mardi 2 avril 2019

Balade à la Chartreuse, à la recherche de la trame d’un parc presque bicentenaire.

la grotte, une 'fabrique' de jardin

Le 18 avril j’accompagne la Maison Médicale l’Herma, rue Natalis, pour une balade – avec trois autres maisons médicales- dans le parc dit des Oblats, et à la Chartreuse. En mars 2017 je m’y suis déjà promené avec MPLP Herstal, mais à partir de l’autre côté, Rue Nicolas Bernimolin.
Le Centre Liégeois du Beau-Mur
Premier arrêt, Le Centre Liégeois du Beau-Mur. Créée il y a 30 ans, cet asbl est le berceau de La Bourrache, une entreprise de Formation par le Travail qui vend des paniers de légumes de saison qu’elle produit, ainsi que l’aménagement et l’entretien de jardins. Depuis 2006, un terrain d’environ 60 ares situé dans le quartier des Tawes, certifié bio, est mis gracieusement à disposition par l’asbl Coupile, avec trois serres tunnel et un hangar. Ils y utilisent la Kassine, un outil moderne de travail agraire par traction animale développé par l’association française Prommata, qui permet un travail particulièrement respectueux des sols (principe fondamental de l’agriculture biologique).
Le Beau Mur a été aussi impliqué dans le projet Vin de LiègeIl est l’initiateur du projet Permis de Végétaliser (Incroyables Comestibles) à Liège.

La rue du Beau Mur

Nous n’irons pas jusqu’à l’école communale au N°9-11, un bâtiment de 1893 de l’architecte Hubert Bernimolin. Celui-ci avait déjà construit trente ans plus tôt  la maison communale de Grivegnée. Juste à côté, au N° 7, maison de style éclectique de la fin du 19e siècle – je cite l’Inventaire du patrimoine immobilier - avec entre les baies du rez-de-chaussée, l'enseigne "A LA / BONNE-FEMME / DE 1762". Cette bonne femme a donné son nom au quartier. L'enseigne originale est conservée au Musée de la Vie Wallonne.
http://histoiresdeliege.skynetblogs.be/index-5.html  Notre architecte a aussi construit un hôtel, pour Aristide Cralle, qui s’était suicidé en 1885, ruiné par sa
folie des grandeurs. L’immeuble deviendra en 1900 l'Hôtel Continental. Cet hôtel, devenu Sarma par la suite, se situait à l’îlot Saint-Michel actuel.

Parc des Oblats,  parc du Casino ou glacis du fort ?

On parle toujours du parc des Oblats. Mais ceux-ci sont arrivés beaucoup plus tard. En fait, nous sommes dans le parc du Casino.
Le 4 avril 1837, la Société d' Horticulture et la Société du Casino achètent un important terrain qui faisait partie du glacis du fort. En jargon militaire, le glacis désigne un terrain découvert, généralement aménagé en pente douce à partir des éléments extérieurs d'un ouvrage fortifié, sur la contrescarpe. Il avait notamment pour fonction de n'offrir aucun abri à d'éventuels agresseurs de la place forte et de dégager le champ de vision de ses défenseurs.
le casino photo fabrice muller
La Chartreuse fait partie d’une barrière de 21 forts, dont 19 en Belgique, érigés par Wellington, le vainqueur de Napoléon, contre un ennemi imaginaire: la France républicaine (c’est Wellington même qui avait remis Louis XVIII  sur le trône). Au moment de sa construction, ce projet de barrière était rationnel, mais la situation politique et militaire a évolué si vite que les 21 forts étaient devenus inutiles au moment même de leur achèvement. Ce parc dit des Oblats dit du casino est un des premiers éléments démilitarisés de cette ‘barrière’ que l’on peut classer dans le top des travaux inutiles.
Cette partie du glacis a été démilitarisé très vite, de sorte qu’en 1837 déjà la Société du Casino peut acquérir le terrain. Le casino aménage dans la colline des sentiers et des allées et intègre les bastions dans son parc. Un des seuls vestiges de ce parc est la grotte. Elle n’est pas un sanctuaire à la Vierge, mais une «fabrique de jardin» autrement dit une fausse grotte. Subsistent aussi les pilastres de la grille d’entrée, rue Soubre, à côté de l’église. Nous essayerons presque deux siècles plus tard à retrouver la trame de ce parc. La nature est parfois coriace. Et peut-être existe-t-il encore quelque part des plans.
Le casino fait faillite en 1867. En 1883 le casino est repris  par le comte Edgard Lannoy-Clervaux qui le restauré luxueusement, mais doit arrêter les frais suite de la concurrence d’autres salles mieux situées, au centre.

L'Eglise Glorieuse de Jésus-Christ chez les Oblats

Les Oblats l’achetèrent vers 1890 pour 60.000 Francs. Lorsque leur congrégation est expulsée de France en 1903, comme les autres congrégations prédicantes, ils s’installent à Grivegnée. En 1934, le diocèse de Liège, en dialogue avec les oblats, consacre l'édifice et la paroisse sous le vocable de Saint Lambert en nostalgie de la cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Lambert. Sur cette nostalgie voir mon blog http://hachhachhh.blogspot.be/2013/09/leonard-defrance-et-saint-lambert.html
L'église qui renfermait quelques trésors des missionnaires oblats, ainsi que certains trésors de la cathédrale démolie, est fermée au public en 2010 pour des raisons de sécurité. En 2017, elle est vendue à l'Eglise Glorieuse de Jésus-Christ, fondée par un pasteur congolais, qui rassemble essentiellement des ouailles d'origine africaine. Elle est issue d'une dissidence de l'Eglise du Réveil.  Elle s'apparente au protestantisme, mais elle n'est pas officiellement reconnue par le synode. Cette marginalité, aux méthodes de prédication plutôt particulières, ne semble pas poser de problème. L'opération a néanmoins nécessité un accord de l'évêché et... de la ville. Techniquement, il s'agissait de supprimer une paroisse, et une désaffectation suppose l'accord communal, et même l'aval de la tutelle régionale.

Des potagers collectifs et un projet de vélodrome.

les potagers au parc de la Chartreuse
Je n’ai pas réussi à savoir de quand datent les potagers collectifs qui nous conduisent au plateau jadis agricole et viticole de Grivegnée.
Certains voient dans ces potagers un outil de reconquête de l’espace urbain.
La cuvette de Péville, d’une circonférence de 300 mètres, a été initialement creusée pour un projet de vélodrome. Certains rêvent d’y installer un plan d'eau, éventuellement ouvert à la baignade. En 2010 le fort et le parc sont reconnus comme Site de Grand Intérêt Biologique (SGIB).
Un projet européen “Value Added” a permis l’aménagement de trois sentiers balisés en 2013. Les 350.000 euros ont été focalisés sur les entrées, la restauration de la grotte et l’aménagement de la dalle jouxtant la lande aux aubépines, avec notamment des équipements sportifs et des gradins permettant l’organisation de petits événements.
Ce patrimoine fortifié est un enjeu patrimonial de développement durable. «Les places fortes sont un jeu sur la protection et l’ouverture, sur le caché et le montré. C’est un acte urbain sur la relation au temps et à l’espace du paysage». C’est l’urbaniste  Jean Nouvel qui le dit et je souscris bien volontiers. Allons donc à la découverte du caché et montré de ce parc….

