lundi 16 septembre 2019

51ième balade-santé MPLP Herstal : le Ravel-rail et la nouvelle passerelle de Vivegnis.


Notre 51ième  balade-santé MPLP Herstal du 13 octobre 2019  suivra le Ravel-rail (en gestation) de Herstal jusqu’à l’Esplanade de Saint Léonard. Nous inaugurerons de manière officieuse la nouvelle passerelle de Vivegnis. Départ à 10h pile de l’Esplanade de la Paix à Herstal. Nous avons aussi notre  rendez-vous habituel à 9h30 devant notre Maison Médicale Médecine Pour le Peuple, Avenue Francisco Ferrer 26, à Herstal, d’où nous partons en covoiturage à Coronmeuse.

L’Esplanade de la Paix

Sur l’Esplanade  de Coronmeuse, le promoteur Visimmo avoulu construire une haute tour de 26 étages. Le parking où nous nous trouvons aurait pu être un parc, avec des subsides de revitalisation urbaine. «1,25 million d'euros pour créer, à la place de l'esplanade actuelle, un grand espace vert,
expliquait à l’époque le bourgmestre (PS) Frédéric Daerden.  Visimmo prévoit un parking souterrain. Ça me paraît être un beau dossier, une réelle opportunité pour ce quartier de Marexhe qui est au cœur de notre rénovation urbaine. On aurait là un geste architectural, qui peut être très esthétique, pour marquer l'entrée de Herstal. Et on améliorerait en plus le cadre de vie avec l'espace vert.»
Ce projet de ‘tour infernale’ a été bloqué par la mobilisation des comités de gestion des deux immeubles de l'Esplanade et le comité de participation de Marexhe qui se sont réunis en un «Collectif pour la protection de l'esplanade de la Paix » (LM 16/1/2009)
Coronmeuse est aussi le lieu de l'Expo de l'eau en 1939. Cliquez ici pour le film de Philippe Ory et Albert Léonard; une bobine retrouvée dans une cave; sur la boite: "Expo'39",... en couleurs! Un événement qui marqua la fin de la belle époque...
Nous longeons le sentier qui devient plus loin la rue Pied des Vignes, pour prendre le tunnel cyclo- pédestre  construit par Infrabel pour remplacer plusieurs passages à niveau non sécurisés.

La Compagnie du chemin de fer Liégeois-Limbourgeois

en deux langues! photo P.Mahy
Nous suivons la ligne de la Compagnie duchemin de fer Liégeois-Limbourgeois, mise en service en 1865.  Elle desservait la FN et les Acec, la sucrerie de Liers, ainsi que les Charbonnages d'Abhooz et Bonne-Foi,  de la Bonne Espérance, Batterie, Bonne-Fin et Violette et la Grande Bacnure.
Au départ le projet prévoyait un chemin de fer de Tongres à Ans, passant par Glons, avec un embranchement vers Herstal et le faubourg Vivegnis, ainsi qu’un chemin de fer de Hasselt à Eyndhoven et à Maestricht. La ligne a joué plus tard un rôle important pour relier le bassin minier limbourgeois et le bassin industriel liégeois.
Trois de ses locomotives ont été fabriquées, en 1865, par  la Société St Léonard qui se trouvait là où il y a aujourd’hui La Braise. Nous passerons devant. Cette société n’a jamais été reliée directement au chemin de fer, or qu’elle se trouvait à un kilomètre de la gare de Vivegnis (gare terminus à l’époque. La ligne est reliée aux autres gares de la cité ardente en 1877. Le faisceau de garage de Vivegnis sera réimplanté à Liers, qui devint donc la tête de ligne. Liers perdra bientôt ce statut au profit de Kinkempois).
L'État-Belge rachètera le réseau en 1896 seulement.
Cette ligne est (encore) desservie en semaine par de trois à quatre trains dans chaque sens par heure, ce qui représente environ 160 dessertes journalières. Il faut environ cinq minutes pour accéder au centre-ville de Liège par le train. Le plan urbain de mobilité attache à juste titre beaucoup d’importance au Réseau Express LiégeoisMais ce n’est apparemment pas dans les priorités d’Infrabel. Voir mon blog https://hachhachhh.blogspot.com/2019/01/plan-urbain-de-mobilite-mobilite.html

Le Ravel Rail

Infrabel nous a asphalté (et sécurisé) un Ravel Rail. Nous avons sur notre droite la Ruelle des Renards, avec tout au début une maisonnette marquée au fronton ‘1923’ qui abritait le treuil de la mise à terril. Cette ruelle est un tronçon du Sentier des Terrils, 300 km, de Bernissart à Blegny-Mine.  Un peu plus loin plusieurs départs de sentiers menaient vers des jardins. Le dernier (assez  raide) permet l’accès à un sentier qui longe le Bernalmont et qui débouche dans la rue des Petites Roches. Juste après le treillis anti-éboulement une veine de charbon apparente, ou plutôt une veinette qui a quand même un nom: « Beguine » (parce que stérile, non exploitable). Une deuxième,  «Halballerie», est cachée sous le treillis. A la Bacnure cette veine a été exploitée à moins 227 mètres! Ces veines en affleurement, donc visible en surface, ont été repérées lors de la construction de la tranchée du chemin de fer.

Les terres de l’Evêque

La rue Bois de l’évêque servait aux princes-évêque pour visiter leurs nombreuses terres à Herstal. La ferme dite de la Charlemagnerie par exemple s’appelait la ferme du séminaire. La cité de la Préalle que j’habite a été construite en 1928 sur les terres de l’Evêché, qui y avait aussi une carrière d’où rue de la Carrière). Les ‘sept bonniers’ où se trouve notre maison médicale et le site de la FN appartenait aussi à l’évêque.
ravel-rail photo eduard alphonse van loo
Une passerelle enjambait le chemin de fer et de la rue, là où il y a aujourd’hui une cabine électrique. Dans le fond d’un des jardins débouche un tunnel qui reliait la paire de Bernalmont, derrière Coronmeuse, et les sièges de Cloes et de la Petite Bacnure. Un branchement arrivait au pied du terril de Bernalmont.
La rue Bois de l’Evêque est territoire de Herstal ; un découpage étrange qui remonte à la fusion des communes en 1977. Elle se prolonge dans la Rue Joseph Truffaut (territoire de Liège). Nous longeons le chemin de fer via la rue des Vignes (nous avons déjà eu la rue « Pied des vignes »). Le Boulevard Solvay est un sous-produit de l’expo de 1905. Au dessus de nous le parc des Vignes très délabré. En 2006 des jardiniers de la Ville y découvrent un sac de sport rempli des ossements d’un bébé. Très vite on fait le rapprochement avec la disparition signalée le 25 septembre 2005 par Angela Baptista Santos Freitas de son enfant soi-disant enlevé par son mari.
Nous restons dans le horreurs, avec les cinq coquelicots en acier du Pont des Bayards, plantés là où en 2006 on a retrouvé les corps sans vie de Nathalie et Stacy. L’œuvre est d'Alexandra Gadina, à l’époque étudiante à l'Académie des Beaux-Arts de Liège.
Nous prenons l’Impasse Marcors  qui débouche sur la paire du Charbonnage du Bâneux, mentionnée déjà en 1585, une des mines les plus anciennes de Liège. Le charbonnage de Bâneux a été fermé en 1942. Son puits atteignait 350 m de profondeur. Une galerie part d’ici vers le charbonnage de Batterie au Thier à Liège.  Dans les galeries abandonnées de Bâneux on a fait des recherches pour les Stacy et Nathalie. Elles ont été retrouvées dans un caniveau, le long du chemin de fer …

