dimanche 19 mai 2019

49ième balade-santé MPLP, à la Chartreuse, à la recherche de la trame d’un parc bicentenaire.


Notre 49ième balade-santé part de l’église des Oblats, rue du Beau Mur 45 à GrivegnéeC’est en gros la même balade que j’ai fait un peu avant pour la Maison Médicale l’Herma, et trois autres maisons médicales, dans le parc dit des Oblats, et à la Chartreuse.
En mars 2017 nous avons fait déjà une balade santé dans le fort même.
http://hachhachhh.blogspot.be/2018/02/37ieme-balade-sante-mplp-la-chartreuse.html

Parc des Oblats,  parc du Casino ou glacis du fort ?

On parle toujours du parc des Oblats. Mais ceux-ci sont arrivés beaucoup plus tard. En fait, nous sommes dans le parc du Casino. Le 4 avril 1837, la Société d' Horticulture et la Société du Casino achète un important terrain qui faisait partie du glacis du fort de la Chartreuse. En jargon militaire, le glacis désigne un terrain découvert, en pente douce à partir des éléments extérieurs d'un ouvrage fortifié, sur la contrescarpe. Il avait notamment pour fonction de n'offrir aucun abri à d'éventuels agresseurs de la place forte et de dégager le champ de vision et de tir de ses défenseurs.
La Chartreuse fait partie d’une barrière de 21 forts, dont 19 en Belgique, érigés par Wellington, le vainqueur de Napoléon, contre un ennemi imaginaire: la France républicaine (c’est Wellington même qui avait remis Louis XVIII  sur le trône). Quinze ans plus tard, cette peur pour la révolution a fondu. En 1830, la révolution de Juillet porte sur le trône un nouveau roi, Louis-Philippe Ier, et
l'Angleterre s'empresse de reconnaître cette monarchie. Et, d’autre part, les rapports de force entre les puissances de l’alliance – Autriche, Prusse, Russie – ont évolués. Ce qui fait que les 21 forts sont devenus inutiles au moment même de leur achèvement.
Ce parc dit des Oblats dit du casino est un des premiers éléments démilitarisés de cette ‘barrière’ que l’on peut classer dans le top des travaux inutiles. En 1837 déjà la Société du Casino achète le terrain et aménage sur le glacis un parc qui intègre quelques bastions. Le casino fait faillite en 1867. Il est encore repris  en 1883 par le comte Edgard Lannoy-Clervaux qui le restauré luxueusement, mais doit arrêter les frais suite à la concurrence d’autres salles mieux situées, au centre. Les pilastres de la grille d’entrée, rue Soubre, à côté de l’église, sont les seuls vestiges du casino. Et nous essayerons à retrouver la trame de ce parc.

L'Eglise Glorieuse de Jésus-Christ chez les Oblats

Les Oblats achetèrent vers 1890 le casino pour 60.000F. Le bâtime,nt est transformé en maison de formation internationale. Lorsque la congrégation des Oblats est expulsée de France en 1903, comme les autres congrégations prédicantes. Les missionnaires français sont accueillis à Grivegnée. L’église néogothique fut édifiée d'après les plans de l'architecte liégeois Hubert Froment entre 1895 et 1897. Je ne comprends pas très bien les rapports entre cette congrégation, l’évêché et la paroisse, mais c’est le diocèse de Liège, qui, en dialogue avec les oblats, consacre en 1934  l'édifice et la paroisse sous le vocable de saint Lambert en mémoire de la cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Lambert de Liège. Nostalgie de la cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Lambert, voire expiation ? Voir à ce sujet mon blog http://hachhachhh.blogspot.be/2013/09/leonard-defrance-et-saint-lambert.html
Les vitraux furent détruits en 1944 à la suite de l'explosion d'une bombe volante. L'ancien casino et les autres installations du couvent furent démolies à la fin de la guerre, l'église restant le seul vestige de l'ancien couvent. L'église renfermait quelques trésors des missionnaires oblats, ainsi que certains trésors de la cathédrale démolie Saint-Lambert. Elle a été fermée au public en 2010 pour des raisons de sécurité, l'édifice présentant de nombreuses dégradations dues à un manque d'entretien et de travaux. Le culte catholique fut toutefois encore célébré jusqu'en 2015 dans une chapelle aménagée dans la sacristie sud. En 2017, faute de moyens pour restaurer l'édifice, la congrégation des missionnaires oblats décide de vendre le bien à une communauté protestante, l'Eglise Glorieuse de Jésus-Christ, fondée par un pasteur congolais, qui rassemble essentiellement des ouailles d'origine africaine. Elle est issue d'une dissidence de l'Eglise du Réveil.  Elle s'apparente au protestantisme, mais elle n'est pas officiellement reconnue par le synode. Cette marginalité, aux méthodes de prédication plutôt particulières, ne semble pas poser de problème. L'opération a néanmoins nécessité un accord de l'évêché et... de la ville. Techniquement, il s'agissait de supprimer une paroisse, et une désaffectation suppose l'accord communal, et même l'aval de la tutelle régionale.

