mercredi 17 octobre 2018

42ième balade-santé MPLP : Cointe et son mémorial interallié

vue d'en haut du mémorial

Nous reprenons pour nos balades-santé MPLP le deuxième dimanche du mois. Notre 42ième balade-santé du 11 novembre est à Cointe. Comme d’hab, il y a un rendez-vous à 9h30 devant MPLP et à 10h pile au point de départ effectif, Place du Batty, devant la brasserie Kleyer (prendre le ring sortie Guillemins ; monter la rue de l’Observatoire jusqu’à la place du Batty)..
Après 40 balades nous laisserons tomber le ‘principe’ d’avoir au moins 100 mètres sur Herstal. Pas que nous irons loin : au grand max une dizaine de kilomètres. Et Cointe s’impose  ce jour de commémoration de la fin de la Grande Guerre, avec son mémorial interallié. Voici en guise d’apéro mon blog publié en 2014. Un autre suivra sur le quartier de Cointe même.

Un hameau qui aiguise l’appétit

Cointe est resté longtemps un hameau bucolique: Rue du Batty 55, il y a encore une ancienne ferme du 17e ou du début du 18e siècle, en retrait dans un jardin.
L’avenue de la Laiterie réfère aussi à ce passé. Dès la fin du XIXe siècle, les laiteries sont à la mode dans les alentours champêtres de Liège. Avenue de la Laiterie 46, Villa de style villégiature teinté d'Art Nouveau, isolée dans un grand jardin joue sur ce thème avec d'originaux faux colombages à caractère décoratif sur les maçonneries enduites et peintes.
Je signale aussi Avenue de la Laiterie 10, intéressante villa de style moderniste élevée dans les années 1930 d'après des plans de Paul Petit.
La première gare des Guillemins avait pourtant été inauguré en 1842, grâce au plan incliné de l’Ingénieur Henri Maus, qui permettait de vaincre la dénivellation de 110 mètres entre Ans à Liège, qu’il faut effacer en 5 kilomètres, soit une pente de 28 %. Une machine à vapeur fixe fut pour cela installée à mi-distance sur un palier au lieu-dit le Haut-Pré. La descente, par un système de freinage renforcé prenait qui prend quelque vingt minutes ! Mais cette gare rendait plutôt l’accès au hameau par les chemins traditionnels que constituaient l’actuelle rue Albert Mockel et Saint-Maur plus difficile.
Ce coin champêtre connaîtra un formidable essor avec la fièvre urbaniste des années Blonden qui incite les promoteurs immobiliers à envisager une urbanisation du hameau.
plan de Blonden en 1880
En 1880, des promoteurs immobiliers proposent au conseil communal de Liège un projet d’avenue au départ des Guillemins. Ils proposent de céder gratuitement les terrains nécessaires au tracé de la nouvelle artère. La Ville accepte, à condition que les demandeurs s’engagent à assumer également les frais des travaux de voirie. C’est l’avenue de l’Observatoire.
Au N° 160, cette maison de style villégiature, construite vers 1900 d'après des plans de George Hobé en est une belle illustration. 
La nouvelle avenue est empruntée dès 1895 par la première ligne liégeoise de tramways électriques.

Un parc résidentiel privé.

