dimanche 19 mai 2019

49ième balade-santé MPLP, à la Chartreuse, à la recherche de la trame d’un parc bicentenaire.


Notre 49ième balade-santé du 9 juin part à 10h pile devant l’église des Oblats, rue du Beau Mur 45 à Grivegnée. Il y a aussi un  rendez-vous à 9h30 devant notre Maison Médicale Médecine Pour le Peuple, Avenue Francisco Ferrer 26, à Herstal, d’où nous partons en covoiturage à Grivegnée.
C’est en gros la même balade que j’ai fait le 18 avril, avec la Maison Médicale l’Herma, et trois autres maisons médicales, dans le parc dit des Oblats, et à la Chartreuse.
En mars 2017 nous avons fait déjà une balade santé dans le fort même.
http://hachhachhh.blogspot.be/2018/02/37ieme-balade-sante-mplp-la-chartreuse.html

Parc des Oblats,  parc du Casino ou glacis du fort ?

On parle toujours du parc des Oblats. Mais ceux-ci sont arrivés beaucoup plus tard. En fait, nous sommes dans le parc du Casino. Le 4 avril 1837, la Société d' Horticulture et la Société du Casino achète un important terrain qui faisait partie du glacis du fort de la Chartreuse. En jargon militaire, le glacis désigne un terrain découvert, en pente douce à partir des éléments extérieurs d'un ouvrage fortifié, sur la contrescarpe. Il avait notamment pour fonction de n'offrir aucun abri à d'éventuels agresseurs de la place forte et de dégager le champ de vision et de tir de ses défenseurs.
La Chartreuse fait partie d’une barrière de 21 forts, dont 19 en Belgique, érigés par Wellington, le vainqueur de Napoléon, contre un ennemi imaginaire: la France républicaine (c’est Wellington même qui avait remis Louis XVIII  sur le trône). Quinze ans plus tard, cette peur pour la révolution a fondu. En 1830, la révolution de Juillet porte sur le trône un nouveau roi, Louis-Philippe Ier, et
l'Angleterre s'empresse de reconnaître cette monarchie. Et, d’autre part, les rapports de force entre les puissances de l’alliance – Autriche, Prusse, Russie – ont évolués. Ce qui fait que les 21 forts sont devenus inutiles au moment même de leur achèvement.
Ce parc dit des Oblats dit du casino est un des premiers éléments démilitarisés de cette ‘barrière’ que l’on peut classer dans le top des travaux inutiles. En 1837 déjà la Société du Casino achète le terrain et aménage sur le glacis un parc qui intègre quelques bastions. Le casino fait faillite en 1867. Il est encore repris  en 1883 par le comte Edgard Lannoy-Clervaux qui le restauré luxueusement, mais doit arrêter les frais suite à la concurrence d’autres salles mieux situées, au centre. Les pilastres de la grille d’entrée, rue Soubre, à côté de l’église, sont les seuls vestiges du casino. Et nous essayerons à retrouver la trame de ce parc.

L'Eglise Glorieuse de Jésus-Christ chez les Oblats

Les Oblats achetèrent vers 1890 le casino pour 60.000F. Le bâtime,nt est transformé en maison de formation internationale. Lorsque la congrégation des Oblats est expulsée de France en 1903, comme les autres congrégations prédicantes. Les missionnaires français sont accueillis à Grivegnée. L’église néogothique fut édifiée d'après les plans de l'architecte liégeois Hubert Froment entre 1895 et 1897. Je ne comprends pas très bien les rapports entre cette congrégation, l’évêché et la paroisse, mais c’est le diocèse de Liège, qui, en dialogue avec les oblats, consacre en 1934  l'édifice et la paroisse sous le vocable de saint Lambert en mémoire de la cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Lambert de Liège. Nostalgie de la cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Lambert, voire expiation ? Voir à ce sujet mon blog http://hachhachhh.blogspot.be/2013/09/leonard-defrance-et-saint-lambert.html
Les vitraux furent détruits en 1944 à la suite de l'explosion d'une bombe volante. L'ancien casino et les autres installations du couvent furent démolies à la fin de la guerre, l'église restant le seul vestige de l'ancien couvent. L'église renfermait quelques trésors des missionnaires oblats, ainsi que certains trésors de la cathédrale démolie Saint-Lambert. Elle a été fermée au public en 2010 pour des raisons de sécurité, l'édifice présentant de nombreuses dégradations dues à un manque d'entretien et de travaux. Le culte catholique fut toutefois encore célébré jusqu'en 2015 dans une chapelle aménagée dans la sacristie sud. En 2017, faute de moyens pour restaurer l'édifice, la congrégation des missionnaires oblats décide de vendre le bien à une communauté protestante, l'Eglise Glorieuse de Jésus-Christ, fondée par un pasteur congolais, qui rassemble essentiellement des ouailles d'origine africaine. Elle est issue d'une dissidence de l'Eglise du Réveil.  Elle s'apparente au protestantisme, mais elle n'est pas officiellement reconnue par le synode. Cette marginalité, aux méthodes de prédication plutôt particulières, ne semble pas poser de problème. L'opération a néanmoins nécessité un accord de l'évêché et... de la ville. Techniquement, il s'agissait de supprimer une paroisse, et une désaffectation suppose l'accord communal, et même l'aval de la tutelle régionale.

Une grotte, des potagers collectifs et un projet de vélodrome.

La grotte devant l’église remonte aux Oblats et est une grotte de Lourdes. Par contre la grotte que nous rencontrons un peu plus haut n’est pas un sanctuaire dédié à la Vierge, mais une «fabrique de jardin» autrement dit une fausse grotte. 
Nous longeons la très spectaculaire rue des Châlets, tout en lacets. Elle débouche sur  l’avenue de Péville, avec un paquet de maisons qui datent de la démilitarisation complète des glacis, Fin du XIXième siècle.  Le n°1, n°80, la villa n°86 et du n°204 et les ensembles urbanistique n°194-202 et 205-215 sont reprises à l'inventaire du patrimoine :
Lors de la démilitarisation du fort, plusieurs lotisseurs ont profité de l’aubaine. Pour certains c’était même une deuxième fois. Lors des expropriations pour  la construction du fort, certains habitants du hameau de Péville avaient réussi à faire monter les enchères en refusant les offres d'indemnisation, menés par le notaire du coin L.-J. Lambinon, notaire. Sa maison a survécu à l'édification du fort, aux transformations militaires de 1939 mais pas aux promoteurs des années 90 qui l’ont laissé pourrir (Jacques Liénard, Hameau de Péville, histoire de la Char
Nous longeons des potagers collectifs qui nous conduisent au plateau jadis agricole et viticole de Grivegnée. Je n’ai pas réussi à savoir de quand ils datent, ni qui les cultive aujourd’hui.
Nous longeons sur notre droite la cuvette de Péville. D’une circonférence de 300 mètres, elle a été initialement creusée pour un projet de vélodrome. Certains rêvent d’y installer un plan d'eau, éventuellement ouvert à la baignade. En 2010 le fort et le parc sont reconnus comme Site de Grand Intérêt Biologique(SGIB).
Un projet européen “Value Added” a permis l’aménagement de trois sentiers balisés en 2013. Les 350.000 euros ont été focalisés sur les entrées, la restauration de la grotte et l’aménagement de la dalle jouxtant la lande aux aubépines, avec notamment des équipements sportifs et des gradins permettant l’organisation de petits événements.
Ce patrimoine fortifié est un enjeu patrimonial de développement durable. «Les places fortes sont un jeu sur la protection et l’ouverture, sur le caché et le montré. C’est un acte urbain sur la relation au temps et à l’espace du paysage». C’est l’urbaniste  Jean Nouvel qui le dit et je souscris bien volontiers. Allons donc à la découverte du caché et montré de ce parc…. Il y a pas mal de caché…

