mardi 26 novembre 2013

Charlemagne et le city marketing

Le projet d’itinéraire Culturel Européen « VIA CHARLEMAGNE », lancé par plus de cent villes, avec la bénédiction du Conseil de l’Europe, vise à faire apparaître le jubilé de Charlemagne de 2014 comme un grand événement « rassemblant les Européens autour de leur Culture Commune et de leur Histoire Partagée ». La Via Charlemagne passe aussi par Herstal. "Cette route retracera les itinéraires historiques et les pérégrinations de ce personnage symbole de la construction européenne", explique le bourgmestre (et député européen), Frédéric Daerden, "la future Via Charlemagne contribuera au développement d’un tourisme culturel et pédagogique au sein duquel notre ville ne manquera évidemment pas de jouer un rôle."
Assez étrangement, Via Charlemagne ne passe pas par Liège. Comment interpréter ça ? Un arrangement bassement électoral entre Willy Demeyer et Frédéric Daerden, où Willy veut éviter même un léger soupçon de marcher sur les plates bandes de Fréderic pour les élections européennes ? Ou l’abandon des  réflexions historico-folkloriques dignes d’un théâtre de marionnettes de notre historien Ferdinand Henaux qui avait rejeté en 1854 Herstal comme berceau de Charlemagne, parce que « un manoir sombre et antique» ? Le ‘palais’ bâti par Charles Martel dans la vieille cité de Liège aux oubliettes ? Ce qui, entre parenthèses, ne doit pas être difficile puisqu’on ne sait strictement rien sur ce palais. Comme on ne sait rien sur ce ‘manoir’ de Herstal évoqué par Henaux. Sombre ou lumineux ? On doit encore retrouver les premières traces de son existence !
Toujours est-il qu’avec le roman rose de l’Europe pluri-séculaire fondée par Charlemagne on retrouve aujourd’hui le patriotisme urbain du Moyen Age sous la forme du citymarketing : Charlemagne doit développer un tourisme culturel.

Jean-Théodore Piedboeuf  et le marketing de Charlemagne

Le citymarketing d’aujourd’hui sur le berceau de Charlemagne à Jupille ou à Herstal
doit une fière chandelle à Jean-Théodore Piedboeuf qui dès 1850, prétend que sa bière est brassée à partir de l'eau pure des sources " Charlemagne" et de la Fontaine"Alpaïde", reconnue depuis l'an 767.
(Alpaïde, concubine de Pépin et mère de Charlemagne, aurait trempé dans l’assassinat de saint Lambert qui désapprouvait l'union entre Pépin et Alpaïde).

Cette campagne de pub de J-Th Piedboeuf a porté ses fruits, si on peut se baser sur ce qu’est devenue son entreprise aujourd’hui. N’insistons pas trop sur l’emplacement de cette source et fontaine. Disons que cette belle histoire a connu un aboutissement heureux avec la construction en 1935  par Joseph Moutschen (l’architecte de la Ruche) d’une Fontaine Charlemagne à l’orée de sa belle Cité-jardin des Cortils à Jupille. Les sculptures sont d’Oscar Berchmans, et elle a même été restaurée récemment.

