mercredi 16 octobre 2019

52ième balade-santé MPLP Herstal : un siècle d’histoire du logement social sur 500 mètres, au Tribouillet (Thier à Liège)


Notre 52ième  balade-santé MPLP Herstal du 10 novembre 2019 reprend grosso modo une balade de 2013, au Tribouillet, Thier à Liège. Mais ma petite-fille Inès nous fera découvrir aussi le géocaching : le géopositionnement par satellite (GPS) permet de rechercher des géocaches.

Ce quartier du Tribouillet offre un beau condensé d’un siècle de logement social. Le noyau le plus ancien est la cité jardin de 1920. En 1930 on construit autour de ce noyau presque 200 logements dans le cadre d’un concours d'habitations à bon marché. Les initiateurs étaient les membres belges des Congrès Internationaux d’Architecture Moderne (CIAM) et son antenne local le groupe l’Equerre.  Après la deuxième guerre la CECA y construit les maisons ‘Thirifay’. Et, cerise sur le gâteau, dans les années ’80, l’architecte Pierre Arnould et l’ingénieur René Greisch construisent rue Renardi et rue Chapeauville une série de maisons qui sont un top de l’habitat social de la fin du XX° siècle à Liège (avec la cour Saint Antoine de Charles Van den Hove, en Hors Château). Enfin, au milieu des années 1990, on construit un ensemble de logements sociaux et moyens rue LAVANISTE VOIE.
Départ à 10h pile devant le CENTRE COMMUNAL DE JEUNES DU THIER-A-LIEGE, Boulevard Ernest Solvay, 302,  LIÈGE. Nous avons aussi notre  rendez-vous habituel à 9h30 devant notre Maison Médicale Médecine Pour le Peuple, Avenue Francisco Ferrer 26, à Herstal, d’où nous partons en covoiturage au Thier à Liège.

Le géocaching

Le géocaching utilise le géopositionnement par satellite (GPS) pour rechercher des caches, en général un petit contenant étanche avec un registre des visites et parfois un trésor. En 2017, 3 millions de géocaches ont été répertoriées dans 222 pays sur le site Geocaching.com, dont une dans la Station spatiale internationale. La cache correspond en général à un endroit choisi par son créateur pour sa valeur géographique (la promenade à effectuer pour trouver la cache ou la vue à partir de celle-ci), historique, culturelle, scientifique ou sentimentale. Cache In Trash Out est un rassemblement de géocacheurs où les participants se concentrent sur le ramassage de déchets. Les participants du géocaching utilisent, comme les internautes, de nombreux acronymes, par exemple TNLN (Took Nothing Left Nothing) et son pendant francophone RPRL (« Rien Pris Rien Laissé »), ainsi que TFTC (Thanks For The Cache), en français MPLC(« Merci Pour La Cache »). DNF (Did Not Find) signifie que l'on n'a pas trouvé la cache. Il y a des géochercheurs ou géotrouveurs. Ne vous tracassez pas pour le smartphone : c’est Inès qui nous mènera près de la cache…
Un exemple d’une cache archivée, parce que trop souvent enlevée par des personnes que cela semble déranger : L’Eglise Saints Victor et Léonard, au Thier-à-Liège. Voici, en guise d’apéro, la description de la géocache archivée: « L'église Saints Victor et Léonard est de style néogothique (Architectes : Hubert  Froment et Clément Léonard). Première pierre 1903, construite en moellons des carrières de l'Ourthe de même que le presbytère et les maisons voisines. Vitraux de Osterrath jr.
Observer aussi les maisons de la rue de l'Ermitage qui montrent divers ornements et tourelles, dont la maison Erpicum (famille Tombeur de Havay). L'avenue en face de l'église fait référence à un ancien résistant (D Lambrecht), la rue qui longe l'église aussi (W. Dewé). Saint Léonard était le patron des prisonniers. St Victor fait référence à Mgr Doutreloux qui a permis la fondation de l'église (Source : histoire et anecdote du thier-à-Liège - groupe expo 2000) ».

Bientôt des prescriptions de sport à la place des médicaments?

On est dans une balade santé. En avril de cette année une proposition de résolution a été proposée au parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles visant à assimiler l’activité physique régulière à un outil de santé publique. Sortir de chez le médecin avec une prescription d’activité physique? Selon un rapport de l’OMS, seuls 36 % des Belges pratiquent une activité physique régulière. Selon l’OCDE,  18,6 % de la population belge âgée de plus de 15 ans était en surpoids. La résolution déposée au parlement veut promouvoir le « sport sur ordonnance ». Son principe ? Encourager les médecins à remplacer un médicament par une activité physique, ou du moins à prescrire cette dernière en complément de certains traitements. L’idée e a été lancée en 2012 à Strasbourg avant de s’étendre à une cinquantaine d’autres villes de France où la prescription de « sport sur ordonnance » dispose aujourd’hui d’un cadre législatif.
l’ASBL Sport sur ordonnance chapeaute le projet en Wallonie. «Une brochure d’information fait office de prescription médicale symbolique que les médecins peuvent remettre à leurs patients pour les rediriger vers l’ASBL Sport sur ordonnance. En six mois, le programme compte déjà une quarantaine de personnes inscrites », affirme l’échevin en charge du Sport à Ottignies-LLN.
Malheureusement, la proposition n’a pas (encore) abouti… (Le Soir 23/04/2019).


lundi 30 septembre 2019

Le Master Plan pour les Acec et le chauffage urbain


Le projet de chauffage urbain est une des pièces maîtresses du Master Plan pour la friche des Acec. Récupérer de la chaleur ‘fatale’ est important pour le climat. La chaleur fatale est l’énergie résiduelle qui sort des turbines d’Uvélia. Or, récupérer cette énergie est plus complexe que je ne le pensais. Et ceci n’est pas un argument pour ne pas investir dans le chauffage urbain. Mais plutôt pour le faire dans un autre cadre. Le réchauffement climatique est un enjeu trop sérieux pour être instrumentalisé pour ‘verdir’ des projets immobiliers…

En résumé

D’abord, la transition écologique sera sociale ou ne sera pas. Or, dans beaucoup de projets de chauffage urbain la dimension sociale est absente. Pour amortir un investissement qui s’avère plus lourd que je ne pensais, il faut des clients. Très souvent, on offre des conditions intéressantes aux promoteurs privés, et on compense en faisant payer les locataires sociaux qui n’ont pas le choix de se connecter ou pas.
Le chauffage urbain semble à première vue une évidence. Comment on n’y a pas pensé avant ? Mais on y a pensé avant, et ça a foiré. Seraing a abandonné en 1996 son chauffage urbain. Un haut-fourneau était censée chauffer différents bâtiments publics ou logements sociaux. Et à Droixhe, les contentieux relatifs aux factures de chauffage ont été un véritable problème pendant des années
Il est vrai que le chauffage urbain a énormément évolué les dix dernières années. Certes, mais pas dans le sens de simplification. Le renouveau de ces dernières années est basé sur les énergies de récupération, dites « fatales ». En France, la chaleur provenant de l’incinération des déchets ménagers se trouve, en 2014, en deuxième position des sources d’énergie distribuées par les réseaux de chauffage urbain. Le sidérurgiste que je suis a été évidemment aussi intéressé à la chaleur des minerais pour chauffer la ville de Dunkerque . Au début des années 1980, Dunkerque récupère la chaleur fatale chez Usinor. En 2006, on envisage une deuxième récupération chez ArcelorMittal. Cette fois-ci, les négociations sont plus complexes. Le nouveau contrat prévoit des exigences de restitution ou remboursement des équipements en cas d’arrêt de l’installation. En 2015, on bute sur l’impossibilité de connaître le devenir des entreprises privées au-delà du temps de remboursement des investissements.
On évolue vers une diversification des fournisseurs de chaleur, parce que le contexte économique évolue de plus en plus vite.
Du côté clients, les bâtiments publics et les piscines restent évidemment les premières cibles, mais les principes de bonne gouvernance interdisent de leur imposer des contrats. Cela vaut encore plus pour les promoteurs immobiliers, voire des partenaires comme des sociétés d‘industrialisation. 
Et puis, il y a l’adéquation de l’offre et la demande clients- fournisseurs. La demande d’énergie thermique est très variable au cours de la journée et en cours d’année. Dans les réseaux de chaleur urbains, la puissance moyenne consommée sur l’année représente environ 18 % de la puissance maximale appelée. On cherche alors à utiliser ces réseaux pour produire du froid. Un réseau de froid est comme un réseau de chaleur qui fonctionne en sens inverse . L’idée est bonne, et permet de valoriser le lourd investissement dans le réseau urbain chaud-froid tout au long de l’année. Le problème en Wallonie est qu’au niveau législatif rien n’existe encore qui rendrait obligatoire le raccordement
La tendance aujourd’hui est de descendre en dessous des 100°. Oui, mais cela amène une nouvelle contrainte. La capacité du système doit être dimensionné en fonction du nombre de clients.
Concernant le projet de chauffage urbain à Herstal, on peut se demander comment ce mini-réseau dont le financement FEDER ne couvre que la partie Acec et les environs pourrait évoluer vers un réseau de 40 kilomètres. Soit on le dimensionne à ce mini-réseau, soit on repart d’Uvélia avec une conduite plus grosse vers le centre et Liège. L’extension sera un partenariat public-privé. Le budget prévu pour cette seconde phase atteint 30 millions d’euros,  une estimation qui me semble basse.
L’évolution la plus spectaculaire point de vue chauffage urbain est la « valorisation » des déchets. Je ne crois pas que ce combustible est en soi plus économique que les combustibles ‘carbonés’. En France le chauffage urbain a eu un boost en 2009 avec le Fonds Chaleur. Au Royaume-Uni, en Italie, au Danemark, en Irlande ou en France  existe un certificat d'économies d'énergie. Rien de tel chez nous
Le chauffage urbain herstalien monte les marches de Cannes
Cinq candidats ont répondu à l’appel d'offres pour les Acec : Véolia, TPF,  Engie, EDF et Coriance qui a  eu le contrat. Ils veulent avoir un pied dans la porte de ce marché potentiel. Mais, à la différence de la France, les incitants ont pratiquement inexistants.
 Récupérer cette énergie fatale me semble un enjeu important pour la transition écologique. Mais il faut que cette transition soit sociale. Je termine avec les positions du PTB sur le chauffage urbain : « grâce aux réseaux de chauffage urbain, nous récupérons la chaleur résiduelle des industries qui, à l’heure actuelle, est simplement rejetée dans l’atmosphère. Nous obligerons les entreprises à faire des investissements en faveur des économies d’énergie et à basculer vers une économie circulaire. La transition vers 100 % d’énergie renouvelable implique la nécessité d’un réseau énergétique entièrement nouveau. Nous mettons donc les différents réseaux d’énergie entre les mains du public et les transformons en un réseau intelligent, un réseau à commande numérique qui fait correspondre l’offre et la demande.  Nous introduisons des objectifs contraignants pour rendre l’industrie neutre au niveau climatique d’ici 2040".