Mais ce qui a marqué le quartier est la création d’un parc résidentiel privé (il est d’ailleurs toujours
le Val Benoît au XVIIIe siècle (gravure de Remacle Le Loup)
privé). A l’origine il y a la vente d’un bien noir, l’abbaye du Val Benoît, en 1797. L’année avant avait éte promulgué en Belgique la loi supprimant les corporations religieuses. Ces biens ecclésiastiques ou biens noirs sont vendus au profit de la dette de la jeune République. L’acheteur Pierre Joseph Abraham Lesoinne (1739-1820) a joué un rôle important dans la révolution liégeoise de 1789. Ces terrains arrivent à la suite dans les mains de la famille Hauzeur qui lance en 1876 un lotissement de 35 hectares pour un parc résidentiel privé de haut standing. Le quartier, en forme de cœur, ponctué par deux ronds-points, est tracé dans l’ancien «bois du Val-Benoît».
Pour donner un accès carrossable à ce parc résidentiel la famille van der Heyden a Hauzeur fait aménager à ses frais, de 1881 à 83, une route qu’elle nomme Avenue des Thermes, parce qu’elle mène à l’hôtel de ce nom construit en 1882. L’hôtel connait une existence éphémère : fermé en 1905, démoli, puis remplacé par une villa à l’usage de la famille Hauzeur. Est-ce pour cette raison qu’en 1931, ce tronçon a été rebaptisé du nom d’Étienne Constantin de Gerlache ?
Les avenues du parc sont au départ des chaussées empierrées, aux accotements de terre, mais déjà pourvus d’un éclairage au gaz. Les premières villas sont construites dès 1888.
Au square Hauzeur, à l’intersection des avenues de Cointe, des Ormes et des Platanes, le bassin était une réserve de 843 m³ d’eau en cas d’incendie, précaution voulue par la famille Hauzeur. Le bloc de quartzite est vieux de deux millions d’années.
Les ventes des 109 parcelles sont assorties de conditions précises: les constructions ne peuvent être érigées à moins de 10 mètres de distance des chemins, pièces d’eau, places ou pelouses. Les habitations doivent être distantes les unes des autres de 20 mètres au moins. Tout acquéreur doit avoir bâti une maison dans un délai de deux ans, les plans doivent être approuvés par le vendeur. En outre, les constructions suivantes sont interdites: lazaret, hôpital, manufacture, carrière. Il est également interdit, sauf autorisation des vendeurs, de transformer une habitation en café, restaurant, salle de bal, de concert. Les eaux alimentaires sont distribuées par la famille Hauzeur, par un système de captage d’eau dans le gravier de la Meuse remontée par une machine d’exhaure.
En bordure de ce square, Avenue de Cointe 2, la villa Art Nouveau L'Aube, construite en 1903 par et pour l'architecte Gustave Serrurier-Bovy (d’ailleurs sa seule construction connue). La façade ouest est agrémentée d'une mosaïque d'Auguste Donnay. Menuiseries d'origine. A l'intérieur, magnifiques décors d'origine, en partie conservés : dallage en mosaïques géométriques, cage d'escalier, placards, etc.
A mon grand étonnement, peu de bâtiments de cette époque ont été repris dans l’Inventaire du Patrimoine Immobilier (IPIC). Il y a cette imposante villa Avenue du Hêtre 2, caractérisée par la recherche du pittoresque dans l'agencement des éléments d'inspiration médiévale, avec notamment sa tourelle d'angle.
On ne s’en rend moins compte maintenant, avec les arbres plus que centenaires de ce parc de villas, mais ce quartier huppé avait vue sur usines de Sclessin qui connaît dès 1870 un essor industriel prodigieux. Je suppose qu’à l’époque cela n’était pas considéré comme une tare, puisque c’étaient leurs usines… Le charbonnage d'Avroy par exemple appartenait aux Hauzeur. Ceci dit, à la création de l’institut d’astrophysique, certains ont mis en doute l’utilité de faire de telles observations au milieu des fumées de l’industrie…

L’observatoire de Cointe, un des huit instituts scientifiques « Trasenster » (comme nos huit collégiales)

Le projet de lotissement de Hauzeur qui connaît quand même quelques difficultés à démarrer reçoit un formidable  boost avec l’Observatoire.
En 1879, le ministre Walthère Frère Orban (1812-1896) dote les deux universités d’État (Gand et Liège) d’une solide manne financière. L’Université de Liège construit ainsi entre 1881 et 1890 huitinstituts scientifiques, nommés Trasenster en l’honneur du recteur de l’époque: les instituts de Pharmacie, de Botanique,  d’Anatomie, de Physiologie, de Zoologie, de Chimie, d’électrotechnique et l’Institut d’Astrophysique à Cointe. Cet observatoire fut réalisé par Lambert Noppius à qui on doit aussi les instituts de zoologie, d’anatomie et de botanique.  Noppius avait succédé à Jean-Charles Delsaux comme architecte provincial et est comme lui dans le néo-gothique, avec une architecture castrale tardo-médiévale dénote un peu pour un observatoire, mais qui est plus à sa place dans l’architecture carcérale, comme par exemple, l’ancienne prison Saint-Léonard de Liège réalisée par l’architecte Josef Jonas Dumont.
Dans les années 1960 l’institut d’astrophysique se met à la mode de la technologie spatiale. Mais en 2001, le département astronomie déménage sur le campus du Sart-Tilman, et la Région wallonne rachète le site, déjà fort délabré, sans fixer un budget pour le restaurer. La Société Astronomique de Liège a notamment signalé la présence de mérule. Aujourd’hui, une mobilisation citoyenne de 25.000 personnes essaye de monter un dossier de classement au titre de monument. Mais des bruits de couloir font vent de l’implantation de plusieurs villas dans son parc, rasant au passage une partie des bâtiments, dont l’extension moderniste.

