mardi 19 mars 2019

47ième balade-santé MPLP 14 avril 2019 dans les vergers en floraison de Tilice.


Notre 47ième balade-santé du dimanche 14 avril 2019 a pour thème des vergers en floraison de Tilice. Nous partons à 10h pile à la gare de Milmort. Il y a aussi un  rendez-vous à 9h30 devant notre Maison Médicale Médecine Pour le Peuple, Avenue Francisco Ferrer 26, à Herstal, d’où nous partons en covoiturage à Milmort.
Pour ceux qui viennent directement à la gare de Milmort, il faudra se garer rue des Martyrs, vu le chantier de suppression de deux passages à niveau. A partir du 18 mars les deux parkings situés de part et d’autre des voies dechemin de fer seront fermés, en vue de la création du passage sous voies et en l’aménagement des parkings.
Et du 5 au 23 avril 2019, il y a fermeture complète du passage à niveau, pour la pose d’un pertuis préfabriqué sous les voies de chemin de fer. La traversée du passage à niveau sera interdite à tous les usagers (piétons compris). Déviation via la rue Bovendael, la rue Lambotte et la rue des Martyrs.

Quant aux vergers, nous serons au tout début de la floraison. Avec nos balades-santé le deuxième dimanche du mois, on est soit très tôt, soit un rien trop tard.
La trame est grosso modo celle de notre balade de 2016.  J’ai pourtant cherché, du côté de Haccourt, Heure-le-Romain ou Houtain-Saint- Siméon, et j’étais surpris de ne pas trouver d’autres paysages de vergers en fleurs. Et on ne va quand même pas se taper 30 kilomètres en voiture pour une balade-santé aux alentours de Borgloon.  On est dans une balade santé, et il faut que je pense aussi à notre empreinte écologique …
Ceci dit, je vous conseille vivement de faire les fêtes de la floraison en Hesbaye limbourgeoise, à pied ou à vélo.

Une ferme historique disparue pour le zoning

Nous commençons notre balade par une petite inspection des travaux impressionnants d’Infrabel pour la suppression de deux passages à niveau. Un peu dommage qu’on n’a pas envisagé une prolongation du Ravel Rail jusqu’à la ferme du Patar, rue de la Baume. Pourtant, c’est maintenant qu’il faut le faire, notamment pour passer le long du rail entre la rue Lambotte et la rue du Nouveau siège, où un gros projet immobilier est en gestation.
En face de la gare, la double friche industrielle d’abord de l’ex RCA, ensuite de l’ex- Binet. Du temps de RCA, les Hauts Sarts étaient un parc technologique de haut niveau. Mais après une première vente, la SPI perd la main et les terres tombent dans des mains de spéculateurs. Un oiseleur parlerait d’un oiseau qui souille son propre nid…
 En-dessous de cette friche se trouvent les vestiges vénérables de la ferme D’Archis, démolie en 1978… La ferme appartenait à l’abbaye de Beaurepart et le fermiers n’étaient pas n’importe qui! Plusieurs Darchis ont été notaires à la chancellerie pontificale, comme Lambert Darchis qui lègue en 1699 un demi-million d’écus – notre euro a failli s’appeler écu - à une ‘hospitium pauperum patriotarum’ à Rome, pour les jeunes liégeois pauvres se destinant au service de la Curie Romaine. Les biens de la fondation Darchis sont estimés aujourd’hui à 20 millions d’euros (Leon Henri Darcis, dans Musée herstalien N°154 novembre 2010).

Le A 601 déclassé

Nous empruntons une petite portion de l’A 601 déclassée, ou upgradée – chacun son point de vue - en chemin cyclo-pédestre grâce à notre ami Michel Murzeau du Gracq. La Flandre a lancé un vaste programme de  «fietssnelwegen » of ‘fietsostrades». Voici notre première fietsostrade en Wallonie !
Il  y fait un calme merveilleux sur ce ruban d’asphalte bordé d’une végétation luxuriante. Vous y verrez des lapins, des fouines, des oiseaux,… Un havre de paix, qui nous est offert par le SPW !
Ce Ravel d’un style très particulier va  de Pontisse-Hauts-Sarts jusqu’à Fexhe, sur une longueur de 5 km. Nous sortons par la route du Fort de Liers où nous longeons notre premier verger.

Nouvel échangeur

C’est sur cette autoroute abandonnée que la plan communal de mobilité proposait un nouvel échangeur. A l’époque les experts du Plan Communal de Mobilité comptaient 28.000 véhicules par jour à la sortie 34, soit deux fois plus que sur la sortie 35 en bas de Herstal, avec des bouchons sur les ronds points le matin et le soir (attention : la sortie ‘Fouga Magister’ à Milmort a aussi le N° 34, sur le E313).
Il s’agit d’un des tronçons les plus chargés de l’E40- E42.  Le gros danger est que les files sur les ronds points remontent sur la bande d’arrêt de l’autoroute, avec un danger d’accidents. La nouvelle zone 4 amènera 1600 véhicules supplémentaires par jour dont 360 véhicules aux heures de pointe. Cette hausse de 12% signifie congestion.
C’est pourquoi le Plan Communal de Mobilité de Herstal (PCM) proposait un nouvel échangeur sur la bretelle A601 qui aurait permis «  d’améliorer l’accessibilité du Park and Ride de la gare de Milmort depuis la Basse Meuse et tout le nord de l’agglomération liégeoise ». Encore un peu ce nouvel échangeur aurait résolu les bouchons aux Quatre Bras, à l’entrée de Bruxelles…
Le PCM était très optimiste – notez que je ne prétends pas qu’ils ont menti- sur le flux potentiellement capté par ce nouvel échangeur : « Environ 10 % du trafic à destination des Hauts-Sarts (1 et 2) depuis l’échangeur de Liers seraient repris par le nouvel échangeur;  de 40 à 50 % du trafic à destination des Hauts-Sarts (1 et 2) risquent d’être absorbés par le nouvel échangeur en raison d’un accès plus aisé (zone 2) et/ou d’une meilleure situation ».  Ils avaient sniffé quoi ? Aujourd’hui la bretelle A601 est abandonnée pour des raisons bassement budgétaires : cette bretelle est jugée si peu importante qu’elle ne justifie pas un raclage et une nouvelle couche de bitume !

