mardi 19 août 2014

Demblon en juin 1899 au Parlement: " Si le Christ, ce glorieux enfant naturel, revenait ici, il siégerait sur les bancs de la gauche. "

L’entrée provisoire de notre maison médicale de Herstal donne sur une rue qui porte le nom du révolutionnaire herstalien Célestin Demblon. Important à relever lors des commémorations de 14-18 : Demblon était opposé à la participation du POB au gouvernement de guerre : "Celui qui a faim, n’a nulle part une patrie, les pauvres n’ont pas de patrie, ils n’ont rien à perdre dans cette guerre parce qu’ils n’ont rien."

Révoqué pour  avoir employé le mot socialisme

Célestin Demblon (1859 – 1924) commence comme  instituteur dans l'enseignement communal de Liège. L'échevin libéral chargé de l'enseignement lui fait reproche d'avoir employé le mot socialisme, il obtient sa révocation. Demblon va alors devenir professeur à l'Université nouvelle de Bruxelles. Lors des élections de 1894, notre jeune instituteur révoqué bat l'ancien ministre libéral Frère-Orban (alors que le suffrage est encore plural).
En 1903, dans « La pornographie cléricale», Demblon évoque des passages pornographiques et des propos équivoques et grivois dans certains cantiques de l'ancien testament. Ce qui ne l’empêche pas d’affirmer en juin 1899 au Parlement: " Si le  Christ, ce glorieux enfant naturel, revenait ici, il siégerait sur les bancs de la gauche. "  
Célestin Demblon était opposé à la participation du POB au gouvernement de guerre : "Celui qui a faim, n’a nulle part une patrie, les pauvres n’ont pas de patrie, ils n’ont rien à perdre dans cette guerre parce qu’ils n’ont rien."
Il écrit en 1915 La Guerre à Liège (Paris, Librairie anglo-française).  Il se retire en France et y enseigne.
En 1918 il n'est pas resté insensible au grand espoir que la création de l'Union soviétique a fait naître: «Je suis pour la révolution russe, qui constitue une forteresse pour la classe ouvrière du monde entier. Sans cette forteresse, sans cette révolution, la bourgeoisie n’aurait pas fait de concessions concernant la sécurité sociale au POB. Une sécurité sociale que la bourgeoisie jette à la tête des travailleurs par peur panique du bolchevisme dans notre pays, comme on jette un os à un chien dangereux

1921 – Le POB reproche à Célestin Demblon sévèrement sa collaboration avec Lahaut

En 1921, Julien Lahaut mène la grève d’Ougrée-Marihaye pendant neuf mois. Au bout de sept mois, les autres dirigeants syndicaux des métallos veulent mettre fin à la grève mais Lahaut et les travailleurs refusent. Au mois de mai, la direction exécutive du syndicat de la métallurgie annonce qu’il n’y a plus d’argent pour les grévistes... Lahaut envoye les enfants des grévistes dans des familles d’accueil flamandes.
C’est le moment que choisit le POB pour arrêter la grève. La direction syndicale de droite soudoie deux individus qui se présentent armés au piquet. Lahaut les désarme. Quelques jours plus tard, il est jeté en prison. Le syndicat des métallos profite de son incarcération pour céder et mettre un terme à la grève. Delvigne et Bondas publient une brochure infamante pour Lahaut. Demblon comparaîtra devant une commission du parti. On lui reproche sévèrement sa collaboration avec Lahaut et on exige qu’il abjure publiquement son bolchevisme! Demblon défend ardemment la nouvelle conception syndicale de Lahaut et s’oppose farouchement à la motion Mertens, selon laquelle «on ne peut occuper de fonction dirigeante dans la centrale
Départ des enfants lors de
la grève d'Ougrée Marihaye 
métallurgique si on est membre du Parti communiste.»
En 1924, au sein de la centrale métallurgique, cette ‘motion Mertens’ est néanmoins en vigueur et tous les communistes combatifs sont donc exclus des fonctions à responsabilité du syndicat de la métallurgie. Résultat de cette chasse aux sorcières : à Ougrée-Marihaye, le syndicat retombe de 4.491 membres en 1921 à... 895 en 1922.