Combien la calorie pour les clients ‘captifs’?

D’abord, la transition écologique sera sociale ou ne sera pas. Or, dans beaucoup de projets de chauffage urbain la dimension sociale est absente. Pour amortir un investissement qui s’avère plus lourd que je ne pensais, il faut des clients. Très souvent, on offre des conditions intéressantes aux promoteurs privés, et on compense en faisant payer les locataires sociaux qui n’ont pas le choix de se connecter ou pas. A titre d’exemple quelques extraits d’un communiqué de 2017 de l'association   la mise en place d’un système de chauffage urbain par Coriance, le même concessionnaire qu’à Herstal : « A Clermont Ferrand, le chauffage urbain était censé induire une baisse des coûts du chauffage : il a au contraire entraîné une hausse moyenne de la facture de 27 % sur 4 ans. À Grenoble la municipalité avait signé avec un prestataire privé un contrat très désavantageux pour les usagers. À Paris, le chauffage fait l’objet d’un contrat de délégation où c’est l’entreprise qui fixe le tarif et non la collectivité. D’autres situations ont été relevées par l’agence du contrôle du logement social (Ancols). Ainsi, les 4.700 logements du bailleur social Mâcon Habitat équipés en chauffage urbain payent deux fois plus cher ce service que les autres locataires du bailleur. A Clichy les particuliers ont connu une hausse de tarif plus de quatre fois supérieure à la hausse de tarif des abonnés ‘bâtiments public. À Bobigny, les 10.000 logements reliés aux systèmes de chauffage urbain payent environ 20 % trop cher car ce service finance d’autres activités de la municipalité. Dans le parc HLM d’Ile-de-France le chauffage urbain est près de 50 % plus cher que la moyenne du chauffage collectif de ce même parc. Le développement du chauffage urbain a amené à des projets qui n’étaient pas viables car engageant trop peu de volumes de consommation. Ils manquaient donc d’économies d’échelle. L’équilibre économique n’est pas atteint et les usagers doivent en assumer un surcoût d’autant plus important qu’un nouvel abonné ne se raccorde pas étant donné que le tarif de départ est prohibitif ».
Je signale que CLCV, comme moi, considère le chauffage urbain comme une solution d’avenir.
 A Cergy-Pontoise aussi, le maire Philippe Houillon s’inquiète de la future grille tarifaire de Coriance : «l'élément de tarif R 1 (NDLR facturé sur la base des MWh consommés) baisse, mais le R 2 (comprenant le coût des prestations et le renouvellement des installations) non! Finalement cela fait une augmentation conséquente de la tarification ! » « Finalement, le tarif moyen n'augmentera pas, promet Dominique Lefebvre, Président de la Communauté d'Agglomération de Cergy-Pontoise. « Le nouveau système incitera aux économies d'énergie, car les habitants verront le résultat sur leur facture, ce qui n'est pas le cas actuellement

Les contraintes du chauffage urbain

Le chauffage urbain semble à première vue une évidence. Comment on n’y a pas pensé avant ? Mais on y a pensé avant, et ça a foiré. Seraing a abandonné en 1996 son chauffage urbain, un investissement de... 360 millions ! Une turbine à la sortie d'un haut-fourneau de Cockerill était censée chauffer différents bâtiments publics ou logements sociaux. Ce chauffage serésien a fonctionné une dizaine d'années seulement. En 1991, 260 logements s'étaient retrouvés sans chauffage en décembre  (Le Soir 12/06/1996 ).
Et à Droixhe, les contentieux relatifs aux factures de chauffage ont été un véritable problème pendant des années. La calorie fournie par  la centrale électrique coûtait chère en raison des déperditions de chaleur. Certains locataires payaient un loyer social de 100 à 125 euros et une facture de chauffage de 250 euros ! Ce problème a été « résolu » avec l’arrêt de la centrale en 1995. Une cogénération (c'est-à-dire trois moteurs à gaz) alimente en chaleur les 15 immeubles (1.800 logements sociaux) de Droixhe. Désormais, il y a un système individuel de comptage du chauffage. Mais avec ça les problèmes n’ont pas disparus. En 2012, il faisait 12° dans la tour "Match" à Droixhe. Les locataires ont dû installer un chauffage d'appoint. En 2009, la Filiale Immobilière Publique avait pourtant investi 2 millions et demi d'euros pour remplacer le chauffage. Selon Maggy Yerna, échevine du logement à l’époque, il n'y avait pas de panne au niveau du chauffage mais peut-être une « inadéquation » entre le fonctionnement habituel et les températures à l'extérieur. Le problème d'eau chaude de distribution était lui lié à une panne, récurrente, qui témoigne, comme le problème de chauffage, d'un défaut de conception du système (sources Le Soir 7/10/1999 et 16/2/2004, RTBF9 février 2012).

Le chauffage urbain : un secteur en pleine évolution

On me répondra – à juste titre – que le chauffage urbain a énormément évolué les dix dernières années. Certes, mais pas dans le sens de simplification. Je viens de signaler le problème d’une facturation socialement équitable : de ce point de vue là, la situation s’est encore compliquée. Là où à Droixhe on avait un contact direct entre Electrabel et la Maison Liégeoise, on a aujourd’hui un paquet de « partenaires »,  avec des gestionnaires de réseau qui se sucrent.
Certes, le chauffage urbain existe depuis plus d’un siècle. Mais on n’est plus dans le même registre aujourd’hui. New York par exemple a toujours son réseau à vapeur centenaire qui pose d’ailleurs pas mal de problèmes. Mais ces réseaux tendent à disparaître. Nos gourous du citymarketing font pourtant allégrement l’amalgame, au Mipim, à Cannes. Grégory Radisson, de Coriance, choisie pour notre futur réseau de chauffage urbain, y déclare au Mipim qu’un des plus anciens réseaux du genre existe encore à New York, il date du XIXe siècle et est toujours en activité. À Cracovie, il existe un réseau de 300 km (La Libre Belgique  13 mars 2019).  Certes, il ne ment pas, mais il omet de dire que ces réseaux n’ont plus grand-chose à voir avec les systèmes dont on parle aujourd’hui. Encore dans les années 1960 et 1970 les réseaux de chauffage urbains étaient associés à l’image négative des grands ensembles.

Un renouveau basé sur les énergies de récupération

Le renouveau de ces dernières années est basé sur les énergies de récupération, dites « fatales ». Michael Corhay, responsable projets auprès du Cluster TWEED (Technology of Wallonia Energy, Environment and sustainable Development) décrit très bien cette évolution sur le site 
En France, la chaleur provenant de l’incinération des déchets ménagers se trouve, en 2014, en deuxième position des sources d’énergie distribuées par les réseaux de chauffage urbain. Dans un paper « Structuration urbaine d’un réseau de chaleur et énergiefatale » (Flux 2017/3-4 (N° 109-110), pages 9 à 22) Zélia Hampikian évoque les incertitudes auxquelles sont confrontés les acteurs, avec notamment deux cas de réseaux de chaleur au Val d’Europe et à Dunkerque. Les pertes qui se produisent lors de la circulation de la chaleur sont importantes et la pose des tuyaux est coûteuse. A Val d’Europe, la commercialisation du réseau est laborieuse et l’infrastructure fonctionne uniquement grâce à la connexion du parc aquatique et d’une pépinière d’entreprises, mais est surdimensionnée : les tuyaux sont conçus pour un débit de 800 m3/h, ce qui correspond à une puissance de 10 MW, tandis que seulement 180 m3/h y circulent.

Le réseau de Dunkerque

Le sidérurgiste que je suis a été évidemment aussi intéressé à la chaleur des minerais pour chauffer une ville : le réseau de Dunkerque . Au début des années 1980, Dunkerque commande une étude pour évaluer quatre sources différentes, dont toutes, excepté la solution envisagée d’une chaufferie charbon, sont de récupération : gaz sidérurgiques, chaleur produite par la centrale thermique de Gravelines et « récupération de chaleur dans l’établissement dunkerquois de la société Usinor » . La récupération chez Usinor est retenue, complétée par la production d’une chaufferie fioul et de centrales à cogénération.
Usinor accepte sans que de nombreuses négociations ne soient nécessaires.
Plusieurs décennies plus tard, en 2006, face à la perspective de croissance du réseau, on envisage une deuxième récupération chez ArcelorMittal. Cette fois-ci, l’industriel demande de coupler le système à une installation de récupération de poussières afin de pouvoir amortir cet investissement sur les deux installations. Les négociations sont plus complexes. Alors que, dans le premier cas, l’industriel se souciait peu de l’arrêt de la récupération, dans celui-ci, elle influencerait directement son processus de production. Chaque acteur fait alors inscrire dans un nouveau contrat des exigences de restitution ou remboursement des équipements en cas d’arrêt de la fourniture ou de la récupération de chaleur.
Cette vision de la récupération comme une situation possiblement provisoire marque le début des réflexions quant à l’avenir du réseau et à sa dépendance à une source sur laquelle les acteurs du système énergétique urbain ont peu de contrôle. La démarche est en outre encouragée par l’importante diminution temporaire de la chaleur produite au sein des installations d’ArcelorMittal en 2008, en raison de la crise économique.
Alors que la compétence de gestion du réseau de chaleur doit être transférée à la Communauté Urbaine de Dunkerque en 2015, la Ville et cette dernière lancent une nouvelle étude relative au développement du réseau de chaleur à l’échelle de l’agglomération. L’objectif affiché est celui de prévoir, d’une part, l’extension du réseau à d’autres communes et, d’autre part, la diversification des sources d’approvisionnement.  Les sources de chaleur analysées par l’étude sont pour la plupart, de récupération. Elles proviennent ainsi d’autres industriels ou bien du centre de valorisation énergétique (CVE) de l’agglomération, équipement communautaire d’incinération de déchets produisant jusque-là uniquement de l’électricité.
L’étude met en garde contre l’impossibilité de connaître le devenir des entreprises privées au-delà d’une certaine durée et notamment au-delà du temps de remboursement des investissements. Ainsi, c’est en premier lieu le CVE qui est retenu pour la stabilité de son processus et le contrôle que la collectivité peut exercer sur ce dernier. En définitive, alors que la première récupération est basée sur une analyse purement technico-économique et qu’elle s’accompagne de relations vécues comme simples entre les acteurs, ces dernières se complexifient avec le temps, jusqu’à ce que chaque côté envisage la possibilité d’un arrêt ou d’une modification non contrôlée des conditions de l’échange. C’est le résultat de la généralisation d’une plus grande instabilité économique et industrielle à l’échelle mondiale.
Finalement, un accord a été trouve en janvier 2019: le doublement du réseau de chaleur urbain a été officialisé par la Communauté urbaine de Dunkerque, ArcelorMittal et Engie France BtoB. Fin 2020, l’équivalent de 3000 logements supplémentaires sera alimenté en chauffage et en eau chaude sanitaire grâce à l’énergie dégagée par les installations industrielles d’ArcelorMittal.