Le fort de Liers

Ce fort était en 1914 l'un des douze ouvrages de la ceinture fortifiée de Liège. Aujourd’hui Safran Boosters y teste des moteurs d'avions; le fort n'est pas visitable. Nous longeons notre véloroute vers les vergers de Tilice. Jusqu'en 1740, Tilice et Anixhe constituaient une enclave de la seigneurie de Herstal, avant d’être rachetée par le Prince Evèque Georges Louis de Berghe. En 1804 Tilice fut rattaché a Fexhe-Slins. La ferme Tilice ou Delforge est construite sur les bases d'une ancienne abbaye. La chapelle date de 1590.
Nous descendons sur Milmort via les chemins de remembrement. En attendant qu’on nous rende la Russie, qui achetait nos pommes, Monsieur Delforge arrache ses pommiers pour se revonvertir en poiriers.

Je veux faire avec toi ce que le printemps fait avec les cerisiers.


Je termine avec une phrase  de Pablo Neruda :
 « Quiero hacer contigo 
lo que la primavera hace con los cerezos.
» 
Nous avons devant nos yeux des pera ; les cerezos fleurissent plus tard…

Pendant que le vent triste galope en tuant des papillons
moi je t'aime, et ma joie mord ta bouche de prune.
Ce qu'il t'en aura coûté de t'habituer à moi,
à mon âme esseulée et sauvage, à mon nom que tous chassent.
Tant de fois nous avons vu s'embraser
l'étoile du Berger en nous baisant les yeux
et sur nos têtes se détordre
les crépuscules en éventails tournants.
Mes paroles ont plu sur toi en te caressant.
Depuis longtemps j'ai aimé ton corps
de nacre ensoleillée.
Je te crois même reine de l'univers.
Je t'apporterai des fleurs joyeuses
des montagnes, des copihues,
des noisettes foncées, et des paniers
sylvestres de baisers.
Je veux faire avec toi
ce que le printemps fait avec
les cerisiers.
Ou en espagnol, langue d'origine:
photo eduard van loo
Ahora, ahora también, pequeña, me traes madreselvas, 
y tienes hasta los senos perfumados. 
Mientras el viento triste galopa matando mariposas 
yo te amo, y mi alegría muerde tu boca de ciruela. 

Cuanto te habrá dolido acostumbrarte a mí, 
a mi alma sola y salvaje, a mi nombre que todos ahuyentan. 
Hemos visto arder tantas veces el lucero besándonos los ojos 
y sobre nuestras cabezas destorcerse los crepúsculos en abanicos girantes. 

Mis palabras llovieron sobre ti acariciándote. 
Amé desde hace tiempo tu cuerpo de nácar soleado. 
Hasta te creo dueña del universo. 
Te traeré de las montañas flores alegres, copihues, 
avellanas oscuras, y cestas silvestres de besos. 

Quiero hacer contigo 
lo que la primavera hace con los cerezos.

jeudi 14 mars 2019

Le Château Dossin et le MIPIM: un parfum de mimosa enivrant ?

le projet Gastronomia de Seraing au Mipim
Du 12 au 15 mars 2019 se tient à Cannes le MIPIM, Marché International des Professionnels de l'Immobilier: c’est là que tu peux acheter une ville. Est-ce l’approche de cette foire qui fait croire aux promoteurs que tout leur est permis ? Fin février, le collège communal d’Oupeye remet un avis défavorable, à l’unanimité, a un projet immobilier sur le site du Château Dossin, à Hermalle-sous-Argenteau. Mais entre-temps, le propriétaire du site, Willemen Real Estate, abat des arbres remarquables pour lesquelles il faut normalement un permis d'urbanisme. « Cette action a pu être stoppée grâce à une intervention en urgence du Département de la Nature et des Forêts – DNF dont nous avons une confirmation écrite », s'insurge l'ASBL Aresno, active dans la défense du patrimoine. "La Sa Willemen Real Estate garantissait pourtant, dans sa demande de permis, la préservation de ces arbres qui sont maintenant au sol".

Des logements vides pour les gens à haute valeur contributive

Le projet n’est pas présenté à Cannes, mais il est tout à fait représentatif pour ce qui s’y passe. D’un côté des promoteurs sans foi ni loi, et de l’autre des villes qui se battent entre eux comme des chiffonniers pour les attirer. Des promoteurs qui construisent des logements pour les gens à haute valeur contributive. Au point où, alors que nous avons des milliers de gens sur les listes d’attente pour des logements sociaux, des logements haut de gamme restent vacants. 
Juste à côté du château Dossin, il y a déjà la résidence « Les jardins de Chazal », où 10 à 15% des logements sont en permanence à vendre ou à louer. Il y a aussi la résidence Robinson à Visé, les 135 appartements du projet Meuse View, les 220 maisons et appartements du groupe Horizon aux Pléiades, etc… soit environ 450 logements disponibles d’ici environ un an ! Et on ajouterait 110 logements du château Dossin ?
Pourtant, il y a des alternatives ! Le groupe CHC, propriétaire de la clinique en face, avait même trouve en 2015 un investisseur spécialisé dans le domaine des soins aux personnes agées, la société Lindbergh de Hasselt. Mais Oupeye préfère clairement Willemen. 