Un parc qui tourne le dos aux quartiers de Longdoz et d’Amercoeur

Dans leurs configurations actuelles, le parc et le quartier du Longdoz se tournent le dos, alors même que le Longdoz manque cruellement d'espaces verts. On pourrait sans dépenses folles créer une nouvelle entrée du parc donnant dans la rue Basse-Wez et étendre une trame verte jusqu'à la rue Grétry. On pourrait «faire entrer» le parc dans le quartier via le tissu de venelles autour de l'Impasse Magnée, sur le site de l'ancienne desserte ferroviaire de la gare du Longdoz. Idem pour Amercoeur où l’on pourrait donner accès au parc depuis l'hôpital du Valdor. Mais là, il faudra peut-être un ascenseur...

La très spectaculaire rue des Châlets

Juste à côté du parc, la très spectaculaire rue des Châlets, qui débouche sur  l’avenue de Péville, avec un paquet de maisons de la 1ière moitié du 20e siècle reprises à l'inventaire du patrimoine :
n°1, n°80, une villa n°86, n°194-202 et 205-215, ensemble urbanistique; et au, N°204 encore une villa.
Lors de la démilitarisation du fort, plusieurs lotisseurs ont profité de l’aubaine. Certains ont même profité deux fois. Lors des expropriations pour  la construction du fort, les habitants duhameau de Péville font monter les enchères en refusant les offres d'indemnisation lors, avec notamment L.-J. Lambinon, notaire. Sa Maison Lambinon a survécu à l'édification du fort hollandais, aux transformations militaires de 1939 mais pas aux promoteurs des années 90 (Jacques Liénard, Hameau de Péville, histoire de la Chartreuse). Ils profitent une seconde fois en rachetant les terrains démilitarisés et en les lotissant.

Entrée du fort et les monuments au Génie et aux 1er  et 12ième de Ligne

Nous voilà à l’entrée du fort. Le site de Cornillon a été fortifié depuis que la ville existe. C’est géopolitique, avec le vénérable Thier de la Chartreuse fut longtemps le "Grand chemin" ou "Chemin royal" qui passait au  milieu du fort.
C’est là que Wellington a voulu son fort. Si une partie des frais de  construction ont été porté par les alliés, l’occupation des forts retombait sur la Belgique indépendante fraîchement née. Six mois après l'indépendance de la Belgique, en avril 1831, un protocole secret fut signé à Londres par les plénipotentiaires d’Autriche, de Grande-Bretagne, de Prusse et de Russie  qui reconnaissaient la disproportion du nombre des forteresses eu égard aux faibles ressources du jeune Royaume. Mais les travaux de démolition prévus pour 1833 ne se font pas pour des raisons budgétaires.
La plupart de ces forts seront finalement été démilitarisés vers 1850, quand la jeune Belgique commençait à élaborer une nouvelle doctrine de défense, autour d’un réduit national à Anvers.
La guerre franco-allemande de 1870 sonne définitivement le glas des forts bastionnés. Brialmont construit une ceinture des forts. La Chartreuse est déclassée comme fort en 1891 et servit de caserne.  Sa superficie est réduite de 41 à 31 ha. La prestigieuse avenue de Péville voit le jour et une cité de logements sociaux prend place le long de la bien nommée rue des Fortifications.
Mais le site a servi de caserne jusque dans les années 80.
photo eduard van loo
Au dessus de la poterne d’entrée ‘Nihil intentatum relinquit virtus’ (le courage ne laisse rien qu’il n’ait tenté. C’est une phrase de Sénèque, ‘de la Bienfaisance ‘).
Le monument aux 1er  et 21e de Ligne (classé) est installé en 1932 par des amicales d’anciens.
Ces deux régiments de ligne remontent à l’indépendance belge, en 1831. En 1913, lors de la mobilisation, comme tous les régiments de ligne d'active, ils se dédoublent.  Ils prennent part à la bataille de l'Yser. Lors de l’offensive finale en septembre 1918, le 12e de Ligne s’emparera du STADENBERG. Les champs de bataille du 12ème de Ligne sont repris sur  leur caserne en temps de paix : LIEGE, ANVERS, DIXMUDE, YSER, MERCKEM, STADENBERG et LA LYS.
Les régiments sont remobilisés en août 1939.

Les casernes et urbex

photo Michel Veriter
L’armée y ajoute encore de bâtiments en 1955. C’est une architecture fonctionnelle avec une structure en béton armé, toits plats, parements en brique orange, larges baies horizontales. Les Cahiers de l’Urbanisme de décembre 2007 laissaient encore miroiter une  reconversion. En attendant s’est ajouté une nouvelle couche patrimoniale : ces bâtiments sont devenues un haut lieu del’urbex, remplies de grafs et de tags jusqu’au dernier étage.
Il y a aussi quelque part l’enseigne du " 28th General Hospital US Army" qui remonte à l’offensive Von Rundstedt.
D’autres grafs plus anciens retracent la vie quotidienne du "plouc" comme on appelait ces soldats d'infanterie. Les cachots se trouvaient a l'entrée près du corps de garde. Un soldat au 123ttr en 69, barman au mess sous-off et coiffeur, signale que son nom est inscrit sur le mur du cachot à côté de Roger Claessen et Nico Dewalque. En 2015 cette légende du Standard se retrouve de nouveau sous les verrous, à 70 ans, pour faillite frauduleuse, faux et usage de faux et fraude à la TVA.

L'Enclos du Bastion et les tombes des fusillés

tourelle d'angle de la prison Saint-Léonard. Photo Philippe HAMOIR
Dans le bastion n° 1 a été aménagé l’enclos des fusillés. En 14-18 les allemands transféraient les condamnés à mort de Saint Léonard à la Chartreuse pour y être fusillés.
Le Monument du Fusillé se trouvait au départ sur une tourelle d'angle de la prison Saint-Léonard, en hommage à la cinquantaine de résistants du réseau « La Dame Blanche » fusillés entre 1915 et 1918. 
Complété en 1923 par un relief dû à Oscar BERCHMANS, la stèle fut transférée au bastion de la Chartreuse à la suite de la démolition de la prison en 1982.
A plusieurs reprises des éléments en bronze ont été volés. Il n’y a pas que des promoteurs immobiliers sans scrupules… Et le Monument du Fusillé a aussi été la cible d’adeptes de paintball. Depuis, un arrêté de police interdit ces jeux paramilitaires sur le site.

