samedi 28 mai 2016

Les maisons de Louis Herman De Koninck au Tribouillet (Thier à Liège)



Voilà 40 ans que je vois la chapelle ‘Vierge de pauvres’, derrière chez moi. Je me rends compte seulement maintenant que cette chapelle a été construit sur le même modèle préfab qu’un tas de maisons sociaux construits dans le cadre des programme CECA (Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier). Ces programmes visaient à remédier au scandale du logement des ouvriers immigrés qu’on faisait venir ici pour travailler dans les charbonnages.
J’avais déjà répéré ces maisons système Thirifay dans le quartier du Tribouillet au Thier à Liège où habite ma fille. Ce quartier offre un beau condensé d’un siècle de logement social. Le noyau le plus ancien est la cité jardin de 1920. En 1930 on construit autour de ce noyau presque 200 logements dans le cadre d’un concours d'habitations à bon marché lancé par la branche belge des Congrès Internationaux d’Architecture Moderne (CIAM) et son antenne local le groupe l’Equerre. 
Ce concours  avait été lancé l’occasion de l'exposition internationale de 1930, pour le centenaire de la Belgique. La Maison Liégeoise cède deux hectares et demi à côté de la cité-jardin de 1922. Voici mon blog publié sur le sujet http://hachhachhh.blogspot.be/2013/12/thier-liege-la-cite-du-tribouillet-un.html
En 2008 j’y organisais une balade, en clôture d’un cycle à la Braise sur le logement social, avec les Pr. Halleux et Xhayet.
Et voilà que je retrouve une monographie éditée en 1980 par Les éditions des archives d’architecture moderne (L.H. De Koninck, p.189 -191) où je découvre qu’un de ces architectes prestigieux de 1930, Louis Herman De  Koninck, est à la base de ce système Thirifay qu’on a repris tel quel 25 ans plus tard. Au point où l’on voit à peine des différences entre sa maison témoin de 1930 et la centaine de maisons construits 25 ans plus tard.
Plus encore : ce système est tellement performant point de vue énergétique que l’on peut les remettre aux normes 2016 en renouvellant simplement le toit.