Le plateau de Cointe et l'Exposition universelle de 1905


Le plateau de Cointe reçoit un autre boost vingt-cinq ans plus tard, avec une annexe de l'Exposition universelle destinée aux manifestations agricoles (horticulture, floriculture), aux promenades, aux activités sportives et aux festivités de plein air.
Gustave KLEYER, bourgmestre de Liége à l’époque, aménage le boulevard dont le premier tronçon est baptisé Boulevard de Cointe.  Ce boulevard prendra le nom de son créateur, Kleyer, en 1921, quand ce dernier cessera ses fonctions de bourgmestre. Il fait partie d’un projet de création d’une
ceinture de 11 km de boulevards de Cointe à la Citadelle-Thier-à-Liège. Ce «boulevard de circonvallation» est aujourd’hui encore une pièce-clé du Plan Urbain de Mobilité. Le plan prévoit de construire un Belvédère sur le terril d’Avroy « montrant dans toute son étendue le magnifique panorama de la ville de Liège, l’enfilade de la vallée de la Meuse jusque Visé», selon le rapporteur Bouvy.
Le parc paysager de prestige est l’œuvre de Louis Van der Swaelmen. Cet architecte-paysagiste, fils d’un inspecteur des Parcs et Jardins de l'état, est délégué par son père  pour la conception des espaces verts de Cointe (65 ha) et du parc de la Boverie et son Jardin d'acclimatation. Pendant la guerre il élaborera le Park-system, la ville entourée de cités-jardins isolées par une ceinture verte. En 1922 il peut mettre ses idées en pratique dans les cités-jardins le Logis et Floréal, à Watermael-Boitsfort.

Des maisons ouvrières au boulevard Montefiore


A cette occasion aussi, un comité présidé par l’ancien bourgmestre de Bruxelles Charles Buls lance un concours d’habitations à bon marché. 25 maisons ouvrières seront construites dans une voirie créée pour la circonstance : le boulevard Montefiore (les N°s 2-32, près du GB actuel). Ces habitations dotées d'un grand confort pour l'époque sont dites « ouvrières » parce qu'elles représentent ce qu'on fait de mieux en matière de logement modeste. Ces maisons sont l'oeuvre de la Caisse générale d'Epargne et de Retraite, de la S.A. des Charbonnages d'Ougrée, la S.A. des Charbonnages de Mariemont et Bascoup, de la Vieille-Montagne, et de seize sociétés de construction de toute la Wallonie. Elles présentent un aperçu des variantes géographiques et typologiques de maisons ouvrières au début du siècle. Elles furent dessinées par vingt-deux architectes.
Il y a à Liège, au Tribouillet au Thier à Liège, une autre série de maisons-témoins, à l’occasion d’une autre expo en 1930, à l’occasion du centenaire de la Belgique. 200 logements, dans le cadre d’un concours d'habitations à bon marché. Les initiateurs étaient les membres belges des Congrès Internationaux d’Architecture Moderne (CIAM) et son antenne local le groupe l’Equerre.  Plus dans mon blog http://hachhachhh.blogspot.com/2013/12/thier-liege-la-cite-du-tribouillet-un.html
A ce concours, s’en joint un autre, pour la décoration intérieure et l’ameublement. Gustave Serrurier-Bovy, dont nous avons vu la villa, et qui avait déjà recueilli de nombreux compliments (et quelques critiques) pour sa "Chambre d’artisan" (exposition de la Libre esthétique, 1895), propose son mobilier Silex, l’Ikéa de l’époque. Jules Destrée s’enthousiasme pour son projet. Il souligne l’ "impression de fraîcheur, de santé, de joie et d’énergie"..