Demblon se fait attaquer durement pour son pacifisme à la Chambre en 1922

Le 13 Juillet 1922 il se fait attaquer durement pour son pacifisme à la Chambre des représentants, y compris par la gauche socialiste. Voici des extraits de ce débat instructif pour la démagogie de la part des catholiques, mais aussi du POB.
M. Demblon. On m'a dit que je n'ai pas été soldat. Si je ne suis, heureusement, pas allé à l'armée, c'est tout simplement parce que j'ai pris un bon numéro au tirage au sort.
M. Berryer, ministre catholique de l'intérieur : Votre fils a-t-il marché? Etait-il volontaire comme les nôtres ? Vous ne répondez pas!
M. Demblon : Celui qui est antimilitariste devrait pouvoir ne pas aller à l'armée. (Exclamations.)
M. Bologne (POB): Ah non ! Monsieur Demblon, il y a des moments où l'on doit y aller (Longs et vifs applaudissements sur de nombreux bancs de la gauche socialiste et sur tous les bancs de la droite et de la gauche libérale). Se dressant derrière M. Demblon, il lui crie : Pendant, la guerre, vous êtes allé vous faire applaudir en France, vous y faisiez des discours débordant de patriotisme et vous engagiez ceux qui n'étaient pas enrôlés à faire leur devoir ! (Nouvelles et vives acclamations.)
M. Demblon : Nous, socialistes, n'avons pas d'autre doctrine, et' je n'en ai jamais défendu d'autre! Des membres de la majorité ont eu l'audace de dire que j'avais fui au début de la guerre. Quand la guerre a éclaté, je me suis rendu, moi, à Liège au milieu de mes électeurs ! (Exclamations et rires sur divers-bancs.) J'ai assisté au siège !
M. Souplit (POB): Allons-nous-en, c'est scandaleux! Il est impossible de siéger... (La plupart des membres de la gauche socialiste se lèvent et quittent la salle aux applaudissements de toute la droite et de toute la gauche libérale, qui, debout, les acclament longuement.)
M. Demblon. — Je serais encore resté à Liège si..
M. De Coster (cath.) Vous n'aviez eu peur, (rires)
M. Demblon. Une jeune parente était venue du Condroz me prier... (Hilarité.)
M. Golenvaux http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Golenvaux  (cath.) Le coup de la vieille tante! (Nouvelle hilarité.)
M. Demblon ... de rechercher un soldat appartenant à ma famille, et que l'on croyait tué devant Liège ; mais il y avait encore un espoir, c'est qu'il se trouvât à Anvers. Je me suis rendu dans cette ville pour chercher ce parent, qui porte mon nom de famille et que j'ai retrouvé plus tard, en France, accablé de trois blessures. J'ai passé cinq jours à Anvers...
M. De Goster. Jusqu'à la première bombe.
M. Demblon. où j'ai rencontré cinq chefs militaires qui me déclarèrent qu'à moins que les Allemands n'ajoutassent un million d'hommes à l'armée de siège, la ville ne serait pas prise avant six mois! Fort de cette assurance, je me suis rendu... (Rires ironiques à droite), je me suis rendu sur le littoral à la recherche d'un autre parent. (Hilarité à droite et à gauche.) Je revenais pour la troisième fois à Bruxelles et pour la seconde fois à Liège quand, quelques jours après la prédiction dont je viens de parler, je vis sur les boulevards de Gand l'armée allemande qui avait pris Anvers et s'avançait vers l'Ouest ! (Exclamations et rire de toutes parts.)
M. du Bus de Warnaffe (cath.) Et ils sont partis! (Hilarité à droite.)
M. Demblon : J'ai dû rebrousser chemin...
M. de Burlet http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_de_Burlet (cath.): C'est lui qui a fui !
M. Demblon : ... et, à Ostende, j'ai trouvé notamment, par hasard, le gouvernement belge qui  fuyait aussi.
Des membres a droite : Heureux hasard! (Rires.)
M. Demblon : J'aurais peut-être dû repousser à moi seul toute l'armée allemande? (Oui! Oui! à droite.) Voilà comment j'ai « fui » ! Et des membres qui me font des reproches de ce départ involontaire ne sont pas, eux, restés au pays au début dés hostilités où mon parti ni moi n'avions nulle responsabilité! Les soldats allemands, contre lesquels les réactionnaires s'efforcent d'exciter les travailleurs belges, n'ont-ils donc pas été trainés à la guerre, comme nos travailleurs, en violation de la liberté et des droits de l'homme? Les socialistes allemands n'avaient pas la majorité! Vous excitez les travailleurs belges contre les travailleurs allemands, qui sont innocents ; car si même quelques députés allemands ont trahi au Reichstag, la masse n'en est pas responsable! Hélas, la bête humaine, que le capitalisme excite au lieu de l'éduquer, se réveille trop souvent, dans tous les pays, en temps de guerre : on l'a vue, malgré nos efforts, dans toutes les colonies commettre des atrocités! (Violentes protestations à gauche et à droite.).
M. Brifaut (cath.): Quelles sont les atrocités commises par l'armée belge?
M. Richard (cath.): L'armée belge est au-dessus de vos insinuations calomnieuses.
M. Demblon : Au Congo, en Algérie, au Maroc, au Transvaal, ailleurs encore, vous savez quelles abominations ont été commises. Vos légitimes ressentiments ne devraient viser que l'état-major et les capitalistes allemands et autrichiens, seuls vraie coupables. Vous ne demandez pas leur punition! Vous ne demandez pas la punition de l'ex-empereur. Ni vous ni vos alliés capitalistes, vous ne la demandez pas, parce que l'empereur et les généraux ennemis que vous laissez libres en Allemagne occupée révéleraient, pour se défendre, combien de capitalistes belges leur ont fourni de quoi fusiller nos soldats à l'Yser et ailleurs pendant que de grands bourgeois, des mercantis et certains gros fermiers affamaient, en outre, en Belgique les parents de ceux qui se faisaient tuer au front !