Trois Maisons Minimums en Béton

Juste en face de sa maison-témoin système ‘Atholl Steel Houses’ (à angle du Bd SOLVAY et de la Rue Nicolas PIETKIN ;  je n’ai pas réussi à savoir pourquoi c’est devenu en 1950 ‘Thirifay’) il y a un groupe de trois maisons sous un même volume (maître d’œuvre : les Tramways Unifiés).  On aurait difficile de les reconnaître aujourd’hui : les maisons sont fortement remaniées (‘personalisées ou customisées’), sans respect pour le style cubiste d’origine.
C’étaient au départ trois habitations minimums, en voile de béton armé, en béton blanc apparent, terminé par une taille à la pointe (dite sbattue). Les mortiers d’achèvement étaient exclus.  Les partitions et achèvements intérieurs étaient exclusivement de panneaux de diverses natures (celotex, eternit ordinaire et émaillé, multiplex). Un des 3 était équipé d’une cuisine standardisée Pré-Cubex. Elles étaient équipées d’un système de chauffage à air gravité, imaginé par l’architecte. Chaque logement a une surface de 35m2.
Voici des extraits d’une publication qui rend compte jusqu’à quel point De Koninck a cherché ce ‘minimum’. Et qui titillent ma curiosité : que reste-t-il de ces structures dans ces maisons fortement remaniées ?
Voici des extraits d'un article '3 Maisons Minimums en Béton Réalisation des architectes S. B. U. A. M. L.-H. DE KONINCK et A. NYST, pour les T. U. de Liège, au Concours International d'H. B. M. du plateau de Tribouillet en 1930' (source La Cité: urbanisme, architecture, art public, Volume 12, Number 6, June 1934). 
PRINCIPES DE LA CONSTRUCTION
Quatre murs minces en béton armé et deux poutres portant les planchers. Suppression systématique des enduits tant intérieurs qu'extérieurs. Placement immédiat des planchers et construction de cloisons sèches indépendantes du plan de l'étage inférieur. Les murs en béton armé des façades forment poutres entre les linteaux et seuils sur 1,60 m. de hauteur; il en résulte la possibilité d'étendre économiquement les baies sur toute la largeur des façades.
PAROIS EXTERIEURES. La composition particulière du béton de graviers donne aux façades une tonalité semblable à celle de la pierre de France. Les surfaces sont traitées à la pointe et ne reçoivent pas d'enduit. Le supplément de prix du béton résultant de sa composition et du travail de la surface n’est pas plus coûteux qu'un enduit. Avantages du procédé : solidité, aspect, masse hydrofuge, entretien nul, suppression possible des seuils de fenêtres et corniches, d'où façades simples, sans saillies, battues uniformément par la pluie et acquérant une patine régulière.
PAROIS INTERIEURES ET CLOISONS. Plaques isolantes Célotex, clouées sur chevrons et séparées du béton armé par des matelas d'air immobile de 6 cm. d'épaisseur. Au point de vue isolement ces murs de 19 cm. d'épaisseur équivalent a un mur en briques de 40 cm. Contre les murs mitoyens la membrane isolante est double ainsi que les matelas d'air qui sont réduits à 2 cm. d'épaisseur. Les mitoyens ont donc en tout 16 cm., ils correspondent, au point de vue isolation, à des murs pleins en briques de 70 cm. d'épaisseur. Les cloisons sont constituées par des armatures en chevrons de 6 x 7 recouvertes de célotex, d'éternit ordinaire ou émaillé ou de bois contreplaqués des colonies. Dans les cuisines, buanderies et toilettes le célotex est remplacé par de l'éternit du type ordinaire peint en blanc, avec lambris en éternit émaillé dans les cuisines.
Dans la maison n' 2 les cloisons du rez-de-chaussée ont été exécutées en béton armé apparent et blanchi dans la buanderie et dans la partie supérieure de la cuisine, avec revêtement en carreaux céramiques du Sphynx sur 1,50 m. de hauteur. Dans le cabinet de toilette le célotex a été recouvert de toile cirée à hauteur de la porte. De la toile cirée collée recouvre également le célotex derrière les lavabos. Comme variante il est placé des panneaux de bois contreplaqué ciré dans les chambres familiales, avec doublure en célotex vers les façades : il n'en résulte qu'un supplément minime de prix et l'aspect est plus meublant.
N. B. Le débit des plaques de célotex est étudié de façon à éviter les joints verticaux. Les joints horizontaux sont placés de façon à utiliser sans déchets les dimensions commerciales ce qui est double profit au point de vue matière et main-d'œuvre. Ces joints (deux sur la hauteur) sont marqués par des couvre-joints de profil spécial peu saillant et par une cimaise, à hauteur des portes, permettant l'accrochage de tableaux. Il résulte de cette disposition une décoration naturelle par bandes horizontales qui, en raison de la texture du célotex, peut se passer de papier ou peinture.
CHASSIS Type métallique standard des usines Someba ouvrants vers l'extérieur renvoyés pour permettre le nettoyage.
PORTES INTERIEURES Type standard Woco, en pin d'Orégon naturel teinté et ciré. VENTILATION CHAUFFAGE CENTRAL Le système de chauffage à air chaud avec prise d'air à l'extérieur a été choisi parce que hygiénique, simple et économique d'installation. Il assure automatiquement un renouvellement d'air continu tant en été qu'en hiver, chauffe aux saisons froides et rafraîchit pendant les chaleurs. Le service se fait dans la cuisine pour les maisons I et 3, dans la buanderie vis-à-vis du réduit à charbon dans la maison n" 2 (milieu). Les foyers des calorifères sont placés derrière un grillage de 0,70 x 0,40 qui permet l'action de la chaleur radiante dans les pièces familiales.
FOURNEAU ET LESSIVEUSE
Les fourneaux et lessiveuses sont alimentés au gaz. Dans la maison n° 2 le calorifère est muni d'un pot bouilleur alimentant un réservoir à eau chaude situé dans la laverie desservant la cuisine, la baignoire et les trois lavabos d'étage. Cette installation ne fonctionne donc qu'en hiver ce que nous estimons suffisant : en été l'eau chaude se produit dans la lessiveuse : celle-ci pourrait être munie d'un pot bouilleur assurant la distribution générale d'eau chaude.
ESCALIERS
Les escaliers, qui ne comportent pas de marches tournantes, sont exécutés en béton armé avec nez en cornières de 50 retournées et formant battées pour recevoir du linoléum en recouvrement des marches. Ce lino est collé au moyen de mastic spécial imperméable permettant le lavage. Les contre-marches et plinthes sont exécutées en carreaux céramiques. La balustrade est formée par la cloison de la salle familiale recouverte, à l'étage, d'une main courante.
PLANCHERS PAVEMENTS
Les planchers des étages sont en sapin 4/4. Les rez-de-chaussées sont pavés en carreaux céramiques avec plinthes à angles arrondis.