Entrée du fort et les monuments au Génie et aux 1er  et 12ième de Ligne

Nous voilà à l’entrée du fort. Le site de Cornillon a été fortifié depuis que la ville existe. C’est géopolitique, avec le vénérable Thier de la Chartreuse fut longtemps le "Grand chemin" ou "Chemin royal" qui passait au  milieu du fort.
Au dessus de la poterne d’entrée ‘Nihil intentatum relinquit virtus’ (le courage ne laisse rien qu’il n’ait tenté. C’est une phrase de Sénèque, ‘de la Bienfaisance ‘).
Le monument aux 1er  et 21e de Ligne (classé) est installé en 1932 par des amicales d’anciens.
Ces deux régiments de ligne remontent à l’indépendance belge, en 1831. En 1913, lors de la mobilisation, comme tous les régiments de ligne d'active, ils se dédoublent.  Ils prennent part à la bataille de l'Yser. Lors de l’offensive finale en septembre 1918, le 12e de Ligne s’emparera du STADENBERG. Les champs de bataille du 12ème de Ligne sont repris sur  leur caserne en temps de paix : LIEGE, ANVERS, DIXMUDE, YSER, MERCKEM, STADENBERG et LA LYS.
Les régiments sont remobilisés en août 1939.
Au Grand Curtius on peut voir jusqu’au 2 juin une expo ‘A l’avant-garde! Le 12ede Ligne’, où l’on peut voir dans les Lignards célèbres Tchantchès et le célèbre Baryton José van Dam…

Les Chartreux

photo balat
Nous descendons vers l’Arvo d’où nous avons une belle vue sur les beaux restes de la Chartreuse qui a donné son nom au site. REMACLE LE LOUP pubie en 1738 dans ses ‘Délices’ ‘le plan et élévation de la. Chartreuse comme elle sera. Achevée’. En 1797, le couvent est vendu par la République au citoyen Lecoulteux-Canteleu qui fait  démolir  l’église pour vendre les matériaux. Le préfet de l’Ourthe lui octroie aussi en 1801 la concession de toutes les mines de la Chartreuse pour 50 ans, une surface de 12 km2. Cette superficie énorme pour l’époque est la toute première concession charbonnière en Belgique.
En  1820,  les  frères  Begasse  installent leur  fabrique  de  couvertures dans ce qui reste du Couvent. Ils déménageront à  Sclessin (les couvertures Sole Moi qui deviennent en 2001 Nordifa).
La  communauté  des  Petites  sœurs  des  pauvres accueille à la Chartreuse de  1853 à 2003 jusqu’à 250  vieillards. Le site est vendu au groupe immobilier Coenen qui se rend compte qu’il reste 60 petits appartements qui se louent entre 250 et 350 euros. No problemo : le bourgmestre signe en mai 2007 un arrêté d'inhabitabilité pour raison de sécurité, sur une base assez loufoque (superficie insuffisante par rapport aux normes).
Coenen découpe le site en quatre. En 2010 Vulpia y construit une maison de repos de 195 chambres. Monument Real Estate NV & Vulpia Real Estate n’y vont pas de main morte par rapport au permis d’urbanisme. Cela ne freine pas l’Intégrale à racheter le site. Ceci dit, la partie patrimoniale est bien restauré.

L’Arvo restauré

L’Arvo avait une fonction militaire, à l’époque de Jean de Flandre. C’est pourquoi, lors d’une restauration récente, on y a ajouté des meurtrières. Avec les  Chartreux, l’arvô acquiert une fonction utilitaire. Les moines se retrouvaient avec des terres bien exposées sur le coteau dont une grande partie était séparée de leurs bâtiments de ferme par cette route encaissée qui menait de Liège à Herve. Aussi, en 1381, le prince-évêque les autorisa à construire, à leurs dépens,  un pont pour le passage du charroi et du bétail à leurs terres.
L’Arvo actuel date du 17ième. Selon l'analyse dendrochronologique , l'arbre constituant l'entrée a été abattu entre 1594 et 1604, celui formant le linteau a été coupé après 1656 (source : Laboratoire de dendrochronologie de l'université de Liège).
A partir de 1988 l'ASBL Parc des Oblats joue un grand rôle dans la sauvegarde du site. Ils ont voulu créer une Fondation Chartreuse-Oblats, avec des partenaires privés et publics, qui auraient acquis le site. S’ils n’ont pas atteint le but initial, ils ont réussi à  acquérir l'arvô et à le restaurer.

Un parc qui tourne le dos aux quartiers de Longdoz et d’Amercoeur

Nous nous promenons au-dessus du quartier d’Amercoeur qui a payé très cher sa proximité de la forteresse lors des guerres révolutionnaires. Amercœur fut détruit par la garnison autrichienne au moment de sa retraite en 1794. Napoléon signe en 1803 un décret pour le restaurer. Dans le portrait de Napoléon Bonaparte par Ingres, à la Boverie, Bonaparte a la main posée sur un 'acte: "faubourg d'Amercœur rebâti". Dans le fond Ingrès peint la cathédrale Saint-Lambert.
Entre-temps la Chartreuse est coupé de la Chartreuse par le chemin de fer. Aujourd’hui, le schéma directeur pour la Rénovation urbaine Amercoeur propose de recréer des liens entre le quartier et la Chartreuse par un autre aménagement du carrefour sous le pont de chemin de fer, et une amélioration des connexions avec le jardin du Carmel. «Le passage sous le pont de chemin de fer crée une rupture forte en sortie du quartier ; le piéton et les autres modes doux y rencontrent des difficultés pour trouver leur place. Le parc de la Chartreuse est ainsi déconnecté du quartier d’Amercoeur ».
Urbagora avait déjà proposé en 2011 de créer un accès au parc des Oblats depuis l'hôpital du Valdor via un ascenseur ou téléphérique. Selon certaines études de rentabilité, ce genre d’installations ne coûte pas plus cher qu’un autre moyen de transport, calculé en km/passager. Olivier De Wispelaere  d’Urbagora proposait aussi une communication du site avec le quartier de Bellefamme, en ouvrant dans cette direction une ou deux  rues  favorisant des circulations capillaires de quartier à quartier ; ou encore la création d’un lien entre le Thier de la Chartreuse et l'Avenue de Péville (ce qui suppose un percement de la muraille à hauteur de lʼécole des Oblats ou du karting de Grivegnée).
Nous descendons tout doucement vers l’église des Oblats. Les sentiers y sont encore empierrés de briques en terre cuite, vestige du parc d’origine ?
Nous nous rendons compte dans quelle mesure le parc et le quartier du Longdoz se tournent le dos, alors même que le Longdoz manque cruellement d'espaces verts. On pourrait sans dépenses folles créer une nouvelle entrée du parc donnant dans la rue Basse-Wez et étendre une trame verte jusqu'à la rue Grétry. On pourrait «faire entrer» le parc dans le quartier via le tissu de venelles autour de l'Impasse Magnée, sur le site de l'ancienne desserte ferroviaire de la gare du Longdoz.
Notre prochaine balade est pour septembre.