Le POB constate « que Demblon s'est exclu de lui-même ».

Quand on lit les interventions violentes de Bologne et de Souplit, suivies d’une sortie de la plupart des membres de la gauche socialiste sous les applaudissements debout de toute la droite et de toute la gauche libérale, on comprend directement que son rapprochement avec les organismes communistes naissants ne plait pas à la Fédération socialiste liégeoise. Mais les statuts du parti prévoient que l'exclusion du parti ne peut être prononcée que par les militants de sa section, qui ne sont pas enclins à exclure une figure populaire telle que Demblon. La Fédération a alors recours à un subterfuge dont elle continuera à user dans la suite : elle « constate » que Demblon « n'a pas régulièrement payé ses timbres d'affiliation » et propose à l'Assemblée fédérale, exclusivement composée de délégués donc beaucoup plus sensibles aux désirs de l'appareil du parti, non pas d'exclure Demblon (ce qui serait contraire aux statuts) mais de constater « que Demblon s'est exclu de lui-même ». La fédération lui laisse jusqu’au 2 décembre 1924 pour se rétracter. En janvier 1925 il s’affilie au PCB.  Il serait sans doute devenu le premier parlementaire communiste de ce pays si la mort ne l'avait emporté brusquement le 12 décembre 1924 (A. COLIGNON, in Encyclopédie du Mouvement Wallon, p. 456).
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Il y a encore une discussion animée entre la Fédération liégeoise du POB qui veut accaparer les funérailles et les communistes. Selon J-M Dehousse, Célestin DEMBLON se prépare à opter pour le nouveau Parti Communiste lorsqu'il meurt de la grippe, ce qui lui vaudra deux monuments funéraires au cimetière liégeois de Robermont.  Je n’ai pas retrouvé un deuxième monument. Celui que j’ai trouvé reprend ce beau texte : « Les travailleurs révolutionnaires au grand socialiste, à l’écrivain, au tribun qui donna toute sa vie à la cause prolétarienne ».


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