mardi 4 juin 2019

Logement social: démolition-reconstruction moins chère que rénovation?


Notre Société Régionale de Logement de Herstal – dans la novlangue SOCIÉTÉ DE LOGEMENT DE SERVICE PUBLIC - a engagé début 2017 le bureau d’études Espace Environnement et le bureau d’architectes FHW pour étudier les perspectives pour les 4 buildings avec 64 logements de l’Avenue de Brouckère. Sur cette base le Conseil d’administration a validé un plan masse, avec la démolition de deux blocs de 32 appartements, et le remplacement par un nouveau bâtiment qui fermerait la rue Vinck au milieu. Les budgets estimés (20,3 millions au total) sont de 7,4 pour la démolition- reconstruction (+2,1 pour les commerces au rez) et 4,9 pour la rénovation des autres deux blocs. 7,4 pour la démolition- reconstruction et 4,9 pour la rénovation. Et pourtant, on dit partout que rénover est plus cher.
En plus, avec ce projet, c’est 32 logements en moins pour le parc de logements sociaux. Une perte qui n’existe pas pour ceux qui parlent la novlangue: pour la SRL la nouvelle construction avec 40 unités de logement a des fonctions publiques et sociales. Même s’ils sont de type ‘transitoire’. En partenariat par exemple avec la clinique André Renard (qui, notons-le, a été impliqué depuis le début dans le projet). Aujourd’hui un logement, peu importe son statut, est compté dans les logements ‘publics’ 
La direction de la SRL a reçu comme mission de réfléchir sur le financement et de prendre contact avec des partenaires potentiels, autrement dit des partenariats public-privé. Des partenariats où le privé arrive à mettre la main sur une partie de la réserve foncière de notre société de logement.
Ceci dit, rien n’est encore fait. C’est la SRL même qui le dit : «une consultation publique est prématurée puisqu’aucune décision quant à la suite concrète à donner à cette étude n’a été prise».
Aussi longtemps que la démolition n’ait commencé on peut réfléchir à des alternatives. D’autant plus que les premiers concernés, les locataires et les habitants de la Préalle n’ont pas été impliqués. Pourtant les consultants d’Espace Environnement étaient spécialisés dans la sensibilisation, concertation & soutien à la participation et la mise en réseau d’acteurs.

Démolition-reconstruction : la seule piste ?

Chemetov contre la démolition d'un bâtiment qu'il a conçu
En étudiant un peu cette démolition-reconstruction je me rends compte qu’en France notamment  des grands architectes comme Paul Chemetov s’opposent à  la destruction des grands ensembles des années 70-80: « Quand vous travaillez à concevoir un habitat collectif, vous ne pouvez pas connaître les futurs habitants mais il faut vous en inquiéter. Il faut regarder avec bienveillance les mœurs, leur évolution, voir comment vos bâtiments sont habités, aller quelques fois dans les réunions de locataires, entendre des inepties et des remarques très profondes. Une maison, un bâti quelconque, selon la façon dont on le construit aujourd’hui, va durer cent ans. On ne peut donc pas se projeter cent ans en avant… Il faut tendanciellement rendre les maisons transformables, réparables, perfectibles. Freud disait que la réparation est gratifiante. Nous sommes tous angoissés par la fin, la mort des maisons et notre propre mort. Les maisons se fissurent et nous nous ridons. Un jour, elles tombent et nous tombons. La réparation est une activité mentalement réparatrice ».

Et dans ce combat ces architectes développent des alternatives intéressantes. On peut, selon Chemetov,  « modifier des distributions, des intérieurs, des séparations, sans forcément tout casser».

Une mouvance forte préconise l’abandon la démolition-reconstruction pour une requalification des logements; et cela autant pour des raisons écologiques, sociologiques et justice sociale.  Une série d’architectes signent en 2006 un appel «Que démolit-on ? Et qui démolit-on ?» La Confédération nationale du logement (CNL) est partie prenante du Comité anti-démolition. Jean-Pierre Giaciomo, son président, veut donner les moyens aux habitants pour commander leurs propres études, tout comme les comités d'entreprise peuvent faire réaliser des audits.

L’offre et la demande ou l’augmentation des loyers…

En France le bilan global de cette stratégie démolition-reconstruction est une diminution du nombre de logements sociaux. Avec comme conséquence un doublement deloyers au cours des vingt dernières années, dans le parc locatif privé, et une augmentation de 50% dans le parc locatif social. Entre autres à cause des démolitions HLM.  Exactement comme chez nous, où le nombre de logements de nos sociétés de logement a diminué, par des démolitions sans reconstruction, comme à Droixhe, ou par la vente des logements dont la rénovation est estimée trop onéreuse.

Une piste intéressante : la résidentialisation.

Une des pistes développées par les urbanistes français est la résidentialisation. La requalification ne saurait se limiter à l’immeuble (logement, parties communes), mais doit englober aussi les abords immédiats (pieds d’immeubles, parkings etc). Elle  consiste à organiser la hiérarchisation des parties publiques : les privatiser partiellement, pour en permettre un meilleur contrôle et une appropriation limitée par les ayants droit, tout en requalifiant l’image de la résidence. Il faut redonner sens à ces espaces intermédiaires.
Philippe Panerai (grand prix de l’urbanisme 1999) propose de redéfinir la domanialité, parce que c’est redéfinir les responsabilités. Il préconise une appropriation individuelle, familiale ou une appropriation collective des parties communes. Il veut revenir à des échelles plus familières (du quartier à la cage d’escalier), plus faciles à gérer et de fait plus propices à une appropriation par les habitants.
Dans son livre "(re)habiliter » l’urbaniste Christian Moley a fait le bilan d’une panoplie de techniques comme la façade épaisse (créer des extensions en bande continu ou des extensions de  logement sur le pignon permet en plus de résoudre en partie le problème des ponts thermiques des terrasses, en contact avec les températures extérieures).  Une surélévation ou exhaussement permet d’amortir une rénovation sur un plus grand nombre de logements : chapeauter, coiffer ou couronner.
On peut couvrir cette façade épaisse ou cette couronne par des panneaux solaires.
Il analyse les enjeux paradoxaux des halls d’entrée et des pieds d’immeubles ou il préconise de conjuguer la transition et la résidentialisation, y compris l’organisation du stationnement. Extraire les circulations et supprimer, maintenir ou créer des coursives.
D’autres développent dans le cadre de la résidentialisation des solutions intéressantes d’extension aux logements exigus par la création de prolongements de logis : balcons, loggias, jardins privatifs, garages …
En faisant des habitants les acteurs centraux du processus (trouver la bonne solution architecturale avec l’habitant), les opérateurs de la résidentialisation élèvent l’estime personnelle des résidents et augmentent de fait leur adhésion au projet. Mobiliser les habitants sur l’amélioration de leur vie quotidienne et collective crée entre eux des réflexes de solidarité et un sentiment de responsabilité à l’égard des espaces communs. Ainsi la résidentialisation contribuerait à produire des formes de régulation sociale : sécurisation, usages des espaces collectifs, « civilité » (entretien, tranquillité, intégrité des lieux), relations de voisinage…
Si le terme de « résidentialisation » est récent, l’urbaniste soixante-huitarde Jane Jacobs a déjà travaillé pas mal sur cette séparation entre l’espace privé et public. Evidemment, même la meilleure théorie peut être pervertie : Mme Tatcher a récupéré la critique sur « les espaces issus de l’utopie de Le Corbusier ». A partir des  corrélations établis par Alice Coleman entre défaut d’entretien, caractéristiques des espaces, etc., et les différents niveaux de criminalité dans 4.100 blocs de logements sociaux à Londres, la Grande Bretagne codifia en 1990 l’espace défendable avec le label Secured by Design (SBD).