Mes autres blogs sur la Chartreuse

http://hachhachhh.blogspot.be/2018/02/37ieme-balade-sante-mplp-la-chartreuse.html
http://hachhachhh.blogspot.be/2017/12/chartreuse-une-nebuleuse-autour-de.html
http://hachhachhh.blogspot.be/2017/12/le-patrimoine-religieux-immateriel-et.html


mardi 23 avril 2019

48ième balade-santé MPLP dans le nouveau Liers


Lors de notre 48ième balade-santé du 12 mai nous arpenterons le nouveau Liers. Je pourrais l’appeler Balade au cœur du changement. Mais je crois que ce titre est déjà prix par écolo. Arpenter est le mot qui sied, puisque nous serons en plein dans des projets urbanistiques. Nous partons à 10h pile au Smash51 , rue Provinciale 51 à Liers. Il y a aussi un  rendez-vous à 9h30 devant notre Maison Médicale Médecine Pour le Peuple, Avenue Francisco Ferrer 26, à Herstal, d’où nous partons en covoiturage à Liers.

Du foot à la place du tennis au Smash?

Au lieu d’un club de tennis, nous avons failli y avoir des terrains d’UrbanFootball. Le T.C. Smash 51, installé à Liers depuis 1980, allait presque s’arrêter  en avril 2014. Le couple Tilkin qui avait été 27 années à la tête du club, voulait vendre le site à une société française Urbanfoot (CA en 2012 : 8 millions d'euros) qui se voyait même octroyer des subsides par la Région wallonne (La Meuse  31 juil. 2013). UrbanFoot se joue sur un terrain en gazon synthétique de la taille d'un terrain de tennis. On loue le terrain entre 50 et 120 euros de l'heure.
Herstal se disait inquiétée par des nuisances que cette activité pourrait provoquer dans le paisible village de Liers: du mini-foot, ce n'est pas du tennis. Bruits nocturnes, parkings sauvages, mobilité, etc. Et puis, ce mini-foot aurait pu concurrencer les halls sportifs communaux. La Ville promettait un coup de pouce, à condition que  l'asbl «Promo Smash 51» accueillerait des enfants des écoles de Herstal aux heures creuses pour s'initier aux rudiments du tennis. Et l'entreprise de formation par le travail «Work'inn» aurait pu venir renforcer les cuisines du restaurant. Même si Frédéric Daerden jugeait « que la ville n'est pas acheteuse et n'a pas pour vocation de gérer un club de sports» (La Meuse 9 sep. 2013).

Le Collège communal s’engage à assurer « le maintien d’une activité tennistique forte et durable à Herstal »

Ce coup de pouce viendra d’Urbeo. Tu me diras que c’est plutôt l’apanage de l’échevin des sports, mais c’est la Régie communale autonome immobilière de Herstal  qui est venu à la rescousse. Un peu étrange pour ce bras armé de la ville qui sert au départ « à soutenir  la réhabilitation de quartiers fortement marqués par le déclin industriel. Cette structure juridique 100% publique permet de gérer certaines activités à caractère commercial et industriel de manière décentralisée ».
Mais on ne s’arrêtera pas à ce détail. Le Collège communal s’engage à assurer « le maintien d’une activité tennistique forte et durable à Herstal » et Urbeo acquiert en juillet 2014 le complexe tennistique grâce à un subside Infrasports de 540.340 €, et rénove l’éclairage, l’électricité, installe un accès PMR, nouveaux vestiaires, un raccordement égout, etc.. Urbeo occupe un collaborateur à temps partiel qui assure l’entretien quotidien du complexe composé de onze terrains en brique pilée dont cinq couverts et six éclairés à l’extérieur, d’un club house, de parkings sur 11.000 m².  Le club se dote aussi d’un terrain de Padel.
Le club revit et compte avec ses 400 membres affiliés en été et autant de membres d’une école de tennis parmi les dix plus grands clubs de Wallonie ouvert toute l’année. Selon l’administrateur-délégué Michel Mouillard, le club est près de la saturation et songe à aménager de nouveaux terrains. Mais il faudrait que la Ville rachète des terrains (La Meuse 25 février 2017). Quels terrains ? On peut deviner…

Non, Daerden ne déménage pas à Liers ?

En 2013 une rumeur circule sur le bourgmestre qui aurait l'intention de déménager rue Provinciale, juste en face du Smash 51, et ne voyait pas d'un bon œil l'arrivée des cohortes de véhicules que supposent les matches de mini-foot à toutes heures du jour et de la nuit. Pour son porte-parole Eric Wiertz, «Frédéric Daerden était intéressé par une maison à Liers, mais plus maintenant. Il a décidé de rester au centre de Herstal où il habite depuis une dizaine d'années» (La Meuse 9 sep. 2013).

Qui est derrière le permis d’urbanisme N°216/2018 ?

Cinq ans plus tard le Conseil Consultatif d’Aménagement du territoire (CCATM) reçoit le permis N°216/2018 pour «la transformation et réhabilitation de la ferme Royer en 25 logements ». Le demandeur est la SA WDDM, représentée par Monsieur Patrick Deroanne. Je n'ai pas trouvé les comptes de cette Société Anonyme WDDM à la centrale des bilans de la BNB. Mais, pour être sûr, il faudrait avoir son numéro de facturation, son numéro d'entreprise. Elle peut être enregistrée sous un autre nom, ou encodée à la BNB sous un autre nom. En revanche, il y a deux sociétés situées à l’adresse de ce Patrick Deroanne, dont Dero Invest, une nouvelle structure chargée de contrôler l'ensemble de ses activités. Il me semblerait logique que l’échevinat d’urbanisme vérifie un peu l’identité des firmes derrière un permis. Ont-ils omis ce contrôle parce que  M. Deroanne a été témoin de mariage de Frédo en été 2018 ? « Les fiancés ont choisi des amis proches comme témoins. Patrick Deroanne, fondateur de la société éponyme spécialisée dans la fourniture de matériel de bureau, sera celui de Frédéric Daerden » (La Meuse 28 juin 2018).
Et on apprendra par la bande que Frédo est preneur pour le corps de logis de la ferme….

Une ferme reprise dans l’Inventaire du Patrimoine Immobilier

Mais il y a plus. On ne signale au CCATM que cette ferme est reprise dans l’Inventaire du Patrimoine Immobilier (IPIC). A juste titre, puisque cette ferme a une histoire millénaire. Pour moi, c’est un élément essentiel dans ce permis. Ne fallait-il pas l’avis de l'Agence wallonne du Patrimoine (Awap) sur le projet ? Le 22 décembre 2018 j’envoie un mail à notre échevine Isabelle THOMSIN qui me
photo jean baens
répond : « Tout d’abord, une petite nuance, un bien repris à l’inventaire du patrimoine immobilier n’est pas ‘classé’ comme monument, on lui reconnaît simplement une valeur patrimoniale à tenter de préserver. Le service de l’Awap n’est pas automatiquement consulté. Mais la Ville a choisi de le faire.
Ce dernier a rendu  un avis défavorable en date du 12 novembre.
Toutefois après analyse, nous estimons que la réhabilitation de l’ancienne ferme Royer située en plein centre du noyau villageois de Liers en 25 logements améliorera la qualité de l’espace bâti existant tout en préservant le patrimoine existant. En effet, l’activité agricole n’est plus organisée sur le site de la ferme Royer depuis déjà plusieurs années.
La transformation et la réhabilitation de cette ancienne ferme, patrimoine d’exception inscrit à l’inventaire du patrimoine Wallon, permettra la sauvegarde d’un bien, témoin du passé, tout en lui redonnant une nouvelle fonction permettant sa pérennité. Il s’agit donc de la valorisation et de la sauvegarde d’un bâtiment à caractère patrimonial. L’espace existant permet cette transformation en ne dénaturant pas l’espace environnant. De plus, le projet prévoit l’aménagement d’espaces extérieurs qui tiennent compte des caractéristiques du lieu.
En effet, seuls des bâtiments venus se greffer au fil du temps et ne présentant pas un caractère architectural intéressant seront démolis et seront remplacés par de nouveaux bâtiments reconstituant la ferme en carré et préservant le caractère exceptionnel du lieu. Les nouveaux volumes proposent une architecture simple et modeste ne prenant pas le pas sur l’architecture des bâtiments existants, ils s’intègrent au bâti grâce au choix des volumétries et matériaux respectueux de l’existant et ils préservent le caractère homogène de la cour intérieure.
Les matériaux de façade, quant à eux, sont choisis de manière à s’harmoniser avec le paysage et le cadre bâti existant.
L’aile du corps de logis est préservée dans son intégralité ainsi que l’aile d’entrée visible depuis la rue des Prairies. Les éléments bâtis constituants le caractère exceptionnel et patrimonial du site ne sont en rien modifiés (chainage, pierre de taille, moellons…).