Fillot pousse à fond Willemen

Laura et Julia Verhaegh, des squatteuses?
En novembre  2018,  le bourgmestre Serge Fillot se prononce clairement pour le promoteur (La Meuse du 19/11/2018): «actuellement, ce château n’est pas vraiment habité mais plutôt squatté. Et il est dans un état de grande vétusté. A tel point que lorsqu’un apéro festif a été organisé dans le parc cet été, j’ai pris des mesures pour faire interdire l’accès au château par mesure de sécurité. Au niveau architectural, ce château est plutôt une grosse demeure bâtie en « faux vieux ». Elle n’a pas vraiment de valeur patrimoniale. Il n’est absolument pas question de raser le château, Willemen souhaiterait aménager des appartements. Le château serait rénové pour y accueillir des logements de standing et, dans le parc, des bâtiments seraient construits. De nombreux arbres du parc seraient préservés. Willemen veut en faire quelque chose de bien. Et je ne vous cache pas que je vois d’un bon œil ce projet d’abord parce que, si on n’y fait rien rapidement, le château va tomber en ruines. Et seul un gros investisseur comme Willemen pourrait avoir les fonds nécessaires pour le faire. Ensuite, il s’agit d’une zone que j’aimerais voir densifier en termes d’habitat. Avec les voiries du Trilogiport, l’accès à l’autoroute se fait en deux minutes. Il y a le RAVeL qui passe juste derrière et qui permet de rejoindre rapidement le centre de Visé, sa gare et ses écoles secondaires. On est tout près du centre commercial de Haccourt. C’est vraiment l’endroit idéal pour développer l’habitat. »
Serge Fillot dit que le château est en ruine, mais ne dit pas que le promoteur a fait enlever plusieurs corniches et tuyaux d’écoulement, avec la volonté de saccager le bâtiment ! Et quant au squat, les deux filles Laura et Julia Verhaegh qui  ont occupé le château depuis 2015 pour en devenir les gardiennes, avaient répondu à une petite annonce publiée par une société immobilière belgo-hollandaise. C’est ces jumelles qui aujourd’hui mènent un combat pour sa survie (DH 23/2/ 2019).

Le Château sur la liste de sauvegarde du patrimoine de la Région wallonne

Le Château Dossin et le parc figureraient, depuis novembre 2018, sur la liste de sauvegarde du patrimoine de la Région wallonne. Je suppose qu’il s’agit d’une protection urgente d’un bien non classé. Comme une, la procédure de classement est relativement longue une mesure d’urgence est prévue : l’inscription sur la liste de sauvegarde. A la demande soit du Collège communal, soit du propriétaire, soit de la Commission royale des monuments, sites et fouilles, soit sur base d’une pétition, le Ministre peut signer un arrêté inscrivant le bien menacé sur la liste de sauvegarde. Sauf urgence dûment motivée, l’avis préalable de la Commission est requis. L’inscription sur la liste de sauvegarde protège le bien pendant un an à dater de la signature de l’arrêté et tous les effets du classement sont applicables durant cette période. Je n’ai pas retrouvé qui est à la base de cette procédure. Je suppose qu’il s’agit de l'ASBL Aresno, active dans la défense du patrimoine.
Très souvent, cette inscription se poursuit par une procédure en vue du classement (art. 193 du CoPat). Je n’ai pas retrouvé le château sur l’IPIC, l’Inventaire du Patrimoine Immobilier Culturel , qui est en cours d'actualisation pour Oupeye.

Un avis défavorable unanime avec une motivation farfelue

Devant la mobilisation, le collège communal d’Oupeye a remis fin février un avis défavorable, à l’unanimité, à un permis d’urbanisme soumis à l’enquête publique. Mais ce soi-disant refus est couplé à une prorogation le permis d’urbanisme de Willemen Real Estate d’un mois. « À partir de l’accusé de réception du 7 décembre dernier, le délai était de 115 jours. Nous avons décidé de le porter à 145 jours, vu le grand nombre de réclamations. Il y en a plus de 500 qu’il faut trier, mettre par ordre alphabétique et il y a parfois des réclamations sans adresse ou sans signature », explique l’échevin Paul Ernoux.
Ce refus est aussi motivé par des orientations urbanistiques adoptées par la commune pour le réaménagement global de la zone. Et quand Fillot va global, il va loin ! En 2007, quand il était échevin de l'Aménagement du territoire, et que Chertal avait été fermé une première fois, il a lancé un masterplan sur « l'île » formée par la Meuse et le Canal Albert. Il englobait donc toute la zone qui s'étend entre Chertal et Loën. C’était déjà à l’occasion du MIPIM. Je ne vois que deux îles dans le coin, et ce sont l’île Robinson, et  l’île de Franche-Garenne, mais elles se trouvent dans la Meuse.
Aujourd’hui il veut un méga masterplan pour Chertal!
Monsieur Fillot, avant de parler d’un giga-méga-masterplan pour vendre ta ville (et la ville de Visé avec) à Cannes, lançons une commission d’enquête sur le bradage du Trilogiport (dont un des concessionnaires est Jost, qui est au centre, depuis 2015, d’une enquête portant sur des faits de dumping social et de traite d’êtres humains, avec certaines de ses filiales roumaines et slovaques), et voyons où l’on en est avec La Foncière Liégeoise d’ArcelorMittal !
 Voilà donc ce qu’on peut attendre de la part de la commune d’Oupeye ! « Notre avis ne constitue pas la décision définitive sur le projet mais veut faire entendre l’importance du développement d’une vision cohérente, concertée et respectueuse de l’environnement pour l’avenir de Hermalle ”, précise Paul Ernoux (CDH), échevin en charge de l’urbanisme. La décision finale reviendra à la commune début avril.

Visé contre Oupeye

J’ai dit que Cannes était une foire d’empoigne, où des villes se font la concurrence pour tirer les faveurs de promoteurs (souvent) peu scrupuleux. Le collège communal de Visé a rendu un avis défavorable dans une longue lettre adressée à son homologue d’Oupeye . «Une décision prise à l’unanimité. Beaucoup de citoyens de Visé mais aussi de Haccourt et Hermalle nous ont interpellés car il faut savoir que c’est un lieu de promenade très fréquenté par les habitants de Hermalle et des alentours», explique Xavier Malmendier, échevin de l’Urbanisme à Visé.
« Nous sommes choqués par le collège communal visétois qui parle d’une urbanisation débridée sur Oupeye», indique Paul Ernoux, échevin de l’Urbanisme à Oupeye. « Dans d’autres dossiers immobiliers à Visé, comme par exemple les Pléiades à Devant-le-Pont, Oupeye ne s’est pas prononcé lors de l’enquête publique et n’a pas émis de remarques négatives ».
Pourtant, la Ville de Visé avait déjà adressé un courrier au Collège communal d’Oupeye sur ce projet en mars 2008, en août 2009 et en 2010 dans le cadre des projets précédents. Ce courrier n’était donc pas une surprise.
Serge Fillot qui se prétend le plus Visétois des Oupeyéns trouve que « Visé ne doit pas dicter la politique urbanistique d’Oupeye. Pourquoi pas organiser une réunion entre collèges oupeyén et visétois deux fois par an au sein de l’asbl Basse-Meuse Développement dont je suis administrateur-délégué».
Je n’ai pas (encore)poussé plus loin mon enquête sur Willemen ; je signale juste qu’il s’est porté candidat pour déposer une offre dans le cadre du développement du projet Gastronomia rue Cockerill et place Kuborn à Seraing, en partenariat avec Thomas & Piron, Dyls Construct, I-Magix, et Gehlen Immo.