La Gare de Vivegnis

Arrivée d'une famille italienne
(Médiathèque de la Province de Liège,
Fonds Desarcy-Robyns)
En dessous de nous la gare de Vivegnis, et sa nouvelle passerelle. La gare de Vivegnis a été supprimée en janvier 1972. A son heure de gloire, Vivegnis desservait le charbonnage du Baneux.
 C’est là que l’on débarquait les travailleurs italiens dans une gare de marchandises. La marchandise, c'était eux, vendus pour un sac de charbon. Les 32271 prisonniers de guerre allemands, qui avaient été mis au tgravail dans les mines, sont libérés en 1947. Pour les remplacer la Belgique signe en juin 1946 le protocole ‘bras contre charbon’ avec l'Italie...  
A nne MORELLI raconte qu’ à Vivegnis la main d'oeuvre est ‘rangé’ par numéro de puits et arrive à destination sur les camions non bâchés, crasseux, qui venaient de transporter du charbon. Dans la deuxième moitié de 1946, un millier d'Italiens arrivent ainsi chaque jeudi dans les mines belges. Un collectif Bâneux veut y ériger  un monument
L'inauguration de la passerelle coïncidera avec la mise en place de piste transléonardienne (ce que j’appelle le Ravel-Rail). La passerelle veut « permettre aux modes doux un accès aisé et agréable à l’espace champêtre de plus de 90 hectares, classé au patrimoine de la Région » (et trois étoiles au Michelin).  La structure en type douglas, de mélèze et de chêne  ajourée fait 27 m de long, 7 m de large et est haute de 11,50 m.
Un espace vert de 500 m² sera aménagé avec des arbres fruitiers palissés (des pommiers «Elstar», «Jonagold» et «Boskoop rouge» ainsi que des poiriers «Beurre Hardy», «Conférence» et «Bon Chrétien William’s».
La passerelle a coûté 1.541.000 €, subsidié dans son intégralité par «Liège Europe Métropole» et la Région Wallonne dans le cadre du plan «Revitalisation urbaine – Opération Vivegnis».

Les Zurbains

La suite de notre balade s’inspire d’une balade faite en novembre 2015 pour le comité des patients de la maison médicale de la rue MaghinFace à la gare, les Zurbains. En 2005, vingt-six personnes qui ne se connaissaient pas vraiment, réunies sous le nom de Zurbains, rachetaient un terrain vague de 8.500 m² pour y construire un habitat groupé intergénérationnel orienté « développement durable ». Un premier retard : on se rend compte qu’Infrabel est propriétaire d’une partie du terrain. En 2007, feu vert pour les travaux. Sept ans plus tard, 4 maisons individuelles, 13 appartements, 10 duplex et un loft sont habités. Mais "ce n’est pas facile de s’entendre entre 29 propriétaires différents", explique Muriel Frenay, présidente de l’asbl Les Zurbains.

Rue Maghin : l’Art Nouveau à Saint Léonard

Tout près de la maison médicale, Rue Maghin 87, une belle maison Art Nouveau. Un peu plus loin, sur l’esplanade Nouveau (Jonruelle 1) une autre, de la main de Rogister.  Et dans la Rue Vivegnis nous verrons au N°72 une maison (abandonnée) art déco d’une belle qualité architecturale ; le no 213 est de Joseph Bottin, avec de beaux sgraffiti. Nous passerons aussi devant le N° 385.
Il y a eu plusieurs lotissements importants à Saint-Léonard à la fin du 19ième siècle, suite à la démolition des murs d’enceinte en 1846. Les rues des Franchimontois et Marengo sont aménagées. En 1875, le Conseil Communal crée des rues à travers l’enclos dit de Jonruelle.  La rue Regnier Poncelet est créée en 1883. Regnier Poncelet a fondé une usine de locomotives là où se trouve La Braise. C’était justement l’époque art Nouveau.
Cliquez ici pour en faire le tour virtuel. Il faut passer avec le curseur sur la photo pour l’adresse. On y retrouve par exemple  Victor Rogister, rue de l’Enclos 13 et 15, avec des sgraffiti. Ou cette belle bâtisse Rue de Moresnet 12 .
Evidemment, toute cette gloire passée ne peut pas nous faire oublier la réalité sociale du logement :
Le SCHEMA DIRECTEUR  ET  VOLET SOCIAL de 1997 identifiait 145 bâtiments abandonnés dans le quartier Nord, dont 120 maisons d'habitation parmi lesquelles 22 seulement sont taxées par la Ville de Liège (p.25 PROJET DE QUARTIER).
L’école Maghin est de Joseph Lousberg, architecte officiel de la ville de Liège en 1889. Cet architecte intéressant et très productif a marqué sa ville, avec l’académie des beaux-arts, rue des Anglais, l’école d'Armurerie, rue Léon Mignon, L’école Justin Bloom, place Sainte-Walburge, l’Athénée Maurice Destenay boulevard Saucy, l’École de la Vieille-Montagne, sur la place du même nom que nous traverserons plus loin, et l’École communale de Cointe, boulevard Gustave Kleyer, c’est Lousberg aussi.

Saint-Léonard et les cent mille briques

émeute à la prison Saint Léonard en 1979
La prison, ouverte en 1850, a été détruite en 1982. Au XIII e siècle déjà se trouvait dans l'ancienne porte Saint-Léonard une prison. Un héros de la Révolution liégeoise, François-Léonard Duperron, y est enfermé par le prince-évêque Constantin de Hoensbroeck surnommé le ‘bourreau roux’. Duperron retrouva la liberté en 1792 quand le peuple libère les détenus politiques.
La prison moderne fut surnommée les 100.000 briques
Une plaque commémorative située du côté droit de la Place rend hommage aux prisonniers politiques détenus durant l’occupation allemande.
Dès les années 1920,  les premiers immeubles en hauteur apparaissent  le long de la Meuse, d’où le nom du café ‘Le Building’.  Un nouveau règlement de 1963 stipule que les immeubles ne peuvent dépasser une hauteur égale à la largeur de  la rue plus deux mètres, sauf exceptions pour tenir compte de certains contextes «forts». Sur le quai Saint-Léonard, les hauteurs autorisées des immeubles sont les plus hautes (37 mètres). A titre de comparaison : c’est la hauteur maximale autorisée dans Paris intra muros. Dans le jargon urbanistique cette barrière de buildings crée un effet « envers du décor».

La fosse Saint Léonard

La fossé Saint-Léonard occupait l´actuelle place des Déportés et l´emplacement de l´ancienne prison Saint-Léonard. Ce fossé renforçait l´efficacité de la muraille nord et servait de refuge aux bateliers.
Cette pièce d´eau a connu deux ponts. Le pont-levis de la porte Saint-Léonard à tablier de bois fut remplacé par un pont de pierre en 1704. La clef de voûte de la porte se trouve au musée Curtius.
Les bateliers, arrivés à l´embouchure du fossé, étaient obligés de dételer les chevaux de halage pour les faire passer par la porte Saint-Léonard. Afin de pallier cette perte de temps, la Cité opta, en 1595, pour la construction d´un pont qui enjamberait le fossé à l´endroit où ce dernier communiquait avec la Meuse (dans le prolongement du quai de Maestricht). Cet ouvrage fut dénommé pont Maghin. Le pont et la porte y attenant furent construits grâce à un prêt de Jean Curtius qui espérait ainsi tablait sur un droit de péage pour les chevaux de halage. Il n´obtint pas ce privilège, la ville levant la taxe à son profit. Les arcades du Pont-Maghin ont été démolies en 1838.
Un second pont se trouvait à la porte de Vivegnis.  Le couple d’architectes qui a conçu cette esplanade, Aloys Beguin et Brigitte Massart,  y ont crée le plan d’eau qui symbolise la darse. Les poubelles de la place, c’est eux aussi: Et en cerise sur le gâteau de ‘leur’ Esplanade, gravé dans un bandeau d’inox, ce poème de Savitzkaya qui fait allusion à cette prison et à l’ancienne muraille: « pied sur la terre à charbon et sur la terre à vigne, sur limon du fond de la darse, sur les chaines, les barreaux et les cent mille briques, et vers le bois lumineux partagé d’un rempart … »
L’auteur n’a publié nulle part son texte: il voulait que les gens viennent le lire sur place. J’ai été le noter sur un calepin http://hachhachhh.blogspot.be/2014/03/sur-lesplanade-saint-leonard-grave-dans.html

Un zoning industriel au cœur de la ville

1865 - St Léonard ystème Vaessen
Cie Liège-Limbourg
Le faubourg Saint-Leonard était au 19ième siècle un zoning industriel. Un paquet d’usines se sont installées dans les anciens couvents vendus en 1799 comme bien national. Le couvent des Récollectines est acheté par John Cockerill qui y installe une linière où 1.000 personnes travaillaient La fonderie de canons (aujourd'hui l'Athénée Liège 2) est construite en 1803 par Napoléon dans l'ancien prieuré de Saint-Léonard. Les frères Ponce­let fondent la Société Saint-Léonard qui s’installe en 1826 dans  l’ex-couvent des Carmélites, située à l’emplacement de la Braise. Cette usine construira en 1839 sa première locomotive.

