jeudi 28 mai 2020

Venez boire à la source si vous en trouvez le chemin*.

Le Soir 25/5/2020

La spécialiste d’écologie politique ANNELEEN KENIS avertit dans un billet (De Morgen 22/5/2020) : « Ce n'est pas une bonne idée d'ignorer une crise comme la corona.  Entre-temps, une autre crise émerge : une sécheresse séculaire comme on n’a plus connu depuis 1901. Avec en
même temps la construction de piscines privées qui explose ».
 La Flandre a activé sa Commission Sécheresse. La Wallonie choisit le déni de la réalité. Pourtant, selon le météorologue David Dehenauw, «c’est comme si on avait coupé le pays en deux, de Knokke à Virton. La sécheresse frappe l’est du Hainaut, le Brabant wallon et le nord de la province de Namur ainsi que La Roche-en-Ardenne, Spa et Waremme». La Wallonie n’est pas épargnée.

Les charbonnages et les galeries d’exhaure

J’ai une piste intéressante, malheureusement limitée à la région liégeoise. On y a très tôt commencé à exploiter le charbon de terre, avec ces veines de charbon affleurantes. Pour évacuer l’eau qui remplissait ces fosses on a creusé des galeries d’exhaure. A Ans, l'areine du monastère du Val St-Lambert remonte à 1314. Il y en a des centaines dans la région. A Herstal par exemple, dans la rue de la Buse, une buse d’une dizaine de centimètres de diamètre a alimenté très longtemps une fontaine et un lavoir public. Aujourd’hui cette buse aboutit dans un bassin d’orage, avec son filet d’eau régulier, été ou hiver. Cfr mon blog http://hachhachhh.blogspot.be/2017/04/herstal-le-hameau-ancestral-de-la.html
A la Chartreuse, une areine a approvisionné le couvent en eau potable, et l’homme qui a acheté la ferme du couvent se sert de cette eau, ainsi qu’un carwash en bas de la rue. Cfr mon blog http://hachhachhh.blogspot.be/2018/02/lareine-des-petites-surs-des-pauvres-la.html
areine de Richonfontaine en dessous du Musée de
la Vie Wallonne photo Eduard Van Loo
Les areiniers - prélats et proto-capitalistes comme Curtius – ont très vite compris qu’ils pouvaient doubler leurs bénéfices en vendant cette eau à la Cité. Quatre franches areines alimentaient la ville en eau. Pour les dizaines d’autres areines ‘bâtardes’ on était moins regardant sur la qualité de l’eau.
Vers 1665 le bourgmestre de Liège Grati  écrivait que, par le moyen de Gersonfontaine, "tout le quartier de l'Isle pourra estre bénéficié de fontaines, toutes les fois que la Cité trouvera bon de continuer la dépense déjà commencée". En 1697 un certain Roland a créé à partir de ces areines un réseau de fontaines où les citains pouvaient venir s’approvisionner – contre paiement – en eau. Le flambeau a été repris par la "Compagnie Générale des Conduites d'Eau". Cette multinationale est tombé en faillite en 1980 (nationalisée, la Compagnie avait été absorbée par Sodemeca en  1976). J’ai en 2014 organisé une balade autour de ces Fontaines Roland. http://hachhachhh.blogspot.be/2014/03/sur-les-flancs-du-publemont-le-faux.html
En 1910 Gobert écrivait dans "Eaux et fontaines publiques en pays de Liége": « Bon nombre de lecteurs n'auront point manqué de se demander pourquoi, en des temps où l'eau potable faisait défaut à Liège, le produit aquifère de Gersonfontaine n'a pas été affecté à l'alimentation publique, au lieu d'être versé dans le canal de la Sauvenière, comme de nos jours encore ».
galerie de la Légia source Tchorski
La citation de Gobert  est reprise dans un texte du collectif Tchorski qui explore aujourd’hui ces galeries. http://tchorski.morkitu.org/6/areines-12.htm
Gersonfontaine n’a  jamais servi à l’alimentation en eau potable, mais jusqu’à la fin des années 80 la Compagnie Intercommunale Liégeoise des Eaux (CILE) a utilisé l’eau de l’areine de Richonfontaine dont on peut encore voir l’œil en-dessous du Musée de la Vie Wallonne. La CILE a abandonné ces captages parce que trop de nitrites, d’origine agricole.
On a alors évacué l’eau de Richonfontaine dans les égouts. En 2001 en se préparant à épurer ses eaux usées, Liège se rend compte que rien que l’areine de Gersonfontaine envoyait 110 litres d'eau propres par seconde dans les égoûts.

La pompe actionnée par la vapeur

En 1712 Newcomen invente la pompe actionnée par la vapeur qui rend les charbonnages moins dépendants des areines. Mais on continuait à les utiliser, et à payer le cens, parce qu’avec ces galeries on n’était pas obligé de pomper les eaux jusqu’en haut (le plateau est +- à 70 mètres au-dessus du niveau du fleuve).  Cette eau est remontée après l’arrêt des pompages avec les fermetures des mines. Beaucoup de caves ont été noyées.
Selon Alain Dassargues des SPW Géologie, «on ne se rend pas toujours compte de ce que l’exploitation minière signifie au niveau hydrogéologique. Lorsque les mines ont fermé, on a laissé remonter naturellement les niveaux d’eau de la nappe aquifère dans un massif désormais très fracturé et dans lequel des anciennes galeries plus ou moins effondrées/colmatées peuvent jouer le rôle de drains non permanents. Depuis lors, on a pu assister à des infiltrations dans les caves ou encore des signes d’instabilité de certains versants. La remontée des niveaux d’eau dans l’ancien massif exploité peut également créer des problèmes de qualité d’eau, y compris dans la nappe aquifère contenue dans les dépôts alluviaux de la Meuse  (Jupiler ne pompe plus, ou pompe nettement moins, dans la plaine alluviale de la Meuse car l’eau y est désormais trop riche en sulfates !).

L’ennoyage minier

Ce phénomène d'« ennoyage minier » a des conséquences sur l'environnement (acidification des eaux, coup d’eau, instabilité des terrains…). Des études approfondies ont montré que les eaux d'exhaure minière sont souventchargées en sel et parfois en certains métaux. Lors de la fermeture des exploitations et l'ennoyage des anciens travaux, il y a un lessivage des terrains fissurés pendant la phase de remplissage. Mais les teneurs en sel et en métaux particulièrement élevées à l'apparition des émergences, baissent au cours du temps. L’association du lagunage et du filtrage permet une épuration efficace.
Je ne connais pas d’exemple où l’on a cherché à utiliser ces eaux. La préoccupation principale a été d’assurer un bon écoulement, pour éviter des coups d’eau, comme à Cheratte où en 2002 le centre de la localité a été inondé, ainsi que les Aciéries de la Meuse, un kilomètre plus loin. Après la fermeture de la mine, on avait bouché la galerie principale par un mur en blocs, avec en bas des trous d’évacuation pour les eaux. Lorsque ces trous se sont bouchés, les eaux ont commencé à monter et le mur a fini par céder. Suite à cette catastrophe on a créé un réseau d'observation hydrologique dans la zone pilote de Wandre-Cheratte.
Je signale ici que, contrairement à l’arrêt sauvage des pompages en Région Wallonne, on s’y prend avec beaucoup plus de précautions lors de l’arrêts récents des charbonnages en Allemagne où l’on continue les pompages afin de laisser remonter très lentement le niveau de la nappe et de vérifier d’éventuels effets secondaires, notamment de pollution. Mais j’ai l’impression que cette pollution est beaucoup plus faible que prévue et se stabilise assez vite à des niveaux acceptables.
La 'petite' galerie d'exhaure de Biquet Gorée.
Un tuyau de 20 cm suffit à peine pour évacuer cette eau
Je me pose donc la question si on ne pourrait pas utiliser ces eaux grises d’une manière plus intelligente, avec la sécheresse structurelle qui nous menace. Bien sûr, il s’agit ici d’eaux grises dont la qualité peut varier d’une source à l’autre. Et je serais curieux de voir le taux de nitrites de Richonfontaine aujourd’hui, avec la réglementation draconienne imposé aux fermiers pour les engrais. Et l’homme qui a redécouvert la galerie d’exhaure de la petite concession de Biquet-Gorée, à Hermalle-sous-Argenteau, l’a fait analyser. Elle est potable, à part des teneurs en fer et manganèse trop élevés. Mais il y a à Spa des sources comparables, et la moitié du Gotha de l’Europe est venu boire les eaux du pouhon ‘Pierre le Grand’.
En plus, envoyer ces eaux grises dans la Meuse a un coût important. Rien que pour Gersonfontaine on a dépensé 250 millions de FB (6250000 €  pour une station de pompage souterraine, sous le parking Jaspar, avec une conduite de refoulement vers l’égoût en-dessous du boulevard de la Sauvenière. Dans cet égout d’un diamètre de trois mètres on a placé une conduite qui mène ces eaux propres au fleuve).

Les eaux grises, une ressource ?

le ruisseau en plein air qui reçoit les eaux de Noppis + Biquet-
Gorée où les fermiers  du coin viennent pomper
Ne devrions pas voir ces eaux comme une ressource, plutôt que comme une ‘charge’, à évacuer ?
Je n’ai évidemment pas une solution toute faite pour la mise à disposition de cette eau grise très propre, et je pense ici à l’agriculture, et pas à l’arrosage des pelouses qui supportent d’ailleurs très bien la sécheresse. En Flandres on permet aux fermiers de venir pomper l’eau épuré sortant des stations d’épuration. Cela est peut-être généralisable pour ces eaux des areines. C’est d’ailleurs ce qu’ont fait certains fermiers l’été passé avec les eaux de la galerie de Biquet-Gorée. Ces eaux, ainsi que l’areine Nopis, coulent sur une centaine de mètres à ciel ouvert. C’est là que les fermiers viennent pomper ces eaux
Dans cette petite contribution je n’ai parlé que les eaux qui sortent par gravité de ces anciennes galeries d’exhaure. L’utilisation des couches d’eau qui se trouvent plus bas, dans les vides laissés par l’exploitation houillère, ne saurait se concevoir que dans un cadre plus général de l’utilisation de la nappe phréatique. Ces areines sont d’ailleurs en contact avec les eaux dans les graviers de la Meuse qui eux aussi sont d’une qualité variable. Je crois savoir qu’il y a des captages de la CILE dans ces graviers, mais ces eaux captées dans les graviers sont de qualité variable. Mon ancienne usine Ferblatil y pompait les eaux de rinçage pour sa ligne d’étamage. Mais l’usine a dû investir dans une installation de déminéralisation parce qu’on avait des piqûres de rouille avec l’eau de ces graviers.
areine de Richonfontaine - photo Tchorski
Ce réservoir dans les graviers de la Meuse sont évidemment plus facilement accessibles aux agriculteurs qui ont pour la plupart déjà des pompes. Ce n’est pas une question technique ; c’est une question d’autorisations. Et cette eau est disponible. Rien qu’avec l’arrêt de  l’aciérie de Chertal 9000 m3 ne sont plus pompés.
Je profite de cet exemple de Chertal pour signaler que pour les Pays Bas l’ordre de priorité lors d’une sécheresse ('Verdringingsreeks') n’est pas l’agriculture. Les hollandais donnent la priorité à la sécurité et la prévention de dégâts irréversibles: les digues doivent rester humides et la salinité des terres agricoles des polders ne peut pas augmenter.  En deux il y a l’eau potable et le secteur de l’énergie. Et en trois seulement l’irrigation de cultures intensives en capital et l’eau pour le procès industriel (refroidissement des machines etc.). L’industrie et l’agriculture viennent en dernier.
Dans un prochain blog je développerai une hypothèse à examiner pour le stockage, à partir du coup d’eau, en 2002, à Cheratte. Le mur qui bouchait la galerie minière principale a cédé, mais la montée des eaux de 40 voir 60 mètres dans les anciens travaux n’avait apparemment gêné personne.  Tout au plus avait on constaté des résurgences d’eau par des anciennes areines situées plus haut. Mon idée de base serait de créer un réservoir en construisant un vrai barrage à la sortie, utilisable en cas de sécheresse (ou, si on n’en a pas besoin, de produire de l’électricité hydraulique.