Un parc arboré, avec ses grandes allées ornées de massifs fleuris, ses arbres centenaires

je ne sais pas dans quel contexte a été fait ce film, mais ça donne une idée de ce parc arboré, avec ses grandes allées ornées de massifs fleuris, ses arbres centenaires, un magnolia gigantesque, de la verdure ondoyante d'un vert magnifique, la beauté éclatante du château, une vision de paix et d'harmonie qui fait rêver:
https://www.youtube.com/watch?v=f2bMskhWGuQ&feature=youtu.be&fbclid=IwAR1TFSJFIO7kvQhLt_iY2_7VP__OATE_8jcNLdCFmHP2poT_nG1dNZW1W1w  

Histoire de la Cité des Monts pour enfants et primoarrivants


Voici l’histoire de notre quartier des Monts pour enfants et primoarrivants. J’ai essayé d’utiliser des mots simples, tout en survolant un siècle de la vie de notre quartier.

Les terres et la carrière de l’évêque.

La ferme du séminaire,
dénommée aujourd'hui ferme Charlemagne.
photo Eduard Alphonse Van Loo 
Le quartier des Monts est assez récent. Jusqu’en 1914 il y avait un hameau connu sous le nom de Rhées. Les terres étaient de l’évêque. La ferme Charlemagne – aujourd’hui une chocolaterie - appartenait au séminaire (l’école où l’on forme les prêtres).
Ce qui poussait sur les terres de l’évêque l’intéressait beaucoup moins que ce qui se trouvait  au sous-sol. Les veines de charbon affleuraient dans la campagne des Monts. L’évêque permettait à creuser partout des puits de mine. En échange il recevait une charrette de charbon sur vingt. Il y avait beaucoup de petits puits de mine : comme les mineurs n’avaient plus d’air après une bonne centaine de mètres et que les moyens pour ventiler n’étaient pas très puissants on était oblige de creuser de nombreux puits.
Les pierres qui étaient remontées avec le charbon étaient entassées  sur des petits terrils. Il y en a encore plusieurs dans les champs qui longent la rue des Bourriquets.
Il y a aussi un terril dans le fond de la rue Schweitzer. Pour les enfants, c’était la montagne noire. Aujourd’hui elle est plutôt verte parce que l’herbe a poussé dessus.
L’évêque avait aussi une carrière à la Préalle (d’où la rue de la Carrière ; dans les plus vieilles églises liégeoises il y a des pierres de la Préalle). Après, ça a été exploité comme carrière de gravier, du gros et du petit, le sable était chargé à la pelle dans les charrettes des acheteurs.  L’exploitant, le père Paquet, avait une
photo Musée Herstal
façon particulière de tenir sa pelle (à la manière d’une faux). La carrière a été rebouchée avec les terres creusées lors du bassin d’orage de la rue de la Limite.

Lors de la première guerre mondiale, une bataille décisive au hameau de Rhées.

Lors des premiers jours de la première guerre mondiale, en 1914, il y a eu une bataille décisive au hameau de Rhées. La Belgique avait construit tout autour de Liège des forts, dont celui de Pontisse, à deux kilomètres de chez nous. On ne le voit pas à cause de l’autoroute, et il est enterré pour le protéger des canons ennemis. Pontisse pouvait tirer sur les allemands qui traversaient la Meuse. Mais l’espace entre ces forts était mal défendu. C’est ainsi que les allemands avaient réussi à remonter jusque Rhées, entre les forts de Pontisse et de Liers. Les belges ont réussi à les chasser, mais dans la mauvaise direction : les allemands sont arrivés dans le quartier Saint –Léonard, au quartier général de l’armée belge. Le général Leman a dû fuir par la fenêtre.
Au cimetière de Rhées il y a un beau monument qui commémore ce souvenir. Mais il y a aussi un beau monument allemand.

Les sinistrés de la guerre

Pendant la guerre beaucoup de maisons avaient été détruites. Le Roi Albert achète pour les gens qui ont perdu leur maison des baraques en Hollande. Ces baraques avaient déjà servi à loger un million de réfugiés belges. La Belgique lance aussi un programme de construction de maisons sociales, en espérant les payer avec les indemnités de guerre des allemands vaincus. C’est ainsi qu’en 1923 la Société Coopérative des Habitations Bon Marché de Herstal achète à l’évêque 12 hectares de ses terres  sur les Monts, et y construit la petite cité Nicolas Deprez. C’est une cité jardin « avec un jardin légumier où l’ouvrier utilisera sainement et avec profit les loisirs que lui laisse son travail ».
Mais quand il apparaît que ces indemnités de guerre sont beaucoup moindres qu’espérées, le programme de construction est stoppé.

En 1927  une nouvelle crise de logement apparaît à Herstal, lorsque 253 maisons disparaissent  avec l’extension de la Fabrique Nationale au Prémadame, le creusement du canal Albert et l’aménagement de l’Ile Monsin.
Herstal demande un crédit au gouvernement (ou plutôt à la Société Nationale des Habitations Bon Marché). Celui-ci demande de justifier cette demande par un recensement des taudis. Le bourgmestre obtient un prêt pour 145 logements pour des ‘taudis non améliorables ou mauvais baraquements’ et 647 pour des ‘ménages logés à l’étroit’.
un pavillon du Fonds Roi Albert à la Préalle
Entre 1930 et 1935 100 maisons s’ajoutent rue de l’Agriculture et  28 à la cité Deprez. Comme cela ne suffit pas, le bourgmestre achète aussi 128 baraques au fonds du Roi Albert. Ce fonds les vend parce que la plupart des sinistrés de guerre sont relogés. Presqu’un siècle plus tard il y a encore une bonne dizaine de ces pavillons du côté rue du Bon Air.
On croirait presque que ces nouvelles maisons n’ont pas été occupées par les familles qui habitaient les taudis, puisqu’une enquête de 1962 compte encore 678 taudis dont la moitié à la Préalle et 100 rien qu’au Pied du Bois Gilles.