Les Chartreux

Nous contournons le fort côté bastions pour descendre la rue de la Charité pour admirer les beaux restes de la Chartreuse qui a donné son nom au site. En 1357, le prince-évêque Engelbert III de La Marck offre le site aux Chartreux. Mais c’est un cadeau un peu empoisonné : le monastère est souvent occupé militairement. Dans les périodes de calme, les moines reviennent. Une gravure de 1738 de REMACLE LE LOUP a comme titre : ‘plan et élévation de la. chartreuse comme elle sera. Achevée’.
En 1797, la République vend les biens du couvent au citoyen Lecoulteux-Canteleu qui fait  démolir  l’église pour vendre les matériaux. Le préfet de l’Ourthe lui octroie aussi en 1801 la concession de toutes les mines de la Chartreuse pour 50 ans, une surface de 12 km2. C’est une superficie énorme pour l’époque. Et c’est aussi la toute première concession charbonnière en Belgique.
En  1820,  les  frères  Begasse  installent leur  fabrique  de  couvertures dans ce qui reste du Couvent. Ils déménageront à  Sclessin (les couvertures Sole Moi qui deviennent en 2001 Nordifa).
La  communauté  des  Petites  sœurs  des  pauvres accueille à la Chartreuse de  1853 à 2003 jusqu’à 250  vieillards. Le site est vendu au groupe immobilier Coenen qui se rend compte qu’il reste 60 petits appartements qui se louent entre 250 et 350 euros. Willy arrange ça : en mai 2007 il signe un arrêté d'inhabitabilité pour raison de sécurité, sur une base assez loufoque (superficie insuffisante par rapport aux normes).
Coenen découpe le site en quatre. En 2010 Vulpia y construit une maison de repos de 195 chambres. Monument Real Estate NV & Vulpia Real Estate n’y vont pas de main morte par rapport au permis d’urbanisme. Cela ne freine pas l’Intégrale à racheter le site.

L’Arvo restauré

L’Arvo avait une fonction militaire, à l’époque de Jean de Flandre. C’est pourquoi, lors d’une restauration récente, on y a ajouté des meurtrières. Avec les  Chartreux, l’arvô acquiert une fonction utilitaire. Les moines se retrouvaient avec des terres bien exposées sur le coteau dont une grande partie était séparée de leurs bâtiments de ferme par cette route encaissée qui menait de Liège à Herve. Aussi, en 1381, le prince-évêque les autorisa à construire, à leurs dépens,  un pont pour le passage du charroi et du bétail à leurs terres.
L’Arvo actuel date du 17ième. Selon l'analyse dendrochronologique , l'arbre constituant l'entrée a été abattu entre 1594 et 1604, celui formant le linteau a été coupé après 1656 (source : Laboratoire de dendrochronologie de l'université de Liège).
En 1988 nait l'ASBL Parc des Oblats. Ces pionniers ont joué un grand rôle dans la sauvegarde du site. Ils ont voulu créer une Fondation Chartreuse-Oblats, avec des partenaires privés et publics, qui auraient acquis le site. S’ils n’ont pas atteint le but initial, ils ont réussi à  acquérir l'arvô et a le restaurer.

Mes autres blogs sur la Chartreuse

http://hachhachhh.blogspot.be/2018/02/37ieme-balade-sante-mplp-la-chartreuse.html
http://hachhachhh.blogspot.be/2017/12/chartreuse-une-nebuleuse-autour-de.html
http://hachhachhh.blogspot.be/2017/12/le-patrimoine-religieux-immateriel-et.html
photo Guilleaume Mora-Dieu Green Window



samedi 30 mars 2019

Les licières de l’atelier de tapisserie « Arts en couleurs » de la Préalle perpétuent une longue tradition


Nous avons à la Préalle un atelier de peinture et tapisserie dynamique « Arts en couleurs » animé par
Kader Bendjabbar (les mardis et jeudis de 9h à 13h.). Arts en couleur prépare actuellement une expo de tapisserie qui se tiendra au Centre Culturel. Des travaux magnifiques et originaux. Un aspect qui mérite d’être mentionné est qu’elles n’utilisent que des matériaux de récupération : elles n’on pas encore dépensé un euro pour leurs fils de laine…
Nos ‘licières’ (ou licier, parce que Kader tisse aussi) font des œuvres très modernes, mais perpétuent en même temps une longue tradition.  
Le lissier (parfois orthographié licier, au féminin lissière ou licière) prépare le carton de sa tapisserie à partir d’une œuvre mise à l’échelle voulue, choisit ses couleurs (échantillonnage), prépare son métier (de haute-lisse ou de basse-lisse) et monte sa chaîne, avant de commencer à tisser les motifs du carton.
La haute lice est exécutée sur un métier vertical. Le licier écarte les fils pour voir le carton placé sous les fils en basse lice ; en haute lice, il use d'un miroir car le carton est placé derrière lui. Au départ, des fils de chaîne de laine écrue, qui constituent la matrice, sont tendus sur des rouleaux appelés ensouples. Ils sont recouverts au fur et à mesure du tissage par des fils de trame, qui apportent le dessin et les couleurs. L'exécution peut se faire à plusieurs mains. Elle est longue et minutieuse. Pour exécuter la trame, le licier actionne des pédales, qui séparent la nappe de fils de chaîne en fils pairs et impairs, permettant le passage d'une navette avec son fil. Ce passage s'appelle une passée. Il y a autant de navettes qu'il y a de couleurs. Le licier peut procéder à des effets : le battage, sorte de hachure qui permet de faire des dégradés de couleur ; le relais, sorte de coupure entre deux zones de couleur. Le travail effectué s'enroule au fur et à mesure sur l'ensouple. Une fois achevé, on déroule l'ouvrage.
La tapisserie de Bayeux, grandiose pièce historique de 70 mètres de long qui narre l'invasion de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant au IXième siècle, est injustement appelée tapisserie car c'est en réalité une broderie, exécutée « aux points d'aiguille ». La broderie est connue depuis des temps immémoriaux, contrairement à la tapisserie, plus complexe à mettre en œuvre, et dont le démarrage se situe à la fin du Moyen Age.