Au pied des coteaux  une phrase de Lorca: "Dans le drapeau de la liberté, j'ai brodé le plus grand amour de ma vie". 

Au pied des coteaux, une phrase de MarianaPineda, du grand poète espagnol Garcia Lorca, un projet du « Collectif Génération Lorca».
Mariana Pineda est dénoncée en 1831 pour avoir brodé sur un drapeau une devise libérale. Elle a été accusée d'appartenir à une conspiration et exécutée par le garrot à l'âge de 26 ans. Son exécution est devenu  un symbole populaire de la lutte contre le manque de libertés.
Un petit extrait de l’œuvre de Lorca :
« Mariana, ne crains rien, mon épouse, ma vie !
Nous conspirons dans le plus grand secret. Ne crains rien !
Le drapeau que tu brodes frémira dans les rues
entre les cœurs et les cris de tout un peuple
et grâce à toi la Liberté si désirée de tous
foulera le sol dur de ses grands pieds d'argent ».

Le coup de corne et la mort

Mais, perso, je préfère son Llanto por Ignacio Sanchez Mejias, un chant funèbre pour un toreador. Un poème que je connaissais par cœur à 16 ans….
Le torero Ignacio Sanchez Mejias était un ami proche de Lorca. Il s’était déjà retiré de l'arène, lorsqu’en 1934, âgé de quarante-trois ans, il retourne à l'arène. Il doit perdre quinze kilos pour revêtir son costume de lumière. Un torero blessé lui demande de le remplacer. La corne du taureau transperce sa cuisse.
‘LA COGIDA Y LA MUERTE’. https://www.youtube.com/watch?v=MFFCoxJU0Gc
Le coup de corne et la mort
A cinq heures du soir.
Il était juste cinq heures du soir.
Un enfant apporta le blanc linceul
à cinq heures du soir.
Le panier de chaux déjà prêt
à cinq heures du soir.
Et le reste n'était que mort, rien que mort
à cinq heures du soir.

Déjà luttent la colombe et le léopard
à cinq heures du soir.
Et la cuisse avec la corne désolée
à cinq heures du soir.
Le glas commença à sonner
à cinq heures du soir.
Dans les recoins, des groupes de silence
à cinq heures du soir.
Et le taureau seul, le coeur offert!
A cinq heures du soir.

Les Coteaux de la Citadelle

Nous prenons le chemin des Coteaux de laCitadelle: 80 hectares de jardins et de bois en plein centre ville ! Nous traversons le chemin de fer pour emprunter la rue Bäneux et sa passerelle.  Point de vue mobilité la nouvelle passerelle n’ajoute rien ! Dans la rue Vivegnis encore quelques belles demeures.

Place Vieille Montagne

les coteaux nus suite aux fumées de la Vieille Montagne
Nous rejoignons la place Vieille Montagne où se trouvait l’usine de zinc du même nom. Elle a empesté l’air pendant des années …  Ca remonte à Napoléon, qui par décret impérial de 1806 concède la mine de Moresnet au 'chimiste' liégeois, le chanoine Jean-Jacques Dony, pour 50 ans, avec obligation de prouver qu'il est capable de produire du zinc à l'état métallique.
Dony parvient en 1809 à produire dans le faubourg Saint-Léonard un métal malléable, résistant à la corrosion, facilement laminable et d'un prix modique. Le procédé de Dony revenait à condenser les vapeurs de zinc (le métal fond à 420° et s’évapore à  907°C). Ces vapeurs de zinc empestaient le faubourg. En 1811, à titre promotionnel, il couvre l'église Saint-Barthélemy d'une toiture en zinc. Il ne lui trouve hélas pas de débouchés. En 1813, ruiné, il abandonnera l'entreprise en 1818 au financier Mosselman.
Le nouveau métal est pourtant tellement prometteur que le Congrès de Vienne en 1814-1815 crée un minuscule territoire indépendant pour riche gisement de zinc: le Moresnet neutre. Pendant plus de cent ans, un pouvoir municipal dirige le territoire, sous le regard de commissaires royaux belges, hollandais et allemands. On y battra monnaie et émettra des timbres. La mine est épuisée en 1885. En 1837, Alfred Mosselman crée la société anonyme ‘Société des Mines et Fonderies de zinc de la Vieille Montagne’. Trois sites de production sont actifs : Moresnet, Saint-Léonard et Angleur. La concurrence, aussi, s'installe, avec la Nouvelle-Montagne à Engis et Prayon, la Grande-Montagne à Flône. Cette S.A. s’appelle aujourd’hui Umicore…
Vie de zinc
En 1868, le directeur commande une série de photographies qui doivent illustrer le travail  la Vieille-Montagne. Ces trois albums sont classés aujourd’hui trésors du patrimoine mobilier de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Une cinquantaine d’ouvriers y sont représentés individuellement, chacun dans sa  tenue de travail, avec ses outils et instruments. En 2014 la fonderie de Molenbeek organise une expo et publie un recueil avec une reproduction grand format de ces magnifiques portraits  "vies de zinc". 
En 1856, les gens de Saint Léonard, écologistes avant la lettre, exigent le départ de cette usine insalubre. Lorsque la ville accorde un délai supplémentaire à la fabrique, le porte-parole du Comité  démissionna de son poste de conseiller communal et se présente au scrutin communal, où la majorité sortante subit un cinglant échec : "la république démocratique et sociale vient de battre ... les libéraux".
L’usine de Saint Léonard fut fermée en 1881. Sur l'emplacement furent créées trois rues et une place, avec son école érigée en 1906.Elle accueille des élèves de 27 nationalités différentes. Une richesse dont se targue la directrice : «L'ouverture d'esprit est le maître-mot de notre établissement ».

Rue Laport et sa salle « La Renommée »

Un certain Sieur Trillet du Faubourg Saint-Léonard ajoute en 1872 à son café une salle de danse qui prit le titre de Salle Royale de la Renommée après que le roi Léopold y eut assisté à un bal organisé par la Garde Civique. A la mort du premier propriétaire en 1899, la salle fut acquise par l’industriel Fryns qui connut le terrible incendie de ses locaux en 1902. La reconstruction, confiée à l’architecte Paul Jaspar, la remplaça par un ensemble nettement plus « rococo » et précédé d’une entrée monumentale, rue Laport (90 mètres de longueur pour une hauteur à la corniche de 12 mètres). L’ensemble qui pouvait accueillir quatre à cinq milles personnes s’ouvrit à temps pour l’Exposition Internationale de 1905.