La rue de l’Absent

En 1944 Herstal est touché par les V1 et V2 qui ciblaient les usines de la FN mais qui tombaient le plus souvent à côté. C’est pour reloger les gens qui perdent leur maison que la rue de l’Absent fut bâtie de 1949 à 1953. Cet Absent désigne le prisonnier de guerre et le déporté, mort loin de son pays.

Rue Emile Vinck ou la rue des Italiens

Après la guerre on a besoin du charbon pour la reconstruction. Les charbonnages – dont la Petite Bacnure à la Préalle-bas- trouvent difficilement des ouvriers pour faire ce travail dangereux et malsain. Les charbonnages essayent d’abord de mettre au travail des prisonniers de guerre allemands, mais comme la guerre est finie ils sont obligés de les libérer, deux ans plus tard quand même. Ils vont alors chercher en Italie, qui manque de charbon mais qui a des bras. C’est le fameux contrat ‘bras contre charbon’. Pour un travailleur italien qui descend dans la mine, l’Italie pourra acheter un sac de charbon. Mais la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA) n’accepte pas que les mineurs immigrés, attirés pour travailler dans les mines,  soient logés dans les baraques. On lance alors un vaste programme de construction. Les maisons de notre cité en briques jaunes ont été construites avec de l’argent du CECA. Et les gens ont appelé très longtemps la rue Emile Vinck ‘la rue des Italiens’. On prévoit même une église sur le terrain au bout de l’Avenue de Brouckère. D’où le nom ‘jardin du curé’. En attendant une chapelle provisoire est inaugurée en 1953, rue de l’Agriculture. La Rue Emile Muraille est pavée en 1953 et l’Avenue de Brouckère date de 1954.

La rue Villa des Roses

Une petite anecdote : on  construit en 1953 8 maisons dans la rue Villa des Roses. Cette ‘villa’ est en fait une baraque fait d’argile plaqué sur des branches.  Devant cette chaumière il y avait quelques rosiers, d’où Villa des Roses. La femme qui y habitait était surnomme Cathérine ‘le bouc’.  Dans son étable elle avait un mouton, parfois une chèvre et principalement un bouc. Les propriétaires de chèvres y amenaient leurs chèvres, cinq francs le coup.

Les nouveau lotissements

On dirait qu’après cet effort la Société de Logement est épuisée. C’est surtout l’argent qui ne suit plus. Du côté logement social on construit les quatre fois vingt dont deux au coin de la rue du Paradis et de la rue Muraille.
un des 4x20 rue du Paradis; aujourd'hui ces 4 blocs sont
complètement rénovés
Les vingt dernières années notre quartier connaît un nouvel essor avec des nouveaux lotissements, d’abord derrière ce qu’on appelle le petit GB; ensuite là où se trouvait le club sportif coq mosan. Et un dernier lotissement est encore en pleine construction au fond de la rue Muraille. Ce qui double la population dans notre quartier.
Pour le logement social il y a dans les tiroirs un plan pour désosser complètement deux des quatre buildings de l’avenue de Brouckère ; deux autres seraient rasés pour construire un bâtiment qui sera toujours du logement, mais plus du logement social. Comme par exemple des logements de transit pour loger des gens qui doivent sortir de l’hôpital parce que leur traitement est fini, mais qui ne sauraient pas encore vivre de manière autonome.
On n’a pour le moment plus de centenaires à la Préalle, mais les anciens ont vu sur un siècle évoluer leur quartier, depuis que le paisible hameau de Rhées a été perturbé par la guerre, en 1914. Le quartier a eu ses crises et connu ses moments de gloire. Ce n’est pas le Bronx, et ce n’est pas la promenade des Anglais à Cannes. Retenons surtout ceci : le bonheur de vivre n’est pas quelque chose qui nous tombe dessus (ou qui nous échappe). Chacun de nous contribue à organiser une cohabitation harmonieuse, où les cultures des différentes communautés qui y vivent aujourd’hui se fertilisent mutuellement !


lundi 18 février 2019

La famille Soler : my taylor is rich ?


Une des pièces-phare de la Boverie est notre Picasso (la famille Soler), réalisée en 1903. A l’époque Picasso et un groupe d’artistes se rencontraient régulièrement au café Els 4Gats, point de chute aussi de Benet Soler i Vidal (1874-1945), un tailleur avec une certaine fortune qui faisait le mécène, à son niveau. La légende dit que Picasso aurait payé un costume avec un portrait de la famille Soler. Il y a eu en effet un peu de ça : il y a un dessin montrant Soler en tenue de cavalier. Mais le tryptique Soler fut probablement une commande. En fait, il s’agit de  trois portraits : la famille et les époux Soler.
En 1912 Soler vend les deux portraits de Monsieur et Madame Soler  au marchand d’art Kahnweiler, qui vend ensuite Mme Soler au marchand Thannhauser de Munich, et Monsieur Soler au russe Sergei Shchukin. Quant au pique-nique de la famille, c’est le même Kahnweiler qui cherche à acheter ce tableau au marchand catalan Josep Dalmau, qui les avait en dépôt, pour 500 francs. Dans une lettre datée du 13 mars 1948, Kahnweiler écrit au conservateur du musée des Beaux-Arts de Liège, Jacques Ochs : « C’est bien en paiement de ses factures que Picasso avait donné non seulement ce tableau mais aussi deux autres, un portrait de la femme de Soler et le sien propre (Soler). C’est moi qui lui ai acheté ces trois toiles, en 1910. J’ai revendu la Famille Soler en 1913 pour 18 750 francs d’alors ». Si Soler était un mécène, c’est en amateur : le marchand d’art Kahnweiler empoche…
Quant au tableau de famille au pique-nique, Kahweiler le vend en 1913 au musée de Cologne dont le Dr Hagelstange était le directeur. Les nazis le sortent vingt ans plus tard de la collection et le mettent en 1939 dans une vente d’art ‘dégénéré’. C’est là qu’il est acheté par Liège. Le marchand d’art Rosenberg (qui avait sa salle de vente rue La Béotie, d’où le titre de l’expo de 2017 à la Boverie) fit campagne contre la vente de Lucerne de 1939 car l’argent rassemblé retomberait sous forme de bombes.
Les édiles liégeois étaient sensibles à cet argument. Dans Souvenir d’un ancien Belge, Bosmant – à la base de l’achat - explique que le Collège des Bourgmestre et Echevins de la Ville de Liège l’envoie à Lucerne afin, «de délimiter autant que faire se pouvait, les secteurs d’intérêt de chacun, de modérer ainsi les enchères, et dès lors d’alimenter le moins possible, en devises étrangères, le trésor nazi, dont la proche utilisation faisait peu de doute».
Mais l’œuvre suscite beaucoup d’autres questions !