Edmond Dubrunfaut, à la base d’un renouveau de la tapisserie dans l’après-guerre

Dubrunfaut Les Quatre Ages de la Vie
Il faudrait peu-être les amener un jour au Musée de la Tapisserie à Tournai, inauguré en 1990.
A la base de ce musée, Edmond Dubrunfaut. Le renouveau de la tapisserie à Tournai dans l’après guerre, c’est lui.  Le Musée de la Tapisserie accueille des collections permanentes constituées de prestigieuses tapisseries anciennes des XVe et XVIe siècles, à côté d’œuvres plus modernes que l’on doit notamment à Dubrunfaut, Somville et Deltour, du collectif "Forces Murales", et des œuvres  surprenantes de certains créateurs contemporains.
Un atelier de restauration permet au public de découvrir le travail lent et minutieux de préservation de la fibre. Les licières travaillent à la réalisation de commandes privées ou publiques. Ces travaux sont exécutés à la main sans aucun moyen mécanique,
Le Crecit, Centre de recherche d’essais et de contrôle pour l’industrie textile organise des visites guidées sur 3 axes : la teinture de la laine, le travail des licières sur des métiers de haute lice et la restauration de tapisseries, tapis ou recouvrements de fauteuils. 4 000 nuances de couleurs ont déjà été teintées ici !
Tournai héberge aussi le Centre de la Tapisserie, des Arts Muraux et des Arts du Tissu de la Fédération Wallonie-Bruxelles (TAMAT), garant de la sauvegarde et de la préservation du patrimoine tapisserie-textile issu des collections de la Ville de Tournai, de la Province de Hainaut et de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Le TAMAT a également des ateliers de recherches où des boursiers viennent travailler dans une liberté artistique totale.

Les tapisseries de la cathédrale de Tournai et la haute lice

Tournai fut, aux XVe et XVIe siècles, l’une des principales villes licières du pays. C'est à un licier d'Arras- qui était le lieu de fabrication le plus important d'Occident dans les premières décennies du xye siècle - que Toussaint Prier, chanoine de Tournai, s'adresse pour faire exécuter les tapisseries de la cathédrale, achevées en 1402 et consacrées à la vie des deux saints patrons: Piat et Eleuthère. Plus tard, Tournai arrache à Arras sa profitable clientèle. Jusqu'à ce que Bruxelles vienne lui ravir la suprématie, à la fin du siècle, c'est à Tournai, devenu le plus grand centre de la tapisserie, que s'adressent les principaux clients d'alors et d'abord le plus fastueux mécène du temps,
Dubrunfaut, un des fondateurs des ‘Forces Murales’, à côté de Roger Somville et Deltour, connaissait l’antique tapisserie dans la cathédrale de Tournai. Pour le groupe Forces Murales, créé en 1947, la tapisserie permet de placer l’art « là où passent et vivent les hommes ».  Le trio met sur pied deux ateliers à Tournai (Leroy, fin 1942 et Taquet, en 1945).
Leur premier projet est  le centre de Rénovation de la tapisserie : «la tapisserie a été le compagnon le plus quotidien de l’homme ».   Mais bien vite le groupe doit se rendre compte que ce compagnon le plus quotidien de l’homme n’échappe pas non plus aux forces du marché. Les lissiers http://www.institut-metiersdart.org/metiers-d-art/textile/lissier de la coopérative atteignent une production moyenne journalière de 5,82 dm2. On peut se faire une idée du prix d’un tapis…
La première – et seule - grosse commande de trois cents mètres carrés vient de Spaak, à cette époque Premier ministre et ministre des Affaires Etrangères, pour les ambassades belges à l’étranger. Somville explique: « cette commande était le résultat de difficiles tractations entre le Conseil Economique Wallon et le Ministère des Affaires Etrangères : nous donnions du travail à des handicapés professionnels, et nous recevions en échange de cet effort sur le plan social, les 300 mètres carrés de tapisserie murale pour un Centre de Rénovation et une Coopérative de production. Je donnais des cours de dessin et d’histoire de l’art à des ouvriers et des ouvrières âgés de 30 à 60 ans qui n’avaient jamais dessiné, ni bien souvent dépassé le stade des études primaires. Ces lissiers firent un effort merveilleux. Malheureusement, au bout de trois années de luttes, notre Coopérative se trouva confrontée à d’énormes problèmes financiers et fut mise en faillite. Les lissiers avaient reçu leur salaire, mais les trois peintres-cartonniers ‘bénéficiaient’ des déficits accumulés par la Coopérative».
Notre trio se tourne alors vers les fresques, une technique moins coûteuse et plus rapide à exécuter.
Ce qui n’empêche pas Roger Somville de réaliser encore en 1963  Le Triomphe de la Paix, une tapisserie monumentale de 80 m² qui décore un temps le Palais de l’OTAN à Paris,  et qui aujourd’hui est à la Commission Européenne à Bruxelles.
Pour Dubrunfaut, la tapisserie reste l’un de ses modes d’expression privilégié. Il dessine entre 1937 et 2006 quelques 800 cartons pour plus de 5000 m2 de tapisseries tissées, dont 60 forment le cycle « Les temps de l’homme ».
En 1979 il crée avec Norbert Gadenne la Fondation de la Tapisserie, des Arts du Tissu et des Arts muraux de la Communauté française. Il est membre fondateur du Domaine de la Lice en 1981. Et en 1985 il a l’occasion d’installer à la stationde métro Louise «La terre en fleur», une tapisserie, céramique et tôle d’acier émaillée vitrifiée. C’est une œuvre prophétique. Des décennies avant l’appel d’Al Gore, l’artiste part d’une recommandation de l’UNESCO: «Sauvons les espèces, une grande menace plane sur la nature, les animaux, les arbres, les plantes,...». Il déploie une riche décoration végétale et florale qui intègre l’homme et l’animal en liant tendrement tous les signes de vie entre eux. Edmond Dubrunfaut a fait don à l’IHOES de plus de 330 œuvres, dessins, de lithographies, d’aquarelles, de cartons de tapisserie et de peintures créées entre 1945 et 1999.


mardi 19 mars 2019

47ième balade-santé MPLP 14 avril 2019 dans les vergers en floraison de Tilice.


Notre 47ième balade-santé du dimanche 14 avril 2019 a pour thème des vergers en floraison de Tilice. Nous partons à 10h pile à la gare de Milmort. Il y a aussi un  rendez-vous à 9h30 devant notre Maison Médicale Médecine Pour le Peuple, Avenue Francisco Ferrer 26, à Herstal, d’où nous partons en covoiturage à Milmort.
Pour ceux qui viennent directement à la gare de Milmort, il faudra se garer rue des Martyrs, vu le chantier de suppression de deux passages à niveau. A partir du 18 mars les deux parkings situés de part et d’autre des voies dechemin de fer seront fermés, en vue de la création du passage sous voies et en l’aménagement des parkings.
Et du 5 au 23 avril 2019, il y a fermeture complète du passage à niveau, pour la pose d’un pertuis préfabriqué sous les voies de chemin de fer. La traversée du passage à niveau sera interdite à tous les usagers (piétons compris). Déviation via la rue Bovendael, la rue Lambotte et la rue des Martyrs.

Quant aux vergers, nous serons au tout début de la floraison. Avec nos balades-santé le deuxième dimanche du mois, on est soit très tôt, soit un rien trop tard.
La trame est grosso modo celle de notre balade de 2016.  J’ai pourtant cherché, du côté de Haccourt, Heure-le-Romain ou Houtain-Saint- Siméon, et j’étais surpris de ne pas trouver d’autres paysages de vergers en fleurs. Et on ne va quand même pas se taper 30 kilomètres en voiture pour une balade-santé aux alentours de Borgloon.  On est dans une balade santé, et il faut que je pense aussi à notre empreinte écologique …
Ceci dit, je vous conseille vivement de faire les fêtes de la floraison en Hesbaye limbourgeoise, à pied ou à vélo.

