco-village de turbines TGV moins chères et, certes, moins intéressant point de vue climat ?
On pourrait évidemment baisser l’investissement en profitant de l’installation du tram. A Dijon, par exemple, «la colonnevertébrale du réseau a été dessinée par le tram. Ce qui est logique puisque le tram et le réseau de chauffage ont un même objectif : servir un maximum d’habitants ». Le problème à Liège est que le tram et le réseau de chauffage n’ont pas un même objectif : servir un maximum d’habitants, puisqu’on est dans un PPP qui doit assurer un return à ses investisseurs privés...

La « valorisation » des déchets

L’évolution la plus spectaculaire point de vue chauffage urbain est la « valorisation » des déchets. Je ne crois pas que ce combustible est en soi plus économique que les combustibles ‘carbonés’, comme le charbon, le pétrole ou le gaz, malgré son prix bas (voire négatif : les communautés paient pour les brûler). Techniquement aussi, brûler les déchets est moins évident. Mais c’est surtout les primes environnementales qui font la différence. Pour ne pas alourdir mon analyse, je ne me suis pas penché sur les aspects écologiques de l’incinération des déchets, mais exclusivement sur la réglementation  de récupération de chaleur fatale.
En France le chauffage urbain a eu un boost en 2009 avec le Fonds Chaleur qui fait la promotion des réseaux de chaleur via l’utilisation des Energies Renouvelables et de Récupération (EnR&R), notamment certaines dont l’utilisation est quasi exclusive via les réseaux de chaleur : incinération des déchets, récupération de chaleur fatale. La Loi relative à la Transition Energétique pour la Croissance Verte (LTECV) y donne des objectifs élevés d’utilisation d’EnR&R par les réseaux de chaleur en 2030. Pour les atteindre, la quantité de chaleur qu’ils livreront devra être multipliée d’un facteur 2,3 par rapport à 2012. D’après Sia Partners, des investissements de l’ordre de 10Mds€ devront être réalisés pour développer les infrastructures nécessaires à cette augmentation, dont l’impulsion devrait venir du Fonds Chaleur. Ce fonds aide au financement des projets visant à atteindre un mix énergétique supérieur à 50% d’EnR&R. Les collectivités passent par une délégation de service public (DSP) auprès des grands acteurs du marché (Dalkia, Engie) ou des pure players (IDEX,
Coriance).  Dijon bénéficie par exemple de 6,4 millions d’euros au titre des Certificats d’économie d’énergie (CEE).  Un certificat d'économies d'énergie  veut encourager les économies d'énergie. En Europe, on trouve un tel dispositif au Royaume-Uni, en Italie, au Danemark, en Irlande ou en France. Le principe est d'obliger certains acteurs (les « obligés ») à réaliser des économies d'énergie et d'encourager les autres acteurs (les « non-obligés ») par l'obtention d'un certificat. Les obligés peuvent soit réaliser eux-mêmes les mesures d'économie d'énergie, soit acheter des certificats aux non-obligés, soit payer une surtaxe à l'État. En France, la pénalité est fixée à 0,02 €/kWh cumac (kWh cumulés actualisés) maximum et les certificats sont donc négociables sur le marché des certificats entre 0 et 0,02 €/kWh cumac.
Yves Lederer, Président du Groupe Coriance, qui a eu le contrat à Herstal, l’a bien compris: «Notre société est bien positionnée pour tirer parti des besoins croissants en matière de chauffage urbain généré à partir d’énergies renouvelables dans le cadre des processus d’appel d’offres. Notre production d’énergie renouvelable est passée de 34 % en 2012 à 60 % en 2015, en pourcentage de notre production énergétique totale.»
Et Jésus Olmos, co-responsable mondial des infrastructures chez KKR, joue en 2016 la même carte dans la recherche d’un repreneur pour Coriance : « nous jouissons d’une forte expertise reconnue pour aider les sociétés à s’adapter aux tendances et réglementations environnementales en plein changement, ce qui se trouve au cœur du succès de Coriance ».
Evidemment, un des problèmes pour les Acec est que chez nous il n’y a pas ces contraintes réglementaires, ce qui réduit leur ‘playfield’.