La statue équestre de Charlemagne au Boulevard d’Avroy

Dans le cadre de l’année Charlemagne, Ecolo Liège a un projet pour la statue de Charlemagne, Boulevard d’Avroy. Jusqu’en 1914 le bras de Charlemagne pointait vers Aix-la-Chapelle, l’emplacement de son palais et de son tombeau. Après la guerre, on a changé l’orientation, pour se venger des Huns. A la même époque, la place de Bavière avait été rebaptisée Place de l’Yser et le Café Viennois rebaptisé en Café Liégeois, pour faire oublier ses origines autrichiennes. Ecolo propose de revenir à l’orientation d’origine et, dans la même foulée, un Concours international de gastronomie autour du Café Liégeois qui fêtera ses 100 ans. Avec un soin aigu pour le détail, Ecolo définit plusieurs catégories : café liégeois dessert classique, menu entier axé café et chocolat, pousse-café liégeois…
Ces propositions n’ont pas été retenues. Willy Demeyer se dit probablement que ce n’est pas intéressant de raviver ce genre de vieux souvenirs. Il faut déjà gérer les commémorations de 14-18 sans trop froisser Merkel…
Et puis, on vient de restaurer cette statue. Pour le réorienter vers Aix lors du remontage, on aurait dû changer le socle, ce qui risquait quand même de coûter quelques euros et tout ça pour rien : à part quelques érudits, personne n’aurait remarqué ce changement d’orientation. Et puis, Willy s’est probablement dit que l’emplacement de cette statue équestre a été depuis trop longtemps une monumentale pomme de discorde pour ses prédécesseurs.
Cet œuvre maîtresse de Louis Jéhotte (ou Jehotte) est au départ, en 1855, un don du sculpteur à la ville. Les problèmes ont surgi depuis le début : la Commission liégeoise des Beaux-Arts ne montre pas trop d’enthousiasme devant ce don. La raison est intéressante : on invoque que nul ne sait où est né l'empereur ! L'Académie royale mettra la question en concours; aucune des réponses ne résoudra le problème. L'avis de l'historien Emile Gachet qui recommande d'ériger le monument à Herstal reste lettre morte. Ca serait intéressant de rééditer les contributions à ce concours. Question de relativiser un peu ces joutes d’historiens sur le berceau de Charlemagne…
Bref, encore un peu et cette statue équestre se retrouvait Place de la Licour à Herstal (Jupille ne rentre pas encore en ligne de compte à l’époque ; Piedboeuf n’avait pas encore lancé sa campagne de pub sur sa fontaine Charlemagne).
A Liège, le choix de l'emplacement précis mène à un procès avec le sculpteur.  «C'est au centre de la place Saint-Lambert, au seuil même de la résidence de ses ancêtres, que vous voudrez ériger la statue équestre», avait écrit le statuaire en 1855. Les autorités communales adoptent la proposition du boulevard d'Avroy, en 1863. Jehotte intente un procès à l'Etat et à la Ville ; il le perd.
Le monument est inauguré le 26 juillet 1868. Au fil du temps, « l’emplacement évolue vers un square de forme innommable où la statue n'est pas au centre, ni dans l'axe. Le pavage est discrètement rehaussé de carreaux dessinant des anneaux décentrés, sans doute en vue de faire sentir que le cheval n'est pas à l'arrêt; ils sont brutalement coupés par les bordures. La voirie barre la route de l'empereur ».