Des lofts dans l’armurerie Gosuin

photo Loft Factory
Au coin de la rue Goswin la Loft Factory  dans les ateliers de l’armurier Gosuin. Le 18 août 1789, Gosuin s'empare à la tête de ses ouvriers de l'hôtel de ville de Liège. En même temps, une troupe dirigée par son ami Jean-Pierre Ransonnet  prennent possession de la Citadelle. Six mois plus tard, la déchéance du prince-évêque Hoensbroeck fut proclamée.
La révolution liégeoise lie son sort à la révolution française. En 1792  Gosuin loue une vaste propriété Quai Saint Léonard « appelé ci-devant la Rafinerie ». Il obtenait en 1801 le « privilège exclusif » de fournir la Nation française en armes pour six ans.
L’armurerie de Gosuin fut acquise le 20 août 1816 par Philippe-Joseph Malherbe. L’acte de vente parle d’un ensemble de 20 ares sise au Quai Saint Léonard N° 15, avec cours, jardins, écuries, remises, forges « tenant d’un bout la quai Saint Léonard, l’autre du faubourg du même nom, d’un côté les enfans Boverie; de l’autre M. Constant ».  En 1867 Malherbe occupait toujours les ateliers de Gosuin et mentionnait dans ses annonces publicitaires « Fabricant d’Armes de guerre, ex-manufacture impériale d’armes ».
En novembre 1837 le Gouvernement Belge organise une Compagnie "d'ouvriers armuriers" ; un "atelier de réparations" est annexé à la fabrique MALHERBE de GOFFONTAINE – ex-Gosuin - qui elle-même était déjà louée par l'Etat Belge. En 1838 le Gouvernement achète une propriété où s’installe la Manufacture d'Armes de l'Etat (aujourd’hui logement social et crêche).
L’armurerie de Gosuin fut transformé en boulangerie au début des années 1900, puis en fonderie artisanale, avant d'être laissé à l'abandon. La bâtisse comporte quatre «quartiers»: la Manufacture, la Conciergerie, l'Entreposage et son Quartier-général. A croire La Meuse du 20/2/2015, un coffre-fort d'époque y a été retrouvé. Voir le site https://www.facebook.com/pg/gdconceptsprl/photos/?tab=album&album_id=564415847032254

La rue du Bosquet

La rue du Bosquet a eu sa guinguette, voici ce qu’en dit Gobert dans « Les rues de Liège » : « un grand café qu’ornent jardins et bosquets, où l’on pouvait entendre des concerts champêtres ; on y avait accès par la rue Saint-Léonard. En 1832, la guinguette dite du Bosquet avait fait place à une fonderie qui ne prospéra pas ».
Dans  l’hôtel Ramada il y a des beaux vestiges de Cockerill et du couvent que celui y a acheté.

La fonderie de canons et ses boulets

Un peu plus loin, sur notre gauche le site de la fonderie de canons, aujourd’hui l’athénée royal Liège-Atlas. Ses boulets étaient aussi fameux que les boulets liégeois d’aujourd’hui. La princesse Pauline Borghèse, sœur de Napoléon, de passage dans la région, en 1807 demande au Préfet du Département de l'Ourthe « de transporter à Chaudfontaine, chez le Sieur Picard, 6 boulets de 6 et une pince pour les tirer du feu; ces boulets doivent être rougis pour réchauffer l'eau du bain de la princesse." Le Directeur de la Fonderie répond au Préfet : «Je n'ai point de boulets de 6, mais je pense que pour l'objet dont il s'agit, les boulets de 8 seront meilleurs; je vais faire forger une pince pour les saisir et aussitôt qu'elle sera prête, je les enverrai à Chaudfontaine".
Nous sommes ici sur le Ravel de liaison Meuse-Liers, un trajet très ‘urbain’ un peu limite pour un Ravel. Demain on aurait la possibilité de faire la liaison via le nouveau passage sous voies de la ruelle des Renards.

Rue du Cdt Marchand : un fait divers qui a fait basculer la bataille pour les forts de Liège

La bataille de Rhées, la nuit du 5 août 1914, s’est terminée sur une victoire belge. Mais elle a fait basculer la bataille pour les forts de Liège, à Saint Léonard. Le hasard fait que des soldats allemands, chassés du fort de Liers, descendent sur Liège et  arrivent devant le QG du général Leman, commandant la Position Fortifiée de Liège, dans l’actuelle rue Cdt Marchand (ce QG fut détruit en 1972 pour l'agrandissement de l'Athénée). Des civils les acclamaient, croyant qu'ils étaient des Anglais. L’état-major belge crut avoir affaire avec de parlementaires. L’escouade allemande fit feu et tue le commandant MARCHAND. Cette attaque-surprise amène Leman à renvoyer toutes les troupes de ligne en arrière. Suite à ça, les allemands étaient maîtres des intervalles entre les forts et avaient l’embarras du choix pour installer leurs canons et bombarder les douze forts isolés.

Le Parc d'entreprises PIEPER : un site centenaire

Le Parc d'entreprises PIEPER occupe l’ancien site « CE+T », une usine de matériel électrique qui s’était transformé en friche urbaine depuis sa fermeture en 1997. La reconversion d’une friche n’est pas dans le modèle économique de la SPI+« Pour ce site, il faut compter 62 euros le m2 contre 13 à 32 euros dans les zonings. Et encore, nous n’intégrons pas tous les frais, déclare Julien Mestrez de la SPI+. Acheter, assainir et équiper un terrain en ville revient plus cher que créer un zoning ».
Ce site a une histoire centenaire : Henri Pieper, d’origine allemande, s’installe à Liège en 1866. Il y installe un atelier de fabrication de pièces d’armurerie. Il construit à Herstal une usine qui fournira en 40-45 des mitrailleuses pour la Luftwaffe. L’usine sera la cible de la RAF et est mis sous séquestre à la libération.
En 1889 Henri Pieper se  lance dans l’industrie électrique en  fondant avec son fils  la Compagnie Internationale d’Electricité, une dizaine d’années seulement  après l’Américain Edison. Grâce à un contrat signé avec Edison en 1885 pour les lampes à arc, cette société installera l’électricité intérieure du Conservatoire de Liège, grande innovation pour l’époque. En 1892, le fils Pieper électrifie les tramways  liégeois et conçoit ainsi le premier tramway électrique en Belgique. 

Gosuin bienfaiteur de l’Eglise Sainte-Foi

En 1794, l’armurier Gosuin épousa en secondes noces la fille aînée de sa défunte épouse, âgée de 37 ans et par conséquent sa belle-fille. Au départ il ramène sa jeune épouse vers la douce France. En 1797, lors de son retour à Liège, il réussit à consacrer son union par l’église. L’acte de mariage fut transcrit sur les registres de la paroisse Sainte Foy. Gosuin qui s’était installé à l’abbaye du Val Notre-Dame à Antheit donne le maître-autel de cette abbaye à Sainte Foy. Mais cela n’arrête pas la contestation de cette union, dans le cadre de son héritage, 33 ans après son décès.

Le château des Quatre Tourettes de "Demoisel Alid Piete de Malle"

Le château des Quatre Tourettes est la plus ancienne maison fortifiée de la ville (16ème siècle). Il est classé depuis 1965. Pour ceux qui seraient un peu déçu de l’aspect, voici qui peut les motiver :  un petit portail encadré de calcaire au plein cintre formant une large clé armoriée attribue la construction à "Demoisel Alid Piete de Malle" et la date de 1512. Le monument est flanqué à l'angle sud-ouest d'une tour circulaire. La bâtiment a connu en 1993 un bail avec rénovation par l’asbl les forges. Mais apparemment la rénovation a été au-dessus de leurs forces…
La maison située au 521 de la rue jouxtant les quatre tourettes Saint Léonard a un très grand jardin (environ 3.800 mètres carré) acquis par le public pour être aménagé en un parc public. Mais la ville n’a pas réussi à trouver un arrangement avec les 4 Tourettes.