*Citation de Marcel Jouhandeau ; Du singulier à l'éternel (1972-1973)

mardi 19 mai 2020

Une micro-histoire d’un mineur de fond d’origine slovaque Jan Blazeniak à la Préalle


L’histoire, c’est une somme de micro-histoires. Voici à partir de la petite histoire du mineur de fond d’origine slovaque Jan BLAZENIAK, le survol de toute une époque et tout un continent. Jan a travaillé quelques années en Belgique comme mineur de fond. Jan a travaillé à la Bacnure et a vécu plusieurs années à la Préalle. C’est donc aussi en quelque sorte une micro-histoire sur mon quartier, avec son charbonnage de la Petite Bacnure en bas, et sa cité sur les Monts. Il est mort à Bavière et a probablement été enterré avec les indigents.
Depuis quelques mois un ami dialogue via Google Translate avec Ivan BLAZENIAK, dont le grand-père  Jean Blazeniak, originaire de POLHORA, aujourd’hui en Slovaquie, est venu travailler, entre 1929 et 1937, dans plusieurs charbonnages wallons, dont la Bacnure et Bonne Espérance, tout près d’où j’habite. Il est entré à l’hôpital de Bavière, une semaine après avoir quitté  la mine, où il mourra deux mois plus tard.

Deux certificats de naissances émis par la paroisse de La Prealle

Ivan sait que son grand-père habitait rue Charlemagne 104 (maison aujourd’hui disparue). Son epouse Kristína Peniyak  l’a rejoint en 1932 avec son fils qui s’appelait aussi  Jan, né en Slovaquie en 1928. Deux autres enfants sont nés à Herstal : Maria Josephina Henrica, la mère d’Ivan, le 24 février 1933,  son oncle Walter le 24 avril 1936. Les deux certificats de naissances ont été émis par la paroisse de La Préalle, mais seulement en décembre 1941, des années plus tard,  lorsque la famille était déjà retournée en Slovaquie, après le décès de Jan. Je suppose que la veuve a du demander ces certificats pour prouver en Slovaquie que ses deux derniers enfants étaient les enfants de Jan Blazeniak…
Jan a fait sa communion solennelle dans l’église de La Préalle le 5 mai 1940 et sa confirmation le 11 juillet 40. Lui est sa sœur Maria ont probablement été scolarisées jusqu'en juillet 41 à l’école Emile Muraille, qui avait été ouverte quelques années auparavant, en 1928. Maria, la mère d’Ivan, avait 8 ans quand elle est retournée en Slovaquie. Elle parlait couramment le français mais ses souvenirs sont des souvenirs d’enfant : elle se souvenait d'avoir vu la mer à Ostende lors d’une excursion scolaire! Elle s'en est souvenue toute sa vie ! Mais pour le reste, âgée de 4 ans au moment des funérailles, elle y a assisté sans pouvoir dire où.
Ivan a supposé  que ces funérailles ont eu lieu à l’église de la Préalle et y a enregistré une messe en français qu’il a fait écouter à sa Maman (décédée depuis).

Au cimetière de Rhees, pas de Blazeniak dans le livre d’inhumation.

Il a supposé aussi que son grand-père a été enterré à Herstal. Ivan veut tout simplement brûler une bougie sur le cimetière où son grand-père a été enseveli. Il est venu deux fois au cimetière de Rhees, mais ce nom n’est pas dans le livre d’inhumation. Il est passé aussi au cimetière de Foxhalle, dans le bas de Herstal.
Mon ami a alors contacté l'Administration communale de Herstal qui a consulté le livre des inhumations de 1937 (en plus du programme et des fiches individuelles cimetière), et n’a pas trouvé trace de l’inhumation de Mr. Blazeniak. Le responsable a également consulté le dossier Etrangers qui se trouve aux archives : la famille a été radiée en octobre 1941. Si elle a été radiée, c’est que cette famille a été reprise dans le registre des étrangers. Avec le confinement il n’y a évidemment pas moyen de consulter ce registre. Et même après on doit prouver soit un intérêt scientifique soit un lien familial.
Mon ami Walthère suit alors la piste du livret de travail. En tant qu’ancien mineur et historien local il a sauvé une partie des archives de la Petite Bacnure dont ces livrets. Blazeniak n’est pas dedans, mais Walthère contacte Bruno Guidolin du CLADIC (Blegny Mine) qui retrouve son livret dans les archives d’un autre charbonnage. Jan n’a pas travaillé au charbonnage  de la Petite Bacnure, mais à la Grande Bacnure, siège Gérard Cloes (n°12273) - N° de livret B4944.  Il y  a travaillé du 1er août 1930 au 1er août 1936, au fond.

Un début de carrière de houilleur dramatique

Ce livret nous apprend que Jan a commencé à travailler en Belgique le 13/7/1929 à Houssu, à Haine St Paul (aujourd’hui La Louvière). Ce siège dépendait de la Société des Charbonnages de Ressaix
Un début de carrière de mineur mouvementé, puisque quatre mois plus tard, le 20/11/1929, un grave accident  au siège Houssu causa la mort de 18 mineurs. Jan quitte cette mine l’année après, le 19/7/1930.
Mon ami contacte alors la Louvière, et a la chance de tomber sur Mr Thierry Delplancq, archiviste motivé, qui est allé fouiller dans ses Archive de Haine St Paul. Il y retrouvé l’inscription de Jan Blazeniak à l’inscription des étrangers. Profession houilleur. Il est arrivé le 12/7/1929 avec un contrat de travail délivré à Lucener (écriture peu claire ; je n’ai pas retrouvé la ville sur le net) et le passeport national N° 6352/29 délivré à Brezno  le 28/6/1929. Il a habité Rue de la Déportation (une rue de ce nom existe toujours à Haine-Saint-Paul) avant de déménager à Charleroi le 25/7/1930. M. Delplancq envoie en prime une photo de notre Jan Blazeniak !

1930 : la Petite-Bacnure et le siège Batterie de Bonne Espérance, Batterie, Bonne-Fin et Violette

Toujours selon ce livret il entre ensuite à la Grande-Bacnure, siège Gérard Cloes,  le 30/7/1930 et sort le 1/8/1936. Il entre ensuite à la S.A. de Bonne Espérance, Batterie, Bonne-Fin et Violette (siège Batterie, à quelques kilomètres de là) le 4/8/1936 et sort le 22/5/1937.
Nous ne savons pas pourquoi le grand-père Jan a quitté Bonne Espérance. Mais une semaine à peine plus tard il fut hospitalisé à Bavière du 27 mai jusqu’à son décès le 21 juillet 1937. 
Ici nous avons une nouvelle piste, grâce à une dame spécialisée dans les archives de cet hôpital ancestral. Elle finit par trouver la déclaration de décès qui aurait été communiqué par téléphone à l'Etat civil de Herstal.
Un acte de décès est émis le 2 mars 1939 - 2 ans après - par la ville de Liege. Nous n’avons pas d’explication pour ce retard. Cet acte mentionne comme témoin Dieudonné Palatre d’Angleur, employé de l’hôpital de Bavière. Il semble accompagner les personnes émargeant de l’aide sociale.
On retrouve sur plusieurs actes de décès ou de naissances la mention « en présence de Dieudonné PALATRE, âgé de 39 ans, employé, domicilié à Angleur. Après lecture, Nous avons signé avec la déclarante et les témoins ».
Cet acte de décès ne mentionne pas le lieu d’inhumation. L’extrait est rédigé « sur papier libre pour indigence constaté par le bourgmestre de Liège». Ce qui ne veut pas dire qu’il est enterré comme indigent. Mais cela m’incite à ne pas se limiter aux cimetières de Foxhalle et de Rhées dans la recherche. Il est vrai que Bavière envoyait la facture pour les soins à la commune où le malade était domicilié (avec des difficultés énormes pour faire payer ces communes), mais on ne saurait exclure qu’il a été inhumé à Liège.

Retour en Slovaquie

La veuve et ses trois enfants ont continué à vivre à La Préalle avec des ressources probablement très limitées. Un an après ce décès la vie se complexifia encore un peu plus avec les menaces de guerre. Le 7 octobre 1938 les représentants slovaques au parlement Tchécoslovaque  obtiennent l'autonomie pour la Slovaquie. Jozef Tiso, un prêtre catholique qui dirigeait le Parti du peuple slovaque, devient le Premier ministre du gouvernement autonome slovaque. Le 15 mars  1939, lors de l'occupation de Prague par les troupes allemandes, la Slovaquie déclare son indépendance sur invitation d’Hitler. Drôle d’indépendance où le lendemain, les troupes allemandes occupent la partie Ouest de la Slovaquie et un « traité de protection » subordonne formellement au Reich la politique slovaque dans les domaines économique, militaire et diplomatique.
C’est dans ces conditions que la famille retourne en train en Slovaquie en fin d’été 1941. Herstal raye la famille du registre d’Etat civil en octobre 1941.

C’est ici que se termine notre micro-histoire. Le micro-historien que je suis fait suivre au lecteur l’ordre de l’enquête historique plutôt que celui d’événements ou d’une vie. Le but est bien de faire partager au lecteur les émotions de l’historien, de « recréer une expérience de découverte». J’espère avoir réussi à vous faire partager les émotions de mon ami (qui communique avec le petit-fils de Jan, je le répète, via Google Translate) et de toutes ces personnes qui ont contribué à reconstituer (très partiellement) le passage de cette famille de mineur en Wallonie: le préposé du cimetière de Rhees, l'Administration communale de Herstal, Walthère Fransen, Bruno Guidolin du CLADIC (Blegny Mine), M. Thierry Delplancq, archiviste à la Louviere, la  dame qui s’occupe des archives de l’hôpital de Bavière, la ville de Liège, la paroisse de la Préalle et le musée de Herstal.
Pour le reste, le titre « micro-histoire » est peut-être un peu prétentieux. Il y a trop d’inconnues dans notre récit pour pouvoir situer correctement le parcours de cet homme dans son époque : les agences de recrutement pour les charbonnages en Tchécoslovaquie, la couverture en soins de santé pour les mineurs immigrés (avec notamment cette question lancinante de la coïncidence de son fin de contrat et son entrée à l’hôpital), et puis les raisons qui ont poussé cette famille à retourner en Slovaquie.
Le petit-fils Ivan Blazeniak ne retrouvera peut-être pas le cimetière où son grand-père a été inhumé. Et le fait que l’acte de décès a été rédigé « sur papier libre pour indigence » ne permet pas de déduire qu’il a eu un enterrement d’indigent. De toute façon, indigent ou pas, la chance que la tombe soit toujours là est pratiquement nulle. Dans le meilleur de cas, il trouvera son nom dans le livre des inhumations.
Mais il a ce livret au CLADIC à Blegny-Mine – où Ivan est d’ailleurs passé, sans connaître l’existence de ce livret ,- comme trace tangible de son passage au Pays de Liège. Et puis, il y a cette photo avec le formulaire d’inscription comme étranger au Borinage. Il a un endroit où il pourra se recueillir sur la vie difficile de son grand-père, qui s'est terminé de manière si tragique, et le parcours mouvementé de sa grand-mère, mère et oncles, dans un contexte de préparatifs du deuxième conflit mondial.




samedi 2 mai 2020

Petite histoire de la houillerie à Oupeye et de sa galerie d’exhaure

l'oeil de l'areine, comme l'a retrouvé notre ami George
Voici une petite histoire de la houillerie à Oupeye, et de sa galerie d’exhaure ancestrale du Sieur Nopis. Une petite histoire parce que je ne suis qu’un historien amateur. Le titre est aussi en quelque sorte un hommage à Laurent PERY Vice-président de l’ l’Association Des Vieilles Familles de Haccourt (A.V.F.H.) qui a écrit en 2003  son HISTOIRE DE L’EXPLOITATION DE LA HOUILLE  A OUPEYE ET A VIVEGNIS et dans les villages voisins. M. Péry  était le bras droit de Toussaint Pirotte, ancien instituteur et ex-échevin de Hermalle-Sous-Argenteau, qui a sorti en 2008 sa « Petite histoire des charbonnages d’Oupeye », un livre qui est malheureusement épuisé. Il fait revivre des charbonnages d’Oupeye et de Vivegnis dont les noms se seraient probablement perdus à jamais : Abhooz, Biquet-Gorée, Bons Espoirs et Bons Amis réunis. Biquet-Gorée a fermé en 1920. Quant à Abhooz, il est dans une procédure de fin de concession.