Un exemple positif d’espaces partages-semi-partagés: Liers et ses terrasses privatives et zones semi-publiques.

Cette résidentialisation, c’est un peu ce qu’on a fait à Liers, dans la nouvelle cité inaugurée en mars 2019 par notre SRL, rue de la Digue et de la Sucrerie. Evidemment, on n’est pas ici dans une rénovation. Les architectes de Pierre Maes & associés et Contrast Architecture ont mêlé habilement terrasses et jardins privatives et zones semi-publiques.
Bien que groupées, les terrasses privatives et les zones semi-publiquesalternent avec bonheur. Tous les espaces communs sont ouverts, l’accès aux logements se fait par des escaliers en extérieur. Un pari sur un équilibre subtil entre intimité et convivialité. Nous préconisons d’appliquer cette approche « espace partages-semi-partagés » à la rénovation des quatre blocs de l’Avenue de Brouckère.

Un exemple négatif :  Avenue de Brouckère

La situation actuelle dans les buildings du Brouckère est exactement le contraire d’une résidentialisation. Ca commence avec les portes d’entrée. Certains n’aiment pas des portes fermées et font tout pour qu’elles restent ouvertes. Mais est-ce une solution de les enlever ? Il y a pour commencer le froid qui rentre par le hall d’escalier. Les portes intérieures ne sont pas isolées. Et il n’y a qu’un foyer au gaz par appart. Tout ça ne facilite pas une cohabitation harmonieuse.
Un petit détail : à l’arrière il y a toujours des fils à linge. Et il y a même des locataires qui risquent de sécher leur linge dans cet espace ouverte à tous. Na saurait-on réserver cet espace aux locataires ?
Les rez de chaussée sont actuellement mis à disposition d’une série d’associations (bibliothèque, Régie des quartiers etc.). Autant de logements perdus. Et tout ça avec l’argument que personne n’est intéressé à habiter au rez vu les multiples nuisances. Ces problèmes ne sont évidemment pas spécifiques pour ces bâtiments de la place Brouckère. La SRL invoque les mêmes arguments pour réserver le rez de chaussée des ses nouveaux bâtiments, comme celui de la rue E. Dumonceau, à des commerces. Et tout ça dans une ville où des centaines de cellules commerciales sont vides ?
Pour ce genre de problèmes aussi la résidentialisation ouvre des pistes, avec des terrasses réservées aux locataires, et des espaces parkings servant comme zone-tampon.
On pourrait évidemment commencer par l’installation d’un système performant de parlophone, voir un contrôle digital (littéralement : par empreinte digitale) des entrées, comme la SRL en a installé d’ailleurs dans les blocs dit « 4 fois 20 ».
Mais même sans ces avancées technologiques, il y a des solutions. Il y a quelques mois, j’ai visité, avec une équipe d’une société de logement allemande, la cité de l’Avenue de l'Europe à Fléron et la Cité de Moulin à Glain. Les cages d’escalier (et les pelouses tout autour) étaient dans un état de propreté tel que mes amis allemands en étaient surpris.
Une autre piste est de reporter la cage d’escalier, voire les portes d’entrée, à l’extérieur du bâtiment. Ce qui permet un contrôle social sur ce qui s’y passe. C’est d’ailleurs ce qui est appliqué pour les nouveaux bâtiments de la SRL pour le bâtiment Place des Demoiselles et dans la rue Elisa Demonceau. On pourrait d’ailleurs combiner cette solution, dans le cadre d’une rénovation, avec des ascenseurs extérieurs et des coursives extérieures

Bilan de gaz à effet de serre global d’une opération

Il y a le bilan financier d’une démolition-reconstruction par rapport à une rénovation. Nous avons vu que pour l’Avenue de Brouckère une rénovation est moitié prix. On doit aussi faire le bilan écologique .
Inter-Environnement Bruxelles(IEB) a par exemple demandé au bureau d’étude ECORES de calculer une démolition/reconstruction par rapport à une rénovation, à partir de quelques  projets récents :  Trebel, la tour de logement « UP-site » sur les anciens entrepôts Delhaize, et les trois tours «Victor» en lieu et place d’une partie d’îlot jusqu’alors occupée par un mélange de bureaux, d’entrepôts et de logements.
ECORES a calculé l’énergie nécessaire pour construire puis démolir les bâtiments existants ajoutée à celle qu’il faut encore dépenser pour la construction des nouveaux bâtiments. Autrement dit : le bilan de gaz à effet de serre global est la balance entre cette énergie qualifiée de grise et l’amélioration des performances énergétiques du nouveau bâtiment.
Pour UP-site, la destruction des entrepôts Delhaize coûte 10.000 tonnes équivalent CO2. Si l’on y ajoute la construction du complexe de bureaux et de logements, on arrive à environ 28.000 tonnes.
Pour le projet Trebel, il faudra attendre 48 années d’exploitation pour récupérer la gabegie énergétique que constitue la démolition du bâtiment existant et la construction du nouveau bâtiment. Pour le projet Victor, ce n’est qu’au terme de 88 années d’exploitation que la balance de gaz à effet de serre sera équilibrée. Le projet aura émis au bout de 20 ans d’exploitation près du triple en CO2 de ce qu’aurait émis le bâti existant s’il avait été rénové. La démolition des bâtiments existants aura généré près de 24.000 tonnes de déchets; l’alternative visant à rénover le bâti existant aurait permis un équilibre CO2 en moins de 15 ans. Notons également que le marché du bureau étant largement saturé, si les tours trouvent des locataires, ceux-ci videront 100 000 m² de bureau ailleurs dans la région, augmentant le « passif CO2 » du projet de quelque 25 000 tonnes d’équivalent CO2
Lire l’étude complète « Démolition/reconstruction à Bruxelles – Quel est le bilan CO2 ? », ECORES, IEB, AQL, à paraître sur www.ieb.be

Stigmatiser le bâti existant =  stigmatiser ses habitants ?