Des logements sociaux de type Mulhouse

Cité à Mulhouse
Dans la rue des Vignerons et rue Borgnet des logements sociaux de type Mulhouse: quatre maisons avec les jardins autour. Le modèle a été peu appliqué, probablement parce que cette disposition n’est pas optimale point de vue éclairage à l’intérieur des maisons. Mais à Mulhouse même on a invité, à l’occasion du 150ième anniversaire de sa cité emblématique, un grand architecte, Jean Nouvel.
Dans la Rue Brahy et la Rue Bailleux, une cité ouvrière pour  armuriers, la cité Benoît, est construite en 1880 : 2 alignements  de maisons  et jardinets auxquels font face des ateliers destinés au travail des armuriers.

la rue Derrière Coronmeuse.

Nous revenons sur le territoire de Herstal avec la rue Derrière Coronmeuse, avec les ateliers des Tramways Unifiés de Liège et Extensions (le tram nouveau aura ses ateliers à Bressoux) à côté les bâtiments du charbonnage de Bernalmont.   La paire supérieure du charbonnage de la Grande Bacnure est située à Bernalmont et sa paire inférieure rue Derrière Coronmeuse. Lors de la fusion avec la Petite Bacnure, on réunit les différents sièges par un tunnel qui partait d'un étage inférieur du puits de la Petite Bacnure, à - 30 mètres, pour arriver à - 47 mètres au puits de Gérard Cloes et de là aboutir à Coronmeuse dans la rue J. Truffaut entre les maisons nos 49 et 53. A la paire inférieure rue Derrière Coronmeuse une partie de la production est lavée. Les pierres résidus du lavoir sont mises à terril. Le site est aujourd’hui occupée par les Ateliers d’art contemporain. Les guichets sont toujours présents dans le couloir du rez-de-chaussée.
En 2004 Ecolo propose un parking -relais sur le site : «500 emplacements y sont réalisables mais ce chantier est plus coûteux. Il mériterait une concertation avec la commune de Herstal». Personne n’a repris l’idée, mais il faudra le jour où le tram arrive à Coronmeuse trouver quand même des centaines d’emplacements de parking, dans un plan de mobilité bien conçu…
avec le comité des patients de la MM de la rue Maghin

Mes blogs sur le quartier Saint-Léonard

Au fil des années, j’ai publié pas mal de blogs sur le quartier Saint-Léonard.
D’abord sur la prison: les héros des 100.000 briques. http://hachhachhh.blogspot.be/2014/02/les-heros-des-cent-mille-briques-la.html (à l’occasion d’une expo à la Braise lors des Journées du patrimoine)
Esplanade
Sur la phrase de Lorca: "Dans le drapeau de la liberté, j'ai brodé le plus grand amour de ma vie".  , http://hachhachhh.blogspot.be/2014/03/au-pied-des-coteaux-un-texte-de-lorca.html
Sur l’armurier Gosuin
http://hachhachhh.blogspot.be/2013/08/1792-1808-gosuin-revolutionne.html 1792-1808 Gosuin révolutionne l’armurerie à Liège

Sur la bataille de Rhées, et l’attaque du QG du général Leman, dans l’actuelle rue Cdt Marchand  http://hachhachhh.blogspot.be/2014/02/la-bataille-de-rhees-du-5-aout-1914.html                

Maite Molina Mármol, prof à l’Ulg, a publié un article sur la présence espagnole en Belgique dans ANALYSE DE L’IHOES N°141- 6  JUILLET 2015
http://www.ihoes.be/PDF/IHOES_Analyse141
Elle a présenté aussi une Histoire de l'Espagne (1931-1981) avec Ángeles Muñoz et Anne Morelli à la cité miroir en 2015
 http://www.territoires-memoire.be/agenda/une-histoire-de-lespagne-1931-1981%20rencontre-avec-angeles-munoz-maite-molina-marmol-et-anne-morelli


dimanche 25 août 2019

50ième balade-santé MPLP Herstal : Bressoux, l’église Notre-Dame de Lourdes au Bouhay et le potager collectif du Coin de terre

photo sudpresse

Notre 50ième  balade-santé MPLP Herstal du 8 septembre 2019  part à 10h pile au croisement de l’Avenu Joseph Merlot et de la rue Ernest Malvoz, juste après l’église de Bouhay à Bressoux. Il y a aussi notre  rendez-vous habituel à 9h30 devant notre Maison Médicale Médecine Pour le Peuple, Avenue Francisco Ferrer 26, à Herstal, d’où nous partons en covoiturage à Bressoux.
Deux points forts dans notre balade : l’église Notre-Dame de Lourdes au Bouhay et le potager collectif du Coin de terre Pas question d’allumer un cierge dans l’église : elle vient d’être désacralisée. Mais elle intéresse peut-être des amis qui veulent se lancer dans l’immobilier. Elle est à vendre, pour 790.000€, avec ses 6 cloches qu’il n’est peut-être pas interdit de sonner à toute volée. Avec son orgue, sa tour de 43 mètres, et son parc adjacent avec une réplique grandeur nature de la Grotte de Lourdes.
Quant au site des jardins-ouvriers, c’est avec ses 6 hectares le plus grand potager communautaire de Wallonie. Mais en 2017 on demande aux utilisateurs de ne plus consommer leurs légumes : on vient d’y découvrir  des dépassements de la valeur seuil pour des métaux lourds comme arsenic, cuivre, mercure, plomb et zinc et pour plusieurs HAP (hydrocarbures aromatiques polycycliques). Cette année, lors d’un bio-monitoring médical sur 93 des les 253 jardiniers amateurs du site, seuls huit ne présentaient aucune contamination. Chez les 85 autres, on a détecté à des degrés divers une contamination soit au plomb, soit à l’arsenic, soit au cadmium, à des teneurs situées au-delà de la limite autorisée. Pas de panique : on ne se promènera pas avec un masque à gaz. Il faut juste éviter des jambes nues, parce qu’il y a parfois les orties qui reconquièrent le terrain.
Pour ceux et celles que cela intéresse, aller boire un verre dans le coin, ce n’est pas évident. On devra aller fêter  notre 50ième balade ailleurs…

Le sentier de grande randonnée GR57

Nous commençons notre balade en empruntant le GR57, tout au début de la rue Ernest Malvoz. Ce sentier de grande randonnée démarre à Barchon, sous le pont de l'autoroute E40. Le GR57 contourne l'abbaye du Bouhay. Nous nous promenons sur les coteaux de l’Ourthe. On ne s’en rend probablement pas compte, mais la Dérivation suit grosso modo un ancien bras de cette rivière. Ce n’est pas pour rien que ce GR s’appelle Sentier de l'Ourthe.
Ce sentier est en fait une variante du GR, sentier mythique qui va de la mer du Nord à la Méditerranée, en traversant l'Ardenne, les Vosges, le Jura et les Alpes.
Le GR longe lepotager communautaire. Le site pourrait être agréable si les talus n'étaient pas envahis de détritus en tous genres. Ces jardins familiers sont là depuis presqu’un siècle, mais connaissent aujourd’hui un moment difficile, depuis qu'on a détecté une pollution. 258 familles exploitent aujourd'hui 304 parcelles dans ce potager collectif du Coin de terre, en échange d'un loyer symbolique (10 euros par an pour 100 m²). A gauche, Droixhe et ses tours de béton pointées vers le ciel. A droite, Robermont, terre de repos éternel.