La redécouverte d’une galerie d’exhaure  au Wérihet

photo page fb xhorre nopis
Ce qui m’a relancé, c’est la redécouverte de la galerie d’exhaure de Biquet-Gorée, en 2019. Un homme achète la maison du dernier directeur de charbonnage Biquet-Gorée. A côté il découvre une galerie minière murée d’où sort un débit d’eau impressionnant. Il cherche sur internet et tombe sur un de mes blogs sur une areine creusé en 1612 par un certain Nopis (On écrit aussi parfois Noppis). L’homme est motivé pour la sauvegarde du patrimoine et dégage l’entrée. Derrière il découvre une galerie d’au moins cinquante mètres.
Le nouveau propriétaire George a eu l’amabilité d’accueillir, en décembre, les promeneurs de ma balade-santé mensuelle dans sa galerie d’exhaure, avec un vin chaud. C’est lui qui a réussi à contacter M. Péry. Au Cladic (Centre liégeois d'archives et de documentation de l'industrie charbonnière de BlegnyMine ) on lui montre un manuscrit de Gobert  «sur les anciens travaux de la Xhorre Nopis débouchant dans le Wérihas qui est faite dans les couches Grande Veine d’Oupeye et Petite Veine d’Oupeye ».   Ce manuscrit a probablement servi à rédiger son magistral 'Eaux et fontaines publiques à Liége depuis la naissance de la ville jusqu'à nos jours, avec dissertations etrenseignements sur l'exploitation et la jurisprudence minières en la principauté liégeoise, sur les anciennes houillères de Liége et des environs’, publié en 1910. Avec Théodore Gobert nous sommes évidemment déjà dans un autre registre. Gobert est archi-connu pour son livre "Liège à travers les âges : les rues de Liège".
J’ai déjà mentionné l’areine Nopis. Il existe plusieurs orthographes : arène, araine, arhaine etc.. Cela est en région liégeoise. Gobert parle de xhorre. Aujourd’hui nous avons nos stations d’exhaure qui ont aussi un lien direct avec notre passée minier. Nous retrouvons aussi le terme schorre dans les textes. En Hainaut, on parle de seuwe, sèwe, saiwe ; dans le Borinage ou le Centre c’est conduit. Et rien ne vous empêche de voir dans cette galerie d'exhaure une source, si ce n’est qu’elle est alimentée par des anciens travaux de main d’homme. J’utilise pèle-mêle dans ce texte les différentes orthographes en fonction de la source où j’ai puisé mes données.

Un patrimoine minier unique

Jusque là on est dans l’histoire locale. Mais il y a aussi le patrimoine. D'abord, notre région  est la seule à avoir développé un tel système d’exhaure, avec ses veines de charbon qui affleuraient en flanc de coteaux. Il n'y a  qu’une seule areine visitable à Liège : celle de Richonfontaine, en dessous du musée de la vie wallonne. Son œil, en contrebas de la rue Mère-Dieu, n’est pas accessible.
areine de Richonfontaine MVW
Il y a une petite areine à la Chartreuse, mais pour la visiter il faut prendre contact avec l’areinier Benoit Mahaux. J’ai posté un blog à l’occasion d’une visite.
Et puis, il y a des visites virtuelles, à partir des reportages internet  réalisés par des gens qui les visitent équipées de matériel de plongée et/ou de respiration. Il faut un matériel de détection, à cause des teneurs parfois très élevées en CO2. Voici la technique de reconnaissance et de progression en milieu minier confiné comportant des gaz nocifs : CO2, CO, H2S, CH4.
C’est ainsi que l’on peut faire une visite virtuelle de l’Areine de Richonfontaine, de Gersonfontaine, de la Légia, de Barchon, En Ster (Glain), Sous Les Vignes (Seraing), Messire Louis d'Ouffet (rue des Anglais). 
Et, enfin, il y a des areines à redécouvrir. Un ami rencontré sur fb lors de nos recherches sur l’areine Nopis m’a transmis la localisation des bures de l'araine Hareng, entreprise à la même époque, en 1666, par les deux frères Henri, dits Naiveux, aussi connue sous l'appellation Xhorre des Dames.  Elle drainait la couche Grande veine des Dames. Le vieux bur (les deux orthographes existent : bur – bure) du Sawhay, précurseur de Bonne Foi-Homvent, situé au nord de la rue de la Limite, était drainé par cette araine (Milmort La mémoire vive, t.2, p. 115, H. Dewe).  Cette araine qui conduisait ses eaux jusque dans les graviers de Meuse sous Pontisse fut prolongée en aval vers 1918 par une galerie construite par Abhooz-Bonne Foi-Hareng (A.C., t.1, pp.123-124). Il faut que j’aille voir sur place, mais je ne crois pas que ces burs sont encore marqués.
Keskeseksa, un bure ? Notre grand historien local Collart-Sacré explique : « Lorsqu’une veine se présentait à flanc de coteau, on pratiquait une excavation horizontale (wallon : bôme ou baume) avec dégagement facile et commode, tant pour les eaux que pour les produits». L’étendue des veines ne permettaient pas de poursuivre loin leur exploitation et il fallait alors creuser un puits vertical : c’est le beûr, en fr. le bure. Morand en fournit une vue générale dans une gravure

La procédure de fin de concession d’Abhooz et la sécurisation des puits

Ensuite, voilà qu’une main invisible restaure, avec des bulldozers et bétonneuses et tout ce qu’il faut, le puits 2b du Riz sur Xhorre Noppis, près de la rue de l’Abbaye et le zoning des Hauts Sarts. C’est une pure coïncidence et ça n’a rien à voir avec la redécouverte de la galerie d’exhaure de Biquet-Gorée. Nous apprenons qu’à l’entrée d’Oupeye il y a aussi le 1ère et 2ième bure Nopis sur Grande Veine d’Oupeye. Ces bornes marquent sur des kilomètres le tracé de cette xhorre.
On se demande qui paye ces travaux quand même assez conséquents autour d’anciens puits abandonnés il y a plus d’un siècle et demi. On commencerait enfin à se tracasser pour notre sécurité? Parce que ces anciens puits ne sont pas un danger imaginaire. L’effondrement le plus spectaculaire s’est produit en 2012, rue Cockroux, à Oupeye. En 1974 le propriétaire avait construit une annexe au-dessus du puits d’aérage dit «Pieter», et il avait envoyé ses eaux usées et l’eau de pluie dans ce puits. Quarante ans plus tard l’habitation a dû être évacuée sur arrêté du bourgmestre, avec sécurisation d’urgence pour empêcher l’extension de l’effondrement et la ruine totale de l’habitation. Il a fallu remblayer en urgence le puits avec 200 m³ de béton.
Ce puits « Pieter»  appartenait à la houillère Biquet-Gorée qui avait arrêté l’exploitation en  1919. L’administration avait ordonné la mise en sécurité des 2 puits comme condition d’abandon, avec remblayage des 2 puits + voûtes + serrement de la galerie à l’accrochage. Apparemment, ce travail a été mal fait. La preuve presqu’un siècle plus tard !  Le propriétaire a eu de la chance : en 1920, la concession avait été déclarée ‘déchue’, mais, malgré cette déchéance, en l’absence de concessionnaire, les frais ont été pris en charge par les SPW  et imputés au budget dgo3. Cet effondrement a fait l’objet d’un colloque du SPW en avril 2014
Il y a pas loin du puits d’aérage effondré encore le puits d’extraction.
A la même époque il a fallu une noria de bétonnières pour remplir un puits effondré rue du Fort.
Et même la galerie d’exhaure n’est pas sans danger. En 1974 notre areine a inondé le Wérihet.
Personne ne s’était tracassé pour assurer un écoulement normal de cette areine qui draine pourtant des eaux d’une bonne dizaine de kilomètres carrés (au moins).
En 2018 encore ces anciens puits non localisés ont servi d’argument devant le conseil d’état contre une extension du zoning dans les champs traversés par cette areine. C’est moi qui l’avais suggéré au comité d’irréductibles. Le Conseil d’Etat a rejeté cet argument, en jugeant que la SPI peut très bien localiser ces puits lors de l’aménagement des voiries du futur zoning. Je serais curieux de savoir si la Société Provinciale d’Industrialisation est au courant de ces travaux de sécurisation, mais ce n’est pas eux qui ont payé.
Or, si ce n’est pas eux, c’est qui ? Cui prodest ? A qui profite le crime ? Et ici on est presque dans un roman de détective, si ce n’est que ce n’est pas un crime, mais une sécurisation qui aurait dû être fait depuis bien longtemps.
Nous apprenons que c’est une société dormante qui détient les droits sur la concession minière d’Abhooz qui est à la manœuvre. Et derrière cette société ‘boîtes aux lettres’ se cache un des plus vieux holdings belges, le très discret Bois Sauvage.
Les bornes ou dalles de puits sont protégées par un arrêté royal (AR du 10/12/1910, modifié par celui du 01/05/1929 et confirmé par un avis du 1/10/1935 du Conseil des mines). Cette dalle doit rester visible et accessible : « il y a en l’espère une servitude légale d’intérêt public à laquelle il ne peut se soustraire ».
Voilà ce qui m’a poussé à reprendre l’histoire de la houillerie à Oupeye et à Herstal-Milmort. Pour retrouver en 1600 la mention d'Abhooz à la base de la concession d'Abhooz!

Au milieu de la Montagne d’Oupeye, le Thier d’Abhoff pour aller à la houillerie des Bons Hommes

Le bois Péry en dessous du Thier d'Abhooz
photo Eduard Van Loo
Vers 1600 déjà il y avait des travaux miniers à Vivegnis, au Thier de Behol ou d’Abhooz, non loin du Tournay. Ce lieu est mentionné dans une lettre de 1760 du drossart Jean François Servadon contre la taxe de la barrière pour les habitants de Hermalle venant par le chemin « qui est au milieu de la Montagne d’Oupeye, nommé Thier Abhau ou Thier d’Abhoff pour aller à la houillerie des Bons Hommes ». Abhau-Abhoff : la société qui met en sécurité des puits parfois très anciens ne s’appelle pas pour rien Abhooz-Bonne Foi-Hareng.  Ses racines sont au Thier d’Abhooz. Thier de Behol = Abhooz, comment on passe de l’un à l’autre ?
Beho n’est que la romanisation du nom que les autochtones donnent à leur village : Bockeh, Boûkels, Bockholz, Buchholz, «bois de hêtres ». A côté de Beho, il y a le nom populaire, Abhaut d’après Warker, mais, plutôt, à phô, selon M. J. Haust. Ce nom de village se trouve à la frontière même des langues. 1135, Bocholt ; 1326, Buho ; 1333, Bucholch ; 1495, Bocholtz, Beho ; 1615, Abho ; 1627, Behou ; début du XVIIIe s., Behaut. La liste des anciennes graphies de Beho est de nature à rassurer ceux qui hésiteraient à croire à l’équivalence de Beho et de Bockholz. Elle consite en l’adoucissement du k en une simple aspiration. La prononciation wallonne Âbhaut ou à phô, attestée en 1615 Abho, où la préposition s’est accolée au nom même, indique une contraction plus marquée, puisqu’elle se caractérise par la disparition de l’e de la première syllabe. Cette prosthèse se constate à Abhooz sous Oupeye lez Liège, dont le nom se présente sous les formes suivantes : à Beho en 1378, Abeho ou Abehol en 1556, Behol en 1565, Behoulte en 1570, Abehou.