Ce qui est habitable doit être habité et, le cas échéant, réparé. Il faut aussi prendre en compte les formes sociales existantes qu’il est tout aussi important de préserver.  Stigmatiser le bâti existant, n’est-ce pas quelque part  stigmatiser aussi ses habitants ?
Concernant le plan-masse Brouckère, on a l’impression que l’on veut casser ainsi l’image du cœur de la cité, et changer ainsi complètement son caractère. Dans les années 20 les cités avaient toutes un surnom péjoratif. Comme notre historien local –pour le reste très méritant - Collart-Sacré  qui écrit en 1929  dans son chapitre «Maisons ouvrières (Avenue des -) : cette artère qui se décore si prétentieusement du titre d'avenue fut taillée en pleins champs par la Société coopérative des habitations à bon marché de Herstal et des communes environnantes. Nous ne doutons pas que la  Société se soit inspirée des grands principes d’urbanisme touchant l’hygiène, la salubrité, le confort, mais il reste indiscutable que ses architectes n’ont guère manifesté l’amour de l’esthétique. Toutes ces maisons tristement alignées, trahissent trop leur fabrication en série, bon marché, toutes sont tristes, sombres, refusant à leur banalité le moindre cachet de gaieté » (La libre Seigneurerie de Herstal , p 504).
Pour la petite histoire : dans les années 50 on donna son nom à la rue qui relie la rue Hubert Defawes à la rue Emile Vinck. Seulement une erreur s'est glissée sur la plaque, Collart est devenu Collard. Lui, qui dans son livre, signale souvent les déviations dans l'attribution des noms de rue, voila que cela lui arrive…
J’ai l’impression qu’avec ce plan-masse on cherche à casser cette image négative que les cités avaient à l’époque. Pourtant, la cité des Monts a énormément évoluée, depuis la première cité de 1928 et la construction de la 2ième phase dans les années 50 (les bâtiments en briques jaunes, faites avec de l’argent CECA, afin de remédier au scandale du logement des mineurs immigrés logés dans des baraques).
La dénomination des rues a évolué avec la Cité. Les urbanistes du premier noyau ont mis la seule place (place Hubert Sacré) à l’extérieur de leur cité (en vue d’une extension?).  Il y avait une Avenue: celle des Maisons Ouvrières, qui aurait dû aboutir dans la rue Muraille.
Les urbanistes des années 50 ont déclassé l’Avenue des Maisons Ouvrières, et  créé l’Avenue de Brouckère, que tout le monde appelle aujourd’hui ‘place’, ce qu’elle n’est pas avec ces deux voies séparées par un terre-plein central. Les croisements avec les voies qui débouchent sur la place sont surdimensionnés. Et finalement, la place a perdu son rôle de place, avec l’axe de gravité qui s’est déplacé sur la rue Emile Muraille. Aujourd’hui  le quartier des Monts, c’est aussi les nouveaux lotissements du Coq Mosan, de la rue Muraille et du Bure Crévecoeur, qui ont doublé le nombre d’habitants.
La Cité n’est pas de l’architecture de haut niveau, mais elle a des charmes et il y a un concept derrière. Cela ne vaut-il pas la peine de sauvegarder l’unité architecturale de cette cité? L’Avenue de Brouckère mériterait d’être réaménagée en Place, un espace semi-partagé où les locataires sont le point de gravité.

Un retour aux sources : la coursive ?

En France l’‘école anti-démolition’ – si je peux l’appeler ainsi- développe parfois des solutions innovantes;  ou dois-je parler d’un retour aux sources ? C’est ainsi qu’elle revisite la coursive extérieure associée à des images négatives héritées de longue date. Apparue d'abord dans les prisons ou les casernes, elle gagne l'habitat ouvrier au XIXe siècle dans les opérations spéculatives des faubourgs. Alors que l'habitat social anglais l'adopte souvent, la production française ne la réserve qu'aux réalisations pour les catégories les plus modestes. Il y a eu  la "rue-galerie" de Fourier. La coursive avait été l'un des emblèmes d’une architecture "de signature »  (la "promenade architecturale" et la "rue en l'air" de Le Corbusier). Parmi les réalisations les plus connues, citons Jean Nouvel à Nîmes  (Nemausus) ou encore Bernard Paurd à Vitry. Aujourd’hui elle  s'avère rationnelle, assurant une  bonne intimité entre pièces habitables et circulation commune.
Ceci dit : je ne veux pas me braquer sur une technique spécifique : les vertus communautaires de la coursive sont aujourd'hui relativisées par Paul Chemetov, qui avait été l'un des tenants de cette conception.

Greffer balcons, terrasses ou vérandas sur la façade

Une rénovation suppose de transformer tous les plans intérieurs des appartements. Ajourd’hui on veut  des séjours-cuisine de 30 mètres carrés. La dalle centrale, autrefois entrée des immeubles puis lieu de trafics, devient un jardin clos pour la copropriété.
Nantes Tetrarc
A Nantes, l'agence Tetrarc a imaginé un système de passerelles en bois destiné à desservir les appartements par l'extérieur. Cette variante sur la coursive offre aussi d’autres avantages. "Les habitants s'en servent aussi comme lieux de vie. L'été, ils y organisent de grands dîners", se réjouit son architecte, Daniel Caud. Le duo Beckmann-N'Thépé a transformé à la ZAC Masséna, à Paris, des terrasses en jardins collectifs. Là on joue sur la contradiction espace privé-partage.
https://www.lexpress.fr/culture/art/hlm-la-nouvelle-vague_987393.html  Les architectes greffent sur la façade balcons, terrasses ou vérandas. A la tour Bois-le-Prêtre, Lacaton & Vassal a doté chaque appartement d'un jardin d'hiver qui peut s'ouvrir et se fermer selon les saisons.
 « Nemausus », logements sociaux de l’architecte Jean Nouvel

L’argument environnemental

On justifie parfois la démolition par la difficulté de mettre les bâtiments existants aux normes d’isolation. Je ne veux surtout pas minimiser la condensation qui se produit sur les points froids, et favorise la prolifération des moisissures. Dans un logement correctement ventilé, l’humidité relative devrait se situer autour de 50 %. Pour éviter les condensations, aucune surface intérieure ne doit être à une température inférieure à 12°C (qui correspond au point de rosée* pour ce niveau
d'hygrométrie). Chaque plancher intermédiaire peut constituer un pont thermique.
Mais l’ajout d’extensions chauffées, de jardins d’hiver et de balcons, permet justement de réduire passivement la consommation des énergies. L’architecte Frédéric Druot a réussi réduire cette consommation de 50%, par l’adjonction de jardins d’hiver à la Tour Bois le Prêtre, une tour de 100
logements construite en 1962.

Un autre architecte Edouard François a même imaginé une "tour de la biodiversité", à la ZAC Masséna, à Paris, en forme de jardin suspendu, rempli d'espèces végétales rares. Leurs graines, au gré des vents, devraient venir "réensemencer" la capitale. J’admets qu’on est ici probablement dans la folklorique, mais il faut parfois oser rêver…

L’argument patrimonial

On a pendant des années montré du doigt l’architecture et l’urbanisme pour des problèmes qui étaient avant tout sociétaux. Et dans la foulée on a aussi créé un mépris pour cet urbanisme qui a une grande valeur patrimoniale.
C’est ainsi qu’en 2002, on a envisagé la démolition d’un ensemble en trois îlots à Villetaneuse, dus à l'architecte Jean Renaudie, un des meilleurs spécialistes du logement social du XXe siècle en France.
Avec son concept de « cités en étoiles » il avait cassé l’angle droit et dynamisé l’espace en introduisant la diagonale et la tangente, contre l’effet « cage à lapins ». De l'extérieur, on voit des pointes et des arêtes, une sorte de variation sur l'étoile qui n'a rien à voir avec une barre. Ses bâtiments sont un foisonnement de terrasses et de jardins privatifs, avec une diversité des plans des appartements. Renaudie est mort en 1981, avant d'achever cet ensemble.
La communauté d'agglomération a voulu garderles immeubles, malgré certains défauts. Lorsque l’architecte Emmanuelle Patte retrouve les plans de Renaudie elle constate que quantités d'espaces «tampons», des petites pointes, des serres avaient été transformés en surfaces dites «habitables» après sa mort. D’autre part, des appartements trop mal fichus n'avaient jamais été occupés.
L’œuvre de Renaudie fait l’objet en 2009 d’un programme de réhabilitation. La démarche architecturale de rattrapage consiste à supprimer des pointes pour recréer des pièces d'une forme normale, à transformer certains de ces réduits en resserre à outils pour les terrasses. Et surtout, à transformer tous les plans intérieurs des appartements. L'architecte donne des terrasses au sud quand l'appartement est au nord, fait des séjours-cuisine de 30 mètres carrés minimum. La Ville recrée de vraies rues là où des sentiers passaient derrière le pâté de maisons. La dalle centrale, autrefois entrée des immeubles puis lieu de trafics, devient un jardin clos pour la copropriété.
Malheureusement, cette démarche n’aboutit pas toujours. A Pierrefitte, la mairie a demandé la destruction de la Cité des Poètes, achevée en 1983, après avoir soutenu une réhabilitation. Son argument : «s'il n'y a pas de démolition, il n'y a pas de crédits». Le maire évoque aussi qu’avec les terrasses qui y sont la règle, et les niveaux variés, le tout a plutôt un air balnéaire que banlieusard. L’architecture novatrice de l’« écolegradins-jardins » aménage les logements en duplex et triplex à l’intérieur d’une structure pyramidale, avec chacun une terrasse cultivable avec un traitement naturel de l’eau de pluie. L’espace se veut propice à la convivialité, au niveau de la desserte des logements, avec une grande halle couverte par une verrière ; l’aménagement extérieur s’effectue autour de deux cours piétonnes où sont installés quelques commerces ou des équipements de proximité. Déjà au départ , en 1981,le chantier avait été suspendu pendant un an ; sa livraison ne se fera qu’en 1994. Avant même l’achèvement de la construction, l’état de l’édifice souffre de dégradations. La mixité sociale particulièrement faible dès l’attribution des logements, s’est encore amoindrie au cours des deux décennies suivantes. Cependant, les habitants expriment en 2004 leur contestation face à la perspective de démolition, à travers une pétition signée par 811 locataires, soit la quasi-totalité d’entre eux avant leur dispersion qui sera préalable aux travaux.
 «Ils traitent le quartier des Poètes comme si c'était l'énième barre de La Courneuve, alors que c'est quasiment de l'utopie réalisée», s'insurge l'architecte Renée Gailhoustet.
Voilà une série d'arguments pour réévaluer la démolition-reconstruction de l'Avenue de Brouckère. Je ne prétends pas que c'est l'évangile. Mais ça pourrait contribuer à lancer la discussion et la consultation des habitants de notre cité....

