jeudi 14 mars 2019

Histoire de la Cité des Monts pour enfants et primoarrivants


Voici l’histoire de notre quartier des Monts pour enfants et primoarrivants. J’ai essayé d’utiliser des mots simples, tout en survolant un siècle de la vie de notre quartier.

Les terres et la carrière de l’évêque.

La ferme du séminaire,
dénommée aujourd'hui ferme Charlemagne.
photo Eduard Alphonse Van Loo 
Le quartier des Monts est assez récent. Jusqu’en 1914 il y avait un hameau connu sous le nom de Rhées. Les terres étaient de l’évêque. La ferme Charlemagne – aujourd’hui une chocolaterie - appartenait au séminaire (l’école où l’on forme les prêtres).
Ce qui poussait sur les terres de l’évêque l’intéressait beaucoup moins que ce qui se trouvait  au sous-sol. Les veines de charbon affleuraient dans la campagne des Monts. L’évêque permettait à creuser partout des puits de mine. En échange il recevait une charrette de charbon sur vingt. Il y avait beaucoup de petits puits de mine : comme les mineurs n’avaient plus d’air après une bonne centaine de mètres et que les moyens pour ventiler n’étaient pas très puissants on était oblige de creuser de nombreux puits.
Les pierres qui étaient remontées avec le charbon étaient entassées  sur des petits terrils. Il y en a encore plusieurs dans les champs qui longent la rue des Bourriquets.
Il y a aussi un terril dans le fond de la rue Schweitzer. Pour les enfants, c’était la montagne noire. Aujourd’hui elle est plutôt verte parce que l’herbe a poussé dessus.
L’évêque avait aussi une carrière à la Préalle (d’où la rue de la Carrière ; dans les plus vieilles églises liégeoises il y a des pierres de la Préalle). Après, ça a été exploité comme carrière de gravier, du gros et du petit, le sable était chargé à la pelle dans les charrettes des acheteurs.  L’exploitant, le père Paquet, avait une
photo Musée Herstal
façon particulière de tenir sa pelle (à la manière d’une faux). La carrière a été rebouchée avec les terres creusées lors du bassin d’orage de la rue de la Limite.

Lors de la première guerre mondiale, une bataille décisive au hameau de Rhées.

Lors des premiers jours de la première guerre mondiale, en 1914, il y a eu une bataille décisive au hameau de Rhées. La Belgique avait construit tout autour de Liège des forts, dont celui de Pontisse, à deux kilomètres de chez nous. On ne le voit pas à cause de l’autoroute, et il est enterré pour le protéger des canons ennemis. Pontisse pouvait tirer sur les allemands qui traversaient la Meuse. Mais l’espace entre ces forts était mal défendu. C’est ainsi que les allemands avaient réussi à remonter jusque Rhées, entre les forts de Pontisse et de Liers. Les belges ont réussi à les chasser, mais dans la mauvaise direction : les allemands sont arrivés dans le quartier Saint –Léonard, au quartier général de l’armée belge. Le général Leman a dû fuir par la fenêtre.
Au cimetière de Rhées il y a un beau monument qui commémore ce souvenir. Mais il y a aussi un beau monument allemand.

Les sinistrés de la guerre

Pendant la guerre beaucoup de maisons avaient été détruites. Le Roi Albert achète pour les gens qui ont perdu leur maison des baraques en Hollande. Ces baraques avaient déjà servi à loger un million de réfugiés belges. La Belgique lance aussi un programme de construction de maisons sociales, en espérant les payer avec les indemnités de guerre des allemands vaincus. C’est ainsi qu’en 1923 la Société Coopérative des Habitations Bon Marché de Herstal achète à l’évêque 12 hectares de ses terres  sur les Monts, et y construit la petite cité Nicolas Deprez. C’est une cité jardin « avec un jardin légumier où l’ouvrier utilisera sainement et avec profit les loisirs que lui laisse son travail ».
Mais quand il apparaît que ces indemnités de guerre sont beaucoup moindres qu’espérées, le programme de construction est stoppé.

En 1927  une nouvelle crise de logement apparaît à Herstal, lorsque 253 maisons disparaissent  avec l’extension de la Fabrique Nationale au Prémadame, le creusement du canal Albert et l’aménagement de l’Ile Monsin.
Herstal demande un crédit au gouvernement (ou plutôt à la Société Nationale des Habitations Bon Marché). Celui-ci demande de justifier cette demande par un recensement des taudis. Le bourgmestre obtient un prêt pour 145 logements pour des ‘taudis non améliorables ou mauvais baraquements’ et 647 pour des ‘ménages logés à l’étroit’.
un pavillon du Fonds Roi Albert à la Préalle
Entre 1930 et 1935 100 maisons s’ajoutent rue de l’Agriculture et  28 à la cité Deprez. Comme cela ne suffit pas, le bourgmestre achète aussi 128 baraques au fonds du Roi Albert. Ce fonds les vend parce que la plupart des sinistrés de guerre sont relogés. Presqu’un siècle plus tard il y a encore une bonne dizaine de ces pavillons du côté rue du Bon Air.
On croirait presque que ces nouvelles maisons n’ont pas été occupées par les familles qui habitaient les taudis, puisqu’une enquête de 1962 compte encore 678 taudis dont la moitié à la Préalle et 100 rien qu’au Pied du Bois Gilles.