Plusieurs fournisseurs 

On évolue donc de plus en plus vers une diversification des fournisseurs de chaleur, parce que le contexte économique évolue de plus en plus vite. On l’a vu avec le fermeture de la centrale de Droixhe, ou du Haut-Fourneau de Cockerill-Sambre (même si là, le chauffage urbain a capoté avant la décision de fermeture). Pour le Master Plan des Acec, Uvelia n’est pas éternel non plus. D’ailleurs, juste à côté Intradel a déjà des fours à l’arrêt, à son ancienne unité de valorisation énergétique ( 2
four Kablitz
fours à grilles Kablitz et 2 fours rotatifs Laurent Bouillet). Les deux fours à grilles sont encore en bon état ainsi que les installations du traitement des fumées. On envisage les utiliser pour la valorisation énergétique de bois non recyclables (75.000 tonnes de bois par an ; Intradel dispose déjà d’un gisement de 30.000 t/an en provenance des parcs à conteneurs).
Certes, il y a aujourd’hui des centrales TGV à cogénération dans toutes les gammes de capacité. Mais pour les grosses centrales, l’avenir dépend d’une décision concernant la création d’une capacité de réserve. Ces centrales ne tourneront qu’en cas de pénurie et ne sauraient donc alimenter d’une manière stable un réseau de chauffage urbain. Et le besoin en chaleur doit être continu et à long terme : le rendement, côté production d'électricité seul, est plus faible avec une unité de cogénération qu'avec une centrale classique.
On évolue donc vers une situation avec plusieurs fournisseurs qui peuvent compenser l’arrêt chez un autre. La plupart du temps la production de cette chaleur fatale est la dernière de leurs priorités. Ils refuseront des contraintes point de vue fourniture d’eau chaude, en fonction par exemple de leurs cycles d’entretien, voire de pannes. Ce qui pousse à une augmentation d’échelle du réseau.

La disparition des clients captifs.

Du côté clients, on voit disparaître des clients captifs, avec les principes de bonne gouvernance qui s’imposent partout. Les bâtiments publics et les piscines restent évidemment les premières cibles, mais les principes de bonne gouvernance interdisent de leur imposer des contrats. Je serai curieux de savoir si on saurait par exemple imposer à la piscine de Herstal un raccordement au chauffage urbain.
Cela vaut encore plus pour les promoteurs immobiliers, voire des partenaires comme des sociétés d‘industrialisation.  En France des projets ‘faciles’, près de Disneyland, ont capoté parce que la société d’industrialisation a refusé d’imposer un raccordement aux investisseurs. Je ne m’imagine pas autre chose pour le site des ACEC, ou pour l’écovillage de Coronmeuse. Je vois difficilement la SPI+, partenaire dans le projet pour les Acec, imposer un raccordement au réseau de chaleur à des investisseurs potentiels.

L’adéquation de l’offre et la demande clients- fournisseurs

Et puis, il y a l’adéquation de l’offre et la demande clients- fournisseurs. SelonValorical,  pour assurer l’efficacité du réseau, il est indispensable de veiller à ce que les capacités de fourniture soient disponibles en permanence, d’où l’intérêt d’intégrer au réseau d’une part, l’hôpital CHR La Citadelle qui dispose de chaudières de réserve ainsi que, d’autre part, des chaufferies d’appoint et de secours (Valorical est un Groupement d’Intérêt Economique (GIE) regroupant l’Intercommunale de Traitement des Déchets ménagers Liégeois Intradel, la SA Urbeo Invest (Ville de Herstal) et l’asbl Liège Energie (Ville de Liège).
En plus, la demande d’énergie thermique est très variable au cours de la journée (le matin, fin de journée) et en cours d’année (été-hiver). Dans les réseaux de chaleur urbains, la puissance moyenne consommée sur l’année représente environ 18 % de la puissance maximale appelée. Pour rentabiliser l’outil et viser à une utilisation optimale de l’énergie, il est judicieux de rechercher les solutions qui permettent de valoriser l’énergie thermique lors de faibles appels de puissance du réseau, notamment au travers de partenariats avec des industriels.
Valorical estime les coûts d’investissement y compris les adaptations éventuelles sur les unités de valorisation existantes entre 75 et 120 millions d’euros (source : Valorical GIE : qui sommes-nous ?). Le quadruple des 30 millions avancés par Herstal Energie Verte…

Un réseau chaud-froid

Certes, il y a moyen d’utiliser ces réseaux pour produire du froid. Marc Schlitz, expert en environnement au service de la Cellule Stratégique de la Ville de Liège, propose, dans le cadre de Liège 2025, de développer unréseau urbain de chaleur et de refroidissement (projet N° 1279) : « Aujourd'hui, les progrès techniques amènent les nouveaux réseaux de 4ème génération capables de produire de la chaleur en hiver et du refroidissement en été».  Coriance et son concurrent Idex se
présentent d’ailleurs systématiquement comme des gestionnaires de réseaux chaud-froid. ENGIE aussi se positionne comme le leader mondial des réseaux urbains de froid, grâce à une prise de participation dans Tabreed, un acteur majeur des réseaux urbains de climatisation dans les pays du Golfe.
Un réseau de froid est un système centralisé qui fournit de l’eau glacée pour alimenter un circuit d’air conditionné. La présence d’une source d’eau à proximité du réseau peut permettre de se dispenser de tour de refroidissement dans la centrale. Cette technique dite du « free cooling » (refroidissement naturel) est utilisée par exemple par CLIMESPACE qui puise près de 50 % de ses besoins en froid dans la Seine pour le réseau parisien. Climespace dessert notamment le Louvre, l’Assemblée Nationale, la Banque de France, ainsi que de nombreux hôtels et grands magasins. Par rapport à un système d’air conditionné classique, ce réseau consomme 35 % d’électricité en moins, émet 50 % de CO2 en moins, a une efficacité énergétique supérieure de 50 % et réduit de 65 % la consommation d’eau.
Evidemment, les réseaux de froid disposent d’atouts par rapport aux systèmes de climatisation individuels : impact environnemental moindre, réduction des émissions de gaz à effet de serre, capacité à exploiter des énergies diversifiées (dont des sources renouvelables et de récupération), suppression des contraintes sur les bâtiments…
Un réseau de froid peut être vu comme un réseau de chaleur qui fonctionne en sens inverse . On y trouve une unité d’évacuation de la chaleur, un réseau avec un fluide caloporteur (en général de l’eau, dont la température se situe entre 1 et 12°C à l’aller, et entre 10 et 20°C au retour) et des sous-stations assurant la collecte de la chaleur dans les immeubles à climatiser.
La technique dominante dans les réseaux de froid en France est le compresseur (95% du froid urbain), avec rejet de la chaleur dans l’air ou dans l’eau. Les énergies renouvelables et de récupération ne représentent actuellement que 3% du bouquet énergétique des réseaux de froid. On compte 13 réseaux de froid en France, desservant 80000 équivalents-logements (894 GWh d’énergie finale). En Europe, ils ne représentent qu’entre 1% et 2% du marché du froid. Comme pour les réseaux de chaleur, la centralisation des équipements consommateurs d’énergie et sources de nuisances potentielles présente plusieurs avantages par rapport à des systèmes autonomes décentralisés. Les réseaux de chaleur utilisés pour la production de froid décentralisée sont moins contraignants en termes d’investissement initial, en revanche ils nécessitent que la chaleur soit produite à bas coût pour que le prix de revient du froid en sortie soit compétitif par rapport aux solutions alternatives. Plusieurs dispositions des lois Grenelle relatives aux réseaux de chaleur concernent également les réseaux de froid, notamment l’obligation d’étude d’opportunité de création ou raccordement à un réseau alimenté par des énergies renouvelables lors de nouvelles opérations d’aménagement, ou encore la procédure de classement permettant à une collectivité de rendre obligatoire le raccordement au réseau, dans certaines zones préalablement définies.
L’idée est bonne, et permet de valoriser le lourd investissement dans le réseau urbain chaud-froid tout au long de l’année. Le problème en Wallonie est qu’au niveau législatif rien n’existe encore qui rendrait obligatoire le raccordement et qu’à Liège il est exclu d’utiliser le refroidissement naturel avec l’eau de Meuse, aussi longtemps que Tihange utilise au maximum son autorisation d’augmenter la température du fleuve, surtout en période d’étiage, en été.

Des réseaux basse pression

La tendance aujourd’hui est d’abandonner des systèmes pressurisés, et de descendre en dessous des 100°. C’est ainsi qu’à Cergy-Pontoise Coriance préconise à passer tout le réseau en basse pression : « Passer d'une eau à 160 degrés à 90 degrés use moins les tuyaux, et si on doit intervenir pour réparer, cela refroidit plus vite. C'est un système plus souple ».
Oui, mais cela amène une nouvelle contrainte. La capacité du système est alors donnée par le diamètre des tuyaux et la vitesse de circulation. Le système doit être dimensionné en fonction du nombre de clients. Or, comme je viens de l’expliquer, la relation fournisseur- client captif tend à évoluer vers  une situation à plusieurs fournisseurs et une multitude de clients qui ont théoriquement le choix.