photo jean baens
Il faut également savoir que les propriétaires, Monsieur et Madame Royer, ne parvenaient pas à vendre le bien en raison de sa taille et de la vétusté des bâtiments et donc seul un projet de cette envergure permettra la sauvegarde de ce patrimoine en alliant, de manière judicieuse, la conservation du patrimoine existant et l’architecture contemporaine.

De plus, des bâtiments similaires existent sur l’entité de la Ville de Herstal et ceux-ci, n’ayant malheureusement pu être réhabilités, présentent un caractère de dégradation avancé et devront probablement être démolis faute d’avoir pu être transformés à temps.
La Ville peut s’écarter d’un avis extérieur moyennant motivation. Voici ce qui a motivé l’avis favorable conditionnel de la Ville pour ce projet. Cependant, le projet est actuellement soumis à l’avis conforme du fonctionnaire délégué du SPW. Son avis devra être respecté pour la décision finale sur le traitement de la demande.
J’espère avoir répondu à vos interrogations et vous présente mes meilleures salutations
Isabelle Thomsin. »

La ferme Royer dans l’inventaire du patrimoine immobilier

Herstal a été une de premières villes à voir une version digitalisé et actualisé de l’IPIC, l’inventaire du patrimoine immobilier. 120 biens s’il te plait. Herstal a même organisé il y a quelques années une expo pour fêter ça. Voici ce qu’il reprend sur cette ferme.
photo jean baens
« La ferme de l'Abbaye présente un plan en quadrilatère dont les parties les plus anciennes remontant à la 2e moitié du 16e siècle ont été complétées au début du 18e siècle et aux 19e et 20e siècles.
L'ensemble est bien représentatif de l'architecture rurale traditionnelle en Hesbaye liégeoise et les fonctions des ses différentes ailes sont encore clairement identifiables.
L'aile d'entrée est percée par un portail en anse de panier daté de 1819 à la clé. Vers la cour, la partie gauche de cette aile abrite une grange accessible par un haut portail cintré dont le claveau central est daté de 1577.
Au fond de la cour, le logis du début du 18e siècle est en briques et calcaire. Sa façade de deux niveaux est percée de deux travées de hautes baies à croisée et piédroits harpes, de part et d'autre d'une porte basse à linteau droit; perron reconstruit au 19e s. À gauche, sous une même bâtière d'éternit à coyaux, soutenue par des blochets, ajout postérieur d'une travée.
Les autres ailes abritant des étables et des bâtiments utilitaires remontent aux 19e et 20e siècles ».
Je suis content que la Ville a consulté l'Awap, et, bien sûr, La Ville peut s’écarter d’un avis extérieur moyennant motivation. Mais j'attends avec impatience l’avis du fonctionnaire délégué du SPW.

Seigneur de Herstal ou ‘avoué de Liers’ ?

Notre bourgmestre est donc preneur pour le corps de logis ! Porter le titre de Seigneur de Herstal était peut-être un peu osé parce que Willem-Frederik d’Orange  de la maison royale des Pays-Bas porte cetitre? Avec la ferme il pourra  rêver du titre ‘avoué de Liers’. Ca remonte à 1012,  lorsque  l'empereur Henri Il alloua Liers à l'Abbaye bénédictine de Florennes, qui vendit trois siècles plus tard ses biens liersois au Chapitre Saint-Lambert qui désigna un avoué, un gérant en quelque sorte.
C’est Charlemagne qui désigna des avoués chargés de représenter l'évêque devant les tribunaux, et d'exercer les pouvoirs administratifs et judiciaires ainsi que de conduire auprès du souverain le contingent armé. C’est ainsi que le Vieux Voué Jean I, fut honoré chevalier à l'issue de la bataille de Vottem remportée le 19 juillet 1346 par les communiers liégeois, sur une armée de chevaliers de haute noblesse commandée par le Prince-évêque.
Avec l'effondrement de l'Etat carolingien l'avoué apparut surtout comme protecteur du domaine ecclésiastique sur lequel il exerçait un droit de tutelle qui le mettait en situation d'exercer les pires abus : toute action était bonne pour livrer au pillage les biens de l'église (J.L. Kupper. Op. cit. p 434 à 439)
Un titre a priori intéressant: une situation permettant d'exercer les pires abus et piller les biens de l'église.
La ferme a été expropriée et vendu comme ‘bien national’ en 1796.

La ferme est en zone agricole

Un autre aspect litigieux de ce permis d’urbanisme: la ferme est en zone agricole  sur le plan de secteur, et ces 25 logements ne ressemblent pas à des box de chevaux ou autre utilisation agricole. Lors de la présentation au CCATM on ne nous a pas dit ça. On peut certes en zone agricole avoir une ferme et des étables. Mais comment y justifier 25 logements ? L’intitulé du permis est à double fond : « transformation et réhabilitation de la ferme Royer ». Construire 25 logements à côté d’une ferme, est-ce toujours une transformation ? On m’a répondu qu’une demande de dérogation est en cours, et que si cette réponse serait négative, le permis serait nul et non avenu. Attendons voir.
Je reste quand même avec deux questions : comment éviter que ce genre de permis sont soumis au CCATM sans ces informations essentielles, afin qu’on puisse juger en connaissance de cause ? Et deux : en toute logique, n’aurait-on pas mieux fait de lancer une dérogation au plan de secteur, AVANT de demander un permis d’urbanisme ?
L’échevine Thomsin évoque « un nouveau projet de Schéma de développement territorial du Gouvernement wallon de juillet 2018 qui a comme objectif ‘la lutte contre l’étalement urbain et l’utilisation rationnelle des territoires, le développement socio-économique et de l’attractivité territoriale, la gestion qualitative du cadre de vie et la maîtrise de la mobilité’. Le projet favorise le renouvellement du bâti existant, en développant la création de logement dans les noyaux d’habitat existants, en préservant le patrimoine par sa réaffectation, en améliorant le cadre de vie par la création de logements de qualité, et s’inscrit entièrement dans les objectifs du Schéma de Développement Territorial ».
C’est un peu faible comme argumentation. Si on veut lutter contre l’étalement urbain, ne faudrait-il pas éviter de prendre à la légère les plans de secteur et, au moins, demander une dérogation avant de lancer des projets.
Avec ça la dernière ferme en activité à Liers disparait. Il est vrai que le fermier a déjà repris depuis quelques années une ferme à Verlaine et n’utilisait que les bâtiments que pour le stockage. Il a vendu pour sortir de l’indivision avec sa sœur. En plus, lors de la fusion des communes, on a coupé le village rural de Liers de ses champs, qui ont rejoint Juprelle. Certes, ces quelques hectares de terres agricoles sont enclavés entre le Ravel et la Chaussée Brunehaut. Mais je ne saurais me défaire de l’idée qu’il y a derrière tout ça une spéculation pour faire tomber le reste de ces terres agricoles en terrains constructibles. Et là, c’est le jackpot.