La rue de l’Absent

En 1944 Herstal est touché par les V1 et V2 qui ciblaient les usines de la FN mais qui tombaient le plus souvent à côté. C’est pour reloger les gens qui perdent leur maison que la rue de l’Absent fut bâtie de 1949 à 1953. Cet Absent désigne le prisonnier de guerre et le déporté, mort loin de son pays.

Rue Emile Vinck ou la rue des Italiens

Après la guerre on a besoin du charbon pour la reconstruction. Les charbonnages – dont la Petite Bacnure à la Préalle-bas- trouvent difficilement des ouvriers pour faire ce travail dangereux et malsain. Les charbonnages essayent d’abord de mettre au travail des prisonniers de guerre allemands, mais comme la guerre est finie ils sont obligés de les libérer, deux ans plus tard quand même. Ils vont alors chercher en Italie, qui manque de charbon mais qui a des bras. C’est le fameux contrat ‘bras contre charbon’. Pour un travailleur italien qui descend dans la mine, l’Italie pourra acheter un sac de charbon. Mais la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA) n’accepte pas que les mineurs immigrés, attirés pour travailler dans les mines,  soient logés dans les baraques. On lance alors un vaste programme de construction. Les maisons de notre cité en briques jaunes ont été construites avec de l’argent du CECA. Et les gens ont appelé très longtemps la rue Emile Vinck ‘la rue des Italiens’. On prévoit même une église sur le terrain au bout de l’Avenue de Brouckère. D’où le nom ‘jardin du curé’. En attendant une chapelle provisoire est inaugurée en 1953, rue de l’Agriculture. La Rue Emile Muraille est pavée en 1953 et l’Avenue de Brouckère date de 1954.

La rue Villa des Roses

Une petite anecdote : on  construit en 1953 8 maisons dans la rue Villa des Roses. Cette ‘villa’ est en fait une baraque fait d’argile plaqué sur des branches.  Devant cette chaumière il y avait quelques rosiers, d’où Villa des Roses. La femme qui y habitait était surnomme Cathérine ‘le bouc’.  Dans son étable elle avait un mouton, parfois une chèvre et principalement un bouc. Les propriétaires de chèvres y amenaient leurs chèvres, cinq francs le coup.

Les nouveau lotissements

On dirait qu’après cet effort la Société de Logement est épuisée. C’est surtout l’argent qui ne suit plus. Du côté logement social on construit les quatre fois vingt dont deux au coin de la rue du Paradis et de la rue Muraille.
un des 4x20 rue du Paradis; aujourd'hui ces 4 blocs sont
complètement rénovés
Les vingt dernières années notre quartier connaît un nouvel essor avec des nouveaux lotissements, d’abord derrière ce qu’on appelle le petit GB; ensuite là où se trouvait le club sportif coq mosan. Et un dernier lotissement est encore en pleine construction au fond de la rue Muraille. Ce qui double la population dans notre quartier.
Pour le logement social il y a dans les tiroirs un plan pour désosser complètement deux des quatre buildings de l’avenue de Brouckère ; deux autres seraient rasés pour construire un bâtiment qui sera toujours du logement, mais plus du logement social. Comme par exemple des logements de transit pour loger des gens qui doivent sortir de l’hôpital parce que leur traitement est fini, mais qui ne sauraient pas encore vivre de manière autonome.
On n’a pour le moment plus de centenaires à la Préalle, mais les anciens ont vu sur un siècle évoluer leur quartier, depuis que le paisible hameau de Rhées a été perturbé par la guerre, en 1914. Le quartier a eu ses crises et connu ses moments de gloire. Ce n’est pas le Bronx, et ce n’est pas la promenade des Anglais à Cannes. Retenons surtout ceci : le bonheur de vivre n’est pas quelque chose qui nous tombe dessus (ou qui nous échappe). Chacun de nous contribue à organiser une cohabitation harmonieuse, où les cultures des différentes communautés qui y vivent aujourd’hui se fertilisent mutuellement !


1 commentaire:

Jean CAMPIONI a dit…

Tres intéressant travail de recherche!

J'ai habité la cité de Monts de 1950 à 1968 mais je suis né Cité Faurieux dans les baraquements nommés pompeusement aujourd'hui "Chalets Albert I".

Si cela peut vous intéresser, j'ai pu consulter un livre tres intéressant (mais malheureusement impossible à acquérir) qui s'appelle "Dis Pepere raconte"...
Comme je ne pouvais pas l'acquérir je l'ai scanné, passé à l'OCR , et abondamment illustré avec des images qui me semblaient appropriées et dont j'avais gardé souvenir. J'en ai réalisé un blog: http://jeanlaprealle.blogspot.com/