Le berceau et la tombe de Charlemagne

Le débat sur le berceau de Charlemagne à Herstal, Aix, Düren, Prüm, Thionville, Saint Denis, Quierzy-sur-Oise, Gauting, Mürlenbach, Ingelheim ou Jupille est devenu folklorique.
Sa tombe pose problème aussi et ça vaut la peine de se pencher un peu sur les recherches historiques et archéologiques concernant l’emplacement.  Personne ne conteste qu’il est enterré à  Aix-la-Chapelle, sa capitale.  Mais où ? Du palais à Aix-la-Chapelle il ne reste aujourd'hui que la «Marienkirche», la chapelle octogonale, extrêmement petite comparée aux apports postérieurs. Pourtant, à l'époque de sa construction, c’était le dôme le plus grand du nord des Alpes. Ca dit tout sur le niveau technique de cette ‘grande’ civilisation. Charlemagne serait enterré dans cette chapelle palatine.
Or, en 2010, au terme de trois ans de recherche, un groupe d'experts vient de démentir cela. La dernière campagne de fouilles n'a révélé que des éléments datant du 13ème siècle, soit 400 ans après la mort de l'empereur.
En fait, ces fouilles étaient parfaitement inutiles: en 1915 déjà M. DE MÉLY a fait une méta-analyse des fouilles au fil des siècles.
En l'an mil, l'empereur Otton III a voulu voir les restes du héros. Un évêque absolument contemporain relate ainsi la découverte : « Comme Otton ne savait pas où reposaient les os du César Charles, il fit en cachette soulever le pavage à l'endroit où il pensait les découvrir. Ayant pris la croix d'or qui fut suspendue à son cou, avec quelques fragments de vêtements qui n'étaient pas pourris, il reposa  le reste avec une grande vénération. »
Une quinzaine d'années plus tard, Adhémar deChabannes, dans sa Chronique, en rajoute : « Son corps fut embaumé et placé sous la voûte du sépulcre, assis sur un siège d'or ceint de son épée d'or, tenant dans ses mains un évangéliaire d'or, la tête bien droite, attachée par une chaîne d'or au diadème ; et au diadème on mit un morceau de la Vraie Croix. On remplit le sépulcre d'aromates, de plantes odorantes, de baume, de musc et d'une infinité d'objets d'or. Son corps fut revêtu des insignes impériaux ; sa face fut recouverte d'un voile attaché au diadème. On mit sur sa chair le cilice qu'il portait toujours en secret et sur ses vêtements la besace de pèlerin en or, qu'il avait coutume de porter à Rome. Le sceptre d'or, le bouclier d'or que le pape Léon avait consacrés furent suspendus devant lui. Et le tombeau fut clos et scellé».
En 1166, Frédéric Barberousse fît élever de la terre où ils reposaient depuis trois cent cinquante-deux ans, les ossements de l'Empereur, par l'évêque de Liège Alexandre, et ayant obtenu de l’antipape Pascal III la canonisation de Charlemagne, il mit le corps dans une grande châsse d'argent. Mais la tête du nouveau saint fut portée à Osnabruck, tandis qu'un bras était envoyé à Saint-Denis.
Le corps reposait à ce moment dans un antique sarcophage de marbre, représentant l'Enlèvement de Proserpine, qui existe encore.
Tels sont les seuls documents historiques permettant d’affirmer que le corps, embaumé, revêtu des insignes impériaux, fut descendu dans un caveau voûté, creusé sous le dallage de la Chapelle Palatine, et assis sur un trône d'ailleurs encore précieusement conservé à Aix. Seulement, aujourd'hui, au lieu d'être en or, il est simplement en marbre.  Un historien allemand publiait en 1907  une restitution scientifique du caveau souterrain. Malheureusement pour sa crédibilité, la voûte sous laquelle il place la figure de l'Empereur est un monument du XIIe siècle.
En 1794, les Français arrivant à Aix entreprirent dés recherches, mais ne trouvèrent rien ; Napoléon les fit reprendre; elles demeurèrent vaines.
En 1842  le Prévôt du Chapitre avait fait creuser la partie de la basse-nef du Dôme contiguë à la sacristie, où il avait découvert un coffre de plomb. Le caveau n'était donc pas au centre de l'Octogone avec la grande plaque de marbre noir, CAROLO MAGNO?  Le Roi de Prusse charge son conseiller intime d'opérer des fouilles. La châsse de plomb portait cette inscription:  Clauditur hic magnus Leopardus nomine clarus Cujus ah obsequio regnabat tertius Otto.
Ce n'était donc pas davantage le cercueil de Charlemagne, mais le corps de saint Léopard, martyr, apporté par Charlemagne à Aix.
En 1843, un savant français ouvre le reliquaire de Frédéric II. Un seul corps fut trouvé dans la châsse; le fémur de 0 m 52 indiquait un homme d'une haute stature, correspondant bien à celle de sept pieds du Rhin, qu'Éginhard nous dit être celle de Charlemagne. Il manquait justement les grands morceaux de bras, qui, nous le savons, furent, l'un donné à Saint-Denis au xne siècle, et l'autre mis dans un reliquaire d'or, que Louis XI avait envoyé au Chapitre d'Aix.
Le 26 février 1866, on aurait trouvé au côté nord de la chapelle de Charlemagne, à une profondeur de neuf pieds, une pierre de grès qui portait l'inscription suivante :
IN H////C SEP/////T////MVL///// OS//// A ; CA///OL/// ////AGNI DEO IN AET/////R 7///O GRAN///// S////T ,
Certains historiens proposent de compléter ainsi:
IN HOC SEPULCHRO TVMVLANTVR* OSSA CAROLI MAGNI DEO IN AETERNO GRATIA SIT
Cette pierre est, pas de bol, aujourd'hui perdue.
En 1912, sur l'ordre du Kaiser, des fouilles furent reprises. L'empereur n'ignorait certainement pas que la tombe était vide, puisque les restes de Charlemagne sont aujourd'hui dans la Grande Châsse. Néanmoins, le directeur des fouilles pensait encore « avoir découvert dans l'Octogone carolingien l'endroit où Otton III avait été enterré ». Comme on sait qu'Otton III, mort en 1002, fut inhumé près de Charlemagne, on devait ne pas tarder à rencontrer le tombeau de l'Empereur.
En 1914, il fait un constat d’échec :
«II y a plus d'une douzaine d'hypothèses sur l'emplacement du tombeau de Charlemagne ; je les ai toutes étudiées, toutes sont fausses. Du reste, le véritable tombeau existe encore, mais on ne l'a pas reconnu.  La dalle tumulaire portant l'inscription latine mutilée est inconnue à Aix ; elle appartient donc exclusivement au manuscrit ; elle a été inventée de toutes pièces. » (Fernand Mély,  Le tombeau de Charlemagneà Aix-la-Chapelle, Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1915, Volume 59, Numéro 5, pp. 342-362)

Le ‘Capitulare de villis vel curtis imperii’