Un groupe de quatre maisons selon le système ‘Atholl Steel Houses’

Mais le plus étonnant est le groupe de quatre maisons selon le système ‘Atholl Steel Houses’ pour la SNHBM, juste en face. Ce système avait été développé en Ecosse.
Voici une vue d'un chantier des “ Atholl Steel Houses  à Glasgow PDFIssue PDF (13.81 MB)
On retrouve dans le périodique ‘La Cité: urbanisme, architecture, art public’de 1929, dans un article sur une EXPOSITION DE LA SOCIETE CENTRALE D'ARCHITECTURE DE BELGIQUE à Bruxelles des louanges sur « la présentation hors pair de L- H De Koninck, dont un panneau, surtout, appelle l'intérêt et la sympathie : la perspective axonométrique d'une habitation métallique. Par un dessin adroit et plaisant, l'architecte nous montre le détail de l'agencement et de l'équipement d'une maison construite en adaptation du système des  Atholl Steel Houses  (l’article est pour le reste très critique pour cette exposition « fort restreinte, et d'un intérêt assez médiocre »).
Dans le même journal on retrouve un appel AUX ARCHITECTES BELGES pour l’EXPOSITION CENTENAIRE DE L'ART BELGE (1830-1930) , au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Le «Comité organisateur de la section architecturale » fait un pressant appel à tous les architectes belges pour envoyer la liste des œuvres qu'ils désirent présenter au jury. Je n’ai pas réussi à savoir le rapport entre cette exposition et les maisons construites, dans le même cadre centenaire) au Tribouillet.
Mais revenons sur cette maison en acier ‘Atholl’ :  j’ai l’impression que cette maison a servi de prototype de toute la série de maisons construites 25 ans plus tard tout autour, sur le modèle Thirifay, subsidié par la CECA. On retrouve des maisons de ce type dans plusieurs autres cités de la région. Au Tribouillet, ces maisons ‘Thirifay’ se retrouvent sur le périmètre extérieur. J’avais été étonné d’en retrouver une au sein du périmètre de 1930 et je croyais que ce bloc remplaçait une des 111 maisons datant de l’expo de 1930 qui avaient été démolies entretemps. 
Dans ces maisons ‘Thirifay’ on aurait remplacé l’ossature en acier par une armature en béton. Ca demanderait une étude plus approfondie. De toute façon, les apparences sont les mêmes.

Remplacer les baraquements et logements de fortune

Dans les années 50 la Communauté du Charbon et de l’Acier (CECA) avait lancé un programme pour « remplacer les baraquements et logements de fortune, de faciliter la réinstallation des mineurs, de remédier à la pénurie de logements qui subsiste pour des raisons sociales, par exemple pour des travailleurs éloignés de leur travail ou séparés de leur famille » (Communauté européenne. Avril - Mai 1961, n° 4-5; 5e année,  p. 2). Au 1er janvier 1961, les programmes en cours portaient sur 51 783 logements dont 34 946 étaient terminés.

Signalons, pour terminer, les maisons créées par un autre grand architecte, Victor Bourgeois,Boulevard Solvay 198-202 : des maisons en mortier de ciment gunité sur treillis ‘Farcométal’ fixé à une armature métallique, pour le Foyer Jumetois. L’absence d’ouvertures sur les façades latérales s’explique par le projet d’y accoler d’autres maisons de ce type, comme on peut voir sur un dessin de 1931. Décidément, cette expo de 1930 mériterait une étude plus approfondie.

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