Une ferme historique disparue pour le zoning

Nous commençons notre balade par une petite inspection des travaux impressionnants d’Infrabel pour la suppression de deux passages à niveau. Un peu dommage qu’on n’a pas envisagé une prolongation du Ravel Rail jusqu’à la ferme du Patar, rue de la Baume. Pourtant, c’est maintenant qu’il faut le faire, notamment pour passer le long du rail entre la rue Lambotte et la rue du Nouveau siège, où un gros projet immobilier est en gestation.
En face de la gare, la double friche industrielle d’abord de l’ex RCA, ensuite de l’ex- Binet. Du temps de RCA, les Hauts Sarts étaient un parc technologique de haut niveau. Mais après une première vente, la SPI perd la main et les terres tombent dans des mains de spéculateurs. Un oiseleur parlerait d’un oiseau qui souille son propre nid…
 En-dessous de cette friche se trouvent les vestiges vénérables de la ferme D’Archis, démolie en 1978… La ferme appartenait à l’abbaye de Beaurepart et le fermiers n’étaient pas n’importe qui! Plusieurs Darchis ont été notaires à la chancellerie pontificale, comme Lambert Darchis qui lègue en 1699 un demi-million d’écus – notre euro a failli s’appeler écu - à une ‘hospitium pauperum patriotarum’ à Rome, pour les jeunes liégeois pauvres se destinant au service de la Curie Romaine. Les biens de la fondation Darchis sont estimés aujourd’hui à 20 millions d’euros (Leon Henri Darcis, dans Musée herstalien N°154 novembre 2010).

Le A 601 déclassé

Nous empruntons une petite portion de l’A 601 déclassée, ou upgradée – chacun son point de vue - en chemin cyclo-pédestre grâce à notre ami Michel Murzeau du Gracq. La Flandre a lancé un vaste programme de  «fietssnelwegen » of ‘fietsostrades». Voici notre première fietsostrade en Wallonie !
Il  y fait un calme merveilleux sur ce ruban d’asphalte bordé d’une végétation luxuriante. Vous y verrez des lapins, des fouines, des oiseaux,… Un havre de paix, qui nous est offert par le SPW !
Ce Ravel d’un style très particulier va  de Pontisse-Hauts-Sarts jusqu’à Fexhe, sur une longueur de 5 km. Nous sortons par la route du Fort de Liers où nous longeons notre premier verger.

Nouvel échangeur

C’est sur cette autoroute abandonnée que la plan communal de mobilité proposait un nouvel échangeur. A l’époque les experts du Plan Communal de Mobilité comptaient 28.000 véhicules par jour à la sortie 34, soit deux fois plus que sur la sortie 35 en bas de Herstal, avec des bouchons sur les ronds points le matin et le soir (attention : la sortie ‘Fouga Magister’ à Milmort a aussi le N° 34, sur le E313).
Il s’agit d’un des tronçons les plus chargés de l’E40- E42.  Le gros danger est que les files sur les ronds points remontent sur la bande d’arrêt de l’autoroute, avec un danger d’accidents. La nouvelle zone 4 amènera 1600 véhicules supplémentaires par jour dont 360 véhicules aux heures de pointe. Cette hausse de 12% signifie congestion.
C’est pourquoi le Plan Communal de Mobilité de Herstal (PCM) proposait un nouvel échangeur sur la bretelle A601 qui aurait permis «  d’améliorer l’accessibilité du Park and Ride de la gare de Milmort depuis la Basse Meuse et tout le nord de l’agglomération liégeoise ». Encore un peu ce nouvel échangeur aurait résolu les bouchons aux Quatre Bras, à l’entrée de Bruxelles…
Le PCM était très optimiste – notez que je ne prétends pas qu’ils ont menti- sur le flux potentiellement capté par ce nouvel échangeur : « Environ 10 % du trafic à destination des Hauts-Sarts (1 et 2) depuis l’échangeur de Liers seraient repris par le nouvel échangeur;  de 40 à 50 % du trafic à destination des Hauts-Sarts (1 et 2) risquent d’être absorbés par le nouvel échangeur en raison d’un accès plus aisé (zone 2) et/ou d’une meilleure situation ».  Ils avaient sniffé quoi ? Aujourd’hui la bretelle A601 est abandonnée pour des raisons bassement budgétaires : cette bretelle est jugée si peu importante qu’elle ne justifie pas un raclage et une nouvelle couche de bitume !

Le fort de Liers

Ce fort était en 1914 l'un des douze ouvrages de la ceinture fortifiée de Liège. Aujourd’hui Safran Boosters y teste des moteurs d'avions; le fort n'est pas visitable. Nous longeons notre véloroute vers les vergers de Tilice. Jusqu'en 1740, Tilice et Anixhe constituaient une enclave de la seigneurie de Herstal, avant d’être rachetée par le Prince Evèque Georges Louis de Berghe. En 1804 Tilice fut rattaché a Fexhe-Slins. La ferme Tilice ou Delforge est construite sur les bases d'une ancienne abbaye. La chapelle date de 1590.
Nous descendons sur Milmort via les chemins de remembrement. En attendant qu’on nous rende la Russie, qui achetait nos pommes, Monsieur Delforge arrache ses pommiers pour se revonvertir en poiriers.

Je veux faire avec toi ce que le printemps fait avec les cerisiers.


Je termine avec une phrase  de Pablo Neruda :
 « Quiero hacer contigo 
lo que la primavera hace con los cerezos.
» 
Nous avons devant nos yeux des pera ; les cerezos fleurissent plus tard…

Pendant que le vent triste galope en tuant des papillons
moi je t'aime, et ma joie mord ta bouche de prune.
Ce qu'il t'en aura coûté de t'habituer à moi,
à mon âme esseulée et sauvage, à mon nom que tous chassent.
Tant de fois nous avons vu s'embraser
l'étoile du Berger en nous baisant les yeux
et sur nos têtes se détordre
les crépuscules en éventails tournants.
Mes paroles ont plu sur toi en te caressant.
Depuis longtemps j'ai aimé ton corps
de nacre ensoleillée.
Je te crois même reine de l'univers.
Je t'apporterai des fleurs joyeuses
des montagnes, des copihues,
des noisettes foncées, et des paniers
sylvestres de baisers.
Je veux faire avec toi
ce que le printemps fait avec
les cerisiers.
Ou en espagnol, langue d'origine:
photo eduard van loo
Ahora, ahora también, pequeña, me traes madreselvas, 
y tienes hasta los senos perfumados. 
Mientras el viento triste galopa matando mariposas 
yo te amo, y mi alegría muerde tu boca de ciruela. 