Une ZACC (Zone d’Aménagement Communal Concerté )

Dans un document de 1348 on retrouve la rue des Prairies qui débouchait sur un lieu-dit « devant l’Abbaye » et de là partait le sentier «Passay de l’Abbaye » vers Fexhe-Slins, disparu avec la gare de triage. Dans la zone dite "Devant l'Abbaye" un projet immobilier est lancé dans la ZACC (Zone d’Aménagement Communal Concerté ; jusqu’en 1999 cela s’appelait une zone d’extension d’habitat). On aménage dans le triangle formé par la rue Thonon, la rue Provinciale et la Chaussée Brunehaut la voirie pour 95 logements. C’était une zone vouée au pâturage, mais au fil du temps le site a été totalement enclavé. Cette parcelle agricole ne faisait pas l’objet d’un bail à ferme mais seulement d’une mise à disposition verbale à titre gratuit et précaire. Le site appartenait à un seul propriétaire ce qui a permis une démarche d’ensemble. Heureusement, parce qu’un projet morcelle aurait buté sur le problème d’accès : on y entre par la Chaussée Brunehault -11 mètres - et on sort par la rue Léopold Thonon - 8 mètres
Le rapport urbanistique et environnemental a exclu un accès par l’aire de parcage de l’AD Delhaize de la rue Provinciale, parce qu’en cul de sac, mais n’exclut pas un développement foncier après restructuration de cet espace et rationalisation, y compris le bâti le long de la route provinciale.
La viabilisation du site coûtéra à la société Batico 1.200.000 € soit +/- 35 € /m 2 ou 9.200 à 13.500 €  par  unité de logement.
Cliquez ici pour le rapport d’incidence. Le site de la ZACC est  traversé par un collecteur de l’AIDE  canalisant  un ancien ruisseau traversant le village dénommé « Rigole de Liers ».

60 nouveaux logements sociaux "cité des Prés"

Nous traversons la route provinciale via un piétonnier qui nous permet de traverser deux ronds points et une route très fréquentée.
Fin mars 2019 notre Société Régionale du Logement (SRL) a inauguré 60 logements rues de la Digue et de la Sucrerie (12 maisons 4 chambres, 1 appartement 1 chambre, 22 appartements 2 chambres et 25 appartements 3 chambre, dont 30 logements adaptables PMR)  Les premiers locataires arrivent.
Ca serait un beau projet d’une des plus importantes sociétés de logements sociaux de Wallonie, si l’autre côté de la médaille n’était pas la vente de la plupart des logements de la cité à côté.  
En 2010, un audit révèle que notre SRL doit 2 millions d’euros à la société wallonne du Logement. Dans le cadre de son redressement, la SRL de Herstal vend toutes les maisons d’avant 1950 (elle supprime aussi 30 emplois). Cela concerne une bonne partie de la Cité de Liers. 68 appartements à 2 chambres sont rénovés et isolés. Les 128 autres logements sont vendus. D’un côté les 60 logements de la nouvelle cité ; de l’autre la perte de 128 logements.
La nouvelle cité a une toute nouvelle philosophie de vie et de voisinage. Les architectes (Pierre Maes & associés et Contrast Architecture) mêlent habilement terrasses et jardins privatives et zones semi-publiques, sans oublier le potager communautaire ; une philosophie qui permet de préserver l’intimité des familles et leur permettre de mener une vie très conviviale.

Un beau maillage de sentiers

Tout autour de la nouvelle cité la pression citoyenne a permis une restauration des sentiers. Ce projet est parti du plan cadastral de 1973 : la ruelle du Bot qui se prolonge dans la ruelle de l’Enclos du Marly, la ruelle du Greffier, ainsi que la ruelle des Prés. S’y est ajouté une venelle depuis la ruelle du Bot au lotissement de la rue Tchérweus. Et cerise sur ce gateau : les passages dans la nouvelle cité.
Je ne saurais mieux faire que de reprendre l’appel du Comité : « Nous invitons tous les Liersois et autres promeneurs à utiliser ces divers sentiers sans modération. C’est gratuit, excellent pour la santé et cela permet à ceux-ci de conserver leur place dans l’histoire de notre patrimoine ».

Sources

Nous avons arpenté Liers lors d’une balade santé http://hachhachhh.blogspot.be/2015/03/balade-sante-liers-deux-ravels-et-un.html
Liers sur la carte Villaret de 1745



mardi 2 avril 2019

Balade à la Chartreuse, à la recherche de la trame d’un parc presque bicentenaire.

la grotte, une 'fabrique' de jardin

Le 18 avril j’accompagne la Maison Médicale l’Herma, rue Natalis, pour une balade – avec trois autres maisons médicales- dans le parc dit des Oblats, et à la Chartreuse. En mars 2017 je m’y suis déjà promené avec MPLP Herstal, mais à partir de l’autre côté, Rue Nicolas Bernimolin.
Le Centre Liégeois du Beau-Mur
Premier arrêt, Le Centre Liégeois du Beau-Mur. Créée il y a 30 ans, cet asbl est le berceau de La Bourrache, une entreprise de Formation par le Travail qui vend des paniers de légumes de saison qu’elle produit, ainsi que l’aménagement et l’entretien de jardins. Depuis 2006, un terrain d’environ 60 ares situé dans le quartier des Tawes, certifié bio, est mis gracieusement à disposition par l’asbl Coupile, avec trois serres tunnel et un hangar. Ils y utilisent la Kassine, un outil moderne de travail agraire par traction animale développé par l’association française Prommata, qui permet un travail particulièrement respectueux des sols (principe fondamental de l’agriculture biologique).
Le Beau Mur a été aussi impliqué dans le projet Vin de LiègeIl est l’initiateur du projet Permis de Végétaliser (Incroyables Comestibles) à Liège.

La rue du Beau Mur

Nous n’irons pas jusqu’à l’école communale au N°9-11, un bâtiment de 1893 de l’architecte Hubert Bernimolin. Celui-ci avait déjà construit trente ans plus tôt  la maison communale de Grivegnée. Juste à côté, au N° 7, maison de style éclectique de la fin du 19e siècle – je cite l’Inventaire du patrimoine immobilier - avec entre les baies du rez-de-chaussée, l'enseigne "A LA / BONNE-FEMME / DE 1762". Cette bonne femme a donné son nom au quartier. L'enseigne originale est conservée au Musée de la Vie Wallonne.
http://histoiresdeliege.skynetblogs.be/index-5.html  Notre architecte a aussi construit un hôtel, pour Aristide Cralle, qui s’était suicidé en 1885, ruiné par sa
folie des grandeurs. L’immeuble deviendra en 1900 l'Hôtel Continental. Cet hôtel, devenu Sarma par la suite, se situait à l’îlot Saint-Michel actuel.

Parc des Oblats,  parc du Casino ou glacis du fort ?