Sources

https://umrausser.hypotheses.org/5482 « (Ré)concilier architecture et réhabilitation de l’habitat » / Christian Moley ; Paris, éditions du Moniteur, mars 2017
Une réflexion théorique et pratique sur la place de l’architecture dans la requalification de l’habitat collectif avec une analyse détaillée d’environ 200 opérations parmi les plus marquantes. Centré principalement sur l’habitat des Trente Glorieuses (1946-1975), ce bilan critique explique l’évolution du contexte favorable à la requalification des logementset propose une étude comparative de réalisations aux qualités architecturales reconnues, classées par type et niveau d’interventions − de l’immeuble (logement, parties communes) aux abords immédiats (pieds d’immeubles, résidentialisation) jusqu’à l’aménagement urbain dans le cas d’extensions neuves ;
Elle offre des outils opérationnels au regard des enjeux visés (agrandissement de logements, création d’annexes extérieures privatives, diversification de l’offre, mixité de l’habitat, etc.)

La résidentialisation a été longuement étudiée par trois architectes, Anne Lacaton, Jean-Yves Vassal et Frédéric Druot, https://issuu.com/marinegerbet/docs/memoire_de_recherche  mais leur travail, https://www.citedelarchitecture.fr/fr/video/anne-lacaton-jean-philippe-vassal-et-frederic-druot-paris-france  est resté assez confidentiel.


dimanche 19 mai 2019

49ième balade-santé MPLP, à la Chartreuse, à la recherche de la trame d’un parc bicentenaire.


Notre 49ième balade-santé du 9 juin part à 10h pile devant l’église des Oblats, rue du Beau Mur 45 à Grivegnée. Il y a aussi un  rendez-vous à 9h30 devant notre Maison Médicale Médecine Pour le Peuple, Avenue Francisco Ferrer 26, à Herstal, d’où nous partons en covoiturage à Grivegnée.
C’est en gros la même balade que j’ai fait le 18 avril, avec la Maison Médicale l’Herma, et trois autres maisons médicales, dans le parc dit des Oblats, et à la Chartreuse.
En mars 2017 nous avons fait déjà une balade santé dans le fort même.
http://hachhachhh.blogspot.be/2018/02/37ieme-balade-sante-mplp-la-chartreuse.html

Parc des Oblats,  parc du Casino ou glacis du fort ?

On parle toujours du parc des Oblats. Mais ceux-ci sont arrivés beaucoup plus tard. En fait, nous sommes dans le parc du Casino. Le 4 avril 1837, la Société d' Horticulture et la Société du Casino achète un important terrain qui faisait partie du glacis du fort de la Chartreuse. En jargon militaire, le glacis désigne un terrain découvert, en pente douce à partir des éléments extérieurs d'un ouvrage fortifié, sur la contrescarpe. Il avait notamment pour fonction de n'offrir aucun abri à d'éventuels agresseurs de la place forte et de dégager le champ de vision et de tir de ses défenseurs.
La Chartreuse fait partie d’une barrière de 21 forts, dont 19 en Belgique, érigés par Wellington, le vainqueur de Napoléon, contre un ennemi imaginaire: la France républicaine (c’est Wellington même qui avait remis Louis XVIII  sur le trône). Quinze ans plus tard, cette peur pour la révolution a fondu. En 1830, la révolution de Juillet porte sur le trône un nouveau roi, Louis-Philippe Ier, et
l'Angleterre s'empresse de reconnaître cette monarchie. Et, d’autre part, les rapports de force entre les puissances de l’alliance – Autriche, Prusse, Russie – ont évolués. Ce qui fait que les 21 forts sont devenus inutiles au moment même de leur achèvement.
Ce parc dit des Oblats dit du casino est un des premiers éléments démilitarisés de cette ‘barrière’ que l’on peut classer dans le top des travaux inutiles. En 1837 déjà la Société du Casino achète le terrain et aménage sur le glacis un parc qui intègre quelques bastions. Le casino fait faillite en 1867. Il est encore repris  en 1883 par le comte Edgard Lannoy-Clervaux qui le restauré luxueusement, mais doit arrêter les frais suite à la concurrence d’autres salles mieux situées, au centre. Les pilastres de la grille d’entrée, rue Soubre, à côté de l’église, sont les seuls vestiges du casino. Et nous essayerons à retrouver la trame de ce parc.

L'Eglise Glorieuse de Jésus-Christ chez les Oblats

Les Oblats achetèrent vers 1890 le casino pour 60.000F. Le bâtime,nt est transformé en maison de formation internationale. Lorsque la congrégation des Oblats est expulsée de France en 1903, comme les autres congrégations prédicantes. Les missionnaires français sont accueillis à Grivegnée. L’église néogothique fut édifiée d'après les plans de l'architecte liégeois Hubert Froment entre 1895 et 1897. Je ne comprends pas très bien les rapports entre cette congrégation, l’évêché et la paroisse, mais c’est le diocèse de Liège, qui, en dialogue avec les oblats, consacre en 1934  l'édifice et la paroisse sous le vocable de saint Lambert en mémoire de la cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Lambert de Liège. Nostalgie de la cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Lambert, voire expiation ? Voir à ce sujet mon blog http://hachhachhh.blogspot.be/2013/09/leonard-defrance-et-saint-lambert.html
Les vitraux furent détruits en 1944 à la suite de l'explosion d'une bombe volante. L'ancien casino et les autres installations du couvent furent démolies à la fin de la guerre, l'église restant le seul vestige de l'ancien couvent. L'église renfermait quelques trésors des missionnaires oblats, ainsi que certains trésors de la cathédrale démolie Saint-Lambert. Elle a été fermée au public en 2010 pour des raisons de sécurité, l'édifice présentant de nombreuses dégradations dues à un manque d'entretien et de travaux. Le culte catholique fut toutefois encore célébré jusqu'en 2015 dans une chapelle aménagée dans la sacristie sud. En 2017, faute de moyens pour restaurer l'édifice, la congrégation des missionnaires oblats décide de vendre le bien à une communauté protestante, l'Eglise Glorieuse de Jésus-Christ, fondée par un pasteur congolais, qui rassemble essentiellement des ouailles d'origine africaine. Elle est issue d'une dissidence de l'Eglise du Réveil.  Elle s'apparente au protestantisme, mais elle n'est pas officiellement reconnue par le synode. Cette marginalité, aux méthodes de prédication plutôt particulières, ne semble pas poser de problème. L'opération a néanmoins nécessité un accord de l'évêché et... de la ville. Techniquement, il s'agissait de supprimer une paroisse, et une désaffectation suppose l'accord communal, et même l'aval de la tutelle régionale.