Une grotte, des potagers collectifs et un projet de vélodrome.

La grotte devant l’église remonte aux Oblats et est une grotte de Lourdes. Par contre la grotte que nous rencontrons un peu plus haut n’est pas un sanctuaire dédié à la Vierge, mais une «fabrique de jardin» autrement dit une fausse grotte. 
Nous longeons la très spectaculaire rue des Châlets, tout en lacets. Elle débouche sur  l’avenue de Péville, avec un paquet de maisons qui datent de la démilitarisation complète des glacis, Fin du XIXième siècle.  Le n°1, n°80, la villa n°86 et du n°204 et les ensembles urbanistique n°194-202 et 205-215 sont reprises à l'inventaire du patrimoine :
Lors de la démilitarisation du fort, plusieurs lotisseurs ont profité de l’aubaine. Pour certains c’était même une deuxième fois. Lors des expropriations pour  la construction du fort, certains habitants du hameau de Péville avaient réussi à faire monter les enchères en refusant les offres d'indemnisation, menés par le notaire du coin L.-J. Lambinon, notaire. Sa maison a survécu à l'édification du fort, aux transformations militaires de 1939 mais pas aux promoteurs des années 90 qui l’ont laissé pourrir (Jacques Liénard, Hameau de Péville, histoire de la Char
Nous longeons des potagers collectifs qui nous conduisent au plateau jadis agricole et viticole de Grivegnée. Je n’ai pas réussi à savoir de quand ils datent, ni qui les cultive aujourd’hui.
Nous longeons sur notre droite la cuvette de Péville. D’une circonférence de 300 mètres, elle a été initialement creusée pour un projet de vélodrome. Certains rêvent d’y installer un plan d'eau, éventuellement ouvert à la baignade. En 2010 le fort et le parc sont reconnus comme Site de Grand Intérêt Biologique(SGIB).
Un projet européen “Value Added” a permis l’aménagement de trois sentiers balisés en 2013. Les 350.000 euros ont été focalisés sur les entrées, la restauration de la grotte et l’aménagement de la dalle jouxtant la lande aux aubépines, avec notamment des équipements sportifs et des gradins permettant l’organisation de petits événements.
Ce patrimoine fortifié est un enjeu patrimonial de développement durable. «Les places fortes sont un jeu sur la protection et l’ouverture, sur le caché et le montré. C’est un acte urbain sur la relation au temps et à l’espace du paysage». C’est l’urbaniste  Jean Nouvel qui le dit et je souscris bien volontiers. Allons donc à la découverte du caché et montré de ce parc…. Il y a pas mal de caché…

Entrée du fort et les monuments au Génie et aux 1er  et 12ième de Ligne

Nous voilà à l’entrée du fort. Le site de Cornillon a été fortifié depuis que la ville existe. C’est géopolitique, avec le vénérable Thier de la Chartreuse fut longtemps le "Grand chemin" ou "Chemin royal" qui passait au  milieu du fort.
Au dessus de la poterne d’entrée ‘Nihil intentatum relinquit virtus’ (le courage ne laisse rien qu’il n’ait tenté. C’est une phrase de Sénèque, ‘de la Bienfaisance ‘).
Le monument aux 1er  et 21e de Ligne (classé) est installé en 1932 par des amicales d’anciens.
Ces deux régiments de ligne remontent à l’indépendance belge, en 1831. En 1913, lors de la mobilisation, comme tous les régiments de ligne d'active, ils se dédoublent.  Ils prennent part à la bataille de l'Yser. Lors de l’offensive finale en septembre 1918, le 12e de Ligne s’emparera du STADENBERG. Les champs de bataille du 12ème de Ligne sont repris sur  leur caserne en temps de paix : LIEGE, ANVERS, DIXMUDE, YSER, MERCKEM, STADENBERG et LA LYS.
Les régiments sont remobilisés en août 1939.
Au Grand Curtius on peut voir jusqu’au 2 juin une expo ‘A l’avant-garde! Le 12ede Ligne’, où l’on peut voir dans les Lignards célèbres Tchantchès et le célèbre Baryton José van Dam…

Les Chartreux

photo balat
Nous descendons vers l’Arvo d’où nous avons une belle vue sur les beaux restes de la Chartreuse qui a donné son nom au site. REMACLE LE LOUP pubie en 1738 dans ses ‘Délices’ ‘le plan et élévation de la. Chartreuse comme elle sera. Achevée’. En 1797, le couvent est vendu par la République au citoyen Lecoulteux-Canteleu qui fait  démolir  l’église pour vendre les matériaux. Le préfet de l’Ourthe lui octroie aussi en 1801 la concession de toutes les mines de la Chartreuse pour 50 ans, une surface de 12 km2. Cette superficie énorme pour l’époque est la toute première concession charbonnière en Belgique.
En  1820,  les  frères  Begasse  installent leur  fabrique  de  couvertures dans ce qui reste du Couvent. Ils déménageront à  Sclessin (les couvertures Sole Moi qui deviennent en 2001 Nordifa).
La  communauté  des  Petites  sœurs  des  pauvres accueille à la Chartreuse de  1853 à 2003 jusqu’à 250  vieillards. Le site est vendu au groupe immobilier Coenen qui se rend compte qu’il reste 60 petits appartements qui se louent entre 250 et 350 euros. No problemo : le bourgmestre signe en mai 2007 un arrêté d'inhabitabilité pour raison de sécurité, sur une base assez loufoque (superficie insuffisante par rapport aux normes).
Coenen découpe le site en quatre. En 2010 Vulpia y construit une maison de repos de 195 chambres. Monument Real Estate NV & Vulpia Real Estate n’y vont pas de main morte par rapport au permis d’urbanisme. Cela ne freine pas l’Intégrale à racheter le site. Ceci dit, la partie patrimoniale est bien restauré.