La grande Veine d’Oupeye

Les premiers travaux miniers ont probablement commencé au Tournay parce que la grande Veine d’Oupeye y était apparente dans les flancs de coteaux.
On retrouve cette Grande Veine dans tout le bassin liégeois. A Oupeye elle dépasse les 70 cm. Son épaisseur de diminue en allant vers l'Ouest : à hauteur d'Ans, elle n'a plus que 30 cm de charbon. Il y a en dessous aussi une Petite Veine d'Oupeye.
Ces mines étaient très artisanales. Il fallait l’accord des propriétaires du sol qui demandaient leur part ou qui refusaient le passage en-dessous de leurs propriétés. Ce qui explique le nombre de puits abandonnés et non rebouchés. Pour avoir une idée, voici un rapport d’un Saroléa, un nom de famille que nous retrouverons tout au long de notre récit.
entrée du parc de Gilles de Saroléa à Cheratte
« Le 8ième Mars 1757, la Cour et Justice d’Oupeye, Vivegnis et Petit Aaze, à la requieste du Sr. Saroléa notre officier, a fait une visite touchant les bures non remplis ouverts et point garantis. En lieu dit Vaux dans une prairie appartenante à Léonard Henrotay, avons trouvzez 3 bures ouverts sans être garantis. Puis sommes allez dans les vignes où avons trouvez un lurtaÿ (petit bure) ouvert et sans être garanti. De là marchissant assez proche du bois nommé aux Abrennes où avons trouvez un bure ouvert garantis quelques épines mortes. Et en lieu dit Abhooz avons trouvé un grand bure à moitié garanti par des pierres mises à la main. Et puis finallement sommes venus assez proche de la chaussée où avons trouvez un grand bure ouvert appartenant aux dames de Vivegnis, sans être garantie. Ce qui fut mis en garde. » (Oupeye. Rôles.1731-1769,.n° A. 6955 fol.299. A.E.L.) 
« Ces bures point garantis » constituaient un grand danger, comme nous l’apprend un autre historien local, M. Jacky Jobé :
Le 15/2/1657 Jean, fils de Lambert Collée, a été tué à la fosse de l’abbaye.
Le 24/11/1658 Marie Dessart périt en tombant dans la bure d’Abhooz.
Le 19/8/1671 Collée Buffo fut trouvé mort au fond de la fosse dans le vignoble.

En 1736 Mathieu Mathias se tua en tombant dans la fosse abandonnée des Trixhes

Le règlement de travail des comparchonniers

Creuser un puits dépassait souvent les possibilités d’une famille. On formait une sorte de coopérative. Parmi les comparchonniers, ou comparsonniers, on retrouvait de simples mineurs, mais aussi des marchands et nobles, les "arniers", ainsi que des financiers. Progressivement les mieux nantis ont pris le pas sur les autres catégories sociales intéressées à l'exploitation minière.
Pour donner une idée des conditions de travail, voici quelques extraits du règlement de Bon Espoir de 1764 (source Oupeye. Procès des Houillères, 1er carton 1686-1789, n° 39-43.  A.E.L.) :
 «Les maîtres de la fosse  de Bon Espoir pour prévenir à beaucoup d’inconvénients qui se sont commis et pourraient se commettre à la dite fosse; primo, ils défendent très sérieusement tous jurement et parol lassif et entretien déshonneste. Que les braieurs et autres ouvriers de dire ou faire dire, ni même par signe ou autrement de pouvoir faire venir pour eux et pour d’autres, ni même pour les maîtres aucun panier hors la bure, mais toute au contraire deveront les recevoir tels qu’ils sortiront et de n’avoir aucun égard pour qui que se soit. Que personne ne pourra ramasser ni permettre de reporter ce qui tombera des paniers ni à l’entour dans la hutte, ni sur la pair, mais tout au contraire devront être remis aux ceux des maîtres. Que ceux qui sont dans le bure travaillant à la veine seront obligés de défaire la veine au plus grand profit des maîtres c’est à dire de faire des traits le plus qu’il est possible au lieu que bien souvent il font des craques au détroiment des maîtres. Que personne ne pourra vendre du genièvre, brandevin autres liqueurs à la fosse et aux environs, ni même en présenter pour rien. Que si l’un ou l’autre venait à fomenter pour ne point travailler où que l’on voudrait donner la correction à quelqu’un ou autrement, ils seront irrémissiblement exclus de l’ouvrage. Qu’il est défendu de manquer une journée à leur devoir sinon pour incommodité»
On a prévu déjà des sanctions contre le brayeurs qui fomentent pour ne point travailler !

Les maîtres de fosse et les seigneurs d’Oupeye

Les maîtres de la fosse Gorée que nous retrouverons un bon siècle plus tard dans la concession Biquet-Gorée ne sont même pas cités nommément, comme dans ce document du  7 janvier 1700, « autorisation accordée par les maîtres de la fosse Gorré de travailler dans la bure enfoncée dans la terre de Lambert Laps "en Gorrée".
18 février 1724 un acte d'accense, devant la haute cour de justice d'Argenteau et Hermalle, concernant le trentième pannier pour la veine seigneuriale, sur et entre "Les Gorrées" à Hermalle. Ce 30ième panier pourrait être le cens d’areine, une sorte de taxe pour exhaurer une fosse.
D’autres grands noms comme Jean Curtius qui avait acheté la Seignerie d’Oupeye en 1603, était aussi actif dans la houillerie, mais je n’ai pas retrouvé des traces d’un engagement à Oupeye. Il y avait déjà plusieurs bures autour de son château.
Un siècle plus tard, en 1721, le château est dans les mains de Mathieu Joseph de Saroléa. Lui est bien actif dans la houille à Cheratte et à Vivegnis. Voir la ‘requieste’ de 1757 mentionnée plus haut du Sieur Saroléa en tant qu’officier de la Cour et Justice. Nous retrouverons en 1837 Hyacinthe de Saroléa comme concessionnaire de la houillère Biquet.
Si les familles Curtius et Saroléa étaient incontestablement des capitaines d’industrie, le château les intéresse pour le titre de noblesse qui y était attaché (Seigneur d’Oupeye). On peut penser la même chose des Royer et les Cartier qui occupent le château dès 1753, après les Saroléa (Cartier intente un procès à l’avocat Bustin, apparenté aux Noppis, comme nous verrons plus loin).
Et le baron Nicolas de Grailet qui releva les biens en 1785 ne se salissait pas les mains dans la houille non plus. On retrouve certes son nom dans les archives des maîtres-jurés mais c’est à cause d’un procès en 1781 au houilleur Hubert Bonhomme, au sujet de dégâts causés lors de l'exploitation d’une fosse. C’est le château qui les intéresse (le bâtiment en U a probablement été construit par notre baron de Grailet).

Les areines

Comme je viens d’expliquer les comparchonniers doivent avoir l’accord de tous les propriétaires des terrains traversés. Il y avait un autre problème : les veines déhouillées se remplissent d’eau. Beaucoup de ces petits puits se trouvaient vite noyés.
Petit à petit on commence à creuser des areines, des galeries pour évacuer l'eau afin de continuer l'exploitation de la houille.
Mr De Crassier publie en 1827 son 'Traité des Arènes, construites au Pays de Liége, pour l'écoulement et l'épuisement des eaux dans les ouvrages souterrains des exploitations de mines de houille.'
Pour M. De Crassier, au 12° siècle, « ‘ce dût être moins une extraction qu'un pillage des veines supérieures. On abandonnait un puits lorsque les travaux étaient parvenus au point où le mineur manquait d'air. Ces travaux exécutés sans art ont laissé après eux des vides souterrains que les eaux ont dû successivement remplir. Un siècle s'était à peine écoulé, que les eaux déjà se trouvaient suspendues sur la tête des malheureux mineurs, et rendaient les mines inaccessibles de toute part. Dès le treizième siècle, on reconnut l'urgence de se débarrasser des eaux qui inondaient les travaux souterrains. Une arène se construit de manière qu'à son embouchure les eaux qui en découlent, puissent se jeter dans la Meuse ou dans le ruisseau le plus proche » (note HH : La galerie Noppis par exemple débouchait au Wérihet, situé en juste au niveau de la Meuse. La crue de la Meuse en 1784 a noyé son œil).
« L'arène est poussée jusqu'à la mine qui se présente la première. Ce point de rencontre, s'appelle 'Steppement'. De l'oeil au 'Steppement', il fallait traverser les propriétés particulières, percer des rocs vifs et lutter contre les caprices, les tracasseries, la cupidité et la jalousie des hommes.
photo gm xhorre nopis
Arrivé au 'Steppement', l'arènier avait rempli sa tâche. Dès 1439 le tribunal des échevins de Liége déclare que 'ceux qui avaient enlevé arène et avant bouté l'avaient fait à leur très grands coûts et dépens'. Aussi vit-on figurer, parmi les arèniers primitifs, non seulement les Princes de Liége, les bourgmestres et les plus riches notables de la ville, mais encore les plus riches abbayes du pays.
 L'arène devait nécessairement offrir aux arèniers, c'est à dire à ceux qui l'avaient construite, une indemnité proportionnée à la dépense qu'elle avait occasionnée. Tous les exploitans quels qu'ils fussent, propriétaires du fond et des mines, ou terrageurs, ou permissionnaires, tous devaient payer à l'arènier une redevance proportionnelle à l'extraction et cette redevance s'appelait cens d'arène ».
Ce plaidoyer pour le cens d’areine a été écrit en 1827, à un moment où cette taxe est remise en question parce qu’on commence à exhaurer avec l’aide de pompes à vapeur. C’était, en fonction des richesses des veines, entre un vingtième et quarantième panier. 
Ces ‘arèniers primitifs’ étaient en fait les notables (Princes-Evêques, bourgmestres, abbayes). Ils s’arrangent pour instaurer un véritable monopole, même si pour M. De Crassier, c’est « afin que les arèniers ne pussent mutuellement se porter préjudice ».
Chaque arène avait son district circonscrit, soit par les 'failles'  soit par les serres que les areiniers mettaient en réserve : des massifs de houille auxquels il était sévèrement interdit de toucher, à l'extrême limite de leur arène, ou bien, 'à la dernière pièce de leur acquet'’.