Qui est Coriance ?

Coriance était au départ dans le giron public. Fondée en 1998 par Gaz de France, Coriance exploitait les réseaux de chaleur et de froid. En 2006, suite à la fusion entre Gaz de France et Suez, la Commission européenne impose la cession de Coriance,  vu que cette fusion pourrait nuire à la concurrence dans les réseaux de chaleur en France. Depuis Coriance a changé de mains plusieurs fois. En 2008, le groupe italien A2A en fait l’acquisition. En 2012, Coriance est repris par ses managers, adossés à un fonds d’investissement (KKR Infrastructure). En 2016, First State Investments devient son actionnaire principal.
Coriance gère à ce moment-là 29 concessions de chauffage urbain en vendant l’électricité co-générée à Electricité de France.
La fine fleur des consultants intervient dans cette opération. KKR prend des conseils auprès de RBC Capital Markets, Clifford Chance, Simpson Thacher & Bartlett, KPMG, Poyry et Marsh. First State Investments loue les services de Lazard Frères, DC Advisory, Deloitte, Allen & Overy, Watson Farley & Williams, Atkins, E-Cube et Willis Towers Watson. First state n’a pas donné le prix, mais ça doit tourner autour d’un milliard d’euros. C’est un peu la tape dans ce secteur ;
Le troisième groupe français de chauffage urbain Idex est en 2018 valorisé à un milliard d'euros. Dans les candidats repreneurs Vinci avec son allié First State, le propriétaire australien du groupe Coriance, qui comptaient ainsi valoriser les synergies d’Idex avec Coriance (Les Echos 21/3/2018).  C’est finalement le fonds d'infrastructures Antin qui leur dame le pion. Financée par de la dette (LBO), l'opération valorise la société à un prix « plus proche de 1,5 milliard que de 1 milliard d'euros » (ces gens-là arrondissent au demi milliard d’Euros ; nous on râle parce qu’on arrondit à 5 eurocent). La transaction devrait ainsi figurer parmi les plus significatives de l'année sur le marché français des infrastructures
Idex aussi « accompagne à long terme les collectivités dans leurs projets de transition énergétique à travers l’exploitation de toutes les énergies du territoire : biomasse, biogaz, méthanisation, géothermie, etc. Idex gère 50 réseaux de chaleur et de froid à travers la France, notamment le réseau qui alimente en chaleur et en froid la Défense, à Paris.  Idex gère 9 usines d’incinération et de méthanisation. 15 projets de méthanisation sont en développement ou en exploitation ».

Cinq candidats pour l’appel d'offres pour les Acec

C’est ce qui explique que cinq candidats ont répondu à l’appel d'offres pour les Acec, même si, dans un premier temps, ce n'est pas un énorme réseau de chaleur qu'il s'agit de construire. Véolia dispose d'une très solide expérience. Après l'effondrement du bloc soviétique,elle a repris des chauffages collectifs dans plusieurs pays de l'est ;  le bureau d'ingéniérie TPF est actif aux quatre coins du monde ; Engie et EDF aussi ont soumissionné. C’est finalement le ‘pure player’ Coriance qui a  reu le contrat.
Vous me direz qu’avec un tel intérêt de la part de la crème des ‘players’ au niveau mondial, ce projet  ne saurait que réussir. Je ne partage pas cet optimisme. L’enjeu pour ce premier appel d’offres est pratiquement nul au départ. Ce qui compte pour eux est d’avoir un pied dans la porte de ce marché potentiel. Mais, à la différence de la France, les incitants ont pratiquement inexistants.
Vous me direz : il n’y a qu’à les créer ?