Une grotte, des potagers collectifs et un projet de vélodrome.

La grotte devant l’église remonte aux Oblats et est une grotte de Lourdes. Par contre la grotte que nous rencontrons un peu plus haut n’est pas un sanctuaire dédié à la Vierge, mais une «fabrique de jardin» autrement dit une fausse grotte. 
Nous longeons la très spectaculaire rue des Châlets, tout en lacets. Elle débouche sur  l’avenue de Péville, avec un paquet de maisons qui datent de la démilitarisation complète des glacis, Fin du XIXième siècle.  Le n°1, n°80, la villa n°86 et du n°204 et les ensembles urbanistique n°194-202 et 205-215 sont reprises à l'inventaire du patrimoine :
Lors de la démilitarisation du fort, plusieurs lotisseurs ont profité de l’aubaine. Pour certains c’était même une deuxième fois. Lors des expropriations pour  la construction du fort, certains habitants du hameau de Péville avaient réussi à faire monter les enchères en refusant les offres d'indemnisation, menés par le notaire du coin L.-J. Lambinon, notaire. Sa maison a survécu à l'édification du fort, aux transformations militaires de 1939 mais pas aux promoteurs des années 90 qui l’ont laissé pourrir (Jacques Liénard, Hameau de Péville, histoire de la Char
Nous longeons des potagers collectifs qui nous conduisent au plateau jadis agricole et viticole de Grivegnée. Je n’ai pas réussi à savoir de quand ils datent, ni qui les cultive aujourd’hui.
Nous longeons sur notre droite la cuvette de Péville. D’une circonférence de 300 mètres, elle a été initialement creusée pour un projet de vélodrome. Certains rêvent d’y installer un plan d'eau, éventuellement ouvert à la baignade. En 2010 le fort et le parc sont reconnus comme Site de Grand Intérêt Biologique(SGIB).
Un projet européen “Value Added” a permis l’aménagement de trois sentiers balisés en 2013. Les 350.000 euros ont été focalisés sur les entrées, la restauration de la grotte et l’aménagement de la dalle jouxtant la lande aux aubépines, avec notamment des équipements sportifs et des gradins permettant l’organisation de petits événements.
Ce patrimoine fortifié est un enjeu patrimonial de développement durable. «Les places fortes sont un jeu sur la protection et l’ouverture, sur le caché et le montré. C’est un acte urbain sur la relation au temps et à l’espace du paysage». C’est l’urbaniste  Jean Nouvel qui le dit et je souscris bien volontiers. Allons donc à la découverte du caché et montré de ce parc…. Il y a pas mal de caché…

Entrée du fort et les monuments au Génie et aux 1er  et 12ième de Ligne

Nous voilà à l’entrée du fort. Le site de Cornillon a été fortifié depuis que la ville existe. C’est géopolitique, avec le vénérable Thier de la Chartreuse fut longtemps le "Grand chemin" ou "Chemin royal" qui passait au  milieu du fort.
Au dessus de la poterne d’entrée ‘Nihil intentatum relinquit virtus’ (le courage ne laisse rien qu’il n’ait tenté. C’est une phrase de Sénèque, ‘de la Bienfaisance ‘).
Le monument aux 1er  et 21e de Ligne (classé) est installé en 1932 par des amicales d’anciens.
Ces deux régiments de ligne remontent à l’indépendance belge, en 1831. En 1913, lors de la mobilisation, comme tous les régiments de ligne d'active, ils se dédoublent.  Ils prennent part à la bataille de l'Yser. Lors de l’offensive finale en septembre 1918, le 12e de Ligne s’emparera du STADENBERG. Les champs de bataille du 12ème de Ligne sont repris sur  leur caserne en temps de paix : LIEGE, ANVERS, DIXMUDE, YSER, MERCKEM, STADENBERG et LA LYS.
Les régiments sont remobilisés en août 1939.
Au Grand Curtius on peut voir jusqu’au 2 juin une expo ‘A l’avant-garde! Le 12ede Ligne’, où l’on peut voir dans les Lignards célèbres Tchantchès et le célèbre Baryton José van Dam…

Les Chartreux

photo balat
Nous descendons vers l’Arvo d’où nous avons une belle vue sur les beaux restes de la Chartreuse qui a donné son nom au site. REMACLE LE LOUP pubie en 1738 dans ses ‘Délices’ ‘le plan et élévation de la. Chartreuse comme elle sera. Achevée’. En 1797, le couvent est vendu par la République au citoyen Lecoulteux-Canteleu qui fait  démolir  l’église pour vendre les matériaux. Le préfet de l’Ourthe lui octroie aussi en 1801 la concession de toutes les mines de la Chartreuse pour 50 ans, une surface de 12 km2. Cette superficie énorme pour l’époque est la toute première concession charbonnière en Belgique.
En  1820,  les  frères  Begasse  installent leur  fabrique  de  couvertures dans ce qui reste du Couvent. Ils déménageront à  Sclessin (les couvertures Sole Moi qui deviennent en 2001 Nordifa).
La  communauté  des  Petites  sœurs  des  pauvres accueille à la Chartreuse de  1853 à 2003 jusqu’à 250  vieillards. Le site est vendu au groupe immobilier Coenen qui se rend compte qu’il reste 60 petits appartements qui se louent entre 250 et 350 euros. No problemo : le bourgmestre signe en mai 2007 un arrêté d'inhabitabilité pour raison de sécurité, sur une base assez loufoque (superficie insuffisante par rapport aux normes).
Coenen découpe le site en quatre. En 2010 Vulpia y construit une maison de repos de 195 chambres. Monument Real Estate NV & Vulpia Real Estate n’y vont pas de main morte par rapport au permis d’urbanisme. Cela ne freine pas l’Intégrale à racheter le site. Ceci dit, la partie patrimoniale est bien restauré.

L’Arvo restauré

L’Arvo avait une fonction militaire, à l’époque de Jean de Flandre. C’est pourquoi, lors d’une restauration récente, on y a ajouté des meurtrières. Avec les  Chartreux, l’arvô acquiert une fonction utilitaire. Les moines se retrouvaient avec des terres bien exposées sur le coteau dont une grande partie était séparée de leurs bâtiments de ferme par cette route encaissée qui menait de Liège à Herve. Aussi, en 1381, le prince-évêque les autorisa à construire, à leurs dépens,  un pont pour le passage du charroi et du bétail à leurs terres.
L’Arvo actuel date du 17ième. Selon l'analyse dendrochronologique , l'arbre constituant l'entrée a été abattu entre 1594 et 1604, celui formant le linteau a été coupé après 1656 (source : Laboratoire de dendrochronologie de l'université de Liège).
A partir de 1988 l'ASBL Parc des Oblats joue un grand rôle dans la sauvegarde du site. Ils ont voulu créer une Fondation Chartreuse-Oblats, avec des partenaires privés et publics, qui auraient acquis le site. S’ils n’ont pas atteint le but initial, ils ont réussi à  acquérir l'arvô et à le restaurer.