Un investissement de plus en plus lourd

Concernant le projet de chauffage urbain à Herstal, on peut se demander comment ce mini-réseau dont le financement FEDER ne couvre que la partie Acec et les environs immédiats (avec entre autres la cité de l’Europe) pourrait évoluer vers un réseau de 40 kilomètres. Soit on le dimensionne à ce mini-réseau, soit on repart d’Uvélia avec une conduite plus grosse vers le centre et Liège. Pourtant, c’est ce que Grégory Radisson, délégué régional de la société française Coriance, fait miroiter au Mipim : "Nous allons concevoir, construire et exploiter un réseau de chaleur de 40 kilomètres, le premier de Wallonie et plus grand du pays. Le réseau sera installé pour plus de 50 ans, un investissement total de 12,7 millions d'euros. Il bénéficie d'un soutien du fonds européen Feder de 5 millions d'euros et de la Wallonie à hauteur de 6,3 millions d'euros » (13/03/19 Trends Tendances).
Ici, il mélange à mon avis les pinceaux : ces 12,7 millions ne sont que l’amorce du réseau.
A l’occasion de la désignation du le groupement des sociétés françaises Coriance et Sepoc comme auteur de projet, Jean-Louis Lefèbvre est plus prudent et parle d’une « première boucle qui ira notamment jusqu’au site des ACEC. Par la suite, l’idée est d’étendre le réseau vers Liège et la Basse-Meuse ». Frédéric Daerden a moins de retenue. A la question « En quoi le projet de Herstal sort-il du lot? », il répond :  «par son ampleur. Le potentiel de développement est à l’échelle de l’agglomération; il peut s’étendre tant vers la ville de Liège que vers la basse Meuse».

Herstal Energie Verte ne couvre que Herstal

La constitution de  H.E.Ve (Herstal Energie Verte), en mars 2019 « traduit la concrétisation juridique finale pour la conception, la réalisation, le financement, le développement et l’exploitation du réseau de chaleur de Herstal ». H.E.Ve a un financement public. Contrairement à ce que Belfius prétend, Feder ne subventionne pas le projet à 90% , la Région Wallonne paye plus que la moitié, le solde étant apporté par Urbeo Invest.  
Mais l’extension (203 GWh d’énergie) sera revanche financée via un partenariat public-privé, réunissant la Ville, Intradel (intercommunale de traitement des déchets) et Coriance-Sepoc. Le budget prévu pour cette seconde phase atteint 30 millions d’euros (le budget de la 1ère phase étant de 12,7 millions d'euros ; ces 30 millions me semblent d’ailleurs une estimation basse).
 Le contrat avec Coriance ne couvre que les études permettant de définir le réseau puis les demandes de permis (un an). Les travaux devraient démarrer au printemps 2020 pour une mise en service à la fin de l’année 2021.
Mais dans son communiqué Urbéo prétend que Coriance est chargé d’exploiter le réseau étendu pendant vingt ans. Grégory Radisson, CEO de Coriance et Jean-Louis Lefèbvre, président d’Urbeo Invest et aujourd’hui maire de Herstal parlent  «des projections réalisées par Coriance pour une livraison de 203 GWh par an via un réseau de 40 kilomètres. Demain, le site des Acec sera relié, puis Herstal. Et sans doute Liège… » (La Libre Belgique  13 mars 2019).
Et, dans le même journal, Grégory Radisson, cette fois-ci attitré d’adjoint au développement (France-Belgique), déclare qu’il faut « d’abord créer une artère, une canalisation principale de Herstal vers Liège et, de cette colonne vertébrale, créer d’autres connexions ». 40 km, c’est un maximum ? “Après, il n’y a plus assez de puissance pour véhiculer la chaleur. Se pose alors la question de reproduire de la chaleur, mais c’est possible. Aujourd’hui, le coût d’installation reste plus important qu’une chaudière au gaz. Nous visons donc des copropriétés, de l’industriel… La première phase prévoit un réseau de 4.200 équivalents-logements. D’ici douze ans, nous aurons un réseau de 20 000 équivalents-logements.”  (La Libre Belgique  13 mars 2019).
Alors qu’on peut se demander où il trouvera ces premiers 4.200 équivalents-logements, il est sûr d’en avoir 20.000 d’ici douze ans ? En reconnaissant que le coût d’installation reste plus important qu’une chaudière au gaz. Comment convaincre alors ces nouveaux abonnés (très souvent de co-propriétés comme Néolégia et son éco-village de Coronmeuse) de s’abonner au réseau ? Pourquoi ces co-propiétés se compliqueraient-ils la vie en s’engageant (pour 50 ans !), s’ils peuvent équiper leur éco-village de turbines TGV moins chères et, certes, moins intéressant point de vue climat ?
On pourrait évidemment baisser l’investissement en profitant de l’installation du tram. A Dijon, par exemple, «la colonnevertébrale du réseau a été dessinée par le tram. Ce qui est logique puisque le tram et le réseau de chauffage ont un même objectif : servir un maximum d’habitants ». Le problème à Liège est que le tram et le réseau de chauffage n’ont pas un même objectif : servir un maximum d’habitants, puisqu’on est dans un PPP qui doit assurer un return à ses investisseurs privés...

La « valorisation » des déchets

L’évolution la plus spectaculaire point de vue chauffage urbain est la « valorisation » des déchets. Je ne crois pas que ce combustible est en soi plus économique que les combustibles ‘carbonés’, comme le charbon, le pétrole ou le gaz, malgré son prix bas (voire négatif : les communautés paient pour les brûler). Techniquement aussi, brûler les déchets est moins évident. Mais c’est surtout les primes environnementales qui font la différence. Pour ne pas alourdir mon analyse, je ne me suis pas penché sur les aspects écologiques de l’incinération des déchets, mais exclusivement sur la réglementation  de récupération de chaleur fatale.
En France le chauffage urbain a eu un boost en 2009 avec le Fonds Chaleur qui fait la promotion des réseaux de chaleur via l’utilisation des Energies Renouvelables et de Récupération (EnR&R), notamment certaines dont l’utilisation est quasi exclusive via les réseaux de chaleur : incinération des déchets, récupération de chaleur fatale. La Loi relative à la Transition Energétique pour la Croissance Verte (LTECV) y donne des objectifs élevés d’utilisation d’EnR&R par les réseaux de chaleur en 2030. Pour les atteindre, la quantité de chaleur qu’ils livreront devra être multipliée d’un facteur 2,3 par rapport à 2012. D’après Sia Partners, des investissements de l’ordre de 10Mds€ devront être réalisés pour développer les infrastructures nécessaires à cette augmentation, dont l’impulsion devrait venir du Fonds Chaleur. Ce fonds aide au financement des projets visant à atteindre un mix énergétique supérieur à 50% d’EnR&R. Les collectivités passent par une délégation de service public (DSP) auprès des grands acteurs du marché (Dalkia, Engie) ou des pure players (IDEX,
Coriance).  Dijon bénéficie par exemple de 6,4 millions d’euros au titre des Certificats d’économie d’énergie (CEE).  Un certificat d'économies d'énergie  veut encourager les économies d'énergie. En Europe, on trouve un tel dispositif au Royaume-Uni, en Italie, au Danemark, en Irlande ou en France. Le principe est d'obliger certains acteurs (les « obligés ») à réaliser des économies d'énergie et d'encourager les autres acteurs (les « non-obligés ») par l'obtention d'un certificat. Les obligés peuvent soit réaliser eux-mêmes les mesures d'économie d'énergie, soit acheter des certificats aux non-obligés, soit payer une surtaxe à l'État. En France, la pénalité est fixée à 0,02 €/kWh cumac (kWh cumulés actualisés) maximum et les certificats sont donc négociables sur le marché des certificats entre 0 et 0,02 €/kWh cumac.
Yves Lederer, Président du Groupe Coriance, qui a eu le contrat à Herstal, l’a bien compris: «Notre société est bien positionnée pour tirer parti des besoins croissants en matière de chauffage urbain généré à partir d’énergies renouvelables dans le cadre des processus d’appel d’offres. Notre production d’énergie renouvelable est passée de 34 % en 2012 à 60 % en 2015, en pourcentage de notre production énergétique totale.»
Et Jésus Olmos, co-responsable mondial des infrastructures chez KKR, joue en 2016 la même carte dans la recherche d’un repreneur pour Coriance : « nous jouissons d’une forte expertise reconnue pour aider les sociétés à s’adapter aux tendances et réglementations environnementales en plein changement, ce qui se trouve au cœur du succès de Coriance ».
Evidemment, un des problèmes pour les Acec est que chez nous il n’y a pas ces contraintes réglementaires, ce qui réduit leur ‘playfield’.

Qui est Coriance ?

Coriance était au départ dans le giron public. Fondée en 1998 par Gaz de France, Coriance exploitait les réseaux de chaleur et de froid. En 2006, suite à la fusion entre Gaz de France et Suez, la Commission européenne impose la cession de Coriance,  vu que cette fusion pourrait nuire à la concurrence dans les réseaux de chaleur en France. Depuis Coriance a changé de mains plusieurs fois. En 2008, le groupe italien A2A en fait l’acquisition. En 2012, Coriance est repris par ses managers, adossés à un fonds d’investissement (KKR Infrastructure). En 2016, First State Investments devient son actionnaire principal.
Coriance gère à ce moment-là 29 concessions de chauffage urbain en vendant l’électricité co-générée à Electricité de France.
La fine fleur des consultants intervient dans cette opération. KKR prend des conseils auprès de RBC Capital Markets, Clifford Chance, Simpson Thacher & Bartlett, KPMG, Poyry et Marsh. First State Investments loue les services de Lazard Frères, DC Advisory, Deloitte, Allen & Overy, Watson Farley & Williams, Atkins, E-Cube et Willis Towers Watson. First state n’a pas donné le prix, mais ça doit tourner autour d’un milliard d’euros. C’est un peu la tape dans ce secteur ;
Le troisième groupe français de chauffage urbain Idex est en 2018 valorisé à un milliard d'euros. Dans les candidats repreneurs Vinci avec son allié First State, le propriétaire australien du groupe Coriance, qui comptaient ainsi valoriser les synergies d’Idex avec Coriance (Les Echos 21/3/2018).  C’est finalement le fonds d'infrastructures Antin qui leur dame le pion. Financée par de la dette (LBO), l'opération valorise la société à un prix « plus proche de 1,5 milliard que de 1 milliard d'euros » (ces gens-là arrondissent au demi milliard d’Euros ; nous on râle parce qu’on arrondit à 5 eurocent). La transaction devrait ainsi figurer parmi les plus significatives de l'année sur le marché français des infrastructures
Idex aussi « accompagne à long terme les collectivités dans leurs projets de transition énergétique à travers l’exploitation de toutes les énergies du territoire : biomasse, biogaz, méthanisation, géothermie, etc. Idex gère 50 réseaux de chaleur et de froid à travers la France, notamment le réseau qui alimente en chaleur et en froid la Défense, à Paris.  Idex gère 9 usines d’incinération et de méthanisation. 15 projets de méthanisation sont en développement ou en exploitation ».