Le Déjeuner sur l'Herbe... Déclinaisons

François Mühlberger, jeune licencié en histoire de l’art et archéologie, spécialiste en iconographie, a
analysé la Famille Soler. Sous un angle purement iconographique, cette oeuvre de la période bleue fait preuve d’un classicisme flagrant. Il y a un parallélisme évident entre la Famille Soler et le Déjeuner sur l’herbe de Manet. Ou

le concert champêtre de Giorgione ou du Titien ? 
En 1865, Claude Monet peint son propre Déjeuner sur l'herbe en réponse à celui de Manet.
Et Pablo Picasso lui-même peint en 1960 son « déjeuner sur l'herbe" (d'après Edouard Manet).

Déjeuner sur l’herbe ?

Notez quand même que l’herbe n’était pas présente sur la toile d’origine et a d’ailleurs été surpeint par Picasso même sur l’œuvre définitive.
L’herbe est l’œuvre de Sebastia Junyer Vidal, un bon ami de Picasso qui l’accompagnera d’ailleurs quelques années plus tard à Paris.
Ici il y a deux versions.  Picasso n’aurait pas eu le temps de peindre le fond ; c’est son ami qui aurait peint une clairière. Une autre version – à mon avis plus improbable - est que Soler n’aurait pas été satisfait de la version originale de Picasso et aurait demande à Sebastià Junyer i Vida de couvrir ce bleu par un fond de sous-bois. 
Toujours est-il que lorsqu’en 1912 l’œuvre arrive dans les mains de Daniel-Henry Kahnweiler, qui avait depuis 1910 un contrat en exclusivité avec Picasso, celui-ci  exige de repeindre ce fond en bleu-vert uni. Une variante est que Picasso aurait tenté d’abord de peindre un fond dans sa manière d’alors, c’est-à-dire cubiste, selon certains perceptible par transparence à certains endroits, voire sur des radiographies réalisées par Frédéric Snaps. Ayant constaté l’impossibilité de fondre son nouveau style avec l’ancien, il aurait fini par peindre l’actuel fond bleu monochrome et uni.
Cela me semble improbable, et même un peu réducteur par rapport à Picasso, qu’on essaye ici, dans cette hypothèse, d’enfermer dans le carcan de sa période bleu, cubiste etc. Comme si son œuvre n’est pas une continuelle recherche.  
Toujours est-il que ce dernier fond présente une forme d’altération particulière, la transparence accrue. Une monochromie que d’autres artistes développent à cette époque, comme Kasimir Malevitch en 1918, avec son célèbre toile carré blanc sur fond blanc., Les paris sont donc ouverts sur ce qu’il y a en-dessous…

Le tryptique de la famille Soler

Kahnweiler a donc acheté trois tableaux. On pourrait parler d’un triptyque, avec à côté de la famille un portrait de Madame et de Monsieur Soler, si ce n’est que les deux volets extérieurs ne pouvaient se
refermer.  Notre marchand vend les trois tableaux séparément, pour faire monter le prix de vente. C’est  dans sa galerie de la rue Vignon, qu’Alfred Hagelstang, directeur du musée Wallraf-Richartz de Cologne, découvre la toile, en 1914. C’est le coup de foudre : Hagelstang vend un Van Gogh pour financer la toile de Picasso.
En 1933 les nazis remplacent Hagelstang par Otto H. Forster.  En 1936,  celui-ci range le Picasso dans les réserves du musée, avec des Gauguin, Van Gogh et Kokoschka (en 1945 les Alliés destituent  Förster, mais en 1957, de Cologne le rétablira). 
Un peu plus tard Adolf Ziegler, président du Reichskammer der Bildenden Künste, y confisque 45 peintures et 143 dessins ainsi que près de 300 gravures en tant qu '«art dégénéré», après une visite au musée. C’est probablement moins la peinture que son créateur qui l’a mis sur cette liste: la famille Soler était assez figuratif, mais Picasso venait de terminer son Guernica, pour le pavillon espagnol de l’exposition universelle à Paris.
Soler se retrouve donc dans les combles du palais baroque de Schönhausen, à la périphérie de Berlin, où il est repris dans l'inventaire sous le numéro EK [Ent -artete Kunst] 15747.
Le Reichskunstkammer cherche à tirer des devises  de l'art ‘dégénéré, et le Reichsministerium für Volksaufklärung und Propaganda demande au marchand d'art suisse Theodor Fischer d’organiser une vente internationale. 124 œuvres d’art confisquées sont vendus aux enchères au Grand Hôtel National de Lucerne. Le Picasso avait le numéro de catalogue 114. Une délégation de Liège, dirigé par Bosmant, fondateur du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes, l’achètera.