On parle toujours du parc des Oblats. Mais ceux-ci sont arrivés beaucoup plus tard. En fait, nous sommes dans le parc du Casino.
Le 4 avril 1837, la Société d' Horticulture et la Société du Casino achètent un important terrain qui faisait partie du glacis du fort. En jargon militaire, le glacis désigne un terrain découvert, généralement aménagé en pente douce à partir des éléments extérieurs d'un ouvrage fortifié, sur la contrescarpe. Il avait notamment pour fonction de n'offrir aucun abri à d'éventuels agresseurs de la place forte et de dégager le champ de vision de ses défenseurs.
le casino photo fabrice muller
La Chartreuse fait partie d’une barrière de 21 forts, dont 19 en Belgique, érigés par Wellington, le vainqueur de Napoléon, contre un ennemi imaginaire: la France républicaine (c’est Wellington même qui avait remis Louis XVIII  sur le trône). Au moment de sa construction, ce projet de barrière était rationnel, mais la situation politique et militaire a évolué si vite que les 21 forts étaient devenus inutiles au moment même de leur achèvement. Ce parc dit des Oblats dit du casino est un des premiers éléments démilitarisés de cette ‘barrière’ que l’on peut classer dans le top des travaux inutiles.
Cette partie du glacis a été démilitarisé très vite, de sorte qu’en 1837 déjà la Société du Casino peut acquérir le terrain. Le casino aménage dans la colline des sentiers et des allées et intègre les bastions dans son parc. Un des seuls vestiges de ce parc est la grotte. Elle n’est pas un sanctuaire à la Vierge, mais une «fabrique de jardin» autrement dit une fausse grotte. Subsistent aussi les pilastres de la grille d’entrée, rue Soubre, à côté de l’église. Nous essayerons presque deux siècles plus tard à retrouver la trame de ce parc. La nature est parfois coriace. Et peut-être existe-t-il encore quelque part des plans.
Le casino fait faillite en 1867. En 1883 le casino est repris  par le comte Edgard Lannoy-Clervaux qui le restauré luxueusement, mais doit arrêter les frais suite de la concurrence d’autres salles mieux situées, au centre.

L'Eglise Glorieuse de Jésus-Christ chez les Oblats

Les Oblats l’achetèrent vers 1890 pour 60.000 Francs. Lorsque leur congrégation est expulsée de France en 1903, comme les autres congrégations prédicantes, ils s’installent à Grivegnée. En 1934, le diocèse de Liège, en dialogue avec les oblats, consacre l'édifice et la paroisse sous le vocable de Saint Lambert en nostalgie de la cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Lambert. Sur cette nostalgie voir mon blog http://hachhachhh.blogspot.be/2013/09/leonard-defrance-et-saint-lambert.html
L'église qui renfermait quelques trésors des missionnaires oblats, ainsi que certains trésors de la cathédrale démolie, est fermée au public en 2010 pour des raisons de sécurité. En 2017, elle est vendue à l'Eglise Glorieuse de Jésus-Christ, fondée par un pasteur congolais, qui rassemble essentiellement des ouailles d'origine africaine. Elle est issue d'une dissidence de l'Eglise du Réveil.  Elle s'apparente au protestantisme, mais elle n'est pas officiellement reconnue par le synode. Cette marginalité, aux méthodes de prédication plutôt particulières, ne semble pas poser de problème. L'opération a néanmoins nécessité un accord de l'évêché et... de la ville. Techniquement, il s'agissait de supprimer une paroisse, et une désaffectation suppose l'accord communal, et même l'aval de la tutelle régionale.

Des potagers collectifs et un projet de vélodrome.

les potagers au parc de la Chartreuse
Je n’ai pas réussi à savoir de quand datent les potagers collectifs qui nous conduisent au plateau jadis agricole et viticole de Grivegnée.
Certains voient dans ces potagers un outil de reconquête de l’espace urbain.
La cuvette de Péville, d’une circonférence de 300 mètres, a été initialement creusée pour un projet de vélodrome. Certains rêvent d’y installer un plan d'eau, éventuellement ouvert à la baignade. En 2010 le fort et le parc sont reconnus comme Site de Grand Intérêt Biologique (SGIB).
Un projet européen “Value Added” a permis l’aménagement de trois sentiers balisés en 2013. Les 350.000 euros ont été focalisés sur les entrées, la restauration de la grotte et l’aménagement de la dalle jouxtant la lande aux aubépines, avec notamment des équipements sportifs et des gradins permettant l’organisation de petits événements.
Ce patrimoine fortifié est un enjeu patrimonial de développement durable. «Les places fortes sont un jeu sur la protection et l’ouverture, sur le caché et le montré. C’est un acte urbain sur la relation au temps et à l’espace du paysage». C’est l’urbaniste  Jean Nouvel qui le dit et je souscris bien volontiers. Allons donc à la découverte du caché et montré de ce parc….

Un parc qui tourne le dos aux quartiers de Longdoz et d’Amercoeur

Dans leurs configurations actuelles, le parc et le quartier du Longdoz se tournent le dos, alors même que le Longdoz manque cruellement d'espaces verts. On pourrait sans dépenses folles créer une nouvelle entrée du parc donnant dans la rue Basse-Wez et étendre une trame verte jusqu'à la rue Grétry. On pourrait «faire entrer» le parc dans le quartier via le tissu de venelles autour de l'Impasse Magnée, sur le site de l'ancienne desserte ferroviaire de la gare du Longdoz. Idem pour Amercoeur où l’on pourrait donner accès au parc depuis l'hôpital du Valdor. Mais là, il faudra peut-être un ascenseur...

La très spectaculaire rue des Châlets

Juste à côté du parc, la très spectaculaire rue des Châlets, qui débouche sur  l’avenue de Péville, avec un paquet de maisons de la 1ière moitié du 20e siècle reprises à l'inventaire du patrimoine :
n°1, n°80, une villa n°86, n°194-202 et 205-215, ensemble urbanistique; et au, N°204 encore une villa.
Lors de la démilitarisation du fort, plusieurs lotisseurs ont profité de l’aubaine. Certains ont même profité deux fois. Lors des expropriations pour  la construction du fort, les habitants duhameau de Péville font monter les enchères en refusant les offres d'indemnisation lors, avec notamment L.-J. Lambinon, notaire. Sa Maison Lambinon a survécu à l'édification du fort hollandais, aux transformations militaires de 1939 mais pas aux promoteurs des années 90 (Jacques Liénard, Hameau de Péville, histoire de la Chartreuse). Ils profitent une seconde fois en rachetant les terrains démilitarisés et en les lotissant.

Entrée du fort et les monuments au Génie et aux 1er  et 12ième de Ligne

Nous voilà à l’entrée du fort. Le site de Cornillon a été fortifié depuis que la ville existe. C’est géopolitique, avec le vénérable Thier de la Chartreuse fut longtemps le "Grand chemin" ou "Chemin royal" qui passait au  milieu du fort.
C’est là que Wellington a voulu son fort. Si une partie des frais de  construction ont été porté par les alliés, l’occupation des forts retombait sur la Belgique indépendante fraîchement née. Six mois après l'indépendance de la Belgique, en avril 1831, un protocole secret fut signé à Londres par les plénipotentiaires d’Autriche, de Grande-Bretagne, de Prusse et de Russie  qui reconnaissaient la disproportion du nombre des forteresses eu égard aux faibles ressources du jeune Royaume. Mais les travaux de démolition prévus pour 1833 ne se font pas pour des raisons budgétaires.
La plupart de ces forts seront finalement été démilitarisés vers 1850, quand la jeune Belgique commençait à élaborer une nouvelle doctrine de défense, autour d’un réduit national à Anvers.
La guerre franco-allemande de 1870 sonne définitivement le glas des forts bastionnés. Brialmont construit une ceinture des forts. La Chartreuse est déclassée comme fort en 1891 et servit de caserne.  Sa superficie est réduite de 41 à 31 ha. La prestigieuse avenue de Péville voit le jour et une cité de logements sociaux prend place le long de la bien nommée rue des Fortifications.
Mais le site a servi de caserne jusque dans les années 80.
photo eduard van loo
Au dessus de la poterne d’entrée ‘Nihil intentatum relinquit virtus’ (le courage ne laisse rien qu’il n’ait tenté. C’est une phrase de Sénèque, ‘de la Bienfaisance ‘).
Le monument aux 1er  et 21e de Ligne (classé) est installé en 1932 par des amicales d’anciens.
Ces deux régiments de ligne remontent à l’indépendance belge, en 1831. En 1913, lors de la mobilisation, comme tous les régiments de ligne d'active, ils se dédoublent.  Ils prennent part à la bataille de l'Yser. Lors de l’offensive finale en septembre 1918, le 12e de Ligne s’emparera du STADENBERG. Les champs de bataille du 12ème de Ligne sont repris sur  leur caserne en temps de paix : LIEGE, ANVERS, DIXMUDE, YSER, MERCKEM, STADENBERG et LA LYS.
Les régiments sont remobilisés en août 1939.