Le ‘Capitulare de villis vel curtis imperii’ est une instruction sur l’administration des domaines carolingiens. Chateaubriand  en est tout attendri : « C’était le restaurateur de l’empire d’Occident, l’homme qui en étendant ses deux bras arrêtait au nord et au midi les dernières armées d’une invasion de six siècles, c’était Charlemagne enfin qui faisait vendre au marché les oeufs de ses métairies et réglait ainsi avec sa femme ses affaires de ménage » (Chateaubriand, Analyse raisonnée de l’Histoire de France).
Herstal compte installer un tel jardin en 2014. Aujourd'hui beaucoup de monastères possèdent un jardin (plus ou moins) conforme au capitulaire (Corbie, Saint-Benoît-sur-Loire, Saint-Gall). La fondation « Yves Rocher pour la nature » a implanté un jardin à Melle (nous sommes ici dans le marketing pur).
Le grand historien Marc BLOCH s’est amusé à analyser ce document précieux qui n’est pas daté. Par un point seulement il donne prise aux érudits ; il y est fait, à quatre reprises, mention de la reine : regina. On en peut conclure qu’il a été édicté par un souverain qui était marié et qui, vraisemblablement, portait le titre de roi et non d’empereur. Ces traits conviennent à Charlemagne. L’opinion traditionnelle lui attribua notre capitulaire, qui eût été promulgué entre l’année 770, date de son premier mariage, et le 4 juin 800, jour où mourut sa dernière épouse légitime, la reine Liutgarde.
Un historien allemand – qui fait un copier-coller de Chateaubriand - nous invite à admirer « le soin touchant avec lequel, en bon père de famille qui ne craint pas de s’abaisser aux détails, l’homme dont la pensée embrassait Jérusalem et les Pyrénées ; l’homme qui rectifiait l’enseignement théologique du pape, se préoccupait des oeufs de ses basses-cours ». En fait, l’intervention du roi dans le courant de l’administration domaniale, dont témoigne presque à chaque ligne le capitulaire, prouve que le souverain dont il émane ne peut être Charlemagne ; de pareilles minuties sont incompatibles avec le gouvernement d’un grand Empire. Selon toute vraisemblance le prince qui édicta le Capitulare de villis n’accomplit jamais en personne tous les actes que les rédacteurs du document semblaient mettre à sa charge.
Marc Bloch conclut avec beaucoup de bonhommie: « le Capitulare de villis est l’œuvre d’un souverain marié qui portait le titre de roi : il faut toujours en revenir là.  Il est pour nous prodigieusement instructif, parce qu’il est le seul document de son espèce que nous ayons conservé ; mais ce fut vraisemblablement en son temps un règlement assez banal. Nous apprenons par lui comment on concevait, sous les premiers Carolingiens, la bonne gestion des terres royales. Quiconque étudie l’histoire de la Gaule franque pourra se servir du Capitulare de villis en toute tranquillité d’âme ».
jardin carolingienà Melle.
Bloch termine avec un détail croustillant : le seizième paragraphe du capitulaire renferme des prescriptions disciplinaires curieuses. Le directeur de domaine qui a négligé d’exécuter les ordres royaux devra s’abstenir de boisson (« a potu se abstineat ») jusqu’à ce qu’il ait reçu son pardon. Le fonctionnaire d’ordre inférieur qui aura de même désobéi, devra se rendre à pied au palais et s’abstenir de toute boisson et de toute chair jusqu’au moment où il aura pris connaissance de sa sentence, le plus souvent sous forme d’une fustigation in dorso (fouet sur le dos). Si l’on traduit chair par nourriture en général, et si l’on entend par boisson toute espèce de liquide, il faudra que la distance soit singulièrement restreinte : sans quoi le sort habituel des délinquants eût été de tomber d’épuisement en cours de route. En fait, le mot chair désigne la viande, le mot boisson toute boisson fermentée, plus particulièrement le vin ; les fonctionnaires coupables étaient condamnés à faire maigre et à boire de l’eau, non à périr de soif ou d’inanition (Marc BLOCH L’ORIGINE ET LA DATE DU CAPITULARE DE VILLIS Revue historique, PUF, 1923,  T. 143).

Nimègue : un donjon Charlemagne en casiers de bière.