Le plus grand potager communautaire de Wallonie

Le propriétaire du terrain est la société de logement public Logis Social. La gestion de ce  plus grand potager communautaire de Wallonie est confiée à la Ligue du coin de terre de Bressoux. Il s'étend sur 4,6 hectares et se prolonge, à l'ouest, par une partie "pirate" d'1,5 hectare squattée par plusieurs jardiniers anonymes.
Le Coin de Terre s’occupe aussi de réaffectation de zones industrielles. Mais il n’y a pas eu d’industrie sur les six hectares de Bressoux, et les potagers sont là depuis presqu’un siècle (1930). Et voilà qu’on y découvre en 2017 une pollution aux métaux lourds. Un colon qui travaille à l’ISSeP (Institut Scientifique de Servie Public) a fait analyser la terre. "L'analyse montre des dépassements de la valeur seuil pour de nombreux métaux lourds (arsenic, cuivre, mercure, plomb et zinc) et pour plusieurs HAP (hydrocarbures aromatiques polycycliques) ainsi que des dépassements de la valeur d'intervention pour le cuivre, le plomb et le zinc." Une "valeur seuil" est une concentration en polluant au-delà de laquelle une étude approfondie du sol doit obligatoirement être réalisée. Une "valeur d'intervention" correspond à une concentration au-delà de laquelle il faut immédiatement assainir le sol ou prendre des mesures de sécurité (grillager le site, par exemple) ou de suivi.
Les quantités de plomb, cadmium, cuivre et zinc présentes dans la terre aux quatre coins du jardin potager sont jugées "affolantes" par une scientifique spécialiste des sols, qui dit n'avoir "jamais vu ça".
Le Logis Social demande de ne plus consommer les produits de la terre et mandate le laboratoire Phytocontrôle pour analyser les légumes qui y sont cultivés. Au départ on croyait que seuls les salades et les choux (les légumes à feuilles) présentaient un taux de contamination au plomb supérieur à la normale. On était à demi rassuré.

Un bio-monitoring médical

Mais en même temps, l’ISSeP demande aux jardiniers du site de se soumettre à un bio-monitoring. 93 acceptent ; 85 d’entre eux présentent des teneurs au plomb, au cadmium et à l’arsenic plus élevées que le seuil autorisé. Seuls huit ne présentaient aucune contamination.
On les invite de poursuivre l’étude avec leur médecin traitant, pour voir s’ils fument beaucoup, si leurs canalisations sont encore en plomb, etc. La Ligue demande au Logis social de renforcer les clôtures
Le Service public de Wallonie s’engage à une recherche historique sur le remblai, antérieure à 1930. La Faculté de Gembloux Agro Bio-Tech continue également son investigation : tant les cerises que les mûres ou les raisins peuvent être consommés, ainsi que tomates et les courgettes (Sud Presse 10 jan. 2019 et Llb 10/1/2019 ).

Un Coin de Terre, une oeuvre de salut public

Ces potagers communautaires ont une histoire séculaire. En 1896, Joseph Goemaere, imprimeur bruxellois aux idées avant-gardistes, achetait un hectare pour y installer le premier potager familial. Pour lui, c’était un moyen de lutter contre le marasme social ambiant (alcoolisme, chômage, conditions de vie précaires,...) et permettre aux familles ouvrières de cultiver leurs propres légumes.
La section liégeoise du Coin de Terre naît vers 1930. Au début on parle de ‘jardins ouvriers’, mais après on parlera plutôt de  « jardins familiaux ». Dans les Golden Sixties  un mouvement de « Guérilla verte » lance un mouvement de «Community Gardens», avec unjardin « manifeste » à Manhattan.
Vers 1980 Mme Tatcher, la dame de fer, lance l’idée d’activation, y compris pour les gens qui sont dans l’assistance sociale. On voit alors les potagers dit « d’insertion ». A Liège il y aura ainsi la ferme de la vache, en Pierreuse.
Le Coin de Terre de Bressoux était florissant jusqu'il y a quelques années. Italiens, Maghrébins, Slaves... Plus de 17 nationalités se partagent ce coin de terre urbain. La  location est d’un franc le mètre carré. 
En 1991 la Ligue provinciale se sent même à l'étroit et lance le slogan : « Libérez les jardins ». Le logis Social met à la disposition de la section de Bressoux un terrain vague. Tellement... vague que le comité local doit louer un conteneur pour évacuer les immondices stockées sur place. Coût de l'opération: 70.000 F, à charge du modeste groupement! Et à la même époque des parcelles en bordure des potagers sont vendues.
En 1998  encore la «Ligue provinciale» pavoise, avec 21 sections, 2.100 « colons » et 54 hectares de jardins. L'Institut d'enseignement horticole, dont le directeur François Charlier est administrateur de la Ligue, crée un Centre d'initiation au jardinage.
La Ligue belge compte 42.000 membres et 306 sections locales. Treize pays sont réunis dans un Office international des ligues de coin de terre, créé en 1926; 3 millions d'adhérents ; 55.000 hectares. En Allemagne, les promoteurs de cités-dortoirs doivent prévoir un espace cultivable par les locataires. Nous en avons visité plusieurs, le long de l’Elbe. Chaque ville a ses ‘Schrebergarten’.
( Le Soir 18/6 1991  et 20/07/1998).
En 2006 encore la ligue provinciale qui fêtait ses 75 ans prend contact avec les bourgmestres « car les demandes dépassent les offres". Les listes d'attente sont d'autant plus longues que le rythme de rotation des utilisateurs de parcelles est lent (DH 8 juillet 2006).
Peut-être que les apparences sont trompeuses. Peut-être j’ai vu trop de magnifiques jardins dits ouvriers et que je suis un peu blasé. Toujours est-il que les alentours des potagers de Bressoux sont très ‘urbex’. Ca se peut évidemment que derrière les barrières qui clôturent partout le site se vivent des moments agréables. Mais j’ai quand même l’impression que la découverte de la pollution a été un coup de Jarnac.
Aujourd’hui la Ligue cherche « des volontaires pour tailler la végétation des sentiers et des parcelles vides, et pour traduire des affiches en arabe, turc etc ». Et dans le cadre de l’action « 1 h pour ma ville », le 16 juin, des bénévoles ont ramassé les déchets sur ce beau sentier longeant les potagers

Le tunnel de la Chartreuse

Au bout du sentier, une plaine de jeux au dessus du Thier du Bouhay et de la rue Bois-Mangon.  En dessous de nos pieds, le tunnel de la Chartreuse, une ancienne galerie minière, taillée vers le milieu du 19ème siècle, à même la roche, sous l'actuel cimetière de Robermont. Les veines de houille ont été exploitées depuis 1356 (au moins) : l’abbesse de Robermont octroya, à diverses personnes, une veine de houille dite ‘del tombéal’. En 1858 l’exploitation est reprise par les Charbonnages de la Chartreuse et Violette. Ils font creuser, en 1859, une galerie horizontale de 1.480 mètres, avec deux puits: la «Sainte Famille» (pour l’extraction, dans l’ancienne plaine de manœuvres, 400 mètres de profondeur, entièrement maçonné, 3.90 mètres sur 2.50).  Celle de « Robermont » servait pour l’aération. Ce puits profond de 605 mètres s’ouvrait dans le terrain près du monument aux morts de 14-18. Il a été remblayé en 1890.
Un coup d’eau en 1880 porte un coup sensible à cette société peu solide qui finalement est mise en liquidation. Les Charbonnages de Bonne Espérance, Batterie et Bonne-Fin s’intéressent en 1899 à cette concession à proximité des concessions de l’Espérance. Elle fusionne les deux concessions, et obtient une extension de concession de 16 ha, en fait, les gisements en-dessous du lit de la Meuse, jonction nécessaire aux deux concessions. On crée un nouveau siège à la Violette qui produit en 1913 86.000 tonnes.
La production est très réduite à la fin de la guerre. Il faut attendre 1920 pour que la Violette atteint le niveau de production de 1913. Le coup de grâce vient avec  la construction du pont barrage de l’île Monsin. Il aurait fallu prévoir des stocks très importants ce qui aurait rendu l’exploitation non rentable. La Violette est fermée en 1933
La galerie creusée en 1859 est toujours là. C’est un élément important de notre patrimoine minier. Elle permet d’étudier l’évolution des techniques d’extraction du Moyen Age à nos jours. Elle recoupe plusieurs veines de 20 à 70 cm de ‘puissance’. Dans les vides laissés par les tailles elle est maçonnée. Elle est partiellement obstruée à 1280 m. de l’entrée par un effondrement. L’entrée se trouvait dans la cave d’une maison de la rue Bois-Mangon, détruite pendant la seconde guerre mondiale. Lors de cette guerre des particuliers sont encore venus s’approvisionner en charbon.
Le puits de Sainte Famille a été sécurisé en 1999 par la DPPGSS. Il est aujourd’hui noyé jusqu’au niveau de la galerie.
D’un point de vue géologique, la galerie offre une coupe quasi parfaite dans le carbonifère moyen (300 millions d’années). Il y a aussi des belles néo-concrétions.
C’est aussi un Site de Grand Intérêt Biologique (SGIB), avec plusieurs espèces cavernicoles.
L’Ecole belge de spéléologie y a organisé des stages de biogéologie.
Le tremblement de terre de 1983 nous a rappelé que notre région n’est pas à l’abri de secousses sismiques. L’Observatoire royal considère la galerie comme un site fondamental du réseau sismique belge, aussi y a-t-il installé un sismographe.
Bien sûr, il n’est pas question d’ouvrir cette galerie au grand public. Il y a des dangers d’éboulement et aussi le grisou et autres gaz. Les visites, essentiellement à buts scientifiques et pédagogique sont réglementées. Elle est depuis 1999 sous statut de ‘cavité souterraine d’intérêt Scientifique (CSIS- dans l’Atlas du Karst Wallon N°42/2-E001). Ce statut donne un cadre général à la protection du site. Dans le comité de gestion il y a la ville, propriétaire des terrains où se situent les entrées, la DGRNE Ulg et CWEPSS.