1582 : l’édit de conquête. Un nouvel essor de l’exploitation charbonnière

Il va de soi que ‘tous les exploitans quels qu'ils fussent ‘ essayent de ne pas payer ce cens. Et que souvent ils préféraient abandonner leurs travaux et les ‘ennoyer’ plutôt que d’envoyer leurs eaux dans une arène. En 1582 le prince-évêque Ernest de Bavière essaye de remédier à ça avec son édit de
conquête : celui qui arrive à exhaurer ces mines noyées peut les exploiter. Cet édit est à la base d’un nouvel essor de l’exploitation charbonnière dans notre région.
C’est ainsi que le 29 avril 1634, Jean Noppis obtint un jugement de conquête et d’adjudication par la Cour des Voir Jurés. Je n’ai pas de détails sur Noppis, mais d’autant plus sur Curtius, à l’autre bout de la ville.
Curtius aussi a acquis à cette époque l'areine Gersonfontaine. Il rectifie cette areine, en plaçant l'oeil au niveau du bras du fleuve, à la Sauvenière. Il fit comparaître tous les maîtres de fosses des hauteurs de Saint-Gilles, Saint-Laurent et Saint-Nicolas, dont les travaux étaient submergés, pour les mettre en demeure de faire eux-mêmes l'areine, sinon il réclamerait la conquête des mines noyées, par le moyen d'une plus basse areine. Les maîtres de ces charbonnages n'étaient pas en état financièrement de réaliser le projet, et Curtius s'adressa au prince Ernest de Bavière, qui s’adresse le 10 avril 1608 à son « cher féal Curtius, Seigneur d'Oupeye,
Etant venu à Notre connoissance que sous Saint-Laurent, Saint-Gilles, Sainte-Marguerite, et autres lieux aux environs de Notre cité de Liége, seroient infinité d'ouvrages de houille et charbon noyés et perdu à cause des eaux et bagnes qui ont fort gagné les susdites houilles à très grands dommages et intérêts de Nos bourgeois de la cité et générale discommodité du pays et sujets d'icelui.
Pour à quoi obvier, récupérer et reconquester les dits ouvrages par le moyen de xhorre, areine et abattements d'eau plus bas : ne sachant homme plus expert et capable que vous, et ayant à la main de quoi fournir aux dépenses nécessaires, vous nous avez bien voulu requérir et exhorter de vous y vouloir employer et, pour le bien commun, entreprendre oeuvre si digne.
A quel effet, tâcherons aussi par tous moyens que nos statuts et ordonnances publiées en l'an 1582, sur le fait des houilles, sortent leurs pleins et entiers effets, prenons vos serviteurs et ouvriers en Notre singulière sauvegarde et protection.
Ernest. »
Curtius obtint ainsi « l'enseignement - on dirait aujourd'hui l'autorisation - d'avant bouter l'areine en la pourchassant plus bas que l'ancien canal. Les voirs-jurés énumérèrent successivement les anciennes fosses creusées sur cette areine, et dont les ouvrages noyés devaient échoir à Curtius ».
Comme j’ai déjà dit, je n’ai pas trouvé des traces d’une activité houillère de Curtius à Oupeye où il avait pourtant acheté le titre de ‘Seigneur d’Oupeye.

Le dix-huitième panier au Sieur Noppis

la borne Biquet-Gorée près du château
photo Eduard Van Loo
Mais revenons à l’areine Nopis. Si nous n’avons pas trouvé des documents du tout début, en 1634, nous retrouvons la trace le 11 mai 1679 avec la vente par Servais Noppis de « la xhorre et areine qu’il a et lui appartient, appelée la schorre du Sr Noppis, existante en Wérixhas, juridiction d’Oupeye, à Guillaume Lhoist et consorts et ce parmi rendant au dit Noppis le dix huitième pannier qu’ils trouveront de houille, franc libre de touttes charges et de continuer leur travaihle et enfoncer les bures ».
Le 4 décembre 1715, le Sieur Bustin, avocat apparenté aux Noppis, est rendu maître de la Schorre. Bustin est à la base d’un conflit avec le Seigneur, ou plutôt la Dame d’Oupeye Béatrix de Cartier. En 1722, il fonce une bure derrière une prairie proche du château. Béatrix invoque le danger de tarissement des sources qui alimentent son étang (un siècle plus tard De Graillet qui a échangé son titre de Seigneur contre celui de maire révolutionnaire d’Oupeye évoquera aussi ces sources).  Bustin gagne son procès devant les échevins de Liège.
 En 1754, on retrouve comme maîtres de la schorre la famille Bertandy qui possède plusieurs mines dans le coin. En 1762 une série de comparchonniers fondent une société « Bon Espoir » qu’il ne faut pas comparer avec les sociétés anonymes qui s’imposeront fin du 19ième. Bon Espoir est une alliance assez lâche entre familles, très souvent autour d’un projet ponctuel comme le creusement d’un puits.
En 1775, Jean Lambert Bertrandy s’associe avec la famille Bonhomme qui fait aussi dans le charbon. Dans la suite, le titre d’areinier passe dans les mains des sieurs Hardy et de l’avocat Colson.  

Napoléon : le sous-sol appartient à la nation

Nous voilà arrivé à la fin du 18ième siècle où deux éléments bouleversent tout. En Angleterre Newcomen met au point une machine à vapeur utilisable pour l’exhaure en 1712. Et en France Napoléon  décrète que le sous-sol appartient à la nation. L’Etat donnera des concessions à celui qui peut prouver qu’il a les moyens de l’exploiter. L’édit de 1582 ménageait la chèvre (les areiniers : chanoines et capitalistes en herbe comme Curtius ou Saroléa) et le chou (les comparchonniers qui grattaient la houille). A côté des hommes et femmes en noir il y avait une armée d’hommes en robe noir qui gagnaient leur vie en disputant le cens d’areine devant les tribunaux. Napoléon ne doit plus tenir compte de ces classes oisives (clergé et noblions) et balaie tout ce fatras. Enfin, pas tout. Pas le droit d’areine. Nous allons voir ça à partir d’un premier conflit, en 1792, entre ‘Bon Espoir’ et  une nouvelle association, les « Bons Amis »,  sur le droit d’areine.

En 1792 Bon Espoir contre les Bons Amis sur le droit d’areine.

Comme j’ai expliqué, chaque arène avait son district. Tous les exploitants de ce district devaient payer à l'areinier une redevance. Ca remonte à la cour du charbonnage du 30 juin 1607 qui définit ce qui forme la propriété de l'arène : « les vuids ouvrés et vacuité avec tous les ouvrages faits par le moyen et bénéfice d'aucune arène, sont tenus pour limites, pourchasses et rotices d'icelle arène; sans laquelle arène, tels vuids et vacuités n'auraient pas été faits. Il suit delà que tous les vides et excavations, que tous les ouvrages souterreins, exécutés par et pour l'extraction de la couche de houille où gît la mer d'eau, sont devenus, par droit d'accession, la propriété de l'arènier; que c'est à l'arène que se rapportent tous les ouvrages qui, sans elle, n'eussent pu être entrepris. Ce n'est pas seulement en poursuivant les travaux qui ont commencé au Steppement que le domaine de l'arène s'accroit par droit d'accession, mais bien aussi lorsque des travaux commencés à une distance plus ou moins grande sont mis en communication avec elle par des 'xhorres' ou galeries ou même par de simples percemens ».
C’est sur cette base qu’en 1792, Bon Espoir conteste à la coopérative toute fraîche des « Bons Amis» le droit de creuser une galerie d’écoulement en l’endroit dit « La Vaux », autrement dit au Tournay. Ils se disputent pendant 5 ans devant les tribunaux avant de créer  une «Société de Bon Espoir et Bons Amis réunis » - aujourd’hui on parlerait d’une joint-venture - en reconnaissance de ‘l’avantage immense de la schorre Noppis sur celle en construction’.  Donc, les tribunaux reconnaissent le droit d’areine pour les travaux desservis par la xhorre. Pour les autres les deux sociétés gardent leur indépendance jusqu’en 1880, année de la fusion d’Abhooz, Bon-Espoir et Bons-Amis, Bon-Espoir et Chertal dans la  S.A. des Charbonnages  d’Abhooz.

1804 : Bon Espoir et Bons Amis se découvrent un concurrent

Bon Espoir et Bons Amis gardent leur autonomie. La ligne de séparation est le chemin du Tournai, qui séparait à l’époque Oupeye et Vivegnis. Mais  la demande de concession de 173 hectares qu’ils formulèrent le 4 Prairial an 13 (mai 1804) est faite au nom des deux réunis.
A leur grande surprise ils découvrent un concurrent en la personne de leur tout frais maire révolutionnaire François Charles de Graillet, fils de Nicolas Mathieu de Graillet, mort en 1796,  ancien ‘seigneur d’Oupeye et de Vivegnis’.
 Avec la révolution Nicolas avait perdu  son titre de noblesse. Mais le fils Graillet a vite compris que la houille rapportait plus qu’un titre de noblesse.  Devenu maire républicain d’Oupeye, il se mit en 1806 à creuser un petit bure dans une prairie dite «Cortil Biquet», en absence de demande en concession et de toute autre formalité. Ca deviendra plus tard la houillère Biquet-Gorée. Cette
plan incliné Biquet-Gorée

là où se trouve aujourd'hui le CPAS
absence de demande de concession avait quand même encore un relent ‘Ancien Régime’.
Bon Espoir réagit en creusant un bure à côté du nouveau concurrent, mais celui-ci de son autorité de maire lui fit signifier l’ordre de désistement :
 Arrêté du 1er Octobre 1806. Le Maire somme Nicolas Remi, maître ouvrier de la société de Bon Espoir et les sieurs Tollet, Guillaume, Bonhomme et leurs associés d’abandonner le bure qu’ils ont fait près de la prairie dite Biquet (S.) Fr. de Graillet mairie. Cachet : République Française  Mairie d’Oupeye   1er arrondissement du département de l’Ourthe

De Graillet demande une concession pour Sondeville

Comme je viens de dire, notre maire révolutionnaire n’a pas pour autant perdu  ses réflexes de grand Seigneur. Il reprend les arguments développés en 1715 par la Dame d’Oupeye Béatrix de Cartier, qui avait invoqué le danger de tarissement des sources qui alimentent son étang.
Mr. Lenoir, ingénieur en chef des mines, cherche un compromis en proposant à Bon Espoir et Bons Amis de retirer les 10 hectares du Cortil Biquet de leur demande de concession.
De Graillet se montre intransigeant et demande de son côté, le 2 janvier 1808, une concession pour la partie basse du village dite « Sondeville » où Bon Espoir avait jadis ouvert plusieurs travaux et embouté sa « schorre » dite « Noppis ». Il propose à Bon Espoir et Bons Amis réunis ‘généreusement’, en sa qualité de haut propriétaire foncier, un terrain contigu d’environ 25 hectares.
borne Lenoir à l'entrée du cimetière
La transaction fut établie officiellement le 25 Mars 1809. Nous avons même un témoin de cette conciliation : sur l’allée menant au cimetière, en surplomb de la grande route séparant les concessions se trouve une borne : "Lenoir, ingénieur en chef des mines". 
Mais Monsieur de Graillet se montre non seulement mauvais houilleur (ses essais de déhouillement n’obtinrent le succès qu’il avait espéré), il se montre aussi mauvais perdant : le 17 janvier 1817 il demande en concession ce même terrain d’environ 10 hectares qu’il avait lui-même fait distraire de la demande de Bon  Espoir faite en 1803.
Devant cette intransigeance, Bon Espoir essaye de se faire payer le cens d’areine. Sous les Voir-Jurés de l’Ancien Régime ils auraient probablement gagné haut la main. Ils avaient des arguments solides :la galerie Nopis qui se dirigeait du Wérihet vers le Nord-Ouest se bifurquat ensuite; une branche se portait vers l’établissement de Bon Espoir mais l’autre partait vers le fond de Sondeville en se prolongeant vers des vieux bures. Cette branche de schorre n’était éloignée que de deux cents mètres du bure entamé dans la prairie Biquet.
Mais De Graillet prétendait qu’il ne se servirait en aucune façon de la galerie. En réalité, sa société Bicquet y versa ses eaux à tel point que «Bon Espoir et Bons Amis réunis » dut creuser un aqueduc en 1827, car le volume d’eau débouchant en Wérihet allait toujours croissant. Cet aqueduc fut conduit à travers la campagne et la commune de Hermalle-sous-Argenteau jusqu’au lit de la Meuse. Il fut revêtu sur toute sa longueur d’une voûte en maçonnerie et coûta à la dite société une somme considérable, sans que Bicquet y intervint pour rien (cet aqueduc fut interrompu lors de la construction du canal Liège– Maestricht vers 1850. Le plan Popp ne répertorie aucun siphon à cet endroit. Des vestiges de cet ouvrage furent  découverts de l’autre côté du canal Albert, à la gravière Brock, vers 1990).

