mardi 13 décembre 2011

L’ expo 2017 : un vrai projet pour Liège Nord ou du marketing urbain ?

Que pourrait apporter une expo à Liège en 2017 ? On est ici à plein dans le marketing urbain. La Société Française des Urbanistes constate: « Les villes sont forcées à rentrer dans la mise en compétition par le marketing urbain. Des zones spécifiquement dédiées à des consommateurs aisés tendent fréquemment à se développer dans des environnements clos, tandis que les habitants pauvres restent sans abri ou vivent dans les secteurs en déclin ».

PPP : un partenariat public –privé

Et nous sommes dans la phase où l’on vend encore des rêves : la décision tombe seulement en décembre 2012, après les élections communales.

Qui payera ? A croire la ville, ça ne coûtera rien au contribuable, puisque c’est un partenariat public –privé (PPP). Ceci dit, le moment de la vérité, le choix des partenaires privés, est prévu seulement au premier semestre 2013. En attendant, on casquera déjà 6,2 millions d'€ pour la campagne de promotion.

Permettez quand même d’avoir mes doutes sur les estimations de fréquentation, à la base du plan financier, même si celles-ci ont été réalisées par Mc Kinsey, et considérées comme prudente par le Bureau International des Expositions (BIE). La base de calcul est le tourisme total en Belgique ! On part de 380.000 personnes ayant déjà prévu d’être présentes en Belgique, indépendamment de l’Expo, et qui profiteront de leur voyage pour visiter l’Expo. Ensuite les touristes « pur Expo ». Pour Hanovre (expo 2000 bilan financier déficitaire) , le flux supplémentaire était de 26%. Afin de ‘rester prudent’, le flux supplémentaire a été estimé à 20%. Ce pourcentage est appliqué au tourisme total en Belgique (étant donnée la taille de la Belgique, ‘il est raisonnable de considérer les touristes visitant le pays plutôt que seulement ceux visitant Liège’), soit 1,2 million de personnes. 20%, ça fait 245.000 entrées.

Voilà comment on arrive à 6 millions de visiteurs pendant les trois mois d’ouverture. ‘Il est évident que les visiteurs qui en ont le temps voudront se rendre plus d’une fois à l’Expo’. Ces 6 millions de visiteurs assureront ainsi 8,4 millions d’entrées.

Pour la demande de logements on arrive à un résultat super-optimiste. Le point de départ de Mac Kinsey est qu’un quart cherchera un logement ce qui correspond à +- 18.900 lits par jour d’Expo. Or, la province de Liège dans son entièreté compte aujourd’hui 6000 lits, dont plus de 2000 à proximité du centre de Liège. Les hôteliers liégeois pourront donc dormir sur leurs deux oreilles !

L'Expo 2017 devrait générer 339 millions d'euros de revenus opérationnels directs (billetterie, sponsoring, parking, concessions commerciales etc.). En théorie largement assez pour couvrir les 228 millions d'euros pour la préparation et l'exécution de l'Expo.

Les 108.500 m² de surfaces bâties sont évalués à 408 millions d'euros ( 269 millions d'euros pour la construction des pavillons et 139 millions lors de la transformation post-Expo des pavillons). Le projet immobilier doit rapporter 453 millions d'euros.

L’Expo 2000 de Hanovre un déficit de 2,4 milliards sur un budget de 3,5 milliards

Comparons ces calculs optimistes avec la réalité de l’Expo 2000 de Hanovre qui tablait sur 40 millions de visiteurs. L'Expo 2000 n'a finalement attiré que 18 millions de personnes. Un budget de plus de 3,5 milliards de marks, un déficit de 2,4 milliards de marks que devra supporter le contribuable allemand. Ce genre d’exposition peut mettre la ville hôtesse dans le trou plutôt que sur la « map »... A Hanovre des contestataires avaient menacés de bloquer la circulation pendant la semaine d’ouverture de cette "grande fête du capitalisme et de la pensée unique". Cela a nécessité la mobilisation de 7 000 policiers.

Un prix d'entrée trop élevé pour les familles modestes y a été régulièrement mise en cause.

L’expo 1905 : une réduction aux travailleurs après un 1er mai agité

Ce qui nous ramène à l’expo 1905 à Liège où les prix d’entrée élevés ont été au centre de la manifestation (interdite) du premier Mai. Ce 1er mai 1905, à Liège, un certain nombre de travailleurs le chôment depuis 1890. Malgré l’interdiction du bourgmestre, 4000 ouvriers manifestent quand même. En fin de journée la fédération liégeoise du POB annonce que le Comité exécutif de l’Expo a ma

rqué son accord pour des réductions aux travailleurs d’une même entreprise se présentant ensemble : 1€ 46 en semaine, 2€ 92 le dimanche alors que prix normal est de 5€ 84.