Les casernes et urbex

photo Michel Veriter
L’armée y ajoute encore de bâtiments en 1955. C’est une architecture fonctionnelle avec une structure en béton armé, toits plats, parements en brique orange, larges baies horizontales. Les Cahiers de l’Urbanisme de décembre 2007 laissaient encore miroiter une  reconversion. En attendant s’est ajouté une nouvelle couche patrimoniale : ces bâtiments sont devenues un haut lieu del’urbex, remplies de grafs et de tags jusqu’au dernier étage.
Il y a aussi quelque part l’enseigne du " 28th General Hospital US Army" qui remonte à l’offensive Von Rundstedt.
D’autres grafs plus anciens retracent la vie quotidienne du "plouc" comme on appelait ces soldats d'infanterie. Les cachots se trouvaient a l'entrée près du corps de garde. Un soldat au 123ttr en 69, barman au mess sous-off et coiffeur, signale que son nom est inscrit sur le mur du cachot à côté de Roger Claessen et Nico Dewalque. En 2015 cette légende du Standard se retrouve de nouveau sous les verrous, à 70 ans, pour faillite frauduleuse, faux et usage de faux et fraude à la TVA.

L'Enclos du Bastion et les tombes des fusillés

tourelle d'angle de la prison Saint-Léonard. Photo Philippe HAMOIR
Dans le bastion n° 1 a été aménagé l’enclos des fusillés. En 14-18 les allemands transféraient les condamnés à mort de Saint Léonard à la Chartreuse pour y être fusillés.
Le Monument du Fusillé se trouvait au départ sur une tourelle d'angle de la prison Saint-Léonard, en hommage à la cinquantaine de résistants du réseau « La Dame Blanche » fusillés entre 1915 et 1918. 
Complété en 1923 par un relief dû à Oscar BERCHMANS, la stèle fut transférée au bastion de la Chartreuse à la suite de la démolition de la prison en 1982.
A plusieurs reprises des éléments en bronze ont été volés. Il n’y a pas que des promoteurs immobiliers sans scrupules… Et le Monument du Fusillé a aussi été la cible d’adeptes de paintball. Depuis, un arrêté de police interdit ces jeux paramilitaires sur le site.

Les Chartreux

Nous contournons le fort côté bastions pour descendre la rue de la Charité pour admirer les beaux restes de la Chartreuse qui a donné son nom au site. En 1357, le prince-évêque Engelbert III de La Marck offre le site aux Chartreux. Mais c’est un cadeau un peu empoisonné : le monastère est souvent occupé militairement. Dans les périodes de calme, les moines reviennent. Une gravure de 1738 de REMACLE LE LOUP a comme titre : ‘plan et élévation de la. chartreuse comme elle sera. Achevée’.
En 1797, la République vend les biens du couvent au citoyen Lecoulteux-Canteleu qui fait  démolir  l’église pour vendre les matériaux. Le préfet de l’Ourthe lui octroie aussi en 1801 la concession de toutes les mines de la Chartreuse pour 50 ans, une surface de 12 km2. C’est une superficie énorme pour l’époque. Et c’est aussi la toute première concession charbonnière en Belgique.
En  1820,  les  frères  Begasse  installent leur  fabrique  de  couvertures dans ce qui reste du Couvent. Ils déménageront à  Sclessin (les couvertures Sole Moi qui deviennent en 2001 Nordifa).
La  communauté  des  Petites  sœurs  des  pauvres accueille à la Chartreuse de  1853 à 2003 jusqu’à 250  vieillards. Le site est vendu au groupe immobilier Coenen qui se rend compte qu’il reste 60 petits appartements qui se louent entre 250 et 350 euros. Willy arrange ça : en mai 2007 il signe un arrêté d'inhabitabilité pour raison de sécurité, sur une base assez loufoque (superficie insuffisante par rapport aux normes).
Coenen découpe le site en quatre. En 2010 Vulpia y construit une maison de repos de 195 chambres. Monument Real Estate NV & Vulpia Real Estate n’y vont pas de main morte par rapport au permis d’urbanisme. Cela ne freine pas l’Intégrale à racheter le site.

L’Arvo restauré

L’Arvo avait une fonction militaire, à l’époque de Jean de Flandre. C’est pourquoi, lors d’une restauration récente, on y a ajouté des meurtrières. Avec les  Chartreux, l’arvô acquiert une fonction utilitaire. Les moines se retrouvaient avec des terres bien exposées sur le coteau dont une grande partie était séparée de leurs bâtiments de ferme par cette route encaissée qui menait de Liège à Herve. Aussi, en 1381, le prince-évêque les autorisa à construire, à leurs dépens,  un pont pour le passage du charroi et du bétail à leurs terres.
L’Arvo actuel date du 17ième. Selon l'analyse dendrochronologique , l'arbre constituant l'entrée a été abattu entre 1594 et 1604, celui formant le linteau a été coupé après 1656 (source : Laboratoire de dendrochronologie de l'université de Liège).
En 1988 nait l'ASBL Parc des Oblats. Ces pionniers ont joué un grand rôle dans la sauvegarde du site. Ils ont voulu créer une Fondation Chartreuse-Oblats, avec des partenaires privés et publics, qui auraient acquis le site. S’ils n’ont pas atteint le but initial, ils ont réussi à  acquérir l'arvô et a le restaurer.

Mes autres blogs sur la Chartreuse

http://hachhachhh.blogspot.be/2018/02/37ieme-balade-sante-mplp-la-chartreuse.html
http://hachhachhh.blogspot.be/2017/12/chartreuse-une-nebuleuse-autour-de.html
http://hachhachhh.blogspot.be/2017/12/le-patrimoine-religieux-immateriel-et.html
photo Guilleaume Mora-Dieu Green Window



samedi 30 mars 2019

Les licières de l’atelier de tapisserie « Arts en couleurs » de la Préalle perpétuent une longue tradition