L’implantation du Mémorial Interallié

Un troisième boost est l’implantation du monument interallié, conçu par l'architecte anversois Joseph Smolderen, et les travaux qui débutent en septembre 1928 sur la colline de Cointe, et qui s'arrêtent, inachevés, en 1935. Je n’ai pas réussi à savoir en quelle mesure les rues qui y mènent sont contemporains à l’érection du Mémorial. Par contre, pas mal de bâtisses dans le parc privé repris dans
avenue des platanes 37
l’Inventaire du Patrimoine sont de 1930. Quelques exemples repris dans l'IPIC: Avenue des Platanes 37, Villa de style moderniste construite dans les années 1930 et signée par l'architecte Henri Snyers.
Avenue des Platanes 42, En retrait dans un jardin, maison de style moderniste en brique brune et calcaire, sur ossature en béton, construite vers 1935 d'après des plans de l'architecte P. Jacques.
Avenue des Platanes 49, Isolée dans un jardin, villa de style moderniste construite dans les années 1930. Volumes parallélépipédiques en béton peint. Dominant l'ensemble, volume d'angle plus élevé, primitivement occupé par un atelier de peintre et largement éclairé par une grande baie vitrée.
Avenue de Cointe 6, Villa construite dans les années 1930 par l'architecte P. Jacques.
Avenue de Cointe 12, à l'angle de la rue du Mémorial, maison de style moderniste construite dans les années 1930.
Je n’ai pas eu le temps de faire un aperçu du nouveau boost d’urbanisation du plateau de Cointe, en partie parce que déjà ainsi la balade est probablement trop longue. Mais ça en vaudrait la peine de travailler un peu le sujet.

Biblio 

L’Institut du Patrimoine Wallon, carnet du patrimoine 148, Brigitte Halmes.
Patrimoine cointois Brigitte HALMES. Publié dans Nouvelles du quartier et d'ailleurs
Un nouveau carnet du patrimoine de l’IPW consacré au patrimoine du quartier de Cointe 60 pages,
présente ce vendredi 8 décembre 2017 à la chapelle Saint-Maur.

https://urbagora.be/interventions/notes/l-observatoire-de-cointe-un-patrimoine-en-danger.html 29 août 2018, par Antoine Baudry historien de l’art, archéologue et doctorant à l’Université de Liège. Margot Minette est historienne de l’art, spécialisée en conservation-restauration du patrimoine culturel immobilier. Ils sont tous deux actifs au sein du groupe de travail Patrimoine Moderne de urbAgora et militent pour la conservation et la restauration de l’observatoire de Cointe
Bibliographie
http://labos.ulg.ac.be/memoire-politique/le-memorial-interallie-de-cointe-liege/ Carnets du Patrimoine sur le Mémorial interallié, 2014, par Jacques Barlet, Olivier Hamal et Sébastien Mainil.
http://www.ihoes.be/publications_en_ligne.php?action=lire&id=38&ordre=numero Hygiène, art et ordre social. Le confort du home ouvrier de 1830 à 1930 (analyse n°38, publiée le 18/12/2008)
Par Camille Baillargeon
En 2008, Liège honorait la mémoire de Gustave Serrurier-Bovy qui avait acquis une partie de sa notoriété pour avoir envisagé une certaine démocratisation du luxe de l’habitation. Avec e.a. l’ameublement d’une des maisons ouvrières construites à Cointe en 1905.
http://www.homme-et-ville.net/ressource/ressources/cointecr.pdf Historique du parc de Cointe: étude réalisée par l’asbl Homme et Ville en 2005 pour le compte de l’Echevinat de l’Urbanisme de la Ville de Liège, dans le cadre du programme de restauration et de rénovation des parcs publics.
Etude   sur   l’histoire   de   sept   parcs   liégeois