La chauffage urbain : un enjeu trop important pour régler en marge d’une promotion immobilière

Je crois avoir fait un premier tour de la problématique (ou le défi, si vous voulez) du chauffage urbain. Récupérer cette énergie fatale me semble un enjeu important pour la transition écologique. Il faut que cette transition soit sociale. Pas question de faire payer, indirectement, les locataires sociaux. Le chauffage urbain n’a plus grand-chose à voir avec les systèmes qu’on a connus auparavant. Cela ne nous évite pas de faire le bilan des avantages ET des échecs, comme le réseau de Seraing ou de Droixhe. Il y a incontestablement des progrès techniques. Mais ce progrès n’a pas simplifié les choses. Les contraintes d’aujourd’hui poussent à concevoir ces systèmes à une échelle plus grande, avec des taux d’amortissements plus longs. Et ceci dans un environnement économique où le prix de la calorie est de plus en plus aléatoire. Ce qui laisse de moins en moins de place à l’improvisation. L’enjeu est trop important pour faire ça en marge d’une opération de city-marketing. D’autant plus que le modèle économique même de ce chauffage urbain est de plus en plus lié aux primes liées à la valorisation des déchets (primes inexistants en Wallonie).

La nécessité d’un réseau énergétique entièrement nouveau.

Pour cadrer un peu tout ça, voici ce que dit le PTB sur le chauffage urbain dans son programme 2019 : "Grâce aux réseaux de chauffage urbain, nous récupérons la chaleur résiduelle des industries qui, à l’heure actuelle, est simplement rejetée dans l’atmosphère. Par exemple, les entreprises du port d’Anvers rejettent actuellement deux fois plus de chaleur que ce dont la ville a besoin en chauffage et en eau chaude sanitaire. Nous les obligeons à faire des investissements en faveur des économies d’énergie et à basculer vers une économie circulaire. De cette façon, nous réduisons encore davantage la consommation d’énergie de l’industrie.

La transition vers 100 % d’énergie renouvelable implique aussi la nécessité d’un réseau énergétique entièrement nouveau. Car en plus de l’électricité et du gaz, l’hydrogène et l’eau chaude deviennent également des vecteurs énergétiques importants. Les fluctuations de la production et du stockage de l’électricité doivent être maintenues en équilibre constant. Nous mettons donc les différents réseaux d’énergie entre les mains du public et les transformons en un réseau intelligent, un réseau à commande numérique qui fait correspondre l’offre et la demande".

Une utilisation rationnelle de l’énergie dans l’industrie

"Nous introduisons des objectifs contraignants pour rendre l’industrie neutre au niveau climatique d’ici 2040. Nous créons ainsi les conditions permettant à l’industrie de se convertir en un capteur plutôt qu’un émetteur de gaz à effet de serre à l’horizon 2050.  Grâce aux réseaux de chauffage urbain, nous récupérons la chaleur excédentaire émise par des industries pour répondre à la demande en chaleur d’autres industries et des habitations.
Les tours de refroidissement expulsent d’énormes quantités de chaleur dans l’air. Quel gaspillage d’énergie ! Or cette chaleur peut parfaitement être réutilisée. Par exemple, par des usines proches qui ont besoin de chaleur de haute qualité et qui, à l’heure actuelle, sont obligées de produire elles-mêmes cette chaleur à partir de combustibles fossiles. Ou par des zones résidentielles situées à proximité : les réseaux de chauffage urbain peuvent ainsi rendre superflues les chaudières à gaz et à mazout.
Le risque de tels investissements est trop grand dans le cadre du libre marché et cela ne garantit pas de retour économique certain. (Nous voulons) une banque d’investissement pour le climat. Les entreprises pourront bénéficier de ces nouvelles techniques pour respecter leurs normes d’émission, à condition de payer des redevances à la banque d’investissement pour le climat" (Programme PTB 2019 p.55-64).

PS  n’ai pas abordé ici la biométhanisation et la biomasse (valorisation énergétique de bois non recyclables); ça mérite un blog à part. Intradel dispose aussi de son ancienne unité de valorisation énergétique dont le reconditionnement en unité de biomasse est actuellement à l’étude (et en justice).

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