Nous avons à la Préalle un atelier de peinture et tapisserie dynamique « Arts en couleurs » animé par
Kader Bendjabbar (les mardis et jeudis de 9h à 13h.). Arts en couleur prépare actuellement une expo de tapisserie qui se tiendra au Centre Culturel. Des travaux magnifiques et originaux. Un aspect qui mérite d’être mentionné est qu’elles n’utilisent que des matériaux de récupération : elles n’on pas encore dépensé un euro pour leurs fils de laine…
Nos ‘licières’ (ou licier, parce que Kader tisse aussi) font des œuvres très modernes, mais perpétuent en même temps une longue tradition.  
Le lissier (parfois orthographié licier, au féminin lissière ou licière) prépare le carton de sa tapisserie à partir d’une œuvre mise à l’échelle voulue, choisit ses couleurs (échantillonnage), prépare son métier (de haute-lisse ou de basse-lisse) et monte sa chaîne, avant de commencer à tisser les motifs du carton.
La haute lice est exécutée sur un métier vertical. Le licier écarte les fils pour voir le carton placé sous les fils en basse lice ; en haute lice, il use d'un miroir car le carton est placé derrière lui. Au départ, des fils de chaîne de laine écrue, qui constituent la matrice, sont tendus sur des rouleaux appelés ensouples. Ils sont recouverts au fur et à mesure du tissage par des fils de trame, qui apportent le dessin et les couleurs. L'exécution peut se faire à plusieurs mains. Elle est longue et minutieuse. Pour exécuter la trame, le licier actionne des pédales, qui séparent la nappe de fils de chaîne en fils pairs et impairs, permettant le passage d'une navette avec son fil. Ce passage s'appelle une passée. Il y a autant de navettes qu'il y a de couleurs. Le licier peut procéder à des effets : le battage, sorte de hachure qui permet de faire des dégradés de couleur ; le relais, sorte de coupure entre deux zones de couleur. Le travail effectué s'enroule au fur et à mesure sur l'ensouple. Une fois achevé, on déroule l'ouvrage.
La tapisserie de Bayeux, grandiose pièce historique de 70 mètres de long qui narre l'invasion de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant au IXième siècle, est injustement appelée tapisserie car c'est en réalité une broderie, exécutée « aux points d'aiguille ». La broderie est connue depuis des temps immémoriaux, contrairement à la tapisserie, plus complexe à mettre en œuvre, et dont le démarrage se situe à la fin du Moyen Age.

Edmond Dubrunfaut, à la base d’un renouveau de la tapisserie dans l’après-guerre

Dubrunfaut Les Quatre Ages de la Vie
Il faudrait peu-être les amener un jour au Musée de la Tapisserie à Tournai, inauguré en 1990.
A la base de ce musée, Edmond Dubrunfaut. Le renouveau de la tapisserie à Tournai dans l’après guerre, c’est lui.  Le Musée de la Tapisserie accueille des collections permanentes constituées de prestigieuses tapisseries anciennes des XVe et XVIe siècles, à côté d’œuvres plus modernes que l’on doit notamment à Dubrunfaut, Somville et Deltour, du collectif "Forces Murales", et des œuvres  surprenantes de certains créateurs contemporains.
Un atelier de restauration permet au public de découvrir le travail lent et minutieux de préservation de la fibre. Les licières travaillent à la réalisation de commandes privées ou publiques. Ces travaux sont exécutés à la main sans aucun moyen mécanique,
Le Crecit, Centre de recherche d’essais et de contrôle pour l’industrie textile organise des visites guidées sur 3 axes : la teinture de la laine, le travail des licières sur des métiers de haute lice et la restauration de tapisseries, tapis ou recouvrements de fauteuils. 4 000 nuances de couleurs ont déjà été teintées ici !
Tournai héberge aussi le Centre de la Tapisserie, des Arts Muraux et des Arts du Tissu de la Fédération Wallonie-Bruxelles (TAMAT), garant de la sauvegarde et de la préservation du patrimoine tapisserie-textile issu des collections de la Ville de Tournai, de la Province de Hainaut et de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Le TAMAT a également des ateliers de recherches où des boursiers viennent travailler dans une liberté artistique totale.

Les tapisseries de la cathédrale de Tournai et la haute lice

Tournai fut, aux XVe et XVIe siècles, l’une des principales villes licières du pays. C'est à un licier d'Arras- qui était le lieu de fabrication le plus important d'Occident dans les premières décennies du xye siècle - que Toussaint Prier, chanoine de Tournai, s'adresse pour faire exécuter les tapisseries de la cathédrale, achevées en 1402 et consacrées à la vie des deux saints patrons: Piat et Eleuthère. Plus tard, Tournai arrache à Arras sa profitable clientèle. Jusqu'à ce que Bruxelles vienne lui ravir la suprématie, à la fin du siècle, c'est à Tournai, devenu le plus grand centre de la tapisserie, que s'adressent les principaux clients d'alors et d'abord le plus fastueux mécène du temps,
Dubrunfaut, un des fondateurs des ‘Forces Murales’, à côté de Roger Somville et Deltour, connaissait l’antique tapisserie dans la cathédrale de Tournai. Pour le groupe Forces Murales, créé en 1947, la tapisserie permet de placer l’art « là où passent et vivent les hommes ».  Le trio met sur pied deux ateliers à Tournai (Leroy, fin 1942 et Taquet, en 1945).
Leur premier projet est  le centre de Rénovation de la tapisserie : «la tapisserie a été le compagnon le plus quotidien de l’homme ».   Mais bien vite le groupe doit se rendre compte que ce compagnon le plus quotidien de l’homme n’échappe pas non plus aux forces du marché. Les lissiers http://www.institut-metiersdart.org/metiers-d-art/textile/lissier de la coopérative atteignent une production moyenne journalière de 5,82 dm2. On peut se faire une idée du prix d’un tapis…
La première – et seule - grosse commande de trois cents mètres carrés vient de Spaak, à cette époque Premier ministre et ministre des Affaires Etrangères, pour les ambassades belges à l’étranger. Somville explique: « cette commande était le résultat de difficiles tractations entre le Conseil Economique Wallon et le Ministère des Affaires Etrangères : nous donnions du travail à des handicapés professionnels, et nous recevions en échange de cet effort sur le plan social, les 300 mètres carrés de tapisserie murale pour un Centre de Rénovation et une Coopérative de production. Je donnais des cours de dessin et d’histoire de l’art à des ouvriers et des ouvrières âgés de 30 à 60 ans qui n’avaient jamais dessiné, ni bien souvent dépassé le stade des études primaires. Ces lissiers firent un effort merveilleux. Malheureusement, au bout de trois années de luttes, notre Coopérative se trouva confrontée à d’énormes problèmes financiers et fut mise en faillite. Les lissiers avaient reçu leur salaire, mais les trois peintres-cartonniers ‘bénéficiaient’ des déficits accumulés par la Coopérative».
Notre trio se tourne alors vers les fresques, une technique moins coûteuse et plus rapide à exécuter.
Ce qui n’empêche pas Roger Somville de réaliser encore en 1963  Le Triomphe de la Paix, une tapisserie monumentale de 80 m² qui décore un temps le Palais de l’OTAN à Paris,  et qui aujourd’hui est à la Commission Européenne à Bruxelles.
Pour Dubrunfaut, la tapisserie reste l’un de ses modes d’expression privilégié. Il dessine entre 1937 et 2006 quelques 800 cartons pour plus de 5000 m2 de tapisseries tissées, dont 60 forment le cycle « Les temps de l’homme ».
En 1979 il crée avec Norbert Gadenne la Fondation de la Tapisserie, des Arts du Tissu et des Arts muraux de la Communauté française. Il est membre fondateur du Domaine de la Lice en 1981. Et en 1985 il a l’occasion d’installer à la stationde métro Louise «La terre en fleur», une tapisserie, céramique et tôle d’acier émaillée vitrifiée. C’est une œuvre prophétique. Des décennies avant l’appel d’Al Gore, l’artiste part d’une recommandation de l’UNESCO: «Sauvons les espèces, une grande menace plane sur la nature, les animaux, les arbres, les plantes,...». Il déploie une riche décoration végétale et florale qui intègre l’homme et l’animal en liant tendrement tous les signes de vie entre eux. Edmond Dubrunfaut a fait don à l’IHOES de plus de 330 œuvres, dessins, de lithographies, d’aquarelles, de cartons de tapisserie et de peintures créées entre 1945 et 1999.