lundi 20 août 2018

Visite au charbonnage du Hasard à Cheratte


En septembre 2018  je visite le charbonnage du Hasard  à Cheratte, avec un car du Gemeinnützige Wohnungsbaugenossenschaft Troisdorf eG (en fait une société de logement allemande). On ira voir la belle-fleur, le charbonnage du Hasard et – presqu’obligatoire si on se promène avec le personnel d’une société de logement- la cité-jardin.
Au départ je voulais commencer à la belle-fleur, mais tout compte fait, ce n’est pas par là qu’il faut commencer. D’abord parce que cette belle-fleur est un land-mark, et d’en haut on ne se rend pas compte. Et ensuite, on ne comprend pas ce le lien de que cette tour avec le charbonnage en bas.
Je commence donc avec le château, d’abord parce que c’est un témoin d’une histoire multiséculaire d’exploitation charbonnière. Et ensuite parce que l’état de délabrement de ce château parle plus à l’imagination que la friche du charbonnage même qui, en plus, a l’air bien propre après les premiers travaux de démolition. 

Nous commençons donc par la rue Heyée : le sentier démarre à droite derrière la dernière maison. Cette rue s’appelait anciennement rue du Bac. Pour passer d’une rive à l’autre, de Cheratte à Chertal, on utilisa de grandes barques, sortes de bacs qui étaient amarrés non loin du passage à niveau (1861) et de la route nationale (1840). La maison voisine était celle du passeur.  Aujourd’hui, si vous cherchez le bac, il faut descendre à Lanaye, où le bac ‘Cramignon’ vous transportera à Eijsden ; Il transporté chaque année 40.000 passagers.
La rue Heyée était bordée de haies, d’où son nom.
Nous débouchons juste à côté de la Belle Fleur. L’arboretum de Cheratte - un hectare -a été planté sur un ancien terril une belle collection de Viburnum et Cornus. La floraison des viornes intervient en hiver ou au printemps, et elle est très parfumée, et à l'automne elles se parent d'un beau feuillage aux couleurs flamboyantes. Le VIBURNUM opulus ROSEUM (Viorne obier Boule de Neige ou Rose de Gueldre) est célèbre et très appréciée pour ses grandes boules de fleurs. Le Cornouiller  par contre est intéressant en hiver, pour ses rameaux vivement colorés.
Entre deux maisons de la Rue Belle Fleur un sentier descend en escalier. Prendre à droite pour rejoindre la Vieille Voie, à l’époque le seul Thier entre Cheratte Bas et Haut
Ensuite on remonte la rue de Visé pour aller voir le site du charbonnage, avec sa tour Malakoff.  On prend à gauche la rue Césaro. Ce Cesaro était un cancre; c’est probablement la seule rue dans le royaume affecté à un élève irrégulier. En 1866, il entre à l’Ecole des Mines de l’Université de Liège. Il délaisse les cours qui ne l’intéressent pas, abandonne ses études au cours de la dernière année.  Mais il découvre, en 1883, à Richelle, d’un minéral (phosphate) auquel il donne le nom de Richellite https://www.mindat.org/min-3413.html de teinte jaune-brunâtre soluble dans les acides.  En 1884, il décrit un phosphate, trouvé encore à Richelle, la Koninckite. Aujourd’hui ce minerai redevient intéressant pour des piles électriques.Nous rentrons dans la cité par la rue du Curé. Devant nous des logements communautaires, les documents parlent de dortoirs, de phalanstères ou d’l’hôtellerie (capacité de logement après les agrandissements de 1956: 84 ouvriers “célibataires“). Lors de la fermeture en 1977, la régionale visétoise d’habitations sociales de Visé reprit la gestion, restaura quelques maisons et reconstruisit d’autres.
Si nous avons le temps, nous ferons le tour de la darse. Nous sortons par la rue Pierre Adrien où l’on voit encore les grilles de l’entrée (surveillée), pour teourner au centre de Cheratte en prenant à droite.
 