Cinq candidats pour l’appel d'offres pour les Acec

C’est ce qui explique que cinq candidats ont répondu à l’appel d'offres pour les Acec, même si, dans un premier temps, ce n'est pas un énorme réseau de chaleur qu'il s'agit de construire. Véolia dispose d'une très solide expérience. Après l'effondrement du bloc soviétique,elle a repris des chauffages collectifs dans plusieurs pays de l'est ;  le bureau d'ingéniérie TPF est actif aux quatre coins du monde ; Engie et EDF aussi ont soumissionné. C’est finalement le ‘pure player’ Coriance qui a  reu le contrat.
Vous me direz qu’avec un tel intérêt de la part de la crème des ‘players’ au niveau mondial, ce projet  ne saurait que réussir. Je ne partage pas cet optimisme. L’enjeu pour ce premier appel d’offres est pratiquement nul au départ. Ce qui compte pour eux est d’avoir un pied dans la porte de ce marché potentiel. Mais, à la différence de la France, les incitants ont pratiquement inexistants.
Vous me direz : il n’y a qu’à les créer ?

La chauffage urbain : un enjeu trop important pour régler en marge d’une promotion immobilière

Je crois avoir fait un premier tour de la problématique (ou le défi, si vous voulez) du chauffage urbain. Récupérer cette énergie fatale me semble un enjeu important pour la transition écologique. Il faut que cette transition soit sociale. Pas question de faire payer, indirectement, les locataires sociaux. Le chauffage urbain n’a plus grand-chose à voir avec les systèmes qu’on a connus auparavant. Cela ne nous évite pas de faire le bilan des avantages ET des échecs, comme le réseau de Seraing ou de Droixhe. Il y a incontestablement des progrès techniques. Mais ce progrès n’a pas simplifié les choses. Les contraintes d’aujourd’hui poussent à concevoir ces systèmes à une échelle plus grande, avec des taux d’amortissements plus longs. Et ceci dans un environnement économique où le prix de la calorie est de plus en plus aléatoire. Ce qui laisse de moins en moins de place à l’improvisation. L’enjeu est trop important pour faire ça en marge d’une opération de city-marketing. D’autant plus que le modèle économique même de ce chauffage urbain est de plus en plus lié aux primes liées à la valorisation des déchets (primes inexistants en Wallonie).

La nécessité d’un réseau énergétique entièrement nouveau.

Pour cadrer un peu tout ça, voici ce que dit le PTB sur le chauffage urbain dans son programme 2019 : "Grâce aux réseaux de chauffage urbain, nous récupérons la chaleur résiduelle des industries qui, à l’heure actuelle, est simplement rejetée dans l’atmosphère. Par exemple, les entreprises du port d’Anvers rejettent actuellement deux fois plus de chaleur que ce dont la ville a besoin en chauffage et en eau chaude sanitaire. Nous les obligeons à faire des investissements en faveur des économies d’énergie et à basculer vers une économie circulaire. De cette façon, nous réduisons encore davantage la consommation d’énergie de l’industrie.

La transition vers 100 % d’énergie renouvelable implique aussi la nécessité d’un réseau énergétique entièrement nouveau. Car en plus de l’électricité et du gaz, l’hydrogène et l’eau chaude deviennent également des vecteurs énergétiques importants. Les fluctuations de la production et du stockage de l’électricité doivent être maintenues en équilibre constant. Nous mettons donc les différents réseaux d’énergie entre les mains du public et les transformons en un réseau intelligent, un réseau à commande numérique qui fait correspondre l’offre et la demande".

Une utilisation rationnelle de l’énergie dans l’industrie

"Nous introduisons des objectifs contraignants pour rendre l’industrie neutre au niveau climatique d’ici 2040. Nous créons ainsi les conditions permettant à l’industrie de se convertir en un capteur plutôt qu’un émetteur de gaz à effet de serre à l’horizon 2050.  Grâce aux réseaux de chauffage urbain, nous récupérons la chaleur excédentaire émise par des industries pour répondre à la demande en chaleur d’autres industries et des habitations.
Les tours de refroidissement expulsent d’énormes quantités de chaleur dans l’air. Quel gaspillage d’énergie ! Or cette chaleur peut parfaitement être réutilisée. Par exemple, par des usines proches qui ont besoin de chaleur de haute qualité et qui, à l’heure actuelle, sont obligées de produire elles-mêmes cette chaleur à partir de combustibles fossiles. Ou par des zones résidentielles situées à proximité : les réseaux de chauffage urbain peuvent ainsi rendre superflues les chaudières à gaz et à mazout.
Le risque de tels investissements est trop grand dans le cadre du libre marché et cela ne garantit pas de retour économique certain. (Nous voulons) une banque d’investissement pour le climat. Les entreprises pourront bénéficier de ces nouvelles techniques pour respecter leurs normes d’émission, à condition de payer des redevances à la banque d’investissement pour le climat" (Programme PTB 2019 p.55-64).

PS  n’ai pas abordé ici la biométhanisation et la biomasse (valorisation énergétique de bois non recyclables); ça mérite un blog à part. Intradel dispose aussi de son ancienne unité de valorisation énergétique dont le reconditionnement en unité de biomasse est actuellement à l’étude (et en justice).

lundi 16 septembre 2019

51ième balade-santé MPLP Herstal : le Ravel-rail et la nouvelle passerelle de Vivegnis.


Notre 51ième  balade-santé MPLP Herstal du 13 octobre 2019  suivra le Ravel-rail (en gestation) de Herstal jusqu’à l’Esplanade de Saint Léonard. Nous inaugurerons de manière officieuse la nouvelle passerelle de Vivegnis. Départ à 10h pile de l’Esplanade de la Paix à Herstal. Nous avons aussi notre  rendez-vous habituel à 9h30 devant notre Maison Médicale Médecine Pour le Peuple, Avenue Francisco Ferrer 26, à Herstal, d’où nous partons en covoiturage à Coronmeuse.

L’Esplanade de la Paix

Sur l’Esplanade  de Coronmeuse, le promoteur Visimmo avoulu construire une haute tour de 26 étages. Le parking où nous nous trouvons aurait pu être un parc, avec des subsides de revitalisation urbaine. «1,25 million d'euros pour créer, à la place de l'esplanade actuelle, un grand espace vert,
expliquait à l’époque le bourgmestre (PS) Frédéric Daerden.  Visimmo prévoit un parking souterrain. Ça me paraît être un beau dossier, une réelle opportunité pour ce quartier de Marexhe qui est au cœur de notre rénovation urbaine. On aurait là un geste architectural, qui peut être très esthétique, pour marquer l'entrée de Herstal. Et on améliorerait en plus le cadre de vie avec l'espace vert.»
Ce projet de ‘tour infernale’ a été bloqué par la mobilisation des comités de gestion des deux immeubles de l'Esplanade et le comité de participation de Marexhe qui se sont réunis en un «Collectif pour la protection de l'esplanade de la Paix » (LM 16/1/2009)
Coronmeuse est aussi le lieu de l'Expo de l'eau en 1939. Cliquez ici pour le film de Philippe Ory et Albert Léonard; une bobine retrouvée dans une cave; sur la boite: "Expo'39",... en couleurs! Un événement qui marqua la fin de la belle époque...
Nous longeons le sentier qui devient plus loin la rue Pied des Vignes, pour prendre le tunnel cyclo- pédestre  construit par Infrabel pour remplacer plusieurs passages à niveau non sécurisés.

La Compagnie du chemin de fer Liégeois-Limbourgeois

en deux langues! photo P.Mahy
Nous suivons la ligne de la Compagnie duchemin de fer Liégeois-Limbourgeois, mise en service en 1865.  Elle desservait la FN et les Acec, la sucrerie de Liers, ainsi que les Charbonnages d'Abhooz et Bonne-Foi,  de la Bonne Espérance, Batterie, Bonne-Fin et Violette et la Grande Bacnure.
Au départ le projet prévoyait un chemin de fer de Tongres à Ans, passant par Glons, avec un embranchement vers Herstal et le faubourg Vivegnis, ainsi qu’un chemin de fer de Hasselt à Eyndhoven et à Maestricht. La ligne a joué plus tard un rôle important pour relier le bassin minier limbourgeois et le bassin industriel liégeois.
Trois de ses locomotives ont été fabriquées, en 1865, par  la Société St Léonard qui se trouvait là où il y a aujourd’hui La Braise. Nous passerons devant. Cette société n’a jamais été reliée directement au chemin de fer, or qu’elle se trouvait à un kilomètre de la gare de Vivegnis (gare terminus à l’époque. La ligne est reliée aux autres gares de la cité ardente en 1877. Le faisceau de garage de Vivegnis sera réimplanté à Liers, qui devint donc la tête de ligne. Liers perdra bientôt ce statut au profit de Kinkempois).
L'État-Belge rachètera le réseau en 1896 seulement.
Cette ligne est (encore) desservie en semaine par de trois à quatre trains dans chaque sens par heure, ce qui représente environ 160 dessertes journalières. Il faut environ cinq minutes pour accéder au centre-ville de Liège par le train. Le plan urbain de mobilité attache à juste titre beaucoup d’importance au Réseau Express LiégeoisMais ce n’est apparemment pas dans les priorités d’Infrabel. Voir mon blog https://hachhachhh.blogspot.com/2019/01/plan-urbain-de-mobilite-mobilite.html

Le Ravel Rail

Infrabel nous a asphalté (et sécurisé) un Ravel Rail. Nous avons sur notre droite la Ruelle des Renards, avec tout au début une maisonnette marquée au fronton ‘1923’ qui abritait le treuil de la mise à terril. Cette ruelle est un tronçon du Sentier des Terrils, 300 km, de Bernissart à Blegny-Mine.  Un peu plus loin plusieurs départs de sentiers menaient vers des jardins. Le dernier (assez  raide) permet l’accès à un sentier qui longe le Bernalmont et qui débouche dans la rue des Petites Roches. Juste après le treillis anti-éboulement une veine de charbon apparente, ou plutôt une veinette qui a quand même un nom: « Beguine » (parce que stérile, non exploitable). Une deuxième,  «Halballerie», est cachée sous le treillis. A la Bacnure cette veine a été exploitée à moins 227 mètres! Ces veines en affleurement, donc visible en surface, ont été repérées lors de la construction de la tranchée du chemin de fer.