Nous avons mentionné la Marienkirche, le seul vestige du palais de Charlemagne à Aix-la-Chapelle.  Nimègue qui revendique aussi le titre de cité impériale fait plus fort, à partir d’un palais que Charlemagne fit construire sur l'exemple de la chapelle Palatine à Aix,  avec la forme angulaire à seize pans. De ce  palais on ne sait pas plus que sur le manoir de Herstal ou le palais de Charles Martel à Liège, c'est-à-dire strictement rien. Déjà les seize pans n’inspirent pas confiance, puisque la chapelle à Aix est octogonale. Et les architectes carolingiens n’étaient pas trop regardants : la Tour aux Puces de Thionville a 14 cotés. D’ailleurs, les historiens ont essayé de prouver que cet édifice daterait de Charlemagne, mais il est du XIème.
Nimègue Donjon
A Nimègue donc la chapelle Saint- Nicolas a été construite vers 1030 en utilisant les restes du premier palais. A part la récupération de pierres du palais, elle est postérieure de deux siècles de Charlemagne. Cela n’empêche pas la ville à  construire une réplique de ce palais phantomatique,  à l'occasion du deuxième millénaire de la ville, en 2005, sur une trame tubulaire entoilée  (comme à Liège avec Saint Lambert en 2000). En 2006, un référendum a décidé la reconstruction de ce palais. Mais le patrimoine archéologique national et Monumentenzorg refusent toute collaboration parce qu’on ne sait rien sur l’apparence de ce palais carolingien. Ce qu’on sait, c’est que Charlemagne était là à Pâques de 777 et plusieurs fois entre 804 et 814. En 806, il y a proclamé la division de l'empire entre ses fils. Et en 838 on y a proclamé la division suivante entre Lothaire Ier et Charles le Chauve. Par rapport à ça, Herstal a plus.
Nimègue construit en 2013 un donjon en casiers de bière. Piedboeuf aurait été jaloux de ce coup de pub. On pourrait proposer à Inbev de construire le palais (imaginaire) de Herstal en casiers Inbev. On y a les compétences : en 2010 les grèvistes y construisent un mur de résistance contre le patron, la société capitaliste, la justice qui envoie les astreintes. Les mouvements sociaux sont les reflets de la société, et quand la société va mal c’est normal qu’on se défende. Ce mur était aussi le symbole d’une certaine prise de pouvoir sur l’entreprise, un barrage contre le capitalisme vorace et la fatalité, un symbole d’unité des travailleurs.
On pourrait faire ainsi le tour des villes qui se revendiquent de Charlemagne.
La cathédrale de Girona a deux tours. Le plus vieux est attribué à Charlemagne. Or, il date de 1117. 
A THIONVILLE, l'empereur à la barbe fleurie aurait enfermé les puces de ses chiens de chasse, ou peut-être une princesse qui mourut dévorée par ces insectes, dans la tour aux Puces.
Thionville tour aux puces
Après une restauration en 1998 la ville reconnait humblement que le mince fond de vérité historique est qu’en 753 et 770, le roi des Francs la gratifia d'au moins six visites. La Tour aux Puces a été construite au XIème ou XIIème siècle. Des historiens ont essayé de prouver que les fondations de l'édifice dateraient du IXème siècle, mais elles sont contemporaines des murs; seuls 2 blocs de pierre de réemploi sont typiques de la période carolingienne.
Je m’arrête ici parce que ça commence à me gratter…
Mon prochain blog sera archéologique, avec un avertissement à nos édiles communaux qui seraient tenté de fouiller les traces du palais carolingien de Herstal : attention aux terres noires ! Rarement fouillées avant 1980, ces terres noires étaient généralement évacuées à la pelle mécanique. C’est en fait une couche de terreau qui sépare presque partout la ville antique de la ville du Moyen Âge. La boucle est presque bouclée, avec un retour à la thèse de Pirenne sur une rupture violente entre Antiquité et Moyen Âge, et une reprise de la nature sur l’urbain (jardinage, abandon). (Voir mon blog).

Sources

Alain Dierkens, "Le Moyen Âge dans l'art belge du XIXe siècle. I. La statue équestre de Charlemagne par Louis Jéhotte, Liège, 1868, dans Annales d'histoire de l'art et d'archéologie de l'ULB, vol. IX, 1987, p. 115-130
Pierre Colman, "La statue équestre de Charlemagne, œuvre maîtresse de Louis Jéhotte, monumentale pomme de discorde", dans Mosaïque. Hommages à Pierre Somville,  Liège, 2007, p. 7-18.
Pour la petite histoire :
http://www.ialg.be/ebibliotheque/chroniques/caphl2_007-008.pdf COMMENT LES RELIQUES DE LÉONARD JÉHOTTE SONT CONSERVÉES À LIÈGE, ET NON PAS À HERSTAL, dans catalogue de l'exposition «Les Jehotte, famille d'artistes de Herstal» (Musée de Herstal, 10 septembre-10 octobre 2004).
Mes autres blogs sur Charlemagne


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