L’Arvo restauré

L’Arvo avait une fonction militaire, à l’époque de Jean de Flandre. C’est pourquoi, lors d’une restauration récente, on y a ajouté des meurtrières. Avec les  Chartreux, l’arvô acquiert une fonction utilitaire. Les moines se retrouvaient avec des terres bien exposées sur le coteau dont une grande partie était séparée de leurs bâtiments de ferme par cette route encaissée qui menait de Liège à Herve. Aussi, en 1381, le prince-évêque les autorisa à construire, à leurs dépens,  un pont pour le passage du charroi et du bétail à leurs terres.
L’Arvo actuel date du 17ième. Selon l'analyse dendrochronologique , l'arbre constituant l'entrée a été abattu entre 1594 et 1604, celui formant le linteau a été coupé après 1656 (source : Laboratoire de dendrochronologie de l'université de Liège).
A partir de 1988 l'ASBL Parc des Oblats joue un grand rôle dans la sauvegarde du site. Ils ont voulu créer une Fondation Chartreuse-Oblats, avec des partenaires privés et publics, qui auraient acquis le site. S’ils n’ont pas atteint le but initial, ils ont réussi à  acquérir l'arvô et à le restaurer.

Un parc qui tourne le dos aux quartiers de Longdoz et d’Amercoeur

Nous nous promenons au-dessus du quartier d’Amercoeur qui a payé très cher sa proximité de la forteresse lors des guerres révolutionnaires. Amercœur fut détruit par la garnison autrichienne au moment de sa retraite en 1794. Napoléon signe en 1803 un décret pour le restaurer. Dans le portrait de Napoléon Bonaparte par Ingres, à la Boverie, Bonaparte a la main posée sur un 'acte: "faubourg d'Amercœur rebâti". Dans le fond Ingrès peint la cathédrale Saint-Lambert.
Entre-temps la Chartreuse est coupé de la Chartreuse par le chemin de fer. Aujourd’hui, le schéma directeur pour la Rénovation urbaine Amercoeur propose de recréer des liens entre le quartier et la Chartreuse par un autre aménagement du carrefour sous le pont de chemin de fer, et une amélioration des connexions avec le jardin du Carmel. «Le passage sous le pont de chemin de fer crée une rupture forte en sortie du quartier ; le piéton et les autres modes doux y rencontrent des difficultés pour trouver leur place. Le parc de la Chartreuse est ainsi déconnecté du quartier d’Amercoeur ».
Urbagora avait déjà proposé en 2011 de créer un accès au parc des Oblats depuis l'hôpital du Valdor via un ascenseur ou téléphérique. Selon certaines études de rentabilité, ce genre d’installations ne coûte pas plus cher qu’un autre moyen de transport, calculé en km/passager. Olivier De Wispelaere  d’Urbagora proposait aussi une communication du site avec le quartier de Bellefamme, en ouvrant dans cette direction une ou deux  rues  favorisant des circulations capillaires de quartier à quartier ; ou encore la création d’un lien entre le Thier de la Chartreuse et l'Avenue de Péville (ce qui suppose un percement de la muraille à hauteur de lʼécole des Oblats ou du karting de Grivegnée).
Nous descendons tout doucement vers l’église des Oblats. Les sentiers y sont encore empierrés de briques en terre cuite, vestige du parc d’origine ?
Nous nous rendons compte dans quelle mesure le parc et le quartier du Longdoz se tournent le dos, alors même que le Longdoz manque cruellement d'espaces verts. On pourrait sans dépenses folles créer une nouvelle entrée du parc donnant dans la rue Basse-Wez et étendre une trame verte jusqu'à la rue Grétry. On pourrait «faire entrer» le parc dans le quartier via le tissu de venelles autour de l'Impasse Magnée, sur le site de l'ancienne desserte ferroviaire de la gare du Longdoz.
Notre prochaine balade est pour septembre.

Mes autres blogs sur la Chartreuse

http://hachhachhh.blogspot.be/2018/02/37ieme-balade-sante-mplp-la-chartreuse.html
http://hachhachhh.blogspot.be/2017/12/chartreuse-une-nebuleuse-autour-de.html
http://hachhachhh.blogspot.be/2017/12/le-patrimoine-religieux-immateriel-et.html


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