Une expo peut changer une ville, parfois…

Une expo peut changer une ville, mais ce résultat n’est pas garanti. A Liège, sur les trois expos 1905, 1930 et 1939, seul l’expo 1905 a changé la ville. Les expos de 1930 et 1939 par contre ont laissé peu de traces (le pont Atlas et l’ex patinoire).

D’ailleurs, le projet 2017 est une quatrième tentative pour remodeler Coronmeuse / Droixhe / Bressoux ( à part les expos 1905 1930 1939 il y a eu le projet de stade pour le Standard)

Les expos de Liège ne sont pas une exception. A Athènes installations des Jeux Olympiques sont abandonnées. A Aviles, une ville traumatisée comme Liège par le naufrage de la sidérurgie, le gouvernement régional des Asturies a investi en 2008 50 millions d'euros dans le Centre Niemeyer. Ce centre a été fermé en décembre 2011.

A Séville la reconversion du site de l’exposition universelle de 1992 est un échec.

Ces all star architectes n’apportent pas une garantie de succès. Et même si la gare Calatrava par exemple est un succès touristique, ces visiteurs ne prendront pas spécialement la train vers le centre ville. Les Guillemins ont bouffé le maigre budget de la gare « Palais » !

Quel projet après-expo pour Liège Nord ?

Quelles sont les conditions pour qu’un évènement puisse avoir un impact à long terme ? A mon avis, il faut d’abord avoir un projet qui tient la route. Comme exemple négatif nous avons le futur Centre International d’Art et de Culture (Ciac) à la Boverie: à trois ans de son ouverture, on n’a toujours pas la moindre idée de ce qu’on va faire dans un bâtiment de 23 millions d’euros Ls 7/10! Pour 2017 on peut se d

emander la signification du thème ‘Connecting the world, linking people’ («Connecter le Monde pour rapprocher les peuples») pour Liège ? Compte-t-on vendre la logistique ? Ou va-t-on, selon une récente étude de McKinsey sur la “marque” wallonne, mettre en avant "l’ouverture au monde" de la Wallonie et la multiculturalité ? Attention au copyright avec un thème si Nokia ou Vodka.

Si le thème peut être fourre-tout, le projet doit être fort point de vue mobilité et point de vue projet urbanistique après les trois mois de l’évènement. Or, là, il y a encore des choses à faire ! Tout ce qu’on offre actuellement est une passerelle cyclo-pédestre, ‘un leg de l’expo, comme le pont de Fragnée de l’expo 1905’.

Oh oui, on annonce un nœud multimodal à Bressoux Droixhe avec parking relais, une rénovation de la gare de Bressoux et arrivée du tram via la pont Atlas. Ce tram via le pont Atlas pose autant de problèmes qu’elle n’en résout. Comment faire passer un tram sur ce pont qui est déjà un goulot ? Mais il est incontournable d’offrir un transport public a partir d’un parking relais. Quant à la rénovation de la gare, elle ne peut pas rester une opération ‘one shot’. Or, le projet d’un RER liégeois (REL) bat de l’aile .

Il se pose aussi un problème de mobilité pour l’écoquartier à Coronmeuse : l’implantation de logements coupée par une demie autoroute urbaine que sont actuellement le quai Saint Léonard et le quai de Coronmeuse ne mérite pas le titre ‘éco’. On doit développer un plan pour dévier tout trafic de transit des quais de Coronmeuse et du boulevard urbain de Herstal. Une partie du trafic en direction du centre ville doit être arrêtée sur un parking relais. Ca pourrait être le parking prévu à Droixhe, où on aura accès au transport public. Il faut prévoir un dispositif analogue pour le trafic venant de la bretelle de Vottem. A partir de là on peut redessiner toute la voirie des quais qui devront suffire pour un trafic local.

Il se pose évidemment un autre problème pour le pont Atlas, à part le passage du tram. La requalification de Droixhe prévoit le déclassement de l’autoroute devant les buildings.

A part les problèmes de mobilité, on doit évidemment être très vigilant concernant la promesse de la mixité logements et bureaux. Il y a plein d’exemples où cette promesse n’est pas tenu et où seulement des bureaux voient le jour parce que plus rentables.

En conclusion, pour être crédible, l’expo 2017 doit présenter une solution pour quelques décennies les problèmes de mobilité, joint à un projet urbanistique de qualité où les gens, et pas le profit, viennent d’abord.

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