Un achat contesté

L’expression Entartete Kunst (art dégénéré) vient de Joseph Goebbels et désignait le cubisme, dadaïsme, expressionnisme, futurisme, impressionnisme, abstrait, surréalisme. Lors de la vente de Lucerne, le 30 juin 1939, 126 œuvres sont mises aux enchères et 9 d’entre elles sont acquises par la ville de Liège.
Bosmant est envoyé à Lucerne afin « de modérer les enchères, et dès lors d’alimenter le moins possible le trésor nazi». Les motivations de Bosmant sont sincères : il était co-fondateur, à Liège, du Comité de Vigilance des Intellectuels antifascistes (CVIA) et de la Ligue contre le Racisme et l'Antisémitisme. Résistant, membre fondateur du Front de l’Indépendance, il sera arrêté  le 22 juin 1941 et envoyé à la citadelle de Huy. Libéré quelques semaines plus tard, il rejoint les rangs des Milices patriotiques et sera reconnu, après la Libération, comme résistant armé.
Comment  Bosmant arrive à modérer les enchères? Plusieurs Etats s’étaient accordés autour d’une liste de tableaux dans l’idée de ne pas renchérir les uns sur les autres. L’Etat belge, via la  Commission  d’Achat  des  Beaux-Arts, disposant d’un capital de 100 000 francs belges se prononça sur six œuvres pour les musées d’Anvers et deBruxelles: (Georg Brandes de Lovis Corinth, Portrait de Walter Mehring de Georges Grosz, Hommes  à  table  de  Karl  Hofer,  L’hypnotiseur  ou  Portrait  de  l’acteur  Ernst  Reinhold  d’Oscar Kokoschka, Jardin de fleurs d’Emil Nolde et Jeune fille assise de Jules Pascin).
Jules Bosmant parvient à y intéresser l’échevin libéral Auguste Buisseret qui, quant à lui, convainc un groupe de mécènes, les Amis des Musées liégeois, avec le baron Paul de Launoit, directeur à la banque de Bruxelles et de la Société Ougrée-Marihaye, et de Louis Lepage, directeur de l’Azote.
La délégation liégeoise parvint à réunir 5 millions de francs et à définir une liste de 10 tableaux. Liège contribue pour 35%, l’Etat à hauteur de 30% ; les mécènes assument les 35% restants et avancent la totalité des sommes nécessaires. La délégation liégeoise en Suisse est composée d’Auguste Buisseret, de Jacques Ochs, directeur de l’Académie et conservateur du Musée des Beaux-Arts, d’Olympe Gilbart, conseiller communal libéral et professeur d’histoire de l’art à l’Université, et d’Eugène Beaudouin, chef de division à l’administration communale et directeur du Service d’Aide aux Artistes. Ils sont accompagnés d’Emmanuel Fischer, directeur du Contentieux à l’Azote, représentant des mécènes et responsable des sommes avancées. Neuf tableaux sont acquis pour 126.040 francs suisses, soit 834 952 francs belges : La Mort et les Masques de James Ensor (1897), Le sorcier d’Hiva-Oa ou Le Marquisien à la cape rouge de Paul Gauguin (1902), La famille Soler de Pablo Picasso (1903), Le cavalier sur la plage de Max Liebermann (1904), Les chevaux bleus ou Chevaux au pâturage de Franz Marc (1910), La maison bleue de Marc Chagall (1920), Le déjeuner de Jules Pascin (1923), Portrait de jeune fille de Marie Laurencin (1924) et Monte-Carlo d’Oskar Kokoschka (1925).
A Liège il n’y avait pas l’unanimité sur cette mission.  Un certain Léon Philippart parle dans une brochure « Réflexions à propos des tableaux (dits de Lucerne) et des critiques d’art » d’une « peinture dite, si justement, dégénérée, abracadabrante », et exigeait dans une lettre ouverte à la Commission d’art de Liège « que l’on favorise tous nos bons peintres«. Le 15 septembre 1939 il écrivait dans ‘Action Wallonne‘ que les tableau de Luzerne étaient »une insulte au bon goût«.
Ce que l’échevin Buisseret avait appelé »nos refugiés illustres« à qui le musée liégeois offrait un nouveau havre, se retrouvent mais en mai 1940 aux Musées royaux des Beaux-Arts où ils sont exposés sous le titre « Les chefs-d’œuvre du Musée de Liège ».

Une expo en hommage à la résistance La peinture française de David à Picasso’

Goebbels visitant l'expo 'art dégénéré'
En juin 1946, Jules Bosmant organise un Salon de la libération avec l’expo ‘La peinture française de David à Picasso’, comme hommage à la résistance liégeoise
En 1988 Liège était au bord de la faillite, et le conseiller socialiste Hector Magotte propose de vendre le Picasso, qui selon lui pourrait rapporter un milliard de francs, 25 millions d‘Euro. Pour le critique d’art Harald Szeemanncurateur depuis 1961 de la Kunsthalle de Berne, cela est impossible, «  parce que la Ville n’a pas acheté elle-même les œuvres, mais elles ont été achetées grâce à des mécènes privés lors de la fameuse vente à Lucerne ». L’idée d’une vente est abandonnée quand en 1990 la Ville sort de ses difficultés financières.
En 2010 les musées de Liège sont les invités d’honneur de la BRAFA, avec les chefs d’œuvres de Lucerne, un mécénat de la société Galère BAM, entreprise générale du pharaonique chantier du Grand Curtius, vaisseau amiral des musées liégeois, inauguré en mars 2009.  Ce stand devait préfigurer une grande exposition « Les Poubelles du Reich » qui devrait lancer le nouveau Centre International d’Art et de Culture résultant de la transformation du MAMAC, à la Boverie.
Cette expo n’a pas eu lieu, mais
En 2015 une exposition à La Cité Miroir  réunit une partie des oeuvres vendues à Lucerne (les 15 tableaux présents en Belgique ainsi que 11 tableaux issus de prestigieuses collections privées ou publiques), couplée à une 'exposition "Les Achats de Paris" au BAL, et une exposition "Artistes dégénérés" de la Galerie Wittert.
Et en 2016-2017 une exposition à la Boverie se base sur le livre ‘21 rue La Boétie’ d’Anne Sinclair, sur le parcours de son grand-père, Paul Rosenberg (1881-1959), l’un des grands marchands d’art de la première moitié du siècle passé. Paul Rosenberg, juif, avait été déchu de la nationalité française par le régime de Vichy et spolié d’un grand nombre de tableaux par les nazis, dont certains réapparaîtront quelques décennies plus tard. Une salle était consacrée à l’ « art dégénéré », qui rappelle l’exposition organisée par l’Université de Liège à la Cité Miroir, intitulée « L’art dégénéré selon Hitler ». L’exposition confrontait aussi les tableaux dits d’ « art dégénéré » à des œuvres encensées par les nazis. La Famille Soler1 de Picasso est par exemple comparée à la Bergbauernfamilie de Rudolf Otto qui représente une famille de paysans tranquilles réunis autour d’un repas dont le réalisme tranche avec l’étrangeté des visages et l’arrière-plan abstrait du tableau de Picasso.   