Cuanto te habrá dolido acostumbrarte a mí, 
a mi alma sola y salvaje, a mi nombre que todos ahuyentan. 
Hemos visto arder tantas veces el lucero besándonos los ojos 
y sobre nuestras cabezas destorcerse los crepúsculos en abanicos girantes. 

Mis palabras llovieron sobre ti acariciándote. 
Amé desde hace tiempo tu cuerpo de nácar soleado. 
Hasta te creo dueña del universo. 
Te traeré de las montañas flores alegres, copihues, 
avellanas oscuras, y cestas silvestres de besos. 

Quiero hacer contigo 
lo que la primavera hace con los cerezos.

jeudi 14 mars 2019

Le Château Dossin et le MIPIM: un parfum de mimosa enivrant ?

le projet Gastronomia de Seraing au Mipim
Du 12 au 15 mars 2019 se tient à Cannes le MIPIM, Marché International des Professionnels de l'Immobilier: c’est là que tu peux acheter une ville. Est-ce l’approche de cette foire qui fait croire aux promoteurs que tout leur est permis ? Fin février, le collège communal d’Oupeye remet un avis défavorable, à l’unanimité, a un projet immobilier sur le site du Château Dossin, à Hermalle-sous-Argenteau. Mais entre-temps, le propriétaire du site, Willemen Real Estate, abat des arbres remarquables pour lesquelles il faut normalement un permis d'urbanisme. « Cette action a pu être stoppée grâce à une intervention en urgence du Département de la Nature et des Forêts – DNF dont nous avons une confirmation écrite », s'insurge l'ASBL Aresno, active dans la défense du patrimoine. "La Sa Willemen Real Estate garantissait pourtant, dans sa demande de permis, la préservation de ces arbres qui sont maintenant au sol".

Des logements vides pour les gens à haute valeur contributive

Le projet n’est pas présenté à Cannes, mais il est tout à fait représentatif pour ce qui s’y passe. D’un côté des promoteurs sans foi ni loi, et de l’autre des villes qui se battent entre eux comme des chiffonniers pour les attirer. Des promoteurs qui construisent des logements pour les gens à haute valeur contributive. Au point où, alors que nous avons des milliers de gens sur les listes d’attente pour des logements sociaux, des logements haut de gamme restent vacants. 
Juste à côté du château Dossin, il y a déjà la résidence « Les jardins de Chazal », où 10 à 15% des logements sont en permanence à vendre ou à louer. Il y a aussi la résidence Robinson à Visé, les 135 appartements du projet Meuse View, les 220 maisons et appartements du groupe Horizon aux Pléiades, etc… soit environ 450 logements disponibles d’ici environ un an ! Et on ajouterait 110 logements du château Dossin ?
Pourtant, il y a des alternatives ! Le groupe CHC, propriétaire de la clinique en face, avait même trouve en 2015 un investisseur spécialisé dans le domaine des soins aux personnes agées, la société Lindbergh de Hasselt. Mais Oupeye préfère clairement Willemen. 

Fillot pousse à fond Willemen

Laura et Julia Verhaegh, des squatteuses?
En novembre  2018,  le bourgmestre Serge Fillot se prononce clairement pour le promoteur (La Meuse du 19/11/2018): «actuellement, ce château n’est pas vraiment habité mais plutôt squatté. Et il est dans un état de grande vétusté. A tel point que lorsqu’un apéro festif a été organisé dans le parc cet été, j’ai pris des mesures pour faire interdire l’accès au château par mesure de sécurité. Au niveau architectural, ce château est plutôt une grosse demeure bâtie en « faux vieux ». Elle n’a pas vraiment de valeur patrimoniale. Il n’est absolument pas question de raser le château, Willemen souhaiterait aménager des appartements. Le château serait rénové pour y accueillir des logements de standing et, dans le parc, des bâtiments seraient construits. De nombreux arbres du parc seraient préservés. Willemen veut en faire quelque chose de bien. Et je ne vous cache pas que je vois d’un bon œil ce projet d’abord parce que, si on n’y fait rien rapidement, le château va tomber en ruines. Et seul un gros investisseur comme Willemen pourrait avoir les fonds nécessaires pour le faire. Ensuite, il s’agit d’une zone que j’aimerais voir densifier en termes d’habitat. Avec les voiries du Trilogiport, l’accès à l’autoroute se fait en deux minutes. Il y a le RAVeL qui passe juste derrière et qui permet de rejoindre rapidement le centre de Visé, sa gare et ses écoles secondaires. On est tout près du centre commercial de Haccourt. C’est vraiment l’endroit idéal pour développer l’habitat. »
Serge Fillot dit que le château est en ruine, mais ne dit pas que le promoteur a fait enlever plusieurs corniches et tuyaux d’écoulement, avec la volonté de saccager le bâtiment ! Et quant au squat, les deux filles Laura et Julia Verhaegh qui  ont occupé le château depuis 2015 pour en devenir les gardiennes, avaient répondu à une petite annonce publiée par une société immobilière belgo-hollandaise. C’est ces jumelles qui aujourd’hui mènent un combat pour sa survie (DH 23/2/ 2019).

Le Château sur la liste de sauvegarde du patrimoine de la Région wallonne

Le Château Dossin et le parc figureraient, depuis novembre 2018, sur la liste de sauvegarde du patrimoine de la Région wallonne. Je suppose qu’il s’agit d’une protection urgente d’un bien non classé. Comme une, la procédure de classement est relativement longue une mesure d’urgence est prévue : l’inscription sur la liste de sauvegarde. A la demande soit du Collège communal, soit du propriétaire, soit de la Commission royale des monuments, sites et fouilles, soit sur base d’une pétition, le Ministre peut signer un arrêté inscrivant le bien menacé sur la liste de sauvegarde. Sauf urgence dûment motivée, l’avis préalable de la Commission est requis. L’inscription sur la liste de sauvegarde protège le bien pendant un an à dater de la signature de l’arrêté et tous les effets du classement sont applicables durant cette période. Je n’ai pas retrouvé qui est à la base de cette procédure. Je suppose qu’il s’agit de l'ASBL Aresno, active dans la défense du patrimoine.
Très souvent, cette inscription se poursuit par une procédure en vue du classement (art. 193 du CoPat). Je n’ai pas retrouvé le château sur l’IPIC, l’Inventaire du Patrimoine Immobilier Culturel , qui est en cours d'actualisation pour Oupeye.