L’église Notre-Dame de Lourdes au Bouhay

photo actibel
Notre balade se termine à l’église Notre-Dame de Lourdes au Bouhay, une église construite pour les Chanoines du Latran.
Cette église est à vendre avec ses cloches. Les biens ne sont pas classés et peuvent donc subir des modifications. L’acquéreur bénéficiera d’un revenu locatif lié aux antennes GSM dans la tour. Elle est désacralisée, c’est à dire qu’elle ne représente plus un lieu de culte officiel de la religion catholique. Mais avec ses vitraux, autels, colonnes et boiseries, l’église Notre-Dame de Lourdes au Bouhay a conservé tout son cachet. Les “plus”: un orgue et une tour haute de 43 mètres qui, en plus de la vue, abrite 6 cloches qu’il n’est peut-être pas interdit de sonner à toute volée. Le parc adjacent est agrémenté d’une réplique grandeur nature de la Grotte de Lourdes. Et pour un montant supplémentaire de 190.000€, le presbytère adjacent et son jardin peuvent compléter cette magnifique propriété. Renseignements: Actibel -Tél 081 74 99 99 (Dh 12/6/201).

La Congregatio Sanctissimi Salvatoris lateranensis

L’église a été bâtie pour les chanoines réguliers du Très Saint-Sauveur du Latran.  «Régulier »  signifie « qui suit une règle ». C’est une des premières communautés religieuses qui acceptent la Règle de saint Benoît. Le Synode de Latran de 1059 reconnut ces communautés en pleine expansion. Ils portent une soutane complètement blanche, une large ceinture, une courte pèlerine couvrant les épaules (la mozette) et une calotte, exactement ce que porte le pape tous les jours.
A propos, en 2018 Emmanuel Macron a reçu le titre de « premier et unique chanoine honoraire de l’archibasilique du Latran». Ca remonte à Louis XI et au bon roi Henri IV, qui, après avoir abjuré sa religion protestante, a fait don au Latran de l’abbaye bénédictine de Clairac. En échange, il a reçu ce titre canonial, décerné par la suite aux rois – et aux présidents - de France.
L’édifice a été construit par un grand architecte, Edmond Jamar. Il a dessiné aussi l’Hôtel des Postes (Grand Poste) de Liège, la basilique de Chèvremont (vide aussi ; elle et attend un repreneur), la Gare du Palais à Liège, (bâtiment détruit).
photo actibel
La construction a pris du temps : la crypte a été érigée en 1901-1902 ; l’église a été commencée en 1913. Mais en septembre 1914 un chanoine doit constater qu’après la décision « d'inaugurer la magnifique église, nous n'avions pas pensé que l'ère de prospérité dont jouissait la paisible Belgique pût être troublée d'une façon si soudaine et si brutale. La guerre est déclarée. La construction de notre église se trouva complètement arrêtée. Mais il n'en fut pas ainsi du culte rendu à la Vierge Immaculée. Pendant les cinq années d'inoubliable malheur, la dévotion envers Notre-Dame de Lourdes avait pris un essor merveilleux. C'était à juste titre d'ailleurs. La Vierge de Massabielle accueillit avec bienveillance les prières de ses enfants, et grâce à son intervention puissante, la terrible guerre prit fin, en assurant aux pays alliés un triomphe éclatant. Si noblesse oblige, reconnaissance exige. Il faut donc que la Vierge voie s'achever bientôt le sanctuaire. Une souscription est placée sous le haut patronage de son Eminence le Cardinal Mercier, archevêque de Malines et de Sa Grandeur Monseigneur Rutten, évêque de Liège ».
CamilleBOURGAULD, un architecte archéologue liégeois, loue le travail de son collègue Edmond Jamar, « notre éminent architecte liégeois qui  a créé cette œuvre toute de force et d'élégance, qu'est la nouvelle église de Notre-Dame de Lourdes au Bouxhay. L'architecte, en établissant son entrée dans le flanc de l'église, a suivi une tradition locale que nous retrouvons à Saint-Denis., Saint-Paul, Saint-Jacques, etc. Cette façon de pénétrer dans les nefs latéralement, pratique sous notre climat, est peut-être la plus dangereuse quant à l'effet que va produire sur le visiteur, cet aspect des colonnes, arcades, nervures, voûtes présentées dans leur enchevêtrement. Seule une œuvre impeccable peut affronter cette épreuve. Or c'est peut-être la plus belle vue que l'on puisse avoir sur l'intérieur de la nouvelle église du Bouxhay ».
Le  bâtiment conventuel derrière l'église est construite à partir de 1933 par L. Habran et converti en 1995 en maison de retraite.

Le Bouhay dans un film de Steven Spielberg ?

Steven Spielberg compte mettre à l'écran l'histoire d'Edgardo Mortara, un enfant juif italien de six ans kidnappé par le Vatican au milieu du 19ème siècle. A l'époque, l'affaire avait provoqué un scandale international. Cet enfant a fini sa vie à Liège : au petit cimetière de Bressoux, il est enterré dans le caveau des chanoines de Latran. Cet enfant juif avait été baptisé en cachette par une employée de maison, à l'insu de ses parents, et a ensuite été enlevé en 1858 sur ordre du pape afin, "de sauver son âme". "Cela a fait un scandale énorme, explique Eric de Beukelaer, vicaire épiscopal du diocèse de Liège. Mais le pape Pie IX est resté de marbre. Le jeune garçon sera envoyé à Rome, et finira sa vie comme prêtre à l'abbaye du Bouhay, une église de Bressoux. Il y décèdera en 1940, à l'âge de 88 an »s (rtbf 24 janvier 2018).
Le diocèse de Liège est enthousiaste pour accueillir Spielberg. "Je n’ai pas l’adresse mail de Steven Spielberg (rires), poursuit Eric de Beukelaer. Le jackpot, en tout cas, serait que Spielberg vienne ici à Liège (sourire)"
Un autre grand nom d'Hollywood voulait également porter cette histoire à l'écran : un certain Harvey Weinstein. Inutile de préciser que ce projet-là est tombé à l'eau.