Le cens d’areine et les pompes à vapeur

Bon Espoir conteste donc cette concession sur base de son droit d’araine. Or, ce cens avait-il encore du sens avec les pompes à vapeur qui permettaient d’évacuer les eaux sans les areines? En 1795 par exemple huit maîtres de fosses les plus importantes de Liège-Herstal et d'Ans-Montegnée suspendent le paiement des cens d'areine en contestant l'utilité de ces galeries d'écoulement (la persistance de l'ancien regime : le droit liegeois et la loi imperiale de 1810 sur les mines par N. CAULIER-MATHY Chef de travaux à l'Université de Liège).
Mais la loi impériale de 1810 ne dit rien sur les araines. Et même si les galeries d'écoulement appartenaient souvent aux congrégations religieuses et certains nobles émigrés, le nouveau pouvoir s’était limité à placer les biens des areiniers sous séquestre. Maintenir ce cens ne présentait pas de difficulté majeure, car les exploitants avaient maintenu sur place des tas de houille, la part revenant aux familles émigrées et au cens d'areine ou de terrage. En 1794, le "bureau des Mines et Minières de l'arrondissement de Liège" peut ainsi se faire livrer 405 charrées de houille.
Le principe même du versement d'une redevance à l'arenier et au terrageur n'est donc pas contesté. Et lorsque fin 1797 les exploitants cessent encore une fois de verser ce cens d'areine, l'administrateur du département de l'Ourthe demande un état détaillé de ces arriérés, en spécifiant « des areniers », depuis l'arrivée des troupes de la République.
Ceci dit, la nouvelle Belgique de 1830 n’a pas aboli le cens d’areine et les charbonnages ont  continué à payer ce cens jusqu’à leur fermeture.
Mais les démêlés entre « Bon Espoir et Bons Amis réunis » et leur borgmestre François Charles Louis Joseph de Graillet se sont arrêté pour une autre raison. François est tombé amoureux d’une jeune hollandaise Christina Rietfort (1799-1882) qui avait 26 ans en moins que lui. L’année avant la mort de son épouse Claudine de Boniver (1769-1824) il avait déjà eu un premier enfant avec elle (Anna-Maria de Graillet est né à Haarlem en 1823 ; sa deuxième fille Catharina de Graillet y est née en 1827). Il s’est marié avec elle seulement en  1844. Après la chute de Napoléon il était devenu lieutenant-colonel dans l’armée du Royaume Uni des Pays Bas et après l’indépendance belge de 1830 il a poursuivi sa carrière militaire là-bas.

Le charbonnage de Biquet.

Exit donc François de Graillet dont le père avait creusé en 1806 un bure dans le «Cortil Biquet». Mais son départ pour la Hollande ne ne signifie pas l’abandon de la demande de concession. Ils étaient sans doute plusieurs a appuyer cette demande. Dans un mémorial administratif de la province de Liège de 1816 et dans  un autre document de 1837 nous retrouvons Hyacinthe de Saroléa comme propriétaire et concessionnaire de la houillère Biquet.
Les Saroléa sont à Oupeye depuis 1710, lorsque Jean-Baptiste Curtius donne l’usufruit du château à Mathieu Joseph de Saroléa. On retrouve la famille plus tard dans les grandes familles industrielles de Liège, avec notamment les motos du même nom.
Leur ancêtre Gilles de Sarolea avait racheté en 1643 la Seigneurie de Cheratte au roi d’ Espagne avec les ducats gagné dans le charbon. La majestueuse entrée du château de Cheratte (en piteux état) est toujours surmontée de son monogramme.
Cette concession Biquet fusionnera plus tard avec Gorée dont nous retrouvons comme propriétaires (ou sociétaires) Grégoire Wariment, de Herstal ; Lambert Paquo, de Liège et la Vve Demezt, à Liège (on retrouve dans le même document comme proprio de la première extension de Bon-Espoir et Bons-Amis à Hermée M. Daniel Colson, et d’une 2ième extension de Bon-Espoir et Bons-Amis, à Oupeye, Vve Daniel Colson, à Liège. Le proprio de Homvent ou Bonnefin à Herstal est un certain Tollet d’Oupeye et une Vve Albert Colson, de Liège).
Dans un document de la Chambre des représentants de 1837 sur les mines on retrouve dans la liste des bureaux particuliers qui dépendent du bureau central de Herstal, un bureau à Oupeye « entre les deux houillères dites Biquée et Gorée ».
(Il y a aussi un bureau à Vivegnis, pour Bon Espoir et Bons Amis, un à Ste Walburge, pour la houillère Bonne-Fin, un à Biernalmont (sic), pour la Grande-Bacnure, un à Coronmeuse, pour la Bienvenue et un à Hoyoux, pour les houillères dites Huffenal et Bacnure).

La concession Biquet Gorée 

Il existe encore quelques vestiges de cette société minière: le n°27 de Rue Cockeroux est un bâtiment de la mine transformé en habitation. Au n° 25 dont nous avons déjà mentionné l’effondrement d’une annexe construite sur un puits comblé, il y a dans la pelouse jouxtant cette habitation deux bornes dont la première a probablement été déplacée (en 2003 les propriétaires n’avaient pas autorisé M. Péry à  les photographier):
 MINE DE HOUILLE DE BICQUET-GOREE SIEGE PIETER PUITS D’AIR PROFONDEUR 99 METRES ABANDONNE EN 1917 
Et
MINE DE HOUILLE DE BICQUET-GOREE SIEGE PIETER PUITS D’EXTRACTION PROFONDEUR 208 METRES ABANDONNE EN 1917
Le dernier directeur-gérant de ce charbonnage, Michel Hallet, fut aussi bourgmestre d’Oupeye de 1891 à 1911.
Ensuite il y a les bornes gravées les lettres B.G. limitant la concession.  Il y en a notamment une partiellement enterrée en bordure de l’esplanade du chäteau, au sommet de la rue Sondeville, une autre à Hermalle-sous-Argenteau, au sud-ouest du point des Quatre Chemins, et une autre à l’angle de la rue Reine Astrid et rue du Tiège.

La Grande-Veine d’Oupeye, la veine Belle-et-Bonne la Boutenante la Boulotte

Dans sa Stratigraphie du bassin houiller de Liège, X. Stainier, de la société belge de géologie, de paléontologie et d’hydrologie nous décrit les veines exploitées à Biquet-Gorée. Cela nous permet, indirectement, d’avoir une idée des conditions de travail. Et nous comprenons aussi pourquoi cette houillère a fermé assez tôt (1917).
- Une veinette insignifiante de 0m10, 35 mètres en-dessous de la Grande-Veine d’Oupeye, qui se retrouve une dernière fois au charbonnage de Biquet-Gorée, sous forme d’une veinette mince de 35 mètres en-dessous de la veine Belle-et-Bonne (p.62).
- la veine appelée Belle-et-Bonne est tantôt d’un seul lit de 0m70 à 0m80, tantôt il y a dans le mur une petite veinette de 0m10 (p.63 ; à Abhooz, la veine très régulière, avec une puissance constante de 0m50, est activement exploitée sous le nom de Grande-Veine d’Oupeye. Au charbonnage de Bois-d’Avroy, la même veine est connue sous le nom de Désirée. Elle a 70 cm de charbon à un seul lit avec 0m02 de faux toit).
- la Veine Petite-Pucelle est connue sous le nom de Boutenante ; elle a un seul lit de charbon de 30 cm. 30 centimètres: c’est à se demander s’ils n’envoyaient pas des enfants là dedans. Selon M. Stainier, ce qui est remarquable pour cette veine, c’est la constance du caractère de son toit. A Bon-Espoir, Abhooz et Biquet-Gorée le toit de cette veine est d’un schiste noirâtre, feuilleté, doux au toucher.
A Biquet-Gorée on exploitait aussi la Macy-Veine connue sous le nom de Boulotte, avec une puissance cependant très faible de 0m25 à 0m30 (p.65).
Notre géologue est évidemment aussi intéressé par les fossiles. C’est ainsi qu’il signale à Biquet-Gorée « un fossilifère très remarquable, au toit d’une veinette souvent sans charbon, à la bacnure nord de l’étage de 130 mètres, 1.100 mètres à l’Ouest du puits Pieter. Le toit de la Grande-Veine d’Oupeye est très riche en végétaux, avec des fougères Sphenopteris hoeninghausi, Alethopteris decurrens, Mariopteris acuta, Diplotmema sp., etc. Et le toit de la veine Boutenante se montre d’une richesse prodigieuse en Anthracomya Williamsoni notamment ».
Comme on le voit, le bassin houiller d’Oupeye  collectionnait les difficultés : outre les abondantes venues d'eau, les mineurs n'avaient pour ressources que des veines d'une faible ouverture. Par chance, il s'agissait essentiellement d'un charbon maigre à faible teneur en matières volatiles et en cendres (7 à 8 %), recherché sur le marché et pas trop grisouteux.

Gobert sur les anciens travaux de la Xhorre Nopis

Voilà l’historique de Biquet-Gorée et son dispute avec Bon Espoir sur l’areine Nopis. Je vous invite maintenant à suivre Bon Espoir et Bons Amis à partir de leur  demande de concession du 4 Prairial an 13 (mai 1804). Nous avons une bonne idée de ces travaux grâce à un manuscrit de Gobert  «sur les anciens travaux de la Xhorre Nopis débouchant dans le Wérihas qui est faite dans les couches Grande Veine d’Oupeye et Petite Veine d’Oupeye », découvert par notre areinier Georges au Cladic. 
la sortie de la galerie d'exhaure rue Wérihet
photo Xhorre Noppis
Ce manuscrit a probablement servi à rédiger son magistral ‘Eaux et fontaines publiques à Liége depuis la naissance de la ville jusqu'à nos jours, avec dissertations etrenseignements sur l'exploitation et la jurisprudence minières en laprincipauté liégeoise, sur les anciennes houillères de Liége et des environs’, publié en 1910. Théodore Gobert est surtout connu pour son livre "Liège à travers les âges : les rues de Liège".
Nous savons déjà que cette xhorre a deux branches. Selon Gobert une des deux qui passe en dessous de Biquet.
« En 1634 il est reconnu par les Etats que la Xhorre Noppis appartient à la société de Bon Espoir et Bons amis. Cette xhorre est donc antérieure à 1634 et à un point donné bifurque pour constituer la xhorre de Gde Veine d’Oupeye, d’une part, et l’autre branche se dirigeant vers le NE sous la concession de Biquet ».
Selon M. Péry la xhorre passe à côté de Biquet, mais nous n’allons pas nous attarder sur ce détail, d’autant plus qu’à cet endroit les couches de charbon se sont repliées sur eux-mêmes.
Selon Gobert la xhorre n’aurait eu que 700 mètres de longueur et était déjà inaccessible  mais l’eau y passe librement. Qu’elle soit inaccessible ne veut pas dire qu’elle est obstruée. Au contraire: selon M. Péry on a construit à la même époque, en 1827, un aqueduc avec une voûte en maçonnerie, à partir de son œil au Wérihet, à travers Hermalle-sous-Argenteau, jusqu’à la Meuse. On a encore découvert des vestiges de cet aqueduc à la gravière Brock vers 1990. Aujourd’hui c’est un peu difficile de s’imaginer le trajet, avec le canal Albert qui se situe cinq mètres au-dessus du lit de la Meuse. A mon avis, on doit aujourd’hui encore pouvoir retrouver des vestiges.
Dans l’autre sens, en amont, l’areine proprement dite allait jusqu’au steppement: la première couche de charbon. Les  700 mètres de Gobert correspondent probablement à la distance entre l’œil, rue Wérihet, et le premier puits N° 1 (Siège Xhorre Noppis, dans le rue Tollet). On la pousse au fur et à mesure de l’avancement des travaux souterrains. Le manuscrit de Gobert décrit l’avancement de cette areine, de 1803 jusqu’en 1848.
 En 1803 il existe sur cette xhorre un puits à chevaux de 82 aunes (une aune fait un peu moins qu’un mètre).  Un autre puits est en fonçage plus au Nord. La xhorre est inaccessible mais l’eau y passe librement. Elle a 6 à 700 mètres de longueur.
En 1805 la société fait une demande d’extension. En 1810 le bure Wilmet est en exploitation ainsi que le Bure Bonhomme (Bon Espoir et Bons amis n°4). En 1811 l’exploitation se fait par ce dernier qui a 48,5 mètres de profondeur, l’aérage se fait pas un vieux puits situé à 75 mètres et ayant 42,36 mètres de profondeur. Cette même année il y a sur la xhorre en exploitation un puits de 70m59 de profondeur.
En 1812 l’autorisation est donnée à la Sté de Biquet d’exploiter la couche inférieure Pte Veine d’Oupeye et de la mettre en communication avec la branche de la xhorre Noppis ».
Je crois que sur ce point M. Gobert se trompe. M. Péry raconte une autre version plus cohérente avec l’hypothèse d’un conflit permanent. Biquet déversait ses eaux dans l’areine Nopis mais ne l’a jamais reconnu et encore moins payé le cens d’areine. Dans ce sens-là Biquet communique donc avec l’areine Nopis, mais sans autorisation. Il n’est d’ailleurs pas exclu que les eaux de Nopis sortent aujourd’hui par la galerie d’exhaure de Biquet-Gorée, si la partie de l’areine inaccessible déjà en 1803 serait entre-temps obstruée complètement Pour cela il faudrait mesurer et comparer les deux débits.
En 1818 la Sté de Bon Espoir demande l’autorisation de fonçage d’un nouveau puits dans la propriété de la Veuve Grailet au Sart (6ième bure). En 1819 la Sté abandonne le puits principal càd le 5ième bure ou le Riz. Les travaux continuent par la 6e.
En 1820 la Sté demande pouvoir d’ouvrir un puits dans une terre de Mme Vve Grailet sur la Gde Veine d’Oupeye (n°7 62m30,  aéré par le n°5) et le n°8 dans une terre de Duchesne sur la Petite Veine. Cette 8° bure au Bourriquet sur Pte Veine, 62 mètres de profondeur,  est en exploitation en 1822, il est aéré par le n°5.
 En 1821 elle demande de foncer le bure n°10 (59m) sur Pte Veine. Le puits n°7 est aéré par le n°6 un peu au N de la xhorre.
parcours xhorre rue tollet rue huit mai etc;
Bon Espoir part donc vers 1803 d’un premier bur dont l'écoulement de l'eau était assuré par l’araine Nopis.  Ensuite on creusait et exploitait un second bur jusqu'à un niveau situé en amont du premier, l'eau de ce second bur s'écoulait soit dans les travaux abandonnés du premier soit par le prolongement de l'araine du premier au second.  Les bures épuisés servaient d’aérage aux suivants. Tous ces puits ont entre 60 et 70 mètres. En-dessous du niveau de la Meuse il n’y a plus moyen d’exhaurer par gravité. On procédait ensuite ainsi de même pour les burs suivants…