Un avis défavorable unanime avec une motivation farfelue

Devant la mobilisation, le collège communal d’Oupeye a remis fin février un avis défavorable, à l’unanimité, à un permis d’urbanisme soumis à l’enquête publique. Mais ce soi-disant refus est couplé à une prorogation le permis d’urbanisme de Willemen Real Estate d’un mois. « À partir de l’accusé de réception du 7 décembre dernier, le délai était de 115 jours. Nous avons décidé de le porter à 145 jours, vu le grand nombre de réclamations. Il y en a plus de 500 qu’il faut trier, mettre par ordre alphabétique et il y a parfois des réclamations sans adresse ou sans signature », explique l’échevin Paul Ernoux.
Ce refus est aussi motivé par des orientations urbanistiques adoptées par la commune pour le réaménagement global de la zone. Et quand Fillot va global, il va loin ! En 2007, quand il était échevin de l'Aménagement du territoire, et que Chertal avait été fermé une première fois, il a lancé un masterplan sur « l'île » formée par la Meuse et le Canal Albert. Il englobait donc toute la zone qui s'étend entre Chertal et Loën. C’était déjà à l’occasion du MIPIM. Je ne vois que deux îles dans le coin, et ce sont l’île Robinson, et  l’île de Franche-Garenne, mais elles se trouvent dans la Meuse.
Aujourd’hui il veut un méga masterplan pour Chertal!
Monsieur Fillot, avant de parler d’un giga-méga-masterplan pour vendre ta ville (et la ville de Visé avec) à Cannes, lançons une commission d’enquête sur le bradage du Trilogiport (dont un des concessionnaires est Jost, qui est au centre, depuis 2015, d’une enquête portant sur des faits de dumping social et de traite d’êtres humains, avec certaines de ses filiales roumaines et slovaques), et voyons où l’on en est avec La Foncière Liégeoise d’ArcelorMittal !
 Voilà donc ce qu’on peut attendre de la part de la commune d’Oupeye ! « Notre avis ne constitue pas la décision définitive sur le projet mais veut faire entendre l’importance du développement d’une vision cohérente, concertée et respectueuse de l’environnement pour l’avenir de Hermalle ”, précise Paul Ernoux (CDH), échevin en charge de l’urbanisme. La décision finale reviendra à la commune début avril.

Visé contre Oupeye

J’ai dit que Cannes était une foire d’empoigne, où des villes se font la concurrence pour tirer les faveurs de promoteurs (souvent) peu scrupuleux. Le collège communal de Visé a rendu un avis défavorable dans une longue lettre adressée à son homologue d’Oupeye . «Une décision prise à l’unanimité. Beaucoup de citoyens de Visé mais aussi de Haccourt et Hermalle nous ont interpellés car il faut savoir que c’est un lieu de promenade très fréquenté par les habitants de Hermalle et des alentours», explique Xavier Malmendier, échevin de l’Urbanisme à Visé.
« Nous sommes choqués par le collège communal visétois qui parle d’une urbanisation débridée sur Oupeye», indique Paul Ernoux, échevin de l’Urbanisme à Oupeye. « Dans d’autres dossiers immobiliers à Visé, comme par exemple les Pléiades à Devant-le-Pont, Oupeye ne s’est pas prononcé lors de l’enquête publique et n’a pas émis de remarques négatives ».
Pourtant, la Ville de Visé avait déjà adressé un courrier au Collège communal d’Oupeye sur ce projet en mars 2008, en août 2009 et en 2010 dans le cadre des projets précédents. Ce courrier n’était donc pas une surprise.
Serge Fillot qui se prétend le plus Visétois des Oupeyéns trouve que « Visé ne doit pas dicter la politique urbanistique d’Oupeye. Pourquoi pas organiser une réunion entre collèges oupeyén et visétois deux fois par an au sein de l’asbl Basse-Meuse Développement dont je suis administrateur-délégué».
Je n’ai pas (encore)poussé plus loin mon enquête sur Willemen ; je signale juste qu’il s’est porté candidat pour déposer une offre dans le cadre du développement du projet Gastronomia rue Cockerill et place Kuborn à Seraing, en partenariat avec Thomas & Piron, Dyls Construct, I-Magix, et Gehlen Immo.

Un parc arboré, avec ses grandes allées ornées de massifs fleuris, ses arbres centenaires

je ne sais pas dans quel contexte a été fait ce film, mais ça donne une idée de ce parc arboré, avec ses grandes allées ornées de massifs fleuris, ses arbres centenaires, un magnolia gigantesque, de la verdure ondoyante d'un vert magnifique, la beauté éclatante du château, une vision de paix et d'harmonie qui fait rêver:
https://www.youtube.com/watch?v=f2bMskhWGuQ&feature=youtu.be&fbclid=IwAR1TFSJFIO7kvQhLt_iY2_7VP__OATE_8jcNLdCFmHP2poT_nG1dNZW1W1w  

Histoire de la Cité des Monts pour enfants et primoarrivants


Voici l’histoire de notre quartier des Monts pour enfants et primoarrivants. J’ai essayé d’utiliser des mots simples, tout en survolant un siècle de la vie de notre quartier.

Les terres et la carrière de l’évêque.

La ferme du séminaire,
dénommée aujourd'hui ferme Charlemagne.
photo Eduard Alphonse Van Loo 
Le quartier des Monts est assez récent. Jusqu’en 1914 il y avait un hameau connu sous le nom de Rhées. Les terres étaient de l’évêque. La ferme Charlemagne – aujourd’hui une chocolaterie - appartenait au séminaire (l’école où l’on forme les prêtres).
Ce qui poussait sur les terres de l’évêque l’intéressait beaucoup moins que ce qui se trouvait  au sous-sol. Les veines de charbon affleuraient dans la campagne des Monts. L’évêque permettait à creuser partout des puits de mine. En échange il recevait une charrette de charbon sur vingt. Il y avait beaucoup de petits puits de mine : comme les mineurs n’avaient plus d’air après une bonne centaine de mètres et que les moyens pour ventiler n’étaient pas très puissants on était oblige de creuser de nombreux puits.
Les pierres qui étaient remontées avec le charbon étaient entassées  sur des petits terrils. Il y en a encore plusieurs dans les champs qui longent la rue des Bourriquets.
Il y a aussi un terril dans le fond de la rue Schweitzer. Pour les enfants, c’était la montagne noire. Aujourd’hui elle est plutôt verte parce que l’herbe a poussé dessus.
L’évêque avait aussi une carrière à la Préalle (d’où la rue de la Carrière ; dans les plus vieilles églises liégeoises il y a des pierres de la Préalle). Après, ça a été exploité comme carrière de gravier, du gros et du petit, le sable était chargé à la pelle dans les charrettes des acheteurs.  L’exploitant, le père Paquet, avait une
photo Musée Herstal
façon particulière de tenir sa pelle (à la manière d’une faux). La carrière a été rebouchée avec les terres creusées lors du bassin d’orage de la rue de la Limite.

Lors de la première guerre mondiale, une bataille décisive au hameau de Rhées.