Un Château prestigieux rongé par la mérule

Le château de Cheratte a appartenu à Gilles de Sarolea, un maître de fosses qui racheta en 1643 la Seigneurie de Cheratte au roi d’ Espagne. La majestueuse entrée est toujours surmontée du monogramme de Gilles de Sarolea. Le parc allait du cimetière actuel à la Meuse. Il y avait d’est en ouest la chapelle castrale, la basse-cour, le château, une ferme et sur l’autre rive, les écuries. Le pavillon à droite du château a été rajouté lors  du rachat de la propriété par le Charbonnage du Hasard en 1913.
Au début des années 80, l‘entrepreneur’ limbourgeois, Armand Lowie n’achète pas seulement le charbonnage cherattois mais aussi que le château pour la modique somme de 175.000 euros. Le bâtiment est classé, mais Lowie ne réagit pas quand on détecte le mérule. Après son décès en 2012, ses enfants mettent la propriété en vente publique. Lors d’une  faculté de surenchère, en janvier 2017, la famille demande 126.000 € (leur père a payé 175.000 pour le tout, château et mine) mais en dernière minute la vente  est annulée. Le Directeur Général de la Ville de Visé explique : "les
propriétaires ont trouvé un acquéreur privé qui était d'accord pour investir la somme demandée".  Ni le prix de vente ni le nom de l'acquéreur n'ont été divulgués, et il n’a montré aucune activité…
La ville de Visé avait rêvé pendant trente ans d’une rénovation du château Sarolea. En 2014 elle avait même lancé un "Community Land Trust" en espérant un million d'euros de la Région.
Saroléa n’était pas le seul à foncer des bures dans le coin. Un jour le ruisseau de la Julienne a même disparu dans un ancien puits de mine, en noyant les galeries. La direction fait alors un inventaire des puits aux alentours dont voici le dessin

La tour Malakoff


Les charbonnages dans la vallée ont eu à souffrir des  nombreuses crues de laMeuse qui ont noyé à plusieurs reprises les puits. Ils y étaient aussi en partie responsables, puisque les affaissements, c’est eux. Au point où en 1878 la Société de Housse avait même  mis fin à l’exploitation. En 1905, les liquidateurs  vendent la concession à la Société anonyme
carte des puits de mine à Chératte
des charbonnages du Hasard à Micheroux qui démarre un plan ambitieux d’investissements (comme elle fait d’ailleurs aussi à Blegny qui était un charbonnage modèle). Pour commencer, le Hasard s’installe plus haut dans la vallée. En 1907 elle construit une tour de briques « Malakoff », inspirée par l’architecture industrielle de la Ruhr de l’époque.
La tour imposante fait office de chevalement et abrite le bâtiment de recette et certains services annexes. Les molettes sont placées au sommet de la tour.
D’où vient ce nom ‘Malakoff’ ? Lors de la bataille de Malakoff de 1855, lors de la guerre de Crimée,  les français s'emparèrent d’une tour en pierre au sommet du mamelon Malakoff, défendant Sébastopol.  La tour avait un diamètre d'une quinzaine de mètres et était haute d'environ neuf mètres avec des murs d'une épaisseur allant de 90 à 150 centimètres. En France, la victoire de Malakoff fut célébrée par la construction de « tours Malakoff » dans tout le pays. Les Russes aussi ont érigé plusieurs mémoriaux  pour la «défense héroïque de Sébastopol ».
Dans le Ruhr on reprend ce nom pour les tours de chevalement (le béton bn’existe pas encore).
Lors de notre tour en vélo dans le Ruhr nous sommes passés à Sprockhovel  où il y a une Tour Malakoff au charbonnage (Zeche) Alte Haase.
Juste avant la Première guerre mondiale, la Société acquiert le château Saroléa pour y installer un hôpital et son directeur. Un second puits d'extraction équipé d'une tour métallique est mis en service en 1923. Fin des années 1920, on fonce le puits N°III qui ne reçoit son chevalement en béton que dans les années 1950. Cette tour vient d’être démolie par la SPI.

Quarante ans pour la reconversion du Charbonnage du Hasard

Cheratte employait à son apogée quelques 1500 ouvriers.
Durant la guerre 40-45, le charbonnage perd la moitié de ses effectifs ; les autorités occupantes amènent alors 500 prisonniers russes. Lors de leur retraite en août 1944, les Allemands les emmenèrent. En 1945, lors de la « bataille du charbon », la société du Hasard  reçoit 500 prisonniers allemands. L'article 32 de la Convention de Genève de 1929  interdit «  d'employer des prisonniers de guerre à des travaux insalubres ou dangereux », et impose la libération des prisonniers de guerre à la fin du conflit. Eisenhower trouve un autre nom pour ces prisonniers de
guerre et invoque l’absence de Traité de Paix, après l’écroulement des nazis. Mais tous se rendent compte que cette situation est intenable et les prisonniers de guerre furent libérés après 14 mois de travail.
Lorsque le charbonnage ferme le 31 octobre 1977, il employait encore 600 mineurs.
Un ferrailleur, Monsieur Armand Lowie, achète le site pour deux fois rien. Pendant 36 ans il bloque toute reconversion du site, en récupérant un maximum de fer, dont la tour en fer du puits no 2.
Le site devient un haut-lieu de l’urbex. Le site est littéralement assiégé, ils se promènent dans les installations par dizaines durant les week-ends. Un ancien mineur s'installe même sur le site et demande un billet d'entrée, soit une vingtaine d'euros par personne. En cas de non paiement, il appelle la police.
En 2007, le Hasard est inclus dans le programme de réhabilitation du gouvernement wallon pour les façades et les toitures du phalanstère, la salle des machines, le chevalement du puits no 4, la colline boisée et la cité-jardin. La tour Malakoff est classée depuis les années 1980.
2013, après plus de trente ans de polémique entre les propriétaires et les autorités, un avis d’expropriation est actée par le ministre Philippe Henry et le site du charbonnage devient public. La SPI est chargée de dépolluer le site avec un budget de 2 millions d’euros.
En 2014, la SPI annonce que les parties classées mais aussi la salle des machines, la lampisterie et la salle de paye attenantes sont conservées au même titre que la passerelle, mais que tous les autres bâtiments seront démolis.

La Cité-jardin de Cheratte

Tous les charbonnages de Wallonie connaissent un problème de main d’œuvre. Pour les attirer, la Société du Hasard fit construire en 1925, entre le chemin de fer et le canal,  une cité pour y établir “une colonie d’ouvriers polonais de même type que celle qui s’établissait à Hautrage dans le bassin de Mons “.  Dans les années 30 la cité a même une école polonaise. Et, d’autre part, les houillères refusaient des fortes têtes. Le curé de Montegnée recommande dans une lettre du 19/01/1933 du au Directeur du Charbonnage de Cheratte « pour un emploi au charbonnage, M. Lheureux, mon paroissien, qui se trouve sans travail. Ce bon travailleur à quitté son travail par ce que ses compagnons de travail étaient tous communistes.  Remerciements ».
C’était l’époque des cités jardins.
Un livre de R. Unwin, ‘Town Planning in practice’ sert de base à un congrès de l’International Federation pour Town and Country planning and Garden Cities, en 1924.  La Cité des fleurs ressemble donc plus aux cités minières anglaises plutôt qu’aux corons du Nord. Une sorte de cité radieuse où même la route était « fleurie » et qui comprenait en 1926 200 maisons.
Le charbonnage gérait la cité: le loyer était décompté du salaire ou faisait partie du contrat de travail. On demandait aux habitants  une bonne gestion de la maison et des jardins à fleurs sur la façade et à légumes à l’arrière. Ou sinon, des amendes étaient retirées du salaire. Le Charbonnage du Hasard écrit par exemple le 6 juin 1969 à ORTIZ SARACHAGA Domingo , un ouvrier espagnol :  « Nous constatons que vous avez peint en vert la porte de l’immeuble que vous occupez à Cheratte, avenue de Visé, 26.   L’article 3 du règlement d’occupation vous interdit d’apporter à nos maisons une modification quelconque sans autorisation écrite de la Direction. Vous voudrez bien, dans le plus bref délai repeindre la porte en bleu comme elle l’était auparavant».
La cité était un lieu “privé“ où l’accès à toute personne étrangère au charbonnage était soumis à autorisation et contrôlé par des gardes.  On refusait l’accès aux vendeurs ambulants qui vendaient à crédit ainsi qu’aux démarcheurs-recruteurs d’autres charbonnages. Au phalanstère ou à l’hôtellerie (84 ouvriers “célibataires“, un franc par jour) l’accès aux dortoirs étaient interdit à toute personne non inscrite comme logeur. 
Lors de la fermeture en 1977, la régionale visétoise d’habitations sociales reprit la gestion, restaura quelques maisons et reconstruisit d’autres. 
La cité ne suffisait pas pour loger les mineurs. La houillère monte des baraques ‘provisoires’. Elles serviront plus longtemps que prévu. En 1928 d’autres « baraques » à Cheratte haut, près de la Belle Fleur. On utilisera aussi les baraques ayant servi de camps de prisonniers pour les captifs russes puis allemands.  

La Darse

Au départ la darse a été creusé par le chantier naval du Lloyd Mosan en 1920. Le charbonnage commence à se servir de cette darse après le creusement du canal Albert. Un endroit du canal était plus large pour les manœuvres des péniches qui devaient repartir vers la Meuse. Cette darse plutôt que canal est maintenant un paradis pour les passionnés de pêche.

La Belle Fleur

En 1927, le puits Belle-Fleur (N°4 ou puits dit Hoignée) est équipé d'une petite tour en béton armé et d'un treuil de faible puissance ; il sert à remonter les stériles et s’arrêtait à la même hauteur que le carreau de la mine. Une galerie le reliait au puits N°1. En 1997, la Belle-Fleur est restaurée.
On vient d’y inaugurer le square Marcel Levaux. Marcel Levaux qui sera député du Parti Communiste de 1968 à 1981, était entré à l’âge de 15 ans dans la Résistance. Le 30/04/44 il a hissé sur la Belle Fleur un drapeau belge et un drapeau russe en hommage aux prisonniers qui travaillaient dans la mine en bas.  En 1970, il devient, après bien de palabres et à la surprise générale, Bourgmestre de Cheratte, et cela jusqu’en 1976, date de la fusion des communes. Il restera donc, à
tout jamais le dernier bourgmestre de Cheratte!

Blegny Mine plutôt que Cheratte

En fin de journée le groupe rejoint Blegny Mine pour un bbq. Il faut savoir qu’il y a aussi une liaison souterraine qui est encore en relativement bon état. Si l’on a choisi le site de Blegny pour en faire le musée de la mine, plutôt que Cheratte, c’est parce qu’on ne voulait pas faire ce ‘cadeau’ à un bourgmestre communiste. Pourtant, le Hasard de Cheratte a nettement plus d’atouts : facilité d’accès dans la vallée, qualités architecturales, beauté du site avec la Belle Fleur, la cité des fleurs etc.
D’ailleurs, la preuve est que le site a inspiré de nombreux artistes. Le Théâtre de la Renaissance de Seraing crée en 1996 le spectacle ‘Hasard, Espérance et Bonne Fortune’. Vingt ans plus tard, "En Cie du Sud" revisite "Les Fils de Hasard, Espérance et Bonne Fortune". La metteuse en scène Martine De Michele  vient d’être nommée citoyenne d’honneur de Liège.
En 1997, l'asbl "Les Compagnons de la Belle Fleur" et la Société Royale Archéo-Historique de Visé présentaient à Cheratte une expo à l'occasion du XXème anniversaire de la fermeture du charbonnage du Hasard. En 2005  "Priorité à l'Ouverture" monte une exposition des photographies de Francis
Cornerotte. En 2016 Axel Ruhomaully fait un livre ‘Ceci n’est pas que du patrimoine’ et une exposition de mémoire. Franck Depaifve va à la recherche d’anciens mineurs. Roméo Balancourt les photographie. La Centrale Générale sponsorise une exposition ambulante basée sur leurs  photos.
Un clip musical s’inspire de «Working in the Coal Mine » de Lee Dorsey. En 2017, le film « Enfants du Hasard » de Thierry Michel et Pascal Colson se plonge dans le quotidien des élèves d’une école de Cheratte.

Sources

http://geologie.wallonie.be/files/events/Effondrements2014/08-DREVET.pdf  Influence des eaux minières : exemple des coups  d’eau de la zone pilote de Wandre -Cheratte
Jean-Pierre  Drevet Cellule Risques Sous-sol ISSeP
Sur la cité de Cheratte voir mon blog http://hachhachhh.blogspot.be/2017/05/31ieme-balade-sante-mplp-une-cite-des.html