Les terres de l’Evêque

La rue Bois de l’évêque servait aux princes-évêque pour visiter leurs nombreuses terres à Herstal. La ferme dite de la Charlemagnerie par exemple s’appelait la ferme du séminaire. La cité de la Préalle que j’habite a été construite en 1928 sur les terres de l’Evêché, qui y avait aussi une carrière d’où rue de la Carrière). Les ‘sept bonniers’ où se trouve notre maison médicale et le site de la FN appartenait aussi à l’évêque.
ravel-rail photo eduard alphonse van loo
Une passerelle enjambait le chemin de fer et de la rue, là où il y a aujourd’hui une cabine électrique. Dans le fond d’un des jardins débouche un tunnel qui reliait la paire de Bernalmont, derrière Coronmeuse, et les sièges de Cloes et de la Petite Bacnure. Un branchement arrivait au pied du terril de Bernalmont.
La rue Bois de l’Evêque est territoire de Herstal ; un découpage étrange qui remonte à la fusion des communes en 1977. Elle se prolonge dans la Rue Joseph Truffaut (territoire de Liège). Nous longeons le chemin de fer via la rue des Vignes (nous avons déjà eu la rue « Pied des vignes »). Le Boulevard Solvay est un sous-produit de l’expo de 1905. Au dessus de nous le parc des Vignes très délabré. En 2006 des jardiniers de la Ville y découvrent un sac de sport rempli des ossements d’un bébé. Très vite on fait le rapprochement avec la disparition signalée le 25 septembre 2005 par Angela Baptista Santos Freitas de son enfant soi-disant enlevé par son mari.
Nous restons dans le horreurs, avec les cinq coquelicots en acier du Pont des Bayards, plantés là où en 2006 on a retrouvé les corps sans vie de Nathalie et Stacy. L’œuvre est d'Alexandra Gadina, à l’époque étudiante à l'Académie des Beaux-Arts de Liège.
Nous prenons l’Impasse Marcors  qui débouche sur la paire du Charbonnage du Bâneux, mentionnée déjà en 1585, une des mines les plus anciennes de Liège. Le charbonnage de Bâneux a été fermé en 1942. Son puits atteignait 350 m de profondeur. Une galerie part d’ici vers le charbonnage de Batterie au Thier à Liège.  Dans les galeries abandonnées de Bâneux on a fait des recherches pour les Stacy et Nathalie. Elles ont été retrouvées dans un caniveau, le long du chemin de fer …

La Gare de Vivegnis

Arrivée d'une famille italienne
(Médiathèque de la Province de Liège,
Fonds Desarcy-Robyns)
En dessous de nous la gare de Vivegnis, et sa nouvelle passerelle. La gare de Vivegnis a été supprimée en janvier 1972. A son heure de gloire, Vivegnis desservait le charbonnage du Baneux.
 C’est là que l’on débarquait les travailleurs italiens dans une gare de marchandises. La marchandise, c'était eux, vendus pour un sac de charbon. Les 32271 prisonniers de guerre allemands, qui avaient été mis au tgravail dans les mines, sont libérés en 1947. Pour les remplacer la Belgique signe en juin 1946 le protocole ‘bras contre charbon’ avec l'Italie...  
A nne MORELLI raconte qu’ à Vivegnis la main d'oeuvre est ‘rangé’ par numéro de puits et arrive à destination sur les camions non bâchés, crasseux, qui venaient de transporter du charbon. Dans la deuxième moitié de 1946, un millier d'Italiens arrivent ainsi chaque jeudi dans les mines belges. Un collectif Bâneux veut y ériger  un monument
L'inauguration de la passerelle coïncidera avec la mise en place de piste transléonardienne (ce que j’appelle le Ravel-Rail). La passerelle veut « permettre aux modes doux un accès aisé et agréable à l’espace champêtre de plus de 90 hectares, classé au patrimoine de la Région » (et trois étoiles au Michelin).  La structure en type douglas, de mélèze et de chêne  ajourée fait 27 m de long, 7 m de large et est haute de 11,50 m.
Un espace vert de 500 m² sera aménagé avec des arbres fruitiers palissés (des pommiers «Elstar», «Jonagold» et «Boskoop rouge» ainsi que des poiriers «Beurre Hardy», «Conférence» et «Bon Chrétien William’s».
La passerelle a coûté 1.541.000 €, subsidié dans son intégralité par «Liège Europe Métropole» et la Région Wallonne dans le cadre du plan «Revitalisation urbaine – Opération Vivegnis».

Les Zurbains

La suite de notre balade s’inspire d’une balade faite en novembre 2015 pour le comité des patients de la maison médicale de la rue MaghinFace à la gare, les Zurbains. En 2005, vingt-six personnes qui ne se connaissaient pas vraiment, réunies sous le nom de Zurbains, rachetaient un terrain vague de 8.500 m² pour y construire un habitat groupé intergénérationnel orienté « développement durable ». Un premier retard : on se rend compte qu’Infrabel est propriétaire d’une partie du terrain. En 2007, feu vert pour les travaux. Sept ans plus tard, 4 maisons individuelles, 13 appartements, 10 duplex et un loft sont habités. Mais "ce n’est pas facile de s’entendre entre 29 propriétaires différents", explique Muriel Frenay, présidente de l’asbl Les Zurbains.

Rue Maghin : l’Art Nouveau à Saint Léonard

Tout près de la maison médicale, Rue Maghin 87, une belle maison Art Nouveau. Un peu plus loin, sur l’esplanade Nouveau (Jonruelle 1) une autre, de la main de Rogister.  Et dans la Rue Vivegnis nous verrons au N°72 une maison (abandonnée) art déco d’une belle qualité architecturale ; le no 213 est de Joseph Bottin, avec de beaux sgraffiti. Nous passerons aussi devant le N° 385.
Il y a eu plusieurs lotissements importants à Saint-Léonard à la fin du 19ième siècle, suite à la démolition des murs d’enceinte en 1846. Les rues des Franchimontois et Marengo sont aménagées. En 1875, le Conseil Communal crée des rues à travers l’enclos dit de Jonruelle.  La rue Regnier Poncelet est créée en 1883. Regnier Poncelet a fondé une usine de locomotives là où se trouve La Braise. C’était justement l’époque art Nouveau.
Cliquez ici pour en faire le tour virtuel. Il faut passer avec le curseur sur la photo pour l’adresse. On y retrouve par exemple  Victor Rogister, rue de l’Enclos 13 et 15, avec des sgraffiti. Ou cette belle bâtisse Rue de Moresnet 12 .
Evidemment, toute cette gloire passée ne peut pas nous faire oublier la réalité sociale du logement :
Le SCHEMA DIRECTEUR  ET  VOLET SOCIAL de 1997 identifiait 145 bâtiments abandonnés dans le quartier Nord, dont 120 maisons d'habitation parmi lesquelles 22 seulement sont taxées par la Ville de Liège (p.25 PROJET DE QUARTIER).
L’école Maghin est de Joseph Lousberg, architecte officiel de la ville de Liège en 1889. Cet architecte intéressant et très productif a marqué sa ville, avec l’académie des beaux-arts, rue des Anglais, l’école d'Armurerie, rue Léon Mignon, L’école Justin Bloom, place Sainte-Walburge, l’Athénée Maurice Destenay boulevard Saucy, l’École de la Vieille-Montagne, sur la place du même nom que nous traverserons plus loin, et l’École communale de Cointe, boulevard Gustave Kleyer, c’est Lousberg aussi.

Saint-Léonard et les cent mille briques

émeute à la prison Saint Léonard en 1979
La prison, ouverte en 1850, a été détruite en 1982. Au XIII e siècle déjà se trouvait dans l'ancienne porte Saint-Léonard une prison. Un héros de la Révolution liégeoise, François-Léonard Duperron, y est enfermé par le prince-évêque Constantin de Hoensbroeck surnommé le ‘bourreau roux’. Duperron retrouva la liberté en 1792 quand le peuple libère les détenus politiques.
La prison moderne fut surnommée les 100.000 briques
Une plaque commémorative située du côté droit de la Place rend hommage aux prisonniers politiques détenus durant l’occupation allemande.
Dès les années 1920,  les premiers immeubles en hauteur apparaissent  le long de la Meuse, d’où le nom du café ‘Le Building’.  Un nouveau règlement de 1963 stipule que les immeubles ne peuvent dépasser une hauteur égale à la largeur de  la rue plus deux mètres, sauf exceptions pour tenir compte de certains contextes «forts». Sur le quai Saint-Léonard, les hauteurs autorisées des immeubles sont les plus hautes (37 mètres). A titre de comparaison : c’est la hauteur maximale autorisée dans Paris intra muros. Dans le jargon urbanistique cette barrière de buildings crée un effet « envers du décor».