Lors des premiers jours de la première guerre mondiale, en 1914, il y a eu une bataille décisive au hameau de Rhées. La Belgique avait construit tout autour de Liège des forts, dont celui de Pontisse, à deux kilomètres de chez nous. On ne le voit pas à cause de l’autoroute, et il est enterré pour le protéger des canons ennemis. Pontisse pouvait tirer sur les allemands qui traversaient la Meuse. Mais l’espace entre ces forts était mal défendu. C’est ainsi que les allemands avaient réussi à remonter jusque Rhées, entre les forts de Pontisse et de Liers. Les belges ont réussi à les chasser, mais dans la mauvaise direction : les allemands sont arrivés dans le quartier Saint –Léonard, au quartier général de l’armée belge. Le général Leman a dû fuir par la fenêtre.
Au cimetière de Rhées il y a un beau monument qui commémore ce souvenir. Mais il y a aussi un beau monument allemand.

Les sinistrés de la guerre

Pendant la guerre beaucoup de maisons avaient été détruites. Le Roi Albert achète pour les gens qui ont perdu leur maison des baraques en Hollande. Ces baraques avaient déjà servi à loger un million de réfugiés belges. La Belgique lance aussi un programme de construction de maisons sociales, en espérant les payer avec les indemnités de guerre des allemands vaincus. C’est ainsi qu’en 1923 la Société Coopérative des Habitations Bon Marché de Herstal achète à l’évêque 12 hectares de ses terres  sur les Monts, et y construit la petite cité Nicolas Deprez. C’est une cité jardin « avec un jardin légumier où l’ouvrier utilisera sainement et avec profit les loisirs que lui laisse son travail ».
Mais quand il apparaît que ces indemnités de guerre sont beaucoup moindres qu’espérées, le programme de construction est stoppé.

En 1927  une nouvelle crise de logement apparaît à Herstal, lorsque 253 maisons disparaissent  avec l’extension de la Fabrique Nationale au Prémadame, le creusement du canal Albert et l’aménagement de l’Ile Monsin.
Herstal demande un crédit au gouvernement (ou plutôt à la Société Nationale des Habitations Bon Marché). Celui-ci demande de justifier cette demande par un recensement des taudis. Le bourgmestre obtient un prêt pour 145 logements pour des ‘taudis non améliorables ou mauvais baraquements’ et 647 pour des ‘ménages logés à l’étroit’.
un pavillon du Fonds Roi Albert à la Préalle
Entre 1930 et 1935 100 maisons s’ajoutent rue de l’Agriculture et  28 à la cité Deprez. Comme cela ne suffit pas, le bourgmestre achète aussi 128 baraques au fonds du Roi Albert. Ce fonds les vend parce que la plupart des sinistrés de guerre sont relogés. Presqu’un siècle plus tard il y a encore une bonne dizaine de ces pavillons du côté rue du Bon Air.
On croirait presque que ces nouvelles maisons n’ont pas été occupées par les familles qui habitaient les taudis, puisqu’une enquête de 1962 compte encore 678 taudis dont la moitié à la Préalle et 100 rien qu’au Pied du Bois Gilles.

La rue de l’Absent

En 1944 Herstal est touché par les V1 et V2 qui ciblaient les usines de la FN mais qui tombaient le plus souvent à côté. C’est pour reloger les gens qui perdent leur maison que la rue de l’Absent fut bâtie de 1949 à 1953. Cet Absent désigne le prisonnier de guerre et le déporté, mort loin de son pays.

Rue Emile Vinck ou la rue des Italiens

Après la guerre on a besoin du charbon pour la reconstruction. Les charbonnages – dont la Petite Bacnure à la Préalle-bas- trouvent difficilement des ouvriers pour faire ce travail dangereux et malsain. Les charbonnages essayent d’abord de mettre au travail des prisonniers de guerre allemands, mais comme la guerre est finie ils sont obligés de les libérer, deux ans plus tard quand même. Ils vont alors chercher en Italie, qui manque de charbon mais qui a des bras. C’est le fameux contrat ‘bras contre charbon’. Pour un travailleur italien qui descend dans la mine, l’Italie pourra acheter un sac de charbon. Mais la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA) n’accepte pas que les mineurs immigrés, attirés pour travailler dans les mines,  soient logés dans les baraques. On lance alors un vaste programme de construction. Les maisons de notre cité en briques jaunes ont été construites avec de l’argent du CECA. Et les gens ont appelé très longtemps la rue Emile Vinck ‘la rue des Italiens’. On prévoit même une église sur le terrain au bout de l’Avenue de Brouckère. D’où le nom ‘jardin du curé’. En attendant une chapelle provisoire est inaugurée en 1953, rue de l’Agriculture. La Rue Emile Muraille est pavée en 1953 et l’Avenue de Brouckère date de 1954.

La rue Villa des Roses

Une petite anecdote : on  construit en 1953 8 maisons dans la rue Villa des Roses. Cette ‘villa’ est en fait une baraque fait d’argile plaqué sur des branches.  Devant cette chaumière il y avait quelques rosiers, d’où Villa des Roses. La femme qui y habitait était surnomme Cathérine ‘le bouc’.  Dans son étable elle avait un mouton, parfois une chèvre et principalement un bouc. Les propriétaires de chèvres y amenaient leurs chèvres, cinq francs le coup.

Les nouveau lotissements

On dirait qu’après cet effort la Société de Logement est épuisée. C’est surtout l’argent qui ne suit plus. Du côté logement social on construit les quatre fois vingt dont deux au coin de la rue du Paradis et de la rue Muraille.
un des 4x20 rue du Paradis; aujourd'hui ces 4 blocs sont
complètement rénovés
Les vingt dernières années notre quartier connaît un nouvel essor avec des nouveaux lotissements, d’abord derrière ce qu’on appelle le petit GB; ensuite là où se trouvait le club sportif coq mosan. Et un dernier lotissement est encore en pleine construction au fond de la rue Muraille. Ce qui double la population dans notre quartier.
Pour le logement social il y a dans les tiroirs un plan pour désosser complètement deux des quatre buildings de l’avenue de Brouckère ; deux autres seraient rasés pour construire un bâtiment qui sera toujours du logement, mais plus du logement social. Comme par exemple des logements de transit pour loger des gens qui doivent sortir de l’hôpital parce que leur traitement est fini, mais qui ne sauraient pas encore vivre de manière autonome.
On n’a pour le moment plus de centenaires à la Préalle, mais les anciens ont vu sur un siècle évoluer leur quartier, depuis que le paisible hameau de Rhées a été perturbé par la guerre, en 1914. Le quartier a eu ses crises et connu ses moments de gloire. Ce n’est pas le Bronx, et ce n’est pas la promenade des Anglais à Cannes. Retenons surtout ceci : le bonheur de vivre n’est pas quelque chose qui nous tombe dessus (ou qui nous échappe). Chacun de nous contribue à organiser une cohabitation harmonieuse, où les cultures des différentes communautés qui y vivent aujourd’hui se fertilisent mutuellement !