Devant une haie de sapin, sur le trottoir rue Tollet, le puits n° 1

A partir de ce manuscrit l’on peut suivre le progrès des travaux souterrains en surface, à partir des bornes dont certaines toutes neuves, installées en 2019 dans le cadre de la sécurisation des vieux puits d’ABFH  (Abhooz Bonne-Foi Hareng).
Le N°191042 Siège Xhorre Noppis Puits N°1 par exemple est situé sur le trottoir rue Tollet, devant une haie de sapin (Profondeur : 66m  Comblé en 1967 Coordonnées GPS  50°42'13.25"N 5°39'1.79"E ).
Un peu plus loin, au bout de rue du Huit Mai, sous une haie, la 2ieme bure Nopis sur Grande Veine d’Oupeye  (ABFH N°191045 Xhorre Noppis Puits N°2 Profondeur : 64m Comblé en 1985.  50°42'11.00"N 5°38'54.47"E ).
puits sécurisé rue Destrée photo E. Slegers
Le puits 10 dont Bon Espoir et Bons Amis a demandé le fonçage en 1821 est localisé Rue Destrée, en plein milieu de la route. On vient d’ouvrir la route pour le sécuriser (50°42'20.53"N 5°38'35.62"E ).
Près de l’arbre Saint Roch, « en 1824, on fonce à Dollinchamps dans la propriété de Mr le Dr Collin, deux puits l’un pour l’extraction et l’autre pour l’aérage, c’est le puits Saint Roch n°11. A 67m le puits est au niveau du canal du 10ième bure ».
Le puits St Roch N°11 se trouve très dans la rue du même nom, dans l’allée d’une maison (au 50°42'14.09"N  5°38'13.94"E  ). Ce ‘canal’ est la galerie d’exhaure Nopis. « Pendant cette même année les travaux continuent au puits 7 et 8. Il semble qu’ils sont abandonnés au n° 10. En 1836 l’extraction reprend au puits n°6 et continue au 7° et 11° bure dans la Gde Veine d’Oupeye. Il semble que les travaux du n°8 ont été abandonnés.
Le 30 septembre 1836 on se propose d’enfoncer un nouveau puits à 775 W du 7e bure puis on continuera la xhorre jusqu’à la faille Gilles et Pirotte. On traversera ce dérangement et au-delà on fera un nouveau puits. On demande donc l’autorisation de foncer un nouveau puits plus à l’W dans un terrain de G. Radoux à Herstal (Sart). C’est le n°9 ».
Je reprends ici un détail de cette faille, juste pour en démontrer la complexité de notre sous-sol. Dans ce cas-ci il faut aller rechercher la veine entre 70 et 85 mètres plus bas.
« En 1827 on continue le fonçage de ce puits. Les travaux continuent aux puits n°7 et 11 de la Gde Veine d’Oupeye (56m) et sont probablement arrêtés au n°6.
Le puits suivant se trouve dans le champ à mi distance entre l’arbre St Roch et la rue de l’Abbaye. Le puits 2b du Riz sur Xhorre Noppis se trouve dans le champ à gauche du ‘Chemin de Basse Voie’ qui descend vers la rue Célestion Demblon.
Vous avez peut-être posé des questions sur ce puits du Riz. Des rizières sur les Sarts ? Tout tient à une lettre. Sur un plan cadastral je retrouve les mentions  ‘Dans les Ris’ et ‘Dessus les Ris’. Rys, Ris, rida, ry : c’est la toponymie d’un ruisseau qui coulait le long de ce chemin qui débouche à ‘Basse Vâ’. Oui, mais il n’y a pas de ruisseau dans ce vallon ? Même pour ça j’ai une explication : c’est une xhavée ou  vallon sec.
Ces derniers puits sur les Sarts ont été invoqués par les Irréductibles devant le Conseil d’État, contre l’extension des Hauts Sarts dans nos campagnes. Ils demandaient à ce que soient localisés préalablement ces puits. Le Conseil d’état a jugé que l’on pourrait toujours les localiser plus tard. Mais, devant cette inconnue,  la SPI+ a jugé prudent de geler la moitié des 66 hectares.
le puits 4 xhorre Nopis dans les terrains prévus
pour une extension du zoning
Comme je viens de vous expliquer, ces puits sont entre-temps localisés, sans concertation aucune avec la SPI, dans le cadre de la procédure de fin de concession d’ABFH.
Ceci dit, la SPI n’est pas complètement sorti de l’auberge pour autant. Elle prévoit d’évacuer les eaux de pluie de cette extension de zoning dans des grands étangs, via 3,5 kilomètres de noues d’où il percolera dans le sous-sol. Ces noues ne laisseront-elles pas percoler ces eaux dans la xhorre ?
Les  lecteurs (très) attentifs auront peut-être remarqués que les numéros ne correspondent pas à la numérotation de Gobert. Si j’ai repris quelques extraits de son manuscrit, ce n’est pas pour les localiser, mais pour se rendre compte comment cette areine progresse. On ne creuse pas la galerie dans la roche sur toute sa longueur. Là où l’on peut on passe par la veine de charbon.
J’ai encore l’emplacement de deux puits dans ce qui est devenu le zoning des Hauts Sarts. Ensuite, à partir de 1928, on est de l’autre côté de l’autoroute, en Rhées.
En 1828 on a atteint la couche de charbon puits n°9 Radoux et la xhorre est poussée de 187 aunes  vers le NW dans la Gde Veine D’Oupeye. En 1829 la xhorre est à 370 aunes du puits n°9 ; le 7° bure sert d’aérage; on envisage de faire un nouveau puits d’extraction avec traineaux au fond par chevaux. Le puits n°9 servira alors de puits d’air ».

Le puits d’Abhooz près du chemin des Naiveux, avec sa machine d’exhaure.

La mine d'Abhooz aux Naiveux (Basse Campagne - Brico)
En 1836 commence une nouvelle étape pour Abhooz. Un nouveau puits est foncé aux Naiveux. Les naiveux sont les bateliers, dont certains ont même trouvé un havre de paix chez nous. Au point où ils ont aménagé un bout de jardin sur le rivage du canal! La borne de ce puits se trouve aujourd’hui dans le petit massif verdurisé à l’entrée du Brico
Dix ans plus tard, ce puits aura sa machine d’exhaure, qui permettait d’exploiter des veines beaucoup plus basses. Ce puits fait 400 mètres. Tout ce qu’on a vu jusqu’ici n’en fait que 70.
Le charbonnage n’avait pas le choix : la grande et petite veine d’Oupeye étaient entièrement exploitées depuis les affleurements jusqu’à la xhorre et même en-dessous. Il reste juste une bure avec un peu de charbon. Et on exploite même des massifs laissés par les anciens (en fait, des bandes de charbon laissées en place pour éviter les affaissements).
Mais laissons une dernière fois la parole à Gobert qui n’a plus de documents de 1836 à 1844 et doit se baser sur des plans.
En 1836 la société demande l’autorisation de foncer un puits près du chemin des Naiveux, c’est le puits d’Abhooz. D’après les plans on continue à exploiter la petite veine au puits n°11 entre 1836 et 1844. En 1842 on fonce un petit puits au N du n°7 (15e bure).En 1844 les travaux du 11e bure sont près de la faille de Reys (Rhées). A 150 m du puits n°11 on a descendu un puits de 11m de profondeur (prés Delhaye) pour reprendre les massifs laissés par les anciens dans Gde veine.
En août 1847 les travaux sont entièrement abandonnés sans espoir de retour ; les couches Gde veine et Pte veine étant entièrement exploitées depuis les affleurements jusqu’à la xhorre et même sous ce niveau en certains points. Au bure A  il reste un peu de charbon. En 1848 on veut reprendre vainement les travaux du puits Radoux la xhorre est couchée entre les puits 7 et 8. On la répare mais on ne reprend pas les travaux. Cette reprise devait avoir lieu pendant le montage de la machine d’exhaure d’Abhooz ».
On pourrait recouper ce récit de Gobert avec un rapport de M. Wery, directeur des charbonnages d'Abhooz et Bonne Foi Hareng, qui énumère les différents puits de sa concession. mais je garde cela pour un autre blog, dans le cadre de la procédure de fin de concession de la Société anonyme des Charbonnages d'Abhooz et Bonne-Foi Hareng  (en liquidation). Le fil rouge de ce récit-ci était l’areine Nopis.