Sources

Amandine Liénard et Gilles Colinet, Evaluation des risques pour la santé humaine Jardin collectif «le coin de terre de Bressoux »,  Février 2018 Rapport final



mercredi 14 août 2019

Alsace : en vélo le long des canaux de Vauban.


Lors de nos vacances vélo en Alsace, cet été 2019, nous avons exploré le vélo au quotidien, dans des villes-phares comme Strasbourg ou Freiburg, et le vélo récréatif, le long des canaux. Et là, la règle d’or est: plus c’est vieux, mieux c’est. Commençons par deux canaux creusés pour amener des pierres pour les projets de Vauban.

Une région ballottée

L’Alsace est une région coincée entre la France (si, si) et l’Allemagne (ja, ja). La région a souvent été tiraillée, voire tout simplement ballotée… Et là-dedans Vauban fortifie son pré carré. Strasbourg faisait (comme Liège) partie de l’Empire Germanique jusqu’en 1678. Les traités de Nimègue obligent le Saint-Empire à céder la ville à la France, mais il faut un siège conduit par Louis XIV en personne pour que Strasbourg devienne française en 1681.Trois jours après la capitulation, Vauban dessine le plan d’une citadelle pentagonale et le barrage Vauban. Vauban rénovera plus de 300 places fortes anciennes et en crée de toutes pièces plus de 30 nouvelles. A part Strasbourg, il fortifie en Alsace aussi Huningue et son chef-d'œuvre, Neuf-Brisach.

La Canal de la Bruche et la citadelle de Strasbourg

wolxheim
Vauban ira chercher les pierres pour sa citadelle de Strasbourg aux carrières royales,à Wolxheim, où il y a toujours un lieu-dit Steingrub (=carrière). Pour transporter ces pierres, Vauban double la Bruche par un canal latéral de dix-neuf kilomètres et profond de 1,40 mètres. Les chemins de halage de ce canal sont aujourd’hui une voie verte. Le canal compte encore onze anciennes écluses. Les péniches du canal pouvant transporter de 30 à 80 tonnes de marchandises contre seulement 1 à 2 tonnes pour un charriot. Jusqu’à 950 bateaux furent recensés sur le canal en 1782 et il fut utilisé jusqu’en 1938.
En amont Vauban construit des "petites et grandes vannes" entre Avolsheim et Wolxheim, pour alimenter le canal.
En aval, à Strasbourg,  un autre barrage, la Grande Écluse de fortification, tout près du quartier pittoresque de la petite France, permet d’inonder les terrains. Selon les conceptions militaires de l'époque, le passage à gué était fixé à un maximum de 1 mètre pour les soldats d'infanterie et à un maximum de 1,20 mètres pour les chevaux. Ce barrage a servi lors du Siège de Strasbourg en 1870.
La citadelle, gravement endommagée  lors du siège prussien de 1870, sera raséepar le général prussien Von Moltke qui transforme la ville en camp retranché avec une ceinture de forts périphériques, distants d’une dizaine de kilomètres de l’agglomération sur un périmètre de 35 kilomètres de  part et d’autre du Rhin. Il ne subsiste qu’un front de la citadelle, intégré dans un parc urbain, ainsi que l’hôtel du Gouverneur et un hôpital militaire.
Le quartier en face du parc fait aujourd’hui l’objet d’un vaste projet immobilier.
La Véloroute du canal de la Bruche quitte Strasbourg par une piste cyclable aménagée le long de l’ILL, rivière qui arrose la métropole alsacienne. Au confluent de l’ILL et du canal, elle suit les berges ombragées de ce petit canal. A l’autre bout, à Wolxheim, une statue du Sacré-Cœur a été placée sur la falaise calcaire du Horn, en 1912, en tant que symbole de la paix, à une époque où l'on ne parlait que de guerre.
On peut rallier la Véloroute du vignoble d’Alsace à Soultz-les-Bains, non loin de Molsheim, berceau de la marque automobile Bugatti.  L’alsace grand cru Altenberg-de-Wolxheim est un des cinquante-et-un grands crus du vignoble d'Alsace. Son Riesling était apprécié par Napoléon. Un sentier viticole
long de 6 km chemine à travers le terroir. Le domaine Dischler a planté ses riesling, sylvaner et muscat dans la carrière royale. Sur l'Altenberg s'élève la statue du Sacré Coeur ou statue du Horn (du nom du lieu dit "Horn", corne en allemand) érigée en 1912. De la plateforme du Horn, une vue imprenable sur la plaine d'Alsace s'offre à vous. Nous ne sommes pas arrivé jusque-là, étant bloqué pendant une heure par un orage carabiné…

Neuf- Brisach

En 1697, Louis XIV cède, lors des traités de Ryswick qui  mettent fin à la guerre de la Ligue d'Augsbourg, la place forte de Breisach sur la rive allemande du Rhin. Il construit une nouvelle ville fortifiée juste en face, à une demi-lieue du Rhin.
A Neuf-Brisach aussi Vauban fait aménager un canal dit ‘de Rouffach’, pour permettre l'acheminement des pierres extraites des carrières du Schauenberg : 37 km ponctués de 15 écluses. Il conçoit même un type de bateau spécial pour ce canal. Ce canal avait aussi un embranchement flottable, le canal de Bergholtz, destiné au transport de bois de brûle et de charpente
Vauban prévoyait une utilité commerciale après l'achèvement du chantier. Mais cette dernière fonction fut fortement contrariée par le comblement, en 1703, du tronçon Schauenberg - Oberhergheim, ne laissant en eau qu'une vingtaine de kilomètres entre Oberhergheim et Neuf-Brisach alimentés par la rigole d'Ensisheim.
Le canal de Neuf-Brisach arrivait dans les douves sèches de la place-forte, ce qui posera des problèmes de santé pour les soldats de la place forte qui meurent d'une maladie encore inconnue. Vers 1730, un médecin accuse les douves juste équipées d'un drain de recueil des eaux usées. Pour remédier à cela, on creuse la Rigole de Widensolen pour vider ces douves. Cette rigole s'épanche à 5 km au nord de Neuf-Brisach dans la Blind.
Ce canal n’est pas praticable en vélo, à part un petit tronçon jusque Weckolsheim, bordé d’une piste agréable. Le bloggervélomaxou décrit une boucle en VTT canal Vauban-  Canal Rhône au Rhin - Canal des Saumures, souvenir des industries potassiques.  On dit que Neuf-Brisach est l’œuvre le plus achevé de Vauban. Cela n’est vrai qu’en partie : La place imaginée par Vauban n’est jamais complètement achevée. A la fin de la guerre de Succession d’Espagne (1702-1712) Breisach-am-
Rhein redevient française et fait perdre à Neuf-Brisach son intérêt stratégique. Les crédits restants sont transférés à la remise en état les fortifications de Breisach-am-Rhein.
En 1870, Neuf-Brisach doit faire face à un important siège. 6 000 obus détruisant les trois quarts des maisons. La ville est reconstruite à plus de 75% en moins de cinq ans.  En 1945, Neuf-Brisach fait à nouveau face à un important bombardement par les Américains, alors même que les Allemands avaient quitté la ville. La place est détruite à 85%. 170 habitations sont à reconstruire sur les 360 que compte la ville tandis que les fortifications sont restées intactes.
La ville avait été conçue par Vauban pour accueillir 3500 civils. En 1968, elle recensait 2580 habitants. Aujourd’hui, en 2019, elle en compte 1950.  La ville-Patrimoine connait donc une crise, mais reste à première vue assez vivante. Ce n’est pas une ville musée.
 Voici donc, en guise de mise en bouche, les canaux Vauban dont la Bruche est à recommander, après l'annexion de l'Alsace. Mais c’est Napoléon qui fait creuse un Canal qui aura son nom par des prisonniers de guerre espagnols. En 1832, le premier navire de commerce rejoint le Rhin depuis la Saône via le Canal rebaptisé Jonction du Rhône au Rhin.