La fosse Saint Léonard

La fossé Saint-Léonard occupait l´actuelle place des Déportés et l´emplacement de l´ancienne prison Saint-Léonard. Ce fossé renforçait l´efficacité de la muraille nord et servait de refuge aux bateliers.
Cette pièce d´eau a connu deux ponts. Le pont-levis de la porte Saint-Léonard à tablier de bois fut remplacé par un pont de pierre en 1704. La clef de voûte de la porte se trouve au musée Curtius.
Les bateliers, arrivés à l´embouchure du fossé, étaient obligés de dételer les chevaux de halage pour les faire passer par la porte Saint-Léonard. Afin de pallier cette perte de temps, la Cité opta, en 1595, pour la construction d´un pont qui enjamberait le fossé à l´endroit où ce dernier communiquait avec la Meuse (dans le prolongement du quai de Maestricht). Cet ouvrage fut dénommé pont Maghin. Le pont et la porte y attenant furent construits grâce à un prêt de Jean Curtius qui espérait ainsi tablait sur un droit de péage pour les chevaux de halage. Il n´obtint pas ce privilège, la ville levant la taxe à son profit. Les arcades du Pont-Maghin ont été démolies en 1838.
Un second pont se trouvait à la porte de Vivegnis.  Le couple d’architectes qui a conçu cette esplanade, Aloys Beguin et Brigitte Massart,  y ont crée le plan d’eau qui symbolise la darse. Les poubelles de la place, c’est eux aussi: Et en cerise sur le gâteau de ‘leur’ Esplanade, gravé dans un bandeau d’inox, ce poème de Savitzkaya qui fait allusion à cette prison et à l’ancienne muraille: « pied sur la terre à charbon et sur la terre à vigne, sur limon du fond de la darse, sur les chaines, les barreaux et les cent mille briques, et vers le bois lumineux partagé d’un rempart … »
L’auteur n’a publié nulle part son texte: il voulait que les gens viennent le lire sur place. J’ai été le noter sur un calepin http://hachhachhh.blogspot.be/2014/03/sur-lesplanade-saint-leonard-grave-dans.html

Un zoning industriel au cœur de la ville

1865 - St Léonard ystème Vaessen
Cie Liège-Limbourg
Le faubourg Saint-Leonard était au 19ième siècle un zoning industriel. Un paquet d’usines se sont installées dans les anciens couvents vendus en 1799 comme bien national. Le couvent des Récollectines est acheté par John Cockerill qui y installe une linière où 1.000 personnes travaillaient La fonderie de canons (aujourd'hui l'Athénée Liège 2) est construite en 1803 par Napoléon dans l'ancien prieuré de Saint-Léonard. Les frères Ponce­let fondent la Société Saint-Léonard qui s’installe en 1826 dans  l’ex-couvent des Carmélites, située à l’emplacement de la Braise. Cette usine construira en 1839 sa première locomotive.

Au pied des coteaux  une phrase de Lorca: "Dans le drapeau de la liberté, j'ai brodé le plus grand amour de ma vie". 

Au pied des coteaux, une phrase de MarianaPineda, du grand poète espagnol Garcia Lorca, un projet du « Collectif Génération Lorca».
Mariana Pineda est dénoncée en 1831 pour avoir brodé sur un drapeau une devise libérale. Elle a été accusée d'appartenir à une conspiration et exécutée par le garrot à l'âge de 26 ans. Son exécution est devenu  un symbole populaire de la lutte contre le manque de libertés.
Un petit extrait de l’œuvre de Lorca :
« Mariana, ne crains rien, mon épouse, ma vie !
Nous conspirons dans le plus grand secret. Ne crains rien !
Le drapeau que tu brodes frémira dans les rues
entre les cœurs et les cris de tout un peuple
et grâce à toi la Liberté si désirée de tous
foulera le sol dur de ses grands pieds d'argent ».

Le coup de corne et la mort

Mais, perso, je préfère son Llanto por Ignacio Sanchez Mejias, un chant funèbre pour un toreador. Un poème que je connaissais par cœur à 16 ans….
Le torero Ignacio Sanchez Mejias était un ami proche de Lorca. Il s’était déjà retiré de l'arène, lorsqu’en 1934, âgé de quarante-trois ans, il retourne à l'arène. Il doit perdre quinze kilos pour revêtir son costume de lumière. Un torero blessé lui demande de le remplacer. La corne du taureau transperce sa cuisse.
‘LA COGIDA Y LA MUERTE’. https://www.youtube.com/watch?v=MFFCoxJU0Gc
Le coup de corne et la mort
A cinq heures du soir.
Il était juste cinq heures du soir.
Un enfant apporta le blanc linceul
à cinq heures du soir.
Le panier de chaux déjà prêt
à cinq heures du soir.
Et le reste n'était que mort, rien que mort
à cinq heures du soir.

Déjà luttent la colombe et le léopard
à cinq heures du soir.
Et la cuisse avec la corne désolée
à cinq heures du soir.
Le glas commença à sonner
à cinq heures du soir.
Dans les recoins, des groupes de silence
à cinq heures du soir.
Et le taureau seul, le coeur offert!
A cinq heures du soir.

Les Coteaux de la Citadelle

Nous prenons le chemin des Coteaux de laCitadelle: 80 hectares de jardins et de bois en plein centre ville ! Nous traversons le chemin de fer pour emprunter la rue Bäneux et sa passerelle.  Point de vue mobilité la nouvelle passerelle n’ajoute rien ! Dans la rue Vivegnis encore quelques belles demeures.

Place Vieille Montagne

les coteaux nus suite aux fumées de la Vieille Montagne
Nous rejoignons la place Vieille Montagne où se trouvait l’usine de zinc du même nom. Elle a empesté l’air pendant des années …  Ca remonte à Napoléon, qui par décret impérial de 1806 concède la mine de Moresnet au 'chimiste' liégeois, le chanoine Jean-Jacques Dony, pour 50 ans, avec obligation de prouver qu'il est capable de produire du zinc à l'état métallique.
Dony parvient en 1809 à produire dans le faubourg Saint-Léonard un métal malléable, résistant à la corrosion, facilement laminable et d'un prix modique. Le procédé de Dony revenait à condenser les vapeurs de zinc (le métal fond à 420° et s’évapore à  907°C). Ces vapeurs de zinc empestaient le faubourg. En 1811, à titre promotionnel, il couvre l'église Saint-Barthélemy d'une toiture en zinc. Il ne lui trouve hélas pas de débouchés. En 1813, ruiné, il abandonnera l'entreprise en 1818 au financier Mosselman.
Le nouveau métal est pourtant tellement prometteur que le Congrès de Vienne en 1814-1815 crée un minuscule territoire indépendant pour riche gisement de zinc: le Moresnet neutre. Pendant plus de cent ans, un pouvoir municipal dirige le territoire, sous le regard de commissaires royaux belges, hollandais et allemands. On y battra monnaie et émettra des timbres. La mine est épuisée en 1885. En 1837, Alfred Mosselman crée la société anonyme ‘Société des Mines et Fonderies de zinc de la Vieille Montagne’. Trois sites de production sont actifs : Moresnet, Saint-Léonard et Angleur. La concurrence, aussi, s'installe, avec la Nouvelle-Montagne à Engis et Prayon, la Grande-Montagne à Flône. Cette S.A. s’appelle aujourd’hui Umicore…
Vie de zinc
En 1868, le directeur commande une série de photographies qui doivent illustrer le travail  la Vieille-Montagne. Ces trois albums sont classés aujourd’hui trésors du patrimoine mobilier de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Une cinquantaine d’ouvriers y sont représentés individuellement, chacun dans sa  tenue de travail, avec ses outils et instruments. En 2014 la fonderie de Molenbeek organise une expo et publie un recueil avec une reproduction grand format de ces magnifiques portraits  "vies de zinc". 
En 1856, les gens de Saint Léonard, écologistes avant la lettre, exigent le départ de cette usine insalubre. Lorsque la ville accorde un délai supplémentaire à la fabrique, le porte-parole du Comité  démissionna de son poste de conseiller communal et se présente au scrutin communal, où la majorité sortante subit un cinglant échec : "la république démocratique et sociale vient de battre ... les libéraux".
L’usine de Saint Léonard fut fermée en 1881. Sur l'emplacement furent créées trois rues et une place, avec son école érigée en 1906.Elle accueille des élèves de 27 nationalités différentes. Une richesse dont se targue la directrice : «L'ouverture d'esprit est le maître-mot de notre établissement ».

Rue Laport et sa salle « La Renommée »

Un certain Sieur Trillet du Faubourg Saint-Léonard ajoute en 1872 à son café une salle de danse qui prit le titre de Salle Royale de la Renommée après que le roi Léopold y eut assisté à un bal organisé par la Garde Civique. A la mort du premier propriétaire en 1899, la salle fut acquise par l’industriel Fryns qui connut le terrible incendie de ses locaux en 1902. La reconstruction, confiée à l’architecte Paul Jaspar, la remplaça par un ensemble nettement plus « rococo » et précédé d’une entrée monumentale, rue Laport (90 mètres de longueur pour une hauteur à la corniche de 12 mètres). L’ensemble qui pouvait accueillir quatre à cinq milles personnes s’ouvrit à temps pour l’Exposition Internationale de 1905.

Des lofts dans l’armurerie Gosuin

photo Loft Factory
Au coin de la rue Goswin la Loft Factory  dans les ateliers de l’armurier Gosuin. Le 18 août 1789, Gosuin s'empare à la tête de ses ouvriers de l'hôtel de ville de Liège. En même temps, une troupe dirigée par son ami Jean-Pierre Ransonnet  prennent possession de la Citadelle. Six mois plus tard, la déchéance du prince-évêque Hoensbroeck fut proclamée.
La révolution liégeoise lie son sort à la révolution française. En 1792  Gosuin loue une vaste propriété Quai Saint Léonard « appelé ci-devant la Rafinerie ». Il obtenait en 1801 le « privilège exclusif » de fournir la Nation française en armes pour six ans.
L’armurerie de Gosuin fut acquise le 20 août 1816 par Philippe-Joseph Malherbe. L’acte de vente parle d’un ensemble de 20 ares sise au Quai Saint Léonard N° 15, avec cours, jardins, écuries, remises, forges « tenant d’un bout la quai Saint Léonard, l’autre du faubourg du même nom, d’un côté les enfans Boverie; de l’autre M. Constant ».  En 1867 Malherbe occupait toujours les ateliers de Gosuin et mentionnait dans ses annonces publicitaires « Fabricant d’Armes de guerre, ex-manufacture impériale d’armes ».
En novembre 1837 le Gouvernement Belge organise une Compagnie "d'ouvriers armuriers" ; un "atelier de réparations" est annexé à la fabrique MALHERBE de GOFFONTAINE – ex-Gosuin - qui elle-même était déjà louée par l'Etat Belge. En 1838 le Gouvernement achète une propriété où s’installe la Manufacture d'Armes de l'Etat (aujourd’hui logement social et crêche).
L’armurerie de Gosuin fut transformé en boulangerie au début des années 1900, puis en fonderie artisanale, avant d'être laissé à l'abandon. La bâtisse comporte quatre «quartiers»: la Manufacture, la Conciergerie, l'Entreposage et son Quartier-général. A croire La Meuse du 20/2/2015, un coffre-fort d'époque y a été retrouvé. Voir le site https://www.facebook.com/pg/gdconceptsprl/photos/?tab=album&album_id=564415847032254

La rue du Bosquet

La rue du Bosquet a eu sa guinguette, voici ce qu’en dit Gobert dans « Les rues de Liège » : « un grand café qu’ornent jardins et bosquets, où l’on pouvait entendre des concerts champêtres ; on y avait accès par la rue Saint-Léonard. En 1832, la guinguette dite du Bosquet avait fait place à une fonderie qui ne prospéra pas ».
Dans  l’hôtel Ramada il y a des beaux vestiges de Cockerill et du couvent que celui y a acheté.

La fonderie de canons et ses boulets

Un peu plus loin, sur notre gauche le site de la fonderie de canons, aujourd’hui l’athénée royal Liège-Atlas. Ses boulets étaient aussi fameux que les boulets liégeois d’aujourd’hui. La princesse Pauline Borghèse, sœur de Napoléon, de passage dans la région, en 1807 demande au Préfet du Département de l'Ourthe « de transporter à Chaudfontaine, chez le Sieur Picard, 6 boulets de 6 et une pince pour les tirer du feu; ces boulets doivent être rougis pour réchauffer l'eau du bain de la princesse." Le Directeur de la Fonderie répond au Préfet : «Je n'ai point de boulets de 6, mais je pense que pour l'objet dont il s'agit, les boulets de 8 seront meilleurs; je vais faire forger une pince pour les saisir et aussitôt qu'elle sera prête, je les enverrai à Chaudfontaine".
Nous sommes ici sur le Ravel de liaison Meuse-Liers, un trajet très ‘urbain’ un peu limite pour un Ravel. Demain on aurait la possibilité de faire la liaison via le nouveau passage sous voies de la ruelle des Renards.

Rue du Cdt Marchand : un fait divers qui a fait basculer la bataille pour les forts de Liège

La bataille de Rhées, la nuit du 5 août 1914, s’est terminée sur une victoire belge. Mais elle a fait basculer la bataille pour les forts de Liège, à Saint Léonard. Le hasard fait que des soldats allemands, chassés du fort de Liers, descendent sur Liège et  arrivent devant le QG du général Leman, commandant la Position Fortifiée de Liège, dans l’actuelle rue Cdt Marchand (ce QG fut détruit en 1972 pour l'agrandissement de l'Athénée). Des civils les acclamaient, croyant qu'ils étaient des Anglais. L’état-major belge crut avoir affaire avec de parlementaires. L’escouade allemande fit feu et tue le commandant MARCHAND. Cette attaque-surprise amène Leman à renvoyer toutes les troupes de ligne en arrière. Suite à ça, les allemands étaient maîtres des intervalles entre les forts et avaient l’embarras du choix pour installer leurs canons et bombarder les douze forts isolés.

Le Parc d'entreprises PIEPER : un site centenaire

Le Parc d'entreprises PIEPER occupe l’ancien site « CE+T », une usine de matériel électrique qui s’était transformé en friche urbaine depuis sa fermeture en 1997. La reconversion d’une friche n’est pas dans le modèle économique de la SPI+« Pour ce site, il faut compter 62 euros le m2 contre 13 à 32 euros dans les zonings. Et encore, nous n’intégrons pas tous les frais, déclare Julien Mestrez de la SPI+. Acheter, assainir et équiper un terrain en ville revient plus cher que créer un zoning ».
Ce site a une histoire centenaire : Henri Pieper, d’origine allemande, s’installe à Liège en 1866. Il y installe un atelier de fabrication de pièces d’armurerie. Il construit à Herstal une usine qui fournira en 40-45 des mitrailleuses pour la Luftwaffe. L’usine sera la cible de la RAF et est mis sous séquestre à la libération.
En 1889 Henri Pieper se  lance dans l’industrie électrique en  fondant avec son fils  la Compagnie Internationale d’Electricité, une dizaine d’années seulement  après l’Américain Edison. Grâce à un contrat signé avec Edison en 1885 pour les lampes à arc, cette société installera l’électricité intérieure du Conservatoire de Liège, grande innovation pour l’époque. En 1892, le fils Pieper électrifie les tramways  liégeois et conçoit ainsi le premier tramway électrique en Belgique. 

Gosuin bienfaiteur de l’Eglise Sainte-Foi

En 1794, l’armurier Gosuin épousa en secondes noces la fille aînée de sa défunte épouse, âgée de 37 ans et par conséquent sa belle-fille. Au départ il ramène sa jeune épouse vers la douce France. En 1797, lors de son retour à Liège, il réussit à consacrer son union par l’église. L’acte de mariage fut transcrit sur les registres de la paroisse Sainte Foy. Gosuin qui s’était installé à l’abbaye du Val Notre-Dame à Antheit donne le maître-autel de cette abbaye à Sainte Foy. Mais cela n’arrête pas la contestation de cette union, dans le cadre de son héritage, 33 ans après son décès.

Le château des Quatre Tourettes de "Demoisel Alid Piete de Malle"

Le château des Quatre Tourettes est la plus ancienne maison fortifiée de la ville (16ème siècle). Il est classé depuis 1965. Pour ceux qui seraient un peu déçu de l’aspect, voici qui peut les motiver :  un petit portail encadré de calcaire au plein cintre formant une large clé armoriée attribue la construction à "Demoisel Alid Piete de Malle" et la date de 1512. Le monument est flanqué à l'angle sud-ouest d'une tour circulaire. La bâtiment a connu en 1993 un bail avec rénovation par l’asbl les forges. Mais apparemment la rénovation a été au-dessus de leurs forces…
La maison située au 521 de la rue jouxtant les quatre tourettes Saint Léonard a un très grand jardin (environ 3.800 mètres carré) acquis par le public pour être aménagé en un parc public. Mais la ville n’a pas réussi à trouver un arrangement avec les 4 Tourettes.

Des logements sociaux de type Mulhouse

Cité à Mulhouse
Dans la rue des Vignerons et rue Borgnet des logements sociaux de type Mulhouse: quatre maisons avec les jardins autour. Le modèle a été peu appliqué, probablement parce que cette disposition n’est pas optimale point de vue éclairage à l’intérieur des maisons. Mais à Mulhouse même on a invité, à l’occasion du 150ième anniversaire de sa cité emblématique, un grand architecte, Jean Nouvel.
Dans la Rue Brahy et la Rue Bailleux, une cité ouvrière pour  armuriers, la cité Benoît, est construite en 1880 : 2 alignements  de maisons  et jardinets auxquels font face des ateliers destinés au travail des armuriers.

la rue Derrière Coronmeuse.

Nous revenons sur le territoire de Herstal avec la rue Derrière Coronmeuse, avec les ateliers des Tramways Unifiés de Liège et Extensions (le tram nouveau aura ses ateliers à Bressoux) à côté les bâtiments du charbonnage de Bernalmont.   La paire supérieure du charbonnage de la Grande Bacnure est située à Bernalmont et sa paire inférieure rue Derrière Coronmeuse. Lors de la fusion avec la Petite Bacnure, on réunit les différents sièges par un tunnel qui partait d'un étage inférieur du puits de la Petite Bacnure, à - 30 mètres, pour arriver à - 47 mètres au puits de Gérard Cloes et de là aboutir à Coronmeuse dans la rue J. Truffaut entre les maisons nos 49 et 53. A la paire inférieure rue Derrière Coronmeuse une partie de la production est lavée. Les pierres résidus du lavoir sont mises à terril. Le site est aujourd’hui occupée par les Ateliers d’art contemporain. Les guichets sont toujours présents dans le couloir du rez-de-chaussée.
En 2004 Ecolo propose un parking -relais sur le site : «500 emplacements y sont réalisables mais ce chantier est plus coûteux. Il mériterait une concertation avec la commune de Herstal». Personne n’a repris l’idée, mais il faudra le jour où le tram arrive à Coronmeuse trouver quand même des centaines d’emplacements de parking, dans un plan de mobilité bien conçu…
avec le comité des patients de la MM de la rue Maghin

Mes blogs sur le quartier Saint-Léonard

Au fil des années, j’ai publié pas mal de blogs sur le quartier Saint-Léonard.
D’abord sur la prison: les héros des 100.000 briques. http://hachhachhh.blogspot.be/2014/02/les-heros-des-cent-mille-briques-la.html (à l’occasion d’une expo à la Braise lors des Journées du patrimoine)
Esplanade
Sur la phrase de Lorca: "Dans le drapeau de la liberté, j'ai brodé le plus grand amour de ma vie".  , http://hachhachhh.blogspot.be/2014/03/au-pied-des-coteaux-un-texte-de-lorca.html
Sur l’armurier Gosuin
http://hachhachhh.blogspot.be/2013/08/1792-1808-gosuin-revolutionne.html 1792-1808 Gosuin révolutionne l’armurerie à Liège

Sur la bataille de Rhées, et l’attaque du QG du général Leman, dans l’actuelle rue Cdt Marchand  http://hachhachhh.blogspot.be/2014/02/la-bataille-de-rhees-du-5-aout-1914.html                

Maite Molina Mármol, prof à l’Ulg, a publié un article sur la présence espagnole en Belgique dans ANALYSE DE L’IHOES N°141- 6  JUILLET 2015
http://www.ihoes.be/PDF/IHOES_Analyse141
Elle a présenté aussi une Histoire de l'Espagne (1931-1981) avec Ángeles Muñoz et Anne Morelli à la cité miroir en 2015
 http://www.territoires-memoire.be/agenda/une-histoire-de-lespagne-1931-1981%20rencontre-avec-angeles-munoz-maite-molina-marmol-et-anne-morelli