L’état actuel de l’areine

photo xhorre Noppis
Je n’ai pas réussi à savoir à quel moment Biquet-Gorée décide de creuser la galerie d’exhaure qui débouche à côté de la maison de son directeur, et ça ne sera probablement pas facile à savoir puisque cette concession est tombé en déchéance, c'est-à-dire qu’on a mis la clé sous le paillasson sans rendre la concession. Mais c’est le statut officiel : selon le fonctionnaire du SPW Géologie détaché à Liège c’était au départ une galerie d’exhaure.
Ce qui complique un peu plus les choses, c’est que Biquet-Gorée a élargi cette galerie pour évacuer par là son charbon de son puits Pieter vers son quai le long du canal Liège-Maestricht. Notre areinier a retrouvé des rails tout rouillés dans la galerie. Le canal est entré en service en 1850, c’est après cette date.
Toujours est-il que cette source a un fameux débit, qui n’a pas été affecté par l’été sec de 2019.
la voûte de la galerie qui allait de Noppis à la Meuse
photo xhorre noppis gm
Quant à l’areine Nopis, nous savons maintenant qu’elle aboutit dans la cave de la maison N°60 ou 62. Le débit est plus important que celui de la galerie d’exhaure de Biquet-Gorée. Elle est prolongée dans un aqueduc construit en 1827, selon l’historien local M. Péry, par  «Bon Espoir et Bons Amis réunis » dont voici sa carte. Lors de la réfection récente de la rue Wérihet la voûte de cet aqueduc oublié a été étêtée par un bulldozer. On a dû le reconstruire, et c’est pour cela que la rue est limitée à 7.5 tonnes. Je n’ai pas la date exacte de cette réfection, mais j’ai retrouvé une décision du Conseil communal du 19 février 2009 sur  l’avenant n°5 au contrat d’agglomération pour la rue Wérihet avec une subvention égouttage de 228.224,11€ et les rues du Ruisseau et de Beaumont avec une subvention égouttage de 164.345,00€ (unanimité).
Les deux galeries se rejoignent donc en face de la maison du directeur de Biquet Gorée, et contournent la paire du charbonnage à ciel ouvert. Il reste un arc de cette voûte juste avant la propriété de M. Brouns Rue Wérihet 45, à Hermalle-sous-Argenteau. La galerie voûtée reprend à l’extrémité de son terrain. De l’autre côté de la rue l’eau est de nouveau à l’air libre et la commune passe régulièrement pour éviter un bouchage et inondations. Elle passe ensuite dans le zoning PME où l’entreprise qui occupe la parcelle a remplacé la galerie par des conduites dont le diamètre serait faible, même par rapport au débit normal de l’areine Nopis et l’exhaure de Biquet-Gorée.
Après,  ces eaux potables arrivent dans le drain du canal Albert.
Cet aqueduc fut interrompu lors de la construction du canal Liège– Maestricht vers 1850, puisque le plan Popp http://www.artthemis.be/plan-popp/ 1842-1872) ne répertorie aucun siphon à cet endroit. Mais ce drain allait à travers la campagne et la commune de Hermalle-sous-Argenteau jusqu’au lit de la Meuse. Des vestiges de cet ouvrage furent  découverts de l’autre côté du canal Albert, à la gravière Brock, vers 1990).
vestige de la voûte qui longe l'ancienne paire
du  charbonnage Biquet Gorée photo xhorre noppis gm
Je suppose que dans le cadre de la mise en sécurité de ces vestiges miniers, on devrait inclure cette ancienne conduite, et s’assurer que cette cuvette où il y a quand même plusieurs maisons ne soient pas inondés un jour ou l’autre.
Ca intéresse peut-être l’AIDE qui a sa station d’épuration un peu plus loin.
ABFH détient peut-être encore les droits de Nopis. Le statut d’areine  donne des droits qui ont été transcrits en 1830 en droit belge.
La galerie de notre ami George n’est donc pas une areine, mais une galerie d’exhaure. Cela n’est pas grave, puisque ce terme qui n’est connu que des érudits. Et ça se complique encore avec des orthographes différentes. L’auteur de notre 'Traité des Arènes que nous avons cité abondamment se retournera peut-être dans sa tombe avec ce changement de vocabulaire. Il éprouvait « un vide immense, lorsqu'embrassant le mot arène dans toute l'étendue de l'acception, on le remplace par celui de galerie d'écoulement.  Le terme ‘galerie’ n'est propre qu'à la partie de l'arène, depuis son oeil jusque aux points où elle pénètre dans les couches des mines; cette partie est celle que le mineur liégeois, appelle 'Mahais' de l'arène. L'arène poussée au Steppement, c'est-à-dire, jusqu'à la mine où s'établit son niveau, se poursuit dès lors en oeuvre de veine et est progressivement conduite d'un bure à l'autre. Toutes les eaux qui inondaient la mine ont dû au fur et à mesure qu'on leur donnait ouverture, se précipiter sur l'arène. C'est ainsi que s'est établi progressivement pour tout le district houiller d'une arène, un seul et unique niveau. Ce niveau est appelé par les mineurs, 'mer d'eau'. Cette mer d'eau s'étend au fur et à mesure que les extractions avancent’.

Le ‘mahais’ ou la ‘mer d’eau’ : une ressource potentielle

Pour comprendre l’indignation de M. De Crassier, il faut savoir qu’il était à l’époque l’avocat des détenteurs du cens d’areine, à une époque où les charbonnages qui étaient passés aux pompes à vapeur. Mais malgré ce parti-pris, il y a dans son argumentation une vérité qui a encore du sens aujourd’hui. Derrière cette areine il y a le ‘mahais’, autrement dit une ‘mer d’eau’. George a fait analyser l’eau : elle est potable. Elle est juste un peu trop chargée de fer. Or, ce handicap est un atout : c’est donc une source minérale ! A Spa aussi la source Marie-Henriette a 20 mg de fer par litre.
Et au Pouhon Pierre le Grand aussi, les audacieux glissaient un mini-gobelet pour boire l’eau ferrugineuse dans une ambiance de rouille. Cette source emblématique la plus abondante (21.000 litres par jour), est ‘riche’ en fer.
Liège a bu pendant des siècles l’eau des areines; plus, les areiniers le vendaient aux fontaines qui sont toujours là aujourd’hui.
La CILE a dû abandonner le captage de l’areine de Richonfontaine, fin des années 80, parce qu’elle était chargée de nitrites d’origine agricole. On n’a pas trouvé mieux d’envoyer cette eau dans les égoûts. Et aujourd’hui on doit l(‘envoyer directement, à grands frais, dans la Meuse parce que les stations d’épuration ne supportent pas une eau trop propre. Comme par hasard, la station d’épuration de LIEGE-OUPEYE, la plus grande de Wallonie, se trouve à quelques centaines de mètres  de notre galerie d’exhaure. En plus elle a été conçue pour remplir une fonction didactique et d’information aux citoyens. Est-ce rêver d’inclure notre galerie d’exhaure dans son projet didactique ?
N’est-ce pas dommage d’envoyer cette eau potable dans la Meuse, avec ces sécheresses répétées suite au réchauffement climatique ?
l'oeil de la galerie comme l'a trouvé George
photo xorre Noppis
La sortie de cette galerie d’exhaure, spectaculaire, avec ses cinquante mètres visibles moyennant un éclairage, mérite une restauration et une mise en valeur qui dépassent les possibilités d’un particulier, si sensibilisé soit-il par le patrimoine.
Le terme ‘exhaure’, contrairement au terme ‘areine’, évoque au moins pour le commun des mortels stations d’exhaure (nous gardons les pieds au sec dans toute la vallée liégeoise, d’Engis à Visé, grâce à ces installation). Ceci dit, ‘galerie d’exhaure’ reste malgré tout assez technique et ne titille pas les imaginations. Et même cette menace d’inondation reste assez théorique et est presqu’oublié depuis les inondations de 1926.
Alors, pourquoi ne pas parler de la source ‘Biquet-Gorée’ ? Tout compte fait, où est la différence ? Que ces vides qui la nourrissent soient le résultat de mouvements tectoniques ou de la main d’homme n’a peu d’importance. Et l’appellation ‘source’ est presqu’en soi un incitant pour utiliser cette eau d’une manière sensée.

Sources intéressantes

le site lost grounds http://www.nicau.be/liege.html a été lancé par Nicolas Elias, qui a vécu son enfance à quelques pas du défunt charbonnage du Bas-Longs-Prés. Il a développé avec ses amis une base de données d'environ 600 puits de mine rien qu'en Belgique et pratiquement autant à l'étranger. C’est de la photographie patrimoniale, d’un très haut niveau scientifique. Le terme ‘Lost Grounds’ est souvent associé à l’urbex, et c’est un peu de ça, dans le vrai sens du terme : urban explorer.
Le site présente notamment http://www.nicau.be/liege.html une très belle synthèse d’Abhooz.
On y trouve entre autres des données intéressantes sur la modernisation, en 1900, du siège Abhooz, avec un  procédé jusqu'alors totalement inédit en Belgique imaginé par Henri Portier, ingénieur aux mines de Courrières dans le nord de la France. Du béton à prise lente est injecté entre les parois du puits et son revêtement, afin de stabiliser le cuvelage. Avec ses 400m, Abhooz devient le plus profond de la société.
la borne devant la Brico Basse Campagne
J’ai terminé justement mon blog avec l’installation d’une pompe à vapeur à Abhooz (aujourd’hui à l’entrée du Brico, en Basse Campagne) qui rend l’exhaure indépendant d’une galerie d’exhaure.
Lost Grounds m’a mis aussi sur la piste de la Houillère Bonne-Foi et son araine Hareng (d’où le nom d'Houillère Bonne-Foi Hareng).  Cette araine fut également utilisée par la Houillère Bonne-Foi Homvent. Celle-ci disposait alors d'un alignement de seize bures répartis sur 2.5km, entre Hermée et Milmort. J’ai la localisation GPS d’une partie de ses puits et j’ai commencé leur repérage sur le terrain.
En 1851, cinq sociétés se partagent la rive gauche de la Basse Meuse
- La Houillère Bon Espoir et Bons amis,
- La Houillère Bonne-Foi Hareng,
- La Houillère de Bonne-Foi Homvent,
- La Houillère d’Abhooz,
- La Houillère Bon Espoir à Oupeye.
En 1879, ces houillères seront réunies sous la Société Anonyme des charbonnages d'Abhooz et
siège n° 2 xhorre Noppis
Bonne-Foi Hareng, société dont la concession s'étend sur les anciennes communes de Liers, Milmort, Herstal, Wandre, Rocourt, Vottem, Oupeye, Vivegnis et Hermée, Liège et Oupeye.

Aujourd’hui, cette S.A. est dans une procédure de fin de concession. La sécurisation d’une série de puits mentionnés dans ce blog se fait dans ce cadre. C’est une démarche exemplaire dans la mesure où la Région Wallonne a décidé de reprendre toutes ces concessions ; une procédure qu’on aurait dû entamer immédiatement après les fermetures.

Jacky Jobé, Histoire et petites histoires de Vivegnis. Ed. Bibliothèque communale de Vivegnis

https://www.journalbelgianhistory.be/en/system/files/article_pdf/BTNG-RBHC%2C%2014%2C%201983%2C%201-2%2C%20pp%20053-089.pdf  LA PERSISTANCE DE L'ANCIEN REGIME : LE DROIT LIEGEOIS ET LA LOI IMPERIALE DE 1810 SUR LES MINES par N. CAULIER-MATHY Chef de travaux à l'Université de Liège
Laurent PERY Vice-président de l’ l’Association Des Vieilles Familles de Haccourt (A.V.F.H.). HISTOIRE DE L’EXPLOITATION DE LA HOUILLE  A OUPEYE ET A VIVEGNIS et dans les villages voisins
Ce texte est basé sur le Chapitre VII de: La Seigneurie d’OUPEYE et de VIVEGNIS par monsieur Max DETILLEUX, un document retranscrit d’un texte dactylographié daté de 1929, et  d’autres informations orales et écrites recueillies sur le tas.
https://www.swedhs.org/ebibliotheque/articles/houillerie_herstal/index.html MOTS ET CHOSES DE LA HOUILLERIE LIÉGEOISE ET HERSTALIENNE AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE par DANIEL DROIXHE
'Traité des Arènes, construites au Pays de Liége, pour l'écoulement et l'épuisement des eaux dans les ouvrages souterrains des exploitations de mines de houille.' par Mr De Crassier, membre des états de la province de Liége, publié en 1827 chez C.A. Bassompierre, imprimeur de la Régence.