Madame Soler et l’art spolié

Madame Soler se trouve actuellement à la Neue Pinakothek, à Munich, mais en janvier 2019 le musée se demande encore si elle pourra garder le tableau qui fait l’objet d’une procédure ‘artspolié’
C’est un débat intéressant dans la mesure où ça montre jusqu’où on pousse aujourd’hui le principe d’art spolié, défini lors de la Conférence deWashington en décembre 1998, sur les œuvres d’art confisquées par les nazis. Une déclaration y est signée par 44 États concernant la restitution de ces œuvres d'art.
Le banquier juif berlinois Paul von Mendelssohn-Bartholdy avait acheté Madame Soler à l’époque chez Kahnweiler. Il avait été ruiné par les nazis. Il détenait 22% dans la banque Mendelssohn & Co., créée en 1795, une des cinq plus grandes banques privées en Allemagne. Lors de la campagne d'aryanisation en 1933, notre banquier juif fut renvoyé de l'Association centrale des banques allemands et du conseil d'administration des assurances du Reich. Pour éviter l’aryanisation, il avait dû accepter une absorption par la Deutsche Bank. Ce qui avait fait chuter la valeur de sa participation et  ses revenus  de 86%.  
Selon ses héritiers, il avait été obligé à vendre sa collection d’art à un prix bradé, sous la pression des nazis. La preuve avancée par les héritiers: avant l'accession des nazis au pouvoir, le collectionneur n’avait jamais vendu d’objets importants de ses 50 chefs-d'œuvre. Cet argument ne pèse pas très lourd. Certes, en faisant baisser la valeur de son principal actif, les nazis l’ont contraint à rechercher des liquidités auprès de sources alternatives, comme sa collection d’art. Entre septembre 1933 et février 1934, Mendelssohn-Bartholdy avait dû vendre 16 de ces œuvres, dont Madame Soler.
On est ici au cœur de la notion ‘fair value’. Il n’a pas réussi dans ces conditions à obtenir un prix juste.On est ici à la limite de la notion de Raubkunst.
Mais les héritiers de Mendelssohn n’ont pas nécessairement besoin d’arguments très forts. Ce n'est pas la première bataille juridique de ce type qu’ils ont lancée. En 2008, ils avaient exigé le retour de
deux autres Picassos,  "Garçon menant un cheval" du MoMa,  et "Le Moulin de la Galette" au  Guggenheim. Le procès s’est terminé par un paiement à l’amiable de 5 millions de dollars, malgré le jugement de la Cour du district de New York  que même s’il avait à partir de 1934 dû vendre via le marchand d'art Alfred Flechtheim, en octobre de cette même année il avait pu organiser un prêt de cinq peintures de Picasso à une exposition à la Galeria Müller de Buenos Aires, via les Galeries Thannhauser. Au retour, le même Thannhauser, basé à Bâle à l'époque, avait pu se charger de la vente de ses cinq Picassos en Suisse.
Mendelssohn-Bartholdy est décédé en mai 1935 et on n’a pas de trace de paiement par Thannhauser à lui ou à ses héritiers. La Bavière avait acheté "Madame Soler" à la Thannhauser Gallery de New York en 1964, pour sa Pinakothek, pour la coquette somme d’1,2 million de deutschemarks.
Les trente plaignants affirment que lors de cet achat la Pinacothèque a délibérément caché son origine et n’avait pas soumis cet achat à la Commission Limbach, instauré par le gouvernement allemand pour régler les litiges concernant le Raubkunst des nazis.
https://www.guggenheim.org/news/guggenheim-settles-litigation-and-shares-key-findings  Le Guggenheim a évidemment fait des recherches aussi et est remonté au premier testament de Paul, de 1910. Paul lègue à son épouse de l’époque, Charlotte (née Reichenheim, devenue comtesse Wesdehlen, 1877-1946) les biens du ménage acquis au cours de leur mariage, tels que meubles et objets d'art. Paul et Charlotte divorcent et, en 1927, Paul épouse Elsa (née von Lavergne-Peguilhen, devenue comtesse von Kesselstatt, 1899-1986). En février 1935, un peu avant sa mort, Paul signa un testament similaire à celui de 1910 selon lequel les œuvres d'art revenaient à son épouse. Immédiatement après ses funérailles, sa veuve Elsa, ses quatre soeurs et trois de leurs maris signent tous un protocole légal affirmant la validité du contrat d'héritage. Aucune des quatre sœurs de Paul n’a jamais contesté qu’Elsa était la propriétaire légitime de la collection ou invoqué que le contrat de succession avait servi à éviter une éventuelle confiscation par les nazis.
Les cinq Picasso ont été enregistrés chez les Galeries Thannhauser le 31 août 1935, avec l’indication qu’ils étaient déjà en possession de la succursale de la galerie à Berlin. Ainsi, les Galeries Thannhauser ont acquis les cinq tableaux entre juillet 1934 et août 1935. Les prix d’achat ne sont pas connus. Elsa, qui a vécu jusqu’en 1986, n’a jamais présenté de demande d’indemnisation ni de restitution, ni aucune des sœurs de Paul ou leurs enfants.

Monsieur Soler à l’Ermitage

Le tableau avec Monsieur Soler est acheté par le collectionneur russe Sergei Chtchoukine dont la collection est nationalisée en 1918 et se retrouve au Premier Musée de la Nouvelle Peinture Occidentale, Moscou, qui devient en 1923 le  Musée de l’Art Occidental Moderne. Le tableau entre à l’Ermitage à Saint Pétersbourg en 1930. Certains diront qu’une nationalisation est aussi une forme d’art spolié. Perso je trouve que ce n’est pas la même chose qu’une vente forcée  de quelqu’un qui a le choix entre Auschwitz ou l’exil….
Voilà un beau projet pour une future expo : réunir les trois tableaux ?

Biblio

Jean-Paul Depaire, Les achats de Lucerne, dans Le syndrome Picasso, Liège, 1990
Des Mécènes pour Liège » par Pierre Henrion, Liège, 1998.