Un parc qui tourne le dos aux quartiers de Longdoz et d’Amercoeur

Nous nous promenons au-dessus du quartier d’Amercoeur qui a payé très cher sa proximité de la forteresse lors des guerres révolutionnaires. Amercœur fut détruit par la garnison autrichienne au moment de sa retraite en 1794. Napoléon signe en 1803 un décret pour le restaurer. Dans le portrait de Napoléon Bonaparte par Ingres, à la Boverie, Bonaparte a la main posée sur un 'acte: "faubourg d'Amercœur rebâti". Dans le fond Ingrès peint la cathédrale Saint-Lambert.
Entre-temps la Chartreuse est coupé de la Chartreuse par le chemin de fer. Aujourd’hui, le schéma directeur pour la Rénovation urbaine Amercoeur propose de recréer des liens entre le quartier et la Chartreuse par un autre aménagement du carrefour sous le pont de chemin de fer, et une amélioration des connexions avec le jardin du Carmel. «Le passage sous le pont de chemin de fer crée une rupture forte en sortie du quartier ; le piéton et les autres modes doux y rencontrent des difficultés pour trouver leur place. Le parc de la Chartreuse est ainsi déconnecté du quartier d’Amercoeur ».
Urbagora avait déjà proposé en 2011 de créer un accès au parc des Oblats depuis l'hôpital du Valdor via un ascenseur ou téléphérique. Selon certaines études de rentabilité, ce genre d’installations ne coûte pas plus cher qu’un autre moyen de transport, calculé en km/passager. Olivier De Wispelaere  d’Urbagora proposait aussi une communication du site avec le quartier de Bellefamme, en ouvrant dans cette direction une ou deux  rues  favorisant des circulations capillaires de quartier à quartier ; ou encore la création d’un lien entre le Thier de la Chartreuse et l'Avenue de Péville (ce qui suppose un percement de la muraille à hauteur de lʼécole des Oblats ou du karting de Grivegnée).
Nous descendons tout doucement vers l’église des Oblats. Les sentiers y sont encore empierrés de briques en terre cuite, vestige du parc d’origine ?
Nous nous rendons compte dans quelle mesure le parc et le quartier du Longdoz se tournent le dos, alors même que le Longdoz manque cruellement d'espaces verts. On pourrait sans dépenses folles créer une nouvelle entrée du parc donnant dans la rue Basse-Wez et étendre une trame verte jusqu'à la rue Grétry. On pourrait «faire entrer» le parc dans le quartier via le tissu de venelles autour de l'Impasse Magnée, sur le site de l'ancienne desserte ferroviaire de la gare du Longdoz.
Notre prochaine balade est pour septembre.

Mes autres blogs sur la Chartreuse

http://hachhachhh.blogspot.be/2018/02/37ieme-balade-sante-mplp-la-chartreuse.html
http://hachhachhh.blogspot.be/2017/12/chartreuse-une-nebuleuse-autour-de.html
http://hachhachhh.blogspot.be/2017/12/le-patrimoine-religieux-immateriel-et.html


mardi 23 avril 2019

48ième balade-santé MPLP dans le nouveau Liers


Lors de notre 48ième balade-santé du 12 mai nous arpenterons le nouveau Liers. Je pourrais l’appeler Balade au cœur du changement. Mais je crois que ce titre est déjà prix par écolo. Arpenter est le mot qui sied, puisque nous serons en plein dans des projets urbanistiques. Nous partons à 10h pile au Smash51 , rue Provinciale 51 à Liers. Il y a aussi un  rendez-vous à 9h30 devant notre Maison Médicale Médecine Pour le Peuple, Avenue Francisco Ferrer 26, à Herstal, d’où nous partons en covoiturage à Liers.

Du foot à la place du tennis au Smash?

Au lieu d’un club de tennis, nous avons failli y avoir des terrains d’UrbanFootball. Le T.C. Smash 51, installé à Liers depuis 1980, allait presque s’arrêter  en avril 2014. Le couple Tilkin qui avait été 27 années à la tête du club, voulait vendre le site à une société française Urbanfoot (CA en 2012 : 8 millions d'euros) qui se voyait même octroyer des subsides par la Région wallonne (La Meuse  31 juil. 2013). UrbanFoot se joue sur un terrain en gazon synthétique de la taille d'un terrain de tennis. On loue le terrain entre 50 et 120 euros de l'heure.
Herstal se disait inquiétée par des nuisances que cette activité pourrait provoquer dans le paisible village de Liers: du mini-foot, ce n'est pas du tennis. Bruits nocturnes, parkings sauvages, mobilité, etc. Et puis, ce mini-foot aurait pu concurrencer les halls sportifs communaux. La Ville promettait un coup de pouce, à condition que  l'asbl «Promo Smash 51» accueillerait des enfants des écoles de Herstal aux heures creuses pour s'initier aux rudiments du tennis. Et l'entreprise de formation par le travail «Work'inn» aurait pu venir renforcer les cuisines du restaurant. Même si Frédéric Daerden jugeait « que la ville n'est pas acheteuse et n'a pas pour vocation de gérer un club de sports» (La Meuse 9 sep. 2013).

Le Collège communal s’engage à assurer « le maintien d’une activité tennistique forte et durable à Herstal »

Ce coup de pouce viendra d’Urbeo. Tu me diras que c’est plutôt l’apanage de l’échevin des sports, mais c’est la Régie communale autonome immobilière de Herstal  qui est venu à la rescousse. Un peu étrange pour ce bras armé de la ville qui sert au départ « à soutenir  la réhabilitation de quartiers fortement marqués par le déclin industriel. Cette structure juridique 100% publique permet de gérer certaines activités à caractère commercial et industriel de manière décentralisée ».
Mais on ne s’arrêtera pas à ce détail. Le Collège communal s’engage à assurer « le maintien d’une activité tennistique forte et durable à Herstal » et Urbeo acquiert en juillet 2014 le complexe tennistique grâce à un subside Infrasports de 540.340 €, et rénove l’éclairage, l’électricité, installe un accès PMR, nouveaux vestiaires, un raccordement égout, etc.. Urbeo occupe un collaborateur à temps partiel qui assure l’entretien quotidien du complexe composé de onze terrains en brique pilée dont cinq couverts et six éclairés à l’extérieur, d’un club house, de parkings sur 11.000 m².  Le club se dote aussi d’un terrain de Padel.
Le club revit et compte avec ses 400 membres affiliés en été et autant de membres d’une école de tennis parmi les dix plus grands clubs de Wallonie ouvert toute l’année. Selon l’administrateur-délégué Michel Mouillard, le club est près de la saturation et songe à aménager de nouveaux terrains. Mais il faudrait que la Ville rachète des terrains (La Meuse 25 février 2017). Quels terrains ? On peut deviner…

Non, Daerden ne déménage pas à Liers ?

En 2013 une rumeur circule sur le bourgmestre qui aurait l'intention de déménager rue Provinciale, juste en face du Smash 51, et ne voyait pas d'un bon œil l'arrivée des cohortes de véhicules que supposent les matches de mini-foot à toutes heures du jour et de la nuit. Pour son porte-parole Eric Wiertz, «Frédéric Daerden était intéressé par une maison à Liers, mais plus maintenant. Il a décidé de rester au centre de Herstal où il habite depuis une dizaine d'années» (La Meuse 9 sep. 2013).

Qui est derrière le permis d’urbanisme N°216/2018 ?

Cinq ans plus tard le Conseil Consultatif d’Aménagement du territoire (CCATM) reçoit le permis N°216/2018 pour «la transformation et réhabilitation de la ferme Royer en 25 logements ». Le demandeur est la SA WDDM, représentée par Monsieur Patrick Deroanne. Je n'ai pas trouvé les comptes de cette Société Anonyme WDDM à la centrale des bilans de la BNB. Mais, pour être sûr, il faudrait avoir son numéro de facturation, son numéro d'entreprise. Elle peut être enregistrée sous un autre nom, ou encodée à la BNB sous un autre nom. En revanche, il y a deux sociétés situées à l’adresse de ce Patrick Deroanne, dont Dero Invest, une nouvelle structure chargée de contrôler l'ensemble de ses activités. Il me semblerait logique que l’échevinat d’urbanisme vérifie un peu l’identité des firmes derrière un permis. Ont-ils omis ce contrôle parce que  M. Deroanne a été témoin de mariage de Frédo en été 2018 ? « Les fiancés ont choisi des amis proches comme témoins. Patrick Deroanne, fondateur de la société éponyme spécialisée dans la fourniture de matériel de bureau, sera celui de Frédéric Daerden » (La Meuse 28 juin 2018).
Et on apprendra par la bande que Frédo est preneur pour le corps de logis de la ferme….

Une ferme reprise dans l’Inventaire du Patrimoine Immobilier

Mais il y a plus. On ne signale au CCATM que cette ferme est reprise dans l’Inventaire du Patrimoine Immobilier (IPIC). A juste titre, puisque cette ferme a une histoire millénaire. Pour moi, c’est un élément essentiel dans ce permis. Ne fallait-il pas l’avis de l'Agence wallonne du Patrimoine (Awap) sur le projet ? Le 22 décembre 2018 j’envoie un mail à notre échevine Isabelle THOMSIN qui me
photo jean baens
répond : « Tout d’abord, une petite nuance, un bien repris à l’inventaire du patrimoine immobilier n’est pas ‘classé’ comme monument, on lui reconnaît simplement une valeur patrimoniale à tenter de préserver. Le service de l’Awap n’est pas automatiquement consulté. Mais la Ville a choisi de le faire.
Ce dernier a rendu  un avis défavorable en date du 12 novembre.
Toutefois après analyse, nous estimons que la réhabilitation de l’ancienne ferme Royer située en plein centre du noyau villageois de Liers en 25 logements améliorera la qualité de l’espace bâti existant tout en préservant le patrimoine existant. En effet, l’activité agricole n’est plus organisée sur le site de la ferme Royer depuis déjà plusieurs années.
La transformation et la réhabilitation de cette ancienne ferme, patrimoine d’exception inscrit à l’inventaire du patrimoine Wallon, permettra la sauvegarde d’un bien, témoin du passé, tout en lui redonnant une nouvelle fonction permettant sa pérennité. Il s’agit donc de la valorisation et de la sauvegarde d’un bâtiment à caractère patrimonial. L’espace existant permet cette transformation en ne dénaturant pas l’espace environnant. De plus, le projet prévoit l’aménagement d’espaces extérieurs qui tiennent compte des caractéristiques du lieu.
En effet, seuls des bâtiments venus se greffer au fil du temps et ne présentant pas un caractère architectural intéressant seront démolis et seront remplacés par de nouveaux bâtiments reconstituant la ferme en carré et préservant le caractère exceptionnel du lieu. Les nouveaux volumes proposent une architecture simple et modeste ne prenant pas le pas sur l’architecture des bâtiments existants, ils s’intègrent au bâti grâce au choix des volumétries et matériaux respectueux de l’existant et ils préservent le caractère homogène de la cour intérieure.
Les matériaux de façade, quant à eux, sont choisis de manière à s’harmoniser avec le paysage et le cadre bâti existant.
L’aile du corps de logis est préservée dans son intégralité ainsi que l’aile d’entrée visible depuis la rue des Prairies. Les éléments bâtis constituants le caractère exceptionnel et patrimonial du site ne sont en rien modifiés (chainage, pierre de taille, moellons…).

photo jean baens
Il faut également savoir que les propriétaires, Monsieur et Madame Royer, ne parvenaient pas à vendre le bien en raison de sa taille et de la vétusté des bâtiments et donc seul un projet de cette envergure permettra la sauvegarde de ce patrimoine en alliant, de manière judicieuse, la conservation du patrimoine existant et l’architecture contemporaine.

De plus, des bâtiments similaires existent sur l’entité de la Ville de Herstal et ceux-ci, n’ayant malheureusement pu être réhabilités, présentent un caractère de dégradation avancé et devront probablement être démolis faute d’avoir pu être transformés à temps.
La Ville peut s’écarter d’un avis extérieur moyennant motivation. Voici ce qui a motivé l’avis favorable conditionnel de la Ville pour ce projet. Cependant, le projet est actuellement soumis à l’avis conforme du fonctionnaire délégué du SPW. Son avis devra être respecté pour la décision finale sur le traitement de la demande.
J’espère avoir répondu à vos interrogations et vous présente mes meilleures salutations
Isabelle Thomsin. »

La ferme Royer dans l’inventaire du patrimoine immobilier

Herstal a été une de premières villes à voir une version digitalisé et actualisé de l’IPIC, l’inventaire du patrimoine immobilier. 120 biens s’il te plait. Herstal a même organisé il y a quelques années une expo pour fêter ça. Voici ce qu’il reprend sur cette ferme.
photo jean baens
« La ferme de l'Abbaye présente un plan en quadrilatère dont les parties les plus anciennes remontant à la 2e moitié du 16e siècle ont été complétées au début du 18e siècle et aux 19e et 20e siècles.
L'ensemble est bien représentatif de l'architecture rurale traditionnelle en Hesbaye liégeoise et les fonctions des ses différentes ailes sont encore clairement identifiables.
L'aile d'entrée est percée par un portail en anse de panier daté de 1819 à la clé. Vers la cour, la partie gauche de cette aile abrite une grange accessible par un haut portail cintré dont le claveau central est daté de 1577.
Au fond de la cour, le logis du début du 18e siècle est en briques et calcaire. Sa façade de deux niveaux est percée de deux travées de hautes baies à croisée et piédroits harpes, de part et d'autre d'une porte basse à linteau droit; perron reconstruit au 19e s. À gauche, sous une même bâtière d'éternit à coyaux, soutenue par des blochets, ajout postérieur d'une travée.
Les autres ailes abritant des étables et des bâtiments utilitaires remontent aux 19e et 20e siècles ».
Je suis content que la Ville a consulté l'Awap, et, bien sûr, La Ville peut s’écarter d’un avis extérieur moyennant motivation. Mais j'attends avec impatience l’avis du fonctionnaire délégué du SPW.

Seigneur de Herstal ou ‘avoué de Liers’ ?

Notre bourgmestre est donc preneur pour le corps de logis ! Porter le titre de Seigneur de Herstal était peut-être un peu osé parce que Willem-Frederik d’Orange  de la maison royale des Pays-Bas porte cetitre? Avec la ferme il pourra  rêver du titre ‘avoué de Liers’. Ca remonte à 1012,  lorsque  l'empereur Henri Il alloua Liers à l'Abbaye bénédictine de Florennes, qui vendit trois siècles plus tard ses biens liersois au Chapitre Saint-Lambert qui désigna un avoué, un gérant en quelque sorte.
C’est Charlemagne qui désigna des avoués chargés de représenter l'évêque devant les tribunaux, et d'exercer les pouvoirs administratifs et judiciaires ainsi que de conduire auprès du souverain le contingent armé. C’est ainsi que le Vieux Voué Jean I, fut honoré chevalier à l'issue de la bataille de Vottem remportée le 19 juillet 1346 par les communiers liégeois, sur une armée de chevaliers de haute noblesse commandée par le Prince-évêque.
Avec l'effondrement de l'Etat carolingien l'avoué apparut surtout comme protecteur du domaine ecclésiastique sur lequel il exerçait un droit de tutelle qui le mettait en situation d'exercer les pires abus : toute action était bonne pour livrer au pillage les biens de l'église (J.L. Kupper. Op. cit. p 434 à 439)
Un titre a priori intéressant: une situation permettant d'exercer les pires abus et piller les biens de l'église.
La ferme a été expropriée et vendu comme ‘bien national’ en 1796.

La ferme est en zone agricole

Un autre aspect litigieux de ce permis d’urbanisme: la ferme est en zone agricole  sur le plan de secteur, et ces 25 logements ne ressemblent pas à des box de chevaux ou autre utilisation agricole. Lors de la présentation au CCATM on ne nous a pas dit ça. On peut certes en zone agricole avoir une ferme et des étables. Mais comment y justifier 25 logements ? L’intitulé du permis est à double fond : « transformation et réhabilitation de la ferme Royer ». Construire 25 logements à côté d’une ferme, est-ce toujours une transformation ? On m’a répondu qu’une demande de dérogation est en cours, et que si cette réponse serait négative, le permis serait nul et non avenu. Attendons voir.
Je reste quand même avec deux questions : comment éviter que ce genre de permis sont soumis au CCATM sans ces informations essentielles, afin qu’on puisse juger en connaissance de cause ? Et deux : en toute logique, n’aurait-on pas mieux fait de lancer une dérogation au plan de secteur, AVANT de demander un permis d’urbanisme ?
L’échevine Thomsin évoque « un nouveau projet de Schéma de développement territorial du Gouvernement wallon de juillet 2018 qui a comme objectif ‘la lutte contre l’étalement urbain et l’utilisation rationnelle des territoires, le développement socio-économique et de l’attractivité territoriale, la gestion qualitative du cadre de vie et la maîtrise de la mobilité’. Le projet favorise le renouvellement du bâti existant, en développant la création de logement dans les noyaux d’habitat existants, en préservant le patrimoine par sa réaffectation, en améliorant le cadre de vie par la création de logements de qualité, et s’inscrit entièrement dans les objectifs du Schéma de Développement Territorial ».
C’est un peu faible comme argumentation. Si on veut lutter contre l’étalement urbain, ne faudrait-il pas éviter de prendre à la légère les plans de secteur et, au moins, demander une dérogation avant de lancer des projets.
Avec ça la dernière ferme en activité à Liers disparait. Il est vrai que le fermier a déjà repris depuis quelques années une ferme à Verlaine et n’utilisait que les bâtiments que pour le stockage. Il a vendu pour sortir de l’indivision avec sa sœur. En plus, lors de la fusion des communes, on a coupé le village rural de Liers de ses champs, qui ont rejoint Juprelle. Certes, ces quelques hectares de terres agricoles sont enclavés entre le Ravel et la Chaussée Brunehaut. Mais je ne saurais me défaire de l’idée qu’il y a derrière tout ça une spéculation pour faire tomber le reste de ces terres agricoles en terrains constructibles. Et là, c’est le jackpot.

Une ZACC (Zone d’Aménagement Communal Concerté )

Dans un document de 1348 on retrouve la rue des Prairies qui débouchait sur un lieu-dit « devant l’Abbaye » et de là partait le sentier «Passay de l’Abbaye » vers Fexhe-Slins, disparu avec la gare de triage. Dans la zone dite "Devant l'Abbaye" un projet immobilier est lancé dans la ZACC (Zone d’Aménagement Communal Concerté ; jusqu’en 1999 cela s’appelait une zone d’extension d’habitat). On aménage dans le triangle formé par la rue Thonon, la rue Provinciale et la Chaussée Brunehaut la voirie pour 95 logements. C’était une zone vouée au pâturage, mais au fil du temps le site a été totalement enclavé. Cette parcelle agricole ne faisait pas l’objet d’un bail à ferme mais seulement d’une mise à disposition verbale à titre gratuit et précaire. Le site appartenait à un seul propriétaire ce qui a permis une démarche d’ensemble. Heureusement, parce qu’un projet morcelle aurait buté sur le problème d’accès : on y entre par la Chaussée Brunehault -11 mètres - et on sort par la rue Léopold Thonon - 8 mètres
Le rapport urbanistique et environnemental a exclu un accès par l’aire de parcage de l’AD Delhaize de la rue Provinciale, parce qu’en cul de sac, mais n’exclut pas un développement foncier après restructuration de cet espace et rationalisation, y compris le bâti le long de la route provinciale.
La viabilisation du site coûtéra à la société Batico 1.200.000 € soit +/- 35 € /m 2 ou 9.200 à 13.500 €  par  unité de logement.
Cliquez ici pour le rapport d’incidence. Le site de la ZACC est  traversé par un collecteur de l’AIDE  canalisant  un ancien ruisseau traversant le village dénommé « Rigole de Liers ».

60 nouveaux logements sociaux "cité des Prés"

Nous traversons la route provinciale via un piétonnier qui nous permet de traverser deux ronds points et une route très fréquentée.
Fin mars 2019 notre Société Régionale du Logement (SRL) a inauguré 60 logements rues de la Digue et de la Sucrerie (12 maisons 4 chambres, 1 appartement 1 chambre, 22 appartements 2 chambres et 25 appartements 3 chambre, dont 30 logements adaptables PMR)  Les premiers locataires arrivent.
Ca serait un beau projet d’une des plus importantes sociétés de logements sociaux de Wallonie, si l’autre côté de la médaille n’était pas la vente de la plupart des logements de la cité à côté.  
En 2010, un audit révèle que notre SRL doit 2 millions d’euros à la société wallonne du Logement. Dans le cadre de son redressement, la SRL de Herstal vend toutes les maisons d’avant 1950 (elle supprime aussi 30 emplois). Cela concerne une bonne partie de la Cité de Liers. 68 appartements à 2 chambres sont rénovés et isolés. Les 128 autres logements sont vendus. D’un côté les 60 logements de la nouvelle cité ; de l’autre la perte de 128 logements.
La nouvelle cité a une toute nouvelle philosophie de vie et de voisinage. Les architectes (Pierre Maes & associés et Contrast Architecture) mêlent habilement terrasses et jardins privatives et zones semi-publiques, sans oublier le potager communautaire ; une philosophie qui permet de préserver l’intimité des familles et leur permettre de mener une vie très conviviale.

Un beau maillage de sentiers

Tout autour de la nouvelle cité la pression citoyenne a permis une restauration des sentiers. Ce projet est parti du plan cadastral de 1973 : la ruelle du Bot qui se prolonge dans la ruelle de l’Enclos du Marly, la ruelle du Greffier, ainsi que la ruelle des Prés. S’y est ajouté une venelle depuis la ruelle du Bot au lotissement de la rue Tchérweus. Et cerise sur ce gateau : les passages dans la nouvelle cité.
Je ne saurais mieux faire que de reprendre l’appel du Comité : « Nous invitons tous les Liersois et autres promeneurs à utiliser ces divers sentiers sans modération. C’est gratuit, excellent pour la santé et cela permet à ceux-ci de conserver leur place dans l’histoire de notre patrimoine ».

Sources

Nous avons arpenté Liers lors d’une balade santé http://hachhachhh.blogspot.be/2015/03/balade-sante-liers-deux-ravels-et-un.html
Liers